Emile, IX
2. Lettre à M. de Malesherbes 26 janv. 1762. V. James : « Uexpérience religieuse », Alcan 1906. 8« p. 335. Chez sa mère spirituelle, Marie Huber, on. ne trouve aucun mouvement analogue. Les « Sermons de Théophile », œuvre du vaudois Dutoit, disciple de Mme Guyon, l'un des restaurateurs de la vie religieuse et du mysticisme dans la Suisse romande, parurent en 1764. Il est intéressant de les voir réimprimer en 1800 sous le titre de Philosophie chrétienne, au début du grand « Réveil ». [212].
3. Elle est absente au moins de la grande littérature, des salons et de la plupart des correspondances, bien qu'il y ait eu un romantisme du xviii» siècle.
4. Cela est arrivé 2 ou 3 fois à Voltaire, à propos de Calas, de La Barre. Il a fait vibrer les cœurs et c'est alors qu'il a eu 1« succès le plus prodigieux. A ces moments il n'ironise pas et son indignation est autre qu^intellectuellc. Dans sa belle « Prière à Dieu », du Traité de la Tolérance, le sérieux le rend éloquent. C'est alors qu'il devient vénérable et prend figure de patriarche.
5. a Rousseau est l'aspiration indomptable vers l'idéal » . Bersot [79] , II, 79.
J.-J. ROUSSEAU
de la société. Rousseau le subordonne à la vertu traditionnelle. C'est la soumission non à ce maître extérieur : la volonté générale, mais au maître intérieur qui nous impose maint devoir personnel dont Tutilité sociale n'est pas évidente. Or, ces devoirs qui semblent n'avoir qu'une fin de luxe : la maîtrise de soi, le perfectionnement de l'Homme en nous (1), sont souvent en conflit avec le bonheur sensible qu'Helvétius jugeait si précieux. De là le réveil de l'inquiétude dans les âmes : Rousseau apporte non la paix mais l'épée, l'antique lutte entre le devoir et la passion qu'Helvétius voulait éteindre, le drame inséparable de la vie haute. La moralité se conquiert, les lois ne la créent pas. Le bonheur de la société est subordonné d'abord à la réforme morale de l'individu.
Réintégrer l'absolu en nous, l'obligation envers quelqu'un d'autre que le corps social, la responsabilité de Robinson dans son île, c'est ramener la morale religieuse.
Bien d'autres que les disciples avoués de Jean-Jacques (2), ont subi l'influence de son théisme ou, cessant à son exemple de se défier du sentiment (3) comme source de connaissance, ont préparé la restauration du christianisme. Le Vicaire savoyard est fils de la Réforme, descendant authentique de Locke, de Leclerc et de toute cette lignée protestante que Bayle a convaincue de la souveraineté de la conscience. Fils de Marie Huber et par elle du piétisme, il est père de Kant et du protestantisme libéral, une des formes vivaces du christianisme actuel dont on sait l'action sur le catholicisme moderne ou moderniste. En France, la renaissance provoquée par Rousseau a, comme tous les réveils religieux, profité au romanisme. Quand un fleuve déborde, il suit les lignes de moindre résistance et retrouve ses anciens lits. Celui qui voulait « établir à la fois la liberté philosophique et la piété religieuse (4) », a restauré la foi, « fides qua creditur », d'autres feront plus tard accepter la croyance, « fides quae creditur ».
n. — Rousseau et les chrétiens
Nous ne redirons pas l'histoire bien connue des tribulations de l'auteur d'Emile. Le 9 juin 1762, le Parlement condamnait un livre
1. Quel mal sérieux feraient à la société un adultère discret de Julie et le mensonge qui assurerait la tranquillité de Wolmar ?
2. Mme Roland, Mme de Staël, Robespierre, Bernardin, les Théophilanthropes etc.. V. le 3« volume de Masson, qui est la partie la plus neuve de son bel ouvrage. [166] .
3. Bartholmess a fait la critique de ce terme vague et montré qu'il embrasse au fond, chez Rousseau, non seulement « l'émotion pieuse » mais aussi « la pensée réfléchie de Dieu ». [121], I, 250 sq.