‹ De Pascal à Chateaubriand [microform]. Les défenseurs français du christianisme de 1670 à 1802Chapitre 273 sur 390 · Suite de VOracle · texte numérisé non relu

Suite de VOracle

DE l'encyclopédie A l'émile 387

teur les objections qu'il se fait. Il falsifie les textes. Salomon dit bien que le juste périt dans sa justice alors que le méchant vit longtemps dans sa malice, mais cela est précédé de : « Voici ce que J'ai cru voir dans les jours de ma vanité ». Voltaire le supprime ; de même le jugement qui attend l'homme, et qui met une difference entre les animaux et lui (1).

Moins heureux est Guyon sur i'idylle orientale du Cantique. \oltaire, dit-il, <c s'est imaginé voir tous les sales plaisirs de sa « jeunesse ; il s'est délecté à les retracer dans son imagination et «a faire naître... leur désir dans l'âme de ses lecteurs » (2). Mais d abord « ubera, mammae, venter, femora » n'ont rien d'indécent dans les anciens idiomes. Ensuite la Bible exprime fréquemment par le symbole du mariage l'union de Dieu avec les hommes. Enfin, comme le dit Théodoret, si ce livre n'a pas un sens mystique, c est 1 esprit impur qui l'a dicté. - C'est bien là, dirait notre patriarche, ce que je voulais démontrer.

Le Catéchisme de Vhonnéte homme ne fut guère mieux critique. Voltaire avait souvent songé à mettre sous une forme courte et populaire le programme de l'esprit nouveau. Il poussa Helvétius a s'y essayer (3). Volney fit plus tard une tentative analogue (4). Le manuel de Voltaire est une de ses meilleures productions, gai, vif, concis et plein de choses. La réfutation de l'abbé François qui reprend toutes les répliques du dialogue est des plus liicuiocres.

Celui que le moqueur appelait fort injustement un « pauvre imbecUe » aurait dû s'en tenir aux points faibles du catéchisme: r-os évangiles ignorés pendant 300 ans, les actions grotesques des prophètes, le scandale de la croix. Il avait beau jeu à montrer 1 injustice inintelligente de Voltaire, nous ne dirons pas faute de sens historique, - le défaut était général, - mais faute de délica-

1. Tout cela est fort • juste. L'Ecclésiaste qui, selon le mot rl'iin «.ritim,»

:C;e?d:u rtrn ?"d"^^" "^ ^^ ^^^'^ ' co::: rlsT^arZ iTlTos isolés On vntt I, P"^,,^«"^ s«° ensemble et non décomposé en fragments

réponse "at^sflison?. f f. / «"*^»r t^^vaillé de doutes, incapable de trouv^une réponse satisfaisante a l'emgme du monde, au problème du mal, espère ferme-

Tm nt^ Z fa'sUeV '""'!"* <I- craindre ce Dieu et observe^ ses com^ndéments est la seule chose qui nel soit pas vanité et poursuite du vent. V. Cor- 9 ; Z'7r^ '"^ ^"* ^''" Testament ». Tûbingen 1908 [133] p. 264. /'^- 482. Il parut à Amsterdam un Nouveau précis de l'Ecclésiaste sur les

C. G. rTiII to/- ""' '^'""^'''' '^''^ ^" "^'^^ *"'• ^^'"^ ^^ ^^ A/e par 3. Let. du 1 mai 1764

Voltaire. ■^ ^* P^^" *^°P conservateur à

Catéchisme

de

l'honnête

homme

Réfutations générales

tesse morale et de ce que les chrétiens appellent ^Pamour des âmes. François veut trop tout réfuter. Voltaire dit : Thistoire des cochons noyés, celle du figuier séché, celle des noces de Cana (V ne remplissent pas Tidée que je m'étais faite du maître de la Nature ». François estime que le miracle de Cana était destiné à prouver la sainteté du mariage (1). Il n'est pas plus heureux quand Voltaire s'étonne « que l'assassin d'Urie soit le bien aimé de Dieu et que le pieux Antonin lui soit en horreur » (2) ou quand il s'agit de prouver que Jésus a établi dogmes, rites et hiérarchie (3). Il a cependant un élan quand l'impie ne reconnaît pas Dieu dans un juif de la populace suant le sang. « Dans quel tremblement, « dans quel saisissement ne devait pas tomber ce pénitent uni- « versel en présence de cette justice infinie... I » (4).

Les réfutations générales de Voltaire ne donnent pas plus de satisfaction. Elles sont rares, et c'est naturel. On ne peut étreindre Protée.

