III. — Berruyer
En même temps que les ennemis du dehors se déchaînent, rindiscipline et l'hérésie déchirent le sein de l'Eglise avec Berruyer. En 1758, année deux fois néfaste, le jésuite publie la Troisième partie de l'Histoire du peuple de Dieu ou Paraphrase littérale des Epîtres des apôtres (3). Au moment même où l'église se ressaisit, c'en était trop. Benoit XIV la condamne par un bref du 17 février. Clément XIII dans ses lettres apostoliques du 2 décembre ordonne des prières à la Trinité en réparation des outrages qu'elle a subis.
Les hérésies de Berruyer sont presque toutes inspirées par le souci apologétique d'atténuer le scandale des mystères. Il ébranle d'abord les deux fondements de la foi, l'Ecriture et la Tradition. Il ruine ensuite la dogmatique orthodoxe, étant sabellien et nes-
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1. P. 235. Après cela on peut se dispenser d'étudier dans la Suite de l'Oracle « l'authencité de l'A. T. prouvée par les faits ». Guyon fut vertement reprts dans Le Sentiment d'un inconnu sur l'Oracle... attribué à Chaumeix, Villefranche 1760, 12. Grimm écrit en août 1760 : « Cet ouvrage (l'Oracle) < d'une platitude à faire trembler, a cependant eu tant de succès parmi les sots que le libraire en a déjà vendu plusieurs éditions ». IV, 270.
2. Cet oipuscule saugrenu est, d'après Quérard, l'œuvre de Marie Antoinette Walpurgis de Bavière, princesse de Pologne. En sous-titre ,: Mémoires de Mme D*** et ses discours à M. de Voltaire sur son impiéié, sa mauvaise conduite et sa folie. Bouillon 1760, 8° ; rééd. 1761. Voici le portrait de Voltaire :' « Son visage maigre et décharné, son tempérament sec, sa bile brûlée, ses « yeux étincelants et mauvais, tout annonce en lui la malice d'un singe, la « finesse du renard et le caractère traître du c?hat ». 118. Un abbé de St-Aignan démontre que le dogme du péché originel n'est pas monstrueux puisqu'on admet le bannissement des parents de Damiens.
3. Sous la rubrique de La Haye, 2 v. A° et 5 v. 12. La i" paiitie, parue en 1728, fut condamnée en 1731 par Colbert, évêque de Montpellier. Les supérieurs avaient annoncé une 2* édition corrigée {Trév, fév. 1729) qui vit le jour en 1733 et fut censurée par Rome. La 2« partie, parue en 1753, fut condamnée par une assemblée d'évêques à Conflans (3 et 13 déc. 1753), par l'archevêque de Paris (Mandement du 23 déc. 1753) et par la Faculté. Berruyer fit un acte de soumission en 1754. Les PP. Tournemine et Berthier, de son ordre, l'avaient combattu. Cité par le Parlement, il envoya une rétractation et promit de supprimer la 3' partie de son Histoire. Il fut cependant condamné sîur le réquisitoire de Joly de Fleury, 9 avr. 1756. (V. les papiers de ce magistrat n» 1683, f. 249. 252, 257). Le pape le censura de nouveau l'année suivante.
DE l'encyclopédie A L'ÉMILE
torien (1) sur la Trinité et rincarnation, socinien, sur la rédemption.
Comme le P. //ardoiim (2) dont on ne le séparera guère, il dégrade les originaux de VEcriture par une hypothèse saugrenue. La Vulgate est seule inspirée et de la première antiquité. L'Ancien Testament fut traduit d'abord en latin ; c'est selon cette version que le citaient Jésus et les apôtres. Quant au Nouveau Testament, l'original est la Vulgate, que l'Eglise dès le début déclare seule authentique ; elle s'est conservée sans la moindre altération (3).
L'Ecriture n'est pas règle de foi parce qu'elle ne prouve pas les dogmes. J.-C. n'a pas voulu les enseigner. Il ne les aurait révélés qu'après sa résurrection, à un petit cénacle ; les apôtres euxmêmes " les transmettaient ésotériquement. Les écrits des Pères sont supposés ; Pierre n'est pas allé à Rome ; — et tout cela obscurcit la Tradition.
Et maintenant que reste-t-il de la doctrine, quand on nie que le Verbe soit égal au Père et individuellement distingué de lui ? N'admettre en Dieu ni paternité ni filiation éternelle, dire que le Verbe n'est devenu personne distincte que par l'incarnation, entendre par le St-Esprit, ou la vertu divine, ou de simples dons,' ou un esprit créé, dire que l'Ecriture représente Jésus comme un homme-Dieu et non comme un Dieu-homme, qu'il eut une science humaine, que ses titres de Messie, Sauveur, Pontife, Roi, s'expliquent non par sa qualité de Verbe mais parce qu'il est le premier né et le Seigneur de tous les hommes, c'est anéantir la foi séculaire des chrétiens (4).
1. Sabellius (me siècle) ne mettait d'autre différence entre les personnes de la Trinité que celle qui existe entre les opérations d'un même être. Dieu légifère en qualité de Père sous l'ancienne alliance, s'incarne en qualité de Fils sous la nouvelle, et illumine les apôtres en quali1:é de St Esprit. Nestorius (ve siècle) repoussait l'idée d'une fusion des 2 natures en J.-C. comme contraire à la distinction essentielle du divin et de l'humain. Il s'en tenait à l'idée d'une liaison étroite qui laisse subsister chacune d'elle en son intégrité et n'aboutit pas à une déification de la nature humaine. Il ne faut pas appeler Marie « mère de Dieu » ; elle n'a pas enfanté le Verbe mais le a vêtement » du Verbe.
2. V. son Commentarius in Novum Testamentum, AmsL 1741. L'abbé de Villefroy, professeur d'hébreu au Collège royal, vulgarisa quelques-unes de ses hardiesses dans les Lettres de ilf. l'abbé de *** à ses élèves pour servir d'introduction à l'intelligence des Saintes Ecritures: Paris 1751, 2 v. 12. Les Nouvelles de la République des lettres [63] avaient, dès le début, combattu son système sur les auteurs anciens.. (1709 t. II, 294).
3. Cette caricature de la décision du concile de Trente « ut haec vulgata editio pro authentîca habeatur », était un bien vilain tour joué aux théologiens catholiques. Ils le ressentirent vivement.
4. Entr'autres ^hérésies accessoires, Berruyer essayait de justifier la prédication de l'imminence du « Royaume » en imaginant un 3« avènement du Christ, celui par lequel il avait éteint la Synagogue et fondé lléglise des nations. V. Jugement de la Faculté, 1" part, sect. 3, p. 91.
Les réfutations s'amoncelaient (1). Elles reposent toutes sur des citations de TEcriture. C'est dire qu'elles étaient sans portée. Nulles pour le public sceptique, elles mettaient sous les yeux des croyants des textes rarement décisifs. Elles n'eurent aucun effet sur Berruyer qui récidiva par ses Réflexions sur la foi (2) où il enlève tout caractère absolu à la foi dogmatique : l'Ecriture n'est pas un catéchisme ou un Symbole ; les décisions des Conciles sont une proscription de l'erreur, non une définition du dogme révélé. Il humanisait J.-C, l'Eglise, l'édifice dogmatique construit après coup, la religion tout entière.