‹ De Pascal à Chateaubriand [microform]. Les défenseurs français du christianisme de 1670 à 1802Chapitre 232 sur 390 · Né à Castelsarrazin (Tarn-et-Garonne) vers · texte numérisé non relu

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des, notamment celui sur la Certitude. Le 18 novembre 1751, il présentait à la Sorbonne une thèse de licence où les trois examirateurs ne trouvèrent rien à reprendre. Mais la publication des deux premiers volumes de VEncyclopédie attira sur lui la vigilance des jésuites. Le tort que cette œuvre nouvelle faisait à leur Dictionnaire de Trévoux ne suffit pas à expliquer leur zèle. Défenseurs de la foi, ils devaient réveiller la Sorbonne endormie. A leur instigation la thèse du collaborateur de Diderot fut mise en jugement (1). Comme au temps de l'aff"aire Arnauld, on fit venir des moines et la thèse fut censurée (2). Très embarrassée pour se déjuger sur des opinions qu'elle avait faites siennes par son approbation, la Sorbonne prit le parti le plus ridicule, celui d'avouer la vérité : elle n'avait pas lu la thèse (3). De Prades, décrété de prise de corps, échappa grâce à la protection du marquis d'Argenson (4) et se réfugia chez le roi de Prusse, dans « une contrée où la vérité peut aussi s'exprimer sans contrainte » (5). Le 11 février 1752 le Parlement condamnait sa thèse. Coup sur coup de Beaumont, archevêque de Paris, de Verthamon de Chavagnac évèque de Montauban lançaient des Mandements contre elle (6), de Caijlus. archevêque d'Auxerre une Instruction pastorale (7) , le janséniste abbé Gourlin des Observations importantes (8).

1. D'autant plus que, d'après Barbier, « on dit communément que ce n'est pas l'ouvrage de l'abbé de Prades mais du S' Diderot ». Journal [71], III, 333.

2. « Il y a un grand parti en Sorbonne pour l'abbé de Prades », écrit d'Argenson (Mémoires VIII, 201). Il eut 54 voix contre 82 (ib. VII, 80 ; 25 janv. 1752). L'inculpé ne fut pas entendu. Sur toute cette affaire V. d'Argenson [69] t. 7 et 8

(cf. Index) et Barbier t. 3 et 4. , . „ ti

3. (Quoique fréquent sans doute, le fait amusa prodigieusement 1« public. 11 est vrai que la Sorbonne renforçait le comique en ajoutant que les caractères de la thèse étaient trop petits. Comme Tamponnet, qui rédigeait la préface de la Censure, ne savait comment exprimer cela en latin,, on députa vers le S' Lebeau, professeur de rhétorique, pour lui demander une bonne formule. « Celui-ci envoya par écrit : Thesim fusilium litterarum tenuitate digestam. — Alors il n'y eut plus d'empêchement ». — De Prades, « Le Tombeau de la Sorbonne », Constantinople (Hollande) 1753, p. 20. ^ ^ .^

4. « cet abbé est retiré depuis 8 jours chez mon curé de S. Sulpice de tavières, paroisse de ma campagne de Segrez ». Mém. VII, 97 (6 fév. 1752).

5. Réflexions sur l'Instruction de Vévêque d'Auxerre, dans le Recueil de pièces concernant la thèse de M. l'abbé de Prades, Paris 1752, 53, 54, 3 v. 4«, t. I, 97 {Arsenal, Théol. 8338 A).

6. Mandement de Mgr l'archevêque de Paris por^tant condamnation d une thèse soutenue en Sorbonne le i8 nov. 1751 par Jean Martin de Prades, prêtre du diocèse de Montauban. Paris 1752, 4». Mandement de Mgr Vévêque de Montauban etc.. (V. ci-dessus), Montauban et Paris 1752, 4«.

7. Instruction de Mgr l'archevêque d'Auxerre sur la vérité de la religion méconnue et attaquée en plusieurs; chefs par la thèse soutenue en Sorbonne le 18 nov. 1751, 1752, 4«.

8. Observations importantes au sujet de la thèse de M. de Prades (an.) 1752, 12. Gourlin, (1695-1775) célèbre par son opposition à la Bulle, vécut caché et écrivit pour son parti. Il a laissé un catéchisme janséniste très complet.

DES LETTRES PHILOSOPHIQUES A l'eNCYCLOPÉDIE

De Prades, qui avait répondu par quelques Réflexions (1) à Messieurs de Montauban et d'Auxerre, publia une Apologie (2) dont Diderot (3) avait écrit la dernière partie. Le jésuite Brotier la réfuta. En 1753 le protestant Boullier Taccablait à son tour (4). Le 2 mars, le pape Benoit XIV le condamnait. L'année suivante, l'abbé se rétractait et, dans un nouveau mandement, son évêque,' de Verthamon, versait des larmes de tendresse sur la brebis retrouvée (5), pendant que le janséniste Paris ajoutait encore quelques critiques à celles de l'abbé Gourlin (6).

On le voit, jamais l'armée chrétienne n'avait donné avec un tel ensemble, et contre un si mince ennemi. C'est cette mobilisation qui a fait placer longtemps le début de la lutte antiphilosophique en 1750, alors qu'elle se poursuit sans répit depuis un demi siècle. Si l'explosion est générale, c'est que la colère et la douleur sont à leur comble.

La thèse peut apparaître à un lecteur superficiel comme un bon devoir apologétique, sans aucune méchanceté que le rapprochement des guérisons opérées par Jésus et par Esculape. De Prades accepte les traditions les plus saugrenues comme celle des vêtements des Israélites inusables dans le désert, ou celle des oracles rendus par les démons, agiles à se transporter d'un lieu a l'autre. Mais il veut prouver qu'on peut arriver à la vraie religion par la raison. Même si cette idée n'est pas un souvenir de Spinoza (7), l'ouvrage est plein d'échos des philosophes à la mode. C'est le sensualisme de Locke, la théorie de Hobbes sur Porigme des lois, l'explication des miracles selon Houteville Pidée chère aux Anglais que le théisme est le fond commun et solide de toutes les religions. Il défend bien la Création et le Déluge contre les systèmes modernes ; il vieillit cependant le inonde en admettant l'antiquité des Chinois et la chronologie de

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