Dans des Remarques sur la Défense de Bolingbroke (5), Boul- LiER fait bonne justice de quelques procédés voltairiens : on insinue l'immoralité de l'adversaire, l'infamie d'Houteville « et voilà en deux mots l'abbé réfuté » (6). On maintient mordicus la moralité des siens. Vous niez que Bolingbroke ait été débauché. Ne nous obligez pas à raconter ce que nous savons. N'est méprisable, dites-vous, que celui dont les mœurs démentent les principes. C'est avouer que vos principes autorisent de mauvaises mœurs. Vous vous jetez sur David et Salomon. On trouve au moins dans leurs écrits la condamnation de leurs désordres. Cherchez la dans les écrits de Bolingbroke. Voltaire invoque le succès : tout est plein de déistes I Voilà un argument qu'il retient de son catéchisme. « Manié par un musulman qui aurait votre génie, que de prosélytes ne ferait-il pas à l'Alcoran ? (7).

1. P. 68 sq. « Mon Dieu, bénissez ce bon janséniste ! » écrit Grimm VI, 142. Le Journal de Trévoux l'appelle « un exact logicien 'et un profond controversiste » (nov. 1764, 1313),

3. P. 94. Il répond avec confiance : du moment que la tradition remonte aux apôtres, elle a J.-C. pour auteur.

5. V. Bibliathèque impartiale (de Formey) [54] t. IX, 279 et X, 353 ; réimpr. dans la Guerre littéraire ou ohoix de quelques pièces de M. de V. avec les réponses, pour servir de suite et d'éclaircissement à ses ouvrages 1759, 12. Tout est faible dans ces Remarques, sauf la critique des procédés voltairiens.

6. Guerre littéraire p. 37. « L*abbé de Houteville s'était abandonné au plus « abominable crime, preuves en soient le caractère du cardinal qu'il a servi et « une allusion aussi fade qu'obscène au titre de l'abbaye que possédait celui à « qui il a dédié son livre » ib.

DE l'encyclopédie A L'eMILE

L'honnête Boullier conclut par un trait de candeur ; il exhorte voltaire a une polémique respectueuse et décente (1). .

Le ton change quand on quitte ce brave homme pour passer au vulgaire et borné Guyon qui a écrit, après Nonnotte, la réfutation la plus générale de Voltaire : VOracle des nouveaux philoso^ plies (2).

Cet homme pense bassement. Il feint d'être allé dîner aux Délices. « Je fus surpris de voir ce peuple de nouveaux philosophes « tenir un langage que je n'avais presque jamais entendu, soute- « nir tous des opinions inouïes et difTérentes, attaquer les notions « les plus générales et les plus sacrées, se contredire mutuelle- « ment et ne se taire que quand l'Oracle ouvrait la bouche pour « prononcer... Je vis réellement parmi ces Messieurs l'exécution « de leur grand système sur la liberté de tout penser et de tout « dire » (3).

Comme Guyon exprime son étonnement de ce qu'il entend. Voltaire 1 exhorte à revenir pour le déniaiser en particulier. Ils tombent bien d'accord sur l'universalité de la loi naturelle (4), mais Ouyon la démontre insuffisante. Il fonde magistralement l'intolérance (5), puis il censure avec hauteur l'hypocrisie qu'elle engendre : « s Ils pensent mieux que nous, pourquoi ne parlent-ils pas « comme ils pensent ? C'est donc eux qui méritent les titres « d hypocrites et de cagbts ., (6). Discute-t-il, c'est à coup d'affirmations ou de plaisanteries qui font long feu. Vous vantez l'antiquité chinoise, « nous vous opposons tous les savants de l'Eu- « rope, qui tous vous diront que le monde a commencé 4.004 ans « avant l'ère des chrétiens ,, (7) et si l'empereur Hiao monta sur

1. « Ne les révoltez pas (les chrétiens) par des injures resnecfi^ n» m. ..•

n ^' MTL''^^'' ^"^ *""^ ^' d'éclaircissement aux œuvres de M. de Voltaire >, d7M V' v'î; ' P"'*- '"• """"^ "*^"^ ^'^*««° d'Amsterdam 1760, 80 lï'Eslrit de M de Voltaire auquel on a join^t VOracle »... (an.). L'Esprit prétend par 7é seul étalage des principes de Voltaire, en faire sentir Ihorreur ^'^^'^'''*' ^^^ *^

4. Si certains peupb s semblant ne pas avoir l'idée de Dieu, c'est ou'elle est assoupie comme l'amour paternel qui ne se montre que chez les pères, l'instinct de conservation qui ne se manifeste pas dans un fauteuil après un bon repas n-ais en cas de danger. 34. repas,

5. Sa démonstration est une des plus complètes qne nous connaissions Nous l7enrou:\riT\7;' depuis 17 sièdes ;, vous êtel les agresseurs Tus nZl défendons. Si la tolérance s'établissait, « les Mosquées se croiraient en droit

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L'indiscipline et rhérésie

dans l'Eglise

le trône 37 ans avant le Déluge, « sa gloire ni ses observations R*en furent point troublées puisqu'il y régna 80 ans » (1).

Nous trouvons presque plus de sel dans la Lais philosophe où une courtisane croyante se dégoûte à la fin de fréquenter Voltaire et sa bande, retourne chez son père et devient sage (2).

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