Lettre à Voltaire sur le désastre de Lisbonne
Socrate ou de Kant. Mystique aussi celui qui prie tt de la prière l;t plus proprement religieuse, l'élévation de l'âme par la méditation et l'acquiescement à la volonté divine : a je converse avec « lui, je pénètre toutes mes facultés de sa divine essence ; je 4 m'attendris à ses bienfaits, je le bénis de ses dons » (1).
Mais Rousseau a aussi connu l'exaltation de l'âme, la communion avec la beauté et la vie divine partout répandue dans les choses. Quand, dans la splendeur de juin, à ce moment unique de l'année où il n'y a plus où il n'y a encore aucun indice de mort dans la nature, il tombait en extase, l'esprit abîmé, répétant « grand Etre, ô grand Etre » (2), il cédait à un élan mystique. Panthéiste ? peut-être. Qu'importe I proprement religieux.
Et puis, dans l'âme où les diverses formes du sentiment sont solidaires, celui qui réveille l'émotion et la vie intérieure, ouvre une porte à la religion. On l'a cent fois noté, en un siècle où la vie intime était refoulée, non pas morte (3), il Ta fait resurgir par contagion, car la sienne était débordante. Sous la surface des idées, il a remué le tréfonds des sentiments et fouillé jusqu'aux sources de la volonté (4).
Il a troublé les âmes en relevant en elles la notion abolie d'un bonheur escarpé, inaccessible sans l'effort (5).
11 savait par sa propre expérience, et par cette science spirituelle que les siècles ont accumulée dans l'éducation religieuse, que pour obtenir beaucoup de l'âme humaine, il faut beaucoup lui demander. L'escarpement de la vie morale, loin de décourager, a toujours exalté les âmes qui aspirent aux cimes, et il fallait toute l'ignorance rationaliste du temps pour croire que la sévérité du christianisme avait pu retarder sa propagation. Helvétius montrait le bonheur où le cherchait le siècle, dans l'épanouissement aussi libre que possible des instincts et dans la bonne organisation