II. '.U" Il
les preuves qu*il a données précédemment de Texistence de Dieu prouvent bien une perfection infinie, mais elles ne prouvent pas qu'elle soit distincte de l'ensemble des êtres. Le tout est plein et continu, il n'y a de changement que dans les relations réciproques des parties. Pourquoi ajouter à l'Univers une autre nature incompréhensible ? — A cela Fénelon répond: 1" cette hypothèse suppose l'infinie perfection changeante et variable. Toutes les parties séparément sont changeantes. Donc le tout doit l'être, car il n'est pas une idée abstraite mais la totalité des parties. Or, on peut concevoir un tout immuable, donc plus parfait.
2" Ce qui est composé ne peut être V infini absolu. Car si l'on admettait une identité réelle des parties, l'une serait l'autre, la terre serait l'eau, le chaud le froid, ce qui est absurde. Et, à admettre une séparation réelle, on retombe dans l'imperfection que relève l'objection précédente. « S'il y a identité réelle entre les parties et le tout, il faut dire ou que le tout est chaque partie ou que chaque partie est le tout » (1). Si le tout est chaque partie, il a les imperfections des parties et renferme des contradictions. Si chaque partie est le tout elle est infinie, immuable, donc n'est plus partie et rien de ce qu'elle paraît.
3" Tout composé ne peut exister par soi, puisque chaque partie est imparfaite ; et un composé ne peut être infini, puisqu'on peut toujours lui ajouter ou retrancher une partie. L'infini doit être Un.
4° Un composé d'êtres infinis* ne répond pas à l'idée de l'infinité absolue. 11 est contradictoire, car d'une part il contient des perfections infinies, et, d'autre part, la faculté de croître et de décroître (puisqu'il est composé) lui ôte la principale.
Spinoza nierait que l'Etre soit un composé, à moins qu'on ne veuille dire que la définition est composée des théorèmes qu'elle enferme. Ainsi, même cette réfutation si séduisante porte mal. Le spinozisme est un bloc ; on accepte ou l'on n'accepte pas sa définition de la substance. Il y est tout entier renfermé. Et l'adoption ou le rejet de cette définition, comme de tout autre système métaphysique, ne s'impose par aucune raison démonstrative.
Mais ce qu'il y a d'intéressant, c'est que, malgré sa critique, Fénelon tend lui-même au panthéisme, et cet éclectique qui fond tous les grands spiritualistes, utilisant la grandeur et la bassesse de l'homme d'après Pascal, la liberté d'après Descartes, l'action de Dieu d'après Malebranche, le mal détail de l'ensemble d'après Leibniz, est avant tout un platonicien qui a lu Spinoza. « Dieu