‹ De Pascal à Chateaubriand [microform]. Les défenseurs français du christianisme de 1670 à 1802Chapitre 303 sur 390 · Ed. de 1776, let. I, p · texte numérisé non relu

Ed. de 1776, let. I, p

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« féroce... si ces horribles préjugés se trouvent autorisés par le (' plus grand génie du siècle le plus éclairé ? » (1).

Des Lettres de quelques juifs, il ressortira trois choses : que Voltaire manque de sens historique et géographique, — qu il se livre à des « gasconades d'érudition », — qu'il est assez souvent de mauvaise foi ou injuste. Son inintelligence historique se marque dans ses facéties sur les coutumes juives telles que le repas pascal. « Etes-vous donc de ces hommes simples... qui, concentres « dans leur siècle, ne jugent raisonnable que ce qui ressemble a « ce qu'ils voient ? » (2). La Palestine est aujourd'hui pauvre ; Voltaire veut à toute force qu'avant le cataclysme de Sodome et le passage des Turcs, au temps d'Abraham par exemple, elle ait toujours été stérile (3). Le désert est pour lui comme pour les enfants une étendue de sable vide ; aussi reste-t-il incapable de comprendre la vie des nomades et le séjour des Israélites pendant

40 ans « au désert » (4).

Ses gasconnades d'érudition éclatent quand, sachant peu ou point le grec, il s'appuie sur Hérodote. Cet historien dit que les peuples circoncis « paraissent imiter les Egyptiens » (cpaivovxai ^otsovTsç xaxa rauxa) et Voltaire comprend : qu'ils étaient originaires d'Egypte. « Cette méprise qui nous avait d'abord étonnes de « votre part, ne nous surprend plus : nous venons d'en décou- « vrir la source ; elle est dans le traducteur latin que vous sui- . vez bonnement et qui vous égare. Vous voilà pris sur le fait et « il n'y a pas moyen de vous en défendre. Vous traitez Hérodote « comme nos livres sacrés : vous le traduisez sur la traduction (( latine » (5).

1. Let. II, p. 25. Cette lettre est le plus adnKirable réquisitoire que nous connaissions contre « l'antisémitisme ». ^.» i«

2 I 199 « Un sot trouve! fort singulier qu'on puisse être persan «, dit le P Âdt^ en un spirituel peUt ouvrage : « Jnsfruation du P. Gardien des capucins de G... à un jeune frère quêteur partant pour le f^?^«"/^/^<^r/!^f .'^^ trad. de l'italien. Amst. (Avignon) 1772. S", 99 p., qui repondait à 1 ^"f ''•««^»;" du Gardien des capucins de Raguse à Frère Pediculoso partant pour la Terre sainte. Dans cette dernière brochure, Voltaire traduisait «;"^^.^îf^^„*',^\- 1« Seigneur ordonne au prophète de prendre une femme de fornication. « parce oue la terre fornicante forniquera du Seigneur ». Fornicari a Domino, dit r^^elniTdam, signifie : s'éloigner du Seigneur par f^^^^^f^f^^^^^^^^^ courante de l'Ecriture. « Un homme sage se transporte aux lieux et au temps dont on parle. Il n'en juge point par nos m^urs actuelles » 73. p^...,.„.

3. Guénée lut à l'Académie des Mémoires sur la fertilité de la Palestine, au'on trouvera dans les dernières éditions des « Lettres ».

4 II s'efTrai*. des obstacles qu'Abraham eut à surmonter pour venir de Chaldée en Paîestîne car 11 y aval? cent lieues de Haran à Sichem. Mais personne, r^ond Guénée ne sait au juste où était Haran et des nomades n'ont jamais reculé devant cent lieues, même avec des déserts à traverser. 5. T. II, 338.

« Quand on veut se mêler de critiquer quelqu'ouvrage, on doit « avant tout savoir la langue dans laquelle il est écrit. Vous Tavez « senti. Monsieur, et c'est par cette raison que vous avez donné, « dit-on, une partie considérable de, votre temps et de vos soins « à rétude de l'hébreu » (1). De là ces considérations sur la difficulté de la langue hébraïque, la pauvreté de son vocabulaire, l'obscurité de ses deux « modes »., le présent et le futur. Mais quoi, vous avouez : « J'ai pris un rabbin pour m'enseigner l'héft breu, je n'ai jamais pu l'apprendre. — Jamais I l'aveu est net, « formel, par conséquent généreux. Que ne l'avez-vous fait, « Monsieur, avant nos lettres ?... il ne sait pas l'hébreu, il n'a « jamais pu l'apprendre » (2). « Ces gasconades d'érudition ne <f peuvent avoir qu'un temps ; le moment vient où le masque « tombe et une petite humiliation bien méritée succède à un vain « triomphe » (3).

Voltaire n'est-il pas de mauvaise foi quand il dit que 24.000 Israélites furent massacrés par Moïse pour s'être laissés séduire par les femmes moabites, alors qu'il s'agit d'une épidémie envoyée par Dieu? (4). Quand il accuse les juifs d'anthropophagie parce que, au cas où ils transgresseraient la loi, ils connaîtront, d'après Moïse, l'horreur des sièges où l'on s'entremange ?(5). « Si l'on menaçait « un cannibale de lui faire manger de la chair humaine, on le « ferait rire » (6). — Cependant Ezéchiel promet aux juifs qu'après une invasion de Gog (les Scythes ?) ils mangeront la chair des chevaux et des cavaliers. — Cette promesse est faite aux oiseaux et aux bêtes sauvages (7). Et que penser du philosophe s'il connaît le vrai sens du texte sur le « déjeuner d'Ezéchiel » ! (8).

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