‹ De Pascal à Chateaubriand [microform]. Les défenseurs français du christianisme de 1670 à 1802Chapitre 3 sur 390 · PRÉFACE · texte numérisé non relu

PRÉFACE

Ce livre retrace un épisode de la lutte du christianisme contre le rationalisme envahissant. Dans l'étude de ces conflits d'idées qui déchirent les hommes et les peuples, le devoir d'impartialité se fait plus strict s'il est possible. Nous avons essayé de ne pas l'oublier. En tout cas nous avons résisté à l'instinct cruel de détériorer les choses par les mots. On trouvera ici peu de ces épithètes péjoratives qui trahissent la secrète intolérance d'historiens bien intentionnés. S'il nous arrive çà et là de traiter les philosophes de « mécréants » ou de dire d'une apologie qu'elle est « digne d'un capucin », c'est avec un demi-sourire.

Nous aurions voulu rattacher par un lien plus visible et plus continu l'histoire de l'apologétique à l'histoire générale du siècle; mais, ayant tant de matière neuve à manier, nous ne pouvions refaire après Desnoireterres, Aubertin, Brunel, Roustan, le tableau du mouvement général des esprits et rappeler toutes les répereussions des événements politiques sur l'opinion. Nous renvoyons aux ouvrages de ces auteurs devenus classiques ; ils servent de fond à notre étude.

Aussi bien est-on frappé du faible écho de la littérature apologétique dans une société dont l'attention est absorbée d'abord par les controverses entre gallicans et ultramontains, ensuite par les productions des savants et des philosophes. Dans le dernier tiers du siècle, 73 bibliothèques privées appartenant à- des laïques renferment sur 172 livres un ouvrage d'apologie, un peu moins de 6 pour mille (1). Les journaux, si utiles pour étudier l'action des écrits irréligieux, né nous laissent guère apprécier l'effet produit par les « défenses du christianisme ». Ils distribuent indistinctement l'eau bénite à tous les avocats de la bonne cause. Les feuilles plus indépendantes, comme le Journal encyclopédique, parlent prudemment ou se taisent. Les journaux « réfugiés » de Hollande ou d'Angleterre sont rédigés par des chrétiens, aussi libéraux que l'on voudra, mais sympathiques en principe

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