‹ De Pascal à Chateaubriand [microform]. Les défenseurs français du christianisme de 1670 à 1802Chapitre 308 sur 390 · II. — BURIGNY · texte numérisé non relu

II. — BURIGNY

Dans VExamen critique des apologistes de la religion chrétienne, par M. FréretWy Levesque de Burigny avait, en 1766, développé sérieusement et avec force les critiques que Voltaire présentait dans le style suspect de la polémique. Il prenait les arguments classiques, — sauf celui des prophéties (5), — dans les meilleurs apologistes, Ahbadie et Houteville, et donnait à leur réfutation une base aussi scientifique que possible. Sans être très nouveau, son livre est une mise au point précise et lumineuse de l'effort critique accompli depuis Spinoza, une des œuvres capitales du rationalisme antichrétien, si l'on considère la valeur intrinsèque et non la

renommée.

Fréret-Burîgny fait justice de la conception carrée des origines chrétiennes, sans se dégager encore tout à fait de la vieille notion d'imposture. Les arguments que l'on tirait de la publicité des faits

1. « Nos juifs j-avants, comme l'on voit, sont polis, mais ceUe politesse et « ces égards n'empêchent pas qu'ils ne' prennent très souvent le ton d'un maître « qui sent la supériorité qu'il a sur ceux qui se mêlent de parler de matières a qu'ils n'ont pas assez étudiées ». [41] 1769, t. CV p. 293.

2. 1769 p. 472. V. Bachaumont [70]. 16 janv. 1773 ; 30 et 31 mai 1777 ; 12 nov. 1784 ; Grimm [73] VIII, 324 ; IX, 120. ^

3. « Il n'y a point d'emportement dans tout ce que nous avons extrait de cet excellent ouvrage ». « Ces lettres sont autant de chefs d'œuvre de critique, mais d'une critique sage, honnête, sans partialité, sans fiel ». Tréu. 1772, p. 33

et 6. , „ . ' i.

4. S. l. [Paris] 8«. L'attribution à Fréret est un subterfuge. Bangny, ne à Reims en 1692 mort à Paris en 1785, avait étudié la théologie en Hollande (1718- 20). De là sans doute la qualité solide de son érudition biblique. Il était de l'Académie des Inscriptions depuis 1756.

5. Et celui de la concordance générale des épîtres de Paul avec les évangiles, une des plus fortes preuves d'Abbadie.

DU DICTf* PHILOSOPHIQUE AU SYSTÈME DE LA NATURE 441

de l'évangile, dûment pesés et critiqués, du supplice des apôtres, témoins qui se font égorger, de l'aveu des miracles par les juifs et les païens, semblent définitivement condamnés. Et l'avenir commence à poindre : Burigny oblige les chrétiens à adopter nettement le point de vue évolutif pour expliquer les taches de l'A. T. Puis il reprend avec vigueur la critique baylienne qui détruit l'un par l'autre catholicisme et protestantisme et les oblige à renoncer à toute autorité autre que la raison et la conscience. Il ruine enfin la conception de l'histoire universelle s'ordonnant autour du Messie et de son église.

La réponse de Bergier, la Certitude des preuves du christianisme (1), méthodique et soignée, laisse une impression de défaite. Pas un moment ce défenseur de la foi ne fait appel à la psychologie ; or sur le terrain critique il est d'avance battu.

Burigny soutenait que l'histoire des faux évangiles et de tous les ouvrages supposés dans les premiers siècles infirme l'authenticité de nos évangiles. Bergier dissipe une équivoque : « C'est un « sophisme continuel de M. Fréret de confondre les évangiles « vrais avec les évangiles authentiques et les histoires dont on ne

« connaît pas les auteurs avec les histoires fausses » (2). Il est

difficile, disent les chrétiens, de supposer des livres qui obligent au martyre. — C'est, répond Burigny, ne pas connaître l'esprit du monde qui, avisé dans les choses temporelles, se conduit dans les spirituelles par prévention et séduction. — Et Bergier de répliquer : y a-t-il risque plus temporel que celui de perdre la vie ?(3). — Mais le christianisme ne fut longtemps embrassé que par le peuple, enthousiaste et crédule. — Plus attaché aussi à ses coutumes que les gens cultivés.

Au total, le principal fruit de la discussion modérée de Burigny comme des charges enragées de Voltaire est de réduire les apologistes à recourir à la notion d'un développement historique de la révélation, c'est-à-dire à contaminer l'absolu par l'humain et le relatif. Cela même est une abdication ; car ils avaient posé la thèse de la Parole de Dieu, parfaite par définition, que les philosophes retournent maintenant contre eux (4).

1. « ou BéfutaAion de VExamen critique »... Paris 1767, 12 ; rééd. 1768, 70. 73

3. C. 2 « Il faut convenir, écrit Grimm, que M. l'abbé Bergier est un homme « très supérieur aux gens de son métier... Il a de l'érudition et même. de la cri- « tique. C'est dommage que sa bonne foi lui fasse exposer les objections de ses « adversaires dans toute leur force et que les réponses qu'il leur oppose ne « soient pas aussi victorieuses qu'il se l'imagine ». VII, 295.

4. Dans cette période, pauvre en ouvrages français de critique biblique, le dominicain Fabricy, docteur théologien de Casanate, écrivit : Des titres primitifs de la révélation ou considérations critiques sur la pureté et l'intégrité du

Dans ses Conseils raisonnables àM.BergierW, Voltaire lui recommanda de ne pas avancer de faussetés, notamment que Jésus se soit dit flls d'une vierge, et surtout de ne pas faire valoir l'argument des martyrs, après les effroyables hécatombes de l'Eglise. Bergier répondit que les moutons avaient commence (2).

Les temps sont mûrs pour une autre, apologétique. L'ancienne est à bout de souffle.

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