‹ De Pascal à Chateaubriand [microform]. Les défenseurs français du christianisme de 1670 à 1802Chapitre 29 sur 390 · part., c · texte numérisé non relu

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SPINOZA

« est éminemment et d'une manière infiniment parfaite tout ce « qu'il y a de réel et de positif dans les êtres qui existent, tout if ce qu'il y a de positif dans les essences de toutes les créatures « possibles dont je n'ai point d'idée. Il a tout l'être de chacune « de ses créatures, mais en retranchant la borne et les imperfec- « tions qui la restreignent et la rendent imparfaite » (1). Fort bien, mais voici qui ne laisse pas d'inquiéter : Aussi ne faut-il pas le restreindre et le considérer sous l'idée seule d'esprit. L'Ecriture le dit Esprit pour éloigner l'idée qu'il soit corporel, mais Etre dit plus qu'esprit. S'il était esprit selon notre manière bornée de concevoir, il ne pourrait pas produire et mouvoir la nature corporelle, tandis qu'z7 peut tirer de son être les esprits, les corps et toutes les autres essences possibles. Dans le chapitre 3 sur l'Unité du premier être, Fénelon reprend avec force : l'Etre doit être tout l'être, sinon la totalité de l'être serait une composition, imparfaite et pas infinie. Et dans la prière à Dieu qui clôt la première partie (2), un magnifique élan vers le Dieu qui est en nous accuse la tendance au panthéisme que tout mystique porte en lui. Nous n'échappons à Dieu qu'en nous échappant à nous-mêmes. Cette preuve de Dieu par le sentiment interne de sa présence, qu'il n'a pas traitée dans l'ouvrage, est autre chose que la preuve par le spectacle du monde qui en fait l'objet. Et cependant un panthéisme instinctif est leur source commune : le monde et notre âme nous donnent une double révélation de Dieu.

Ainsi, des réfutateurs philosophes de Spinoza, trois ne l'ont pas compris ou n'étaient pas de taille à le combattre ; trois en étaient dignes : Malebranche, Fénelon, Bayle ; mais les deux premiers sont déjà gagnés par le panthéisme, au point qu'une partie de leur œuvre rétablit indirectement ce que l'autre combat de face. Un seul adversaire tient bon, et cet auxiliaire occasionnel du spiritualisme chrétien allait se révéler bien plus foncièrement irréligieux que le mystique géomètre.

Pendant que les penseurs subissaient l'influence de la pensée de Spinoza, sa critique agissait sur les jeunes gens (3).

L'esprit nouveau de la critique biblique s'introduisait dans les églises mêmes, par deux théologiens dont les idées firent une sensation profonde et provoquèrent une réaction de défense : le protestant Jean Leclerc et le catholique Richard Simon.

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