Lettres sur le christianisme p
2. André : « Réfutation du nouvel ouvrage de J.-J. Rousseau intitulé « Emile » (an.) Paris 1762, 8«. 2« partie : Déforis : « La divinité de la religion chrétienne vengée des sophismes de J.-J. Rousseau » (an.) ib. 1763, 8*. — Déforis : « Préservatif pour les fidèles contre les sophismes et les impiétés des incrédules » (an.) ib. 1764, 12. Déforis est très supérieur à André. Son dernier ouvrage fut goûté et se vendit rapidement. (V. Hist. lit. de Saint-Maur [15], 764). Il a « beaucoup de zèle, écrit le Journal de Trévoux, une connaissance parfaite des « forces et des endroits faibles de son adversaire... L'étendue que nous avons « donnée à cette analyse prouvera combien nous faisons cas de son ouvrage... « Nous sommes persuadés que les 1«"» apologistes de la religion goûteraient les « productions savantes de plusieurs de nos écrivains qui marchent sur leurs « traces ». [39] sept. 1764, p. 692, 725, 690.
J.-J. ROUSSEAU
une édition très enrichie. Dom Déforis était le futur éditeur de Bossuet, qui mourut pour la foi en 1794.
Ils voient d'emblée le point faible de Rousseau : l'état misérable de l'homme est injustifiable dans le théisme. Rousseau l'attribue bien au libre arbitre et pense, avec tous les chrétiens, contre Bayle que Dieu ayant « voulu communiquer à ses créatures la dignité de la causalité » (Pascal), la misère avec la liberté est préférable à une servitude dorée, mais il n'insiste pas sur cette difficulté capitale. « Qu'il nous dise comment sous un Dieu juste le « genre humain peut être accablé de tant de maux s'il n'est cou- « pable dès sa naissance... Il n'y a pas de milieu : Dieu est <' injuste ou impuissant ou l'homme est coupable » (1). Seule, l'hypothèse du péché originel sauve la providence. Peut-on n'être pas prévenu en faveur d'une religion qui connaît si bien l'homme ? Si ses dogmes étaient sans rapport avec la morale chrétienne que Rousseau accepte, on comprendrait qu'il les rejetât, mais la bonne morale est inconcevable sans eux. « N'ont-ils pas pour objet de « sanctifier l'homme et de l'unir à son Dieu? » (2). L'acquiescement au mystère anéantit l'orgueil, principal écueil de la vie morale.
Rousseau dit que le chrétien préoccupé du ciel en oublie la patrie terrestre, mais on ne parvient pas à la patrie céleste si l'on n'est pas ici bon citoyen. Il ne veut pas parler de Dieu aux enfants ; mais s'il faut leur laisser ignorer ce qui est mystérieux, il ne faudra rien leur apprendre (3).
La preuve interne fait aussi la force de l'excellent Traité de la foi des simples, œuvre d'un « appelant », Reinaud (4).
Rousseau avait montré que l'ignorant ne peut courir le monde ou épuiser les bibliothèques pour fonder sa foi. Notre janséniste invoque hardiment l'expérience religieuse, accessible aux simples