III
déclamez sur la population, mais Moïse savait l'accroître, au lieu que vous la tarissez en préconisant le luxe (1). Bref, pour la réforme de vos lois, « vous n'avez rien proposé que le Législateur juif <i n'eût prescrit plus de 3.000 ans avant vous » (2). Cessons donc de parler du « peuple ignorant et grossier ».
Il était en effet d'une tactique assez habile de montrer au philosophe humain, réformateur de l'hygiène et de la justice, qu'il avait été devancé par le peuple pouilleux, meurtrier, sodomite et bestial.
Voltaire se sentit touché. « Le secrétaire juif nommé Guénée, t: écrivait-il à d'Alembert (3), n'est pas sans esprit et sans connais- « sances, mais il est malin comme un singe ; il mord jusqu'au « sang en fesant semblant de baiser la main. Il sera mordu de « même ». C'est la première fois que Voltaire s'avoue mordu.
Il répondit par Un chrétien contre 6 juifs puis par de longues additions au Dictionnaire philosophique. Il garde l'avantage sur tous les points où les prédécesseurs de Guénée et Guénée lui-même s'étaient montrés embarrassés : le polythéisme des anciens juifs, l'horrible cruauté de Samuel, l'ordre étrange donné à Osée d'épouser une prostituée (4), etc.. Il discute pied à pied avec une application exceptionnelle des questions techniques comme celle du temps nécessaire pour fondre un veau d'or (5). Il observe un silence prudent sur les nominatifs grecs en oi, les seuls qu'il connaisse, et généralement sur celles de ses gasconnades qui ont été démasquées.
Si
t lî
1. « Vos politiques commencent enfin à comprendre qu'un peuple nombreux « est la vraie force d*un état. Moïse l'avait compris mieux qu'eux 30 siècles a avant eux. Nul législateur n'a su animer la . population comme lui. Dans « l'esprit de sa législation le célibat est un malheur, la stérilité un opprobre, la « multitude des enfants la bénédiction du Seigneur. Là to,ut seconde l'instinct « de la nature : le grand commandement du Créateur, l'attente du Messie, le « luxe prévenu, les débauch-es et les occasions de s'y livrer proscrites ». Quel fruit ont produit vos déclamations contredites par vos exemples ? le pays est plein de célibataires. « Célibataires de milice et de domesticité, célibataires de « littérature et de philosopltie, de caprice et de volupté, de misèrte et d'indi- « gence ; célibataires, si l'on peut s'etxprimer de la sorte, jusque sous le voile « du mariage ». III, 297.
2. P. 300. V. aussi le chapitre sur l'intolérance religieuse chez les anciens, que Villemain appelle « un chef d'œuvre de discussion ».
3. 8 déc. 1776. V. aussi 22 oct., 18 nov. et d'Alembert 5 et 23 novembre.