‹ De Pascal à Chateaubriand [microform]. Les défenseurs français du christianisme de 1670 à 1802Chapitre 31 sur 390 · JÀ · texte numérisé non relu

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La théopneustie ébranlée

En 1685 paraît son Histoire critique du Vieux Testament, Tout le livre est téméraire, par la recherche des sources, des dates, des interprétations, qui trouble la confiance oflîcielle dans l'intégrité des Ecritures juives (1). Mais la nouveauté scandaleuse est Tatteinte qu'un homme d'Eglise porte à l'authenticité du Pentateuque par la thèse suivante : Moïse n'est pas l'auteur du Pentateuque entier. Il a fait les lois et les ordonnances. Des écrivains publics, scribes ou chroniqueurs olïiciels dont Simon suppose l'existence, ont rédigé la partie historique sur l'ordre de Moïse et peut-être après lui. De là les invraisemblances menues ou fortes relevées par Aben-Ezra.

La même année, Jean Leclerc (2) critiqua cette hypothèse dans les Sentiments de quelques théologiens de Hollande sur l'Histoire critique du Vieux Testament. Mais c'était pour opposer une conjecture à une autre. « Le compilateur du Pentateuque a pu « être un Israélite craignant Dieu qui aurait recueilli tous les « écrits de Moïse et y aurait ajouté d'autres faits tirés de livres « anciens et dignes de foi en faveur des Samaritains, vers le « temps de la Captivité » (3). Ce serait, par exemple, un sacrificateur envoyé de Babylone pour instruire les nouveaux habitants de Palestine, vers la 18* année de Josias.

Les lettres 11 et 12 des « Sentiments » formaient un Traité de l'inspiration des auteurs sacrés qui n'est pas un hors-d'œuvre, car il est difficile de soulever la question d'authenticité d'un livre saint sans toucher à celle de l'inspiration. Ce traité fit horreur.

Le but de Leclerc était pourtant très religieux. Conscient des

1. Nous n*avons pas à analyser ici l'œuvre colossale de Simon ; nous étudions la défense, non l'attaque. Nous indiquons seulement la direction et les principaux résultats de cette attaque, pour éclairer les points sur lesquels porte la défense. On trouvera l'analyse de l'Histoire critique dans Margival, o. c. Simon poursuivit méthodiquement ses recherches dans VHistoire critique du Texte du N. T., Roti, 1689, 4«, à laquelle le protestant Coulan répondit par un Examen... (Amst., 1696) ; — VHistoire critique des Versions du N. T., Rot., 1690, 4», qui le mit en conflit avec Arnauld ; — VHistoire critique des principaux Commentateurs du N. T., Rot., 1693, 4», combattue avec fo'rce par Bossuet dans sa Défense de la tradition et des Saints Pères. L'irréductible opposition de l'exégèse traditionnelle et de l'exégèse scientifique se marque dans cette réponse par des formules et des exemples saisissants. C'est le livre à lire pour le lettré « honnête homme » qui veut comprendre vite et bien la révolution religieuse que Simon pouvait opérer, si, pendant près d'un siècle, les disciples ne lui avaient manqué. Nous ne pouvons en faire état, car il plarut en 1753 dans le 2^ volume des Œuvres posthumes de Bossuet (Paris, 4»).

2. Littérateur et théologien (1657-1736), professeur à Amsterdam de 1684 à 1728, un des esprits les plus ouverts du temps. Il est encore connu des lettrés par ses « Bibliothèques » : Bibliothèque universelle et historique (1686r-93) ; Bibliothèque choisie (1703-13) ; Bibliothèque ancienne et moderne (1714-27).

3. « Parrhasiana ou pensées diverses sur des matières de critique, d'histoire, de morale et de politique. Avec la défense des divers ouvrages de M. L. C. » Amst., 1699, 8», par Théodore Parrhase (Jean Leclerc).

JEAN LECLERC ET RICHARD SIMON

obstacles que les affirmations antihistoriques et les absurdités métaphysiques opposent à la foi, il est de ceux qui périodiquement vont essayer d'ôter ces pierres de scandale. En reconnaissant la non-inspiration des livres historiques, on « soudra tout « d'un coup une infinité de difficultés que les libertins ont accouft tumé de proposer contre l'Ecriture sainte, qu'il n'est pas pos- (f sible de soudre selon les principes ordinaires... on les verra « embrasser sans peine ce qu'ils ont rejeté jusqu'à présent avec « opiniâtreté parce qu'on l'appuie mal à propos sur des suppo- « sitions qui se trouvaient contraires à toutes leurs lumières ».

Sa méthode découle du principe protestant : l'inspiration des Ecritures se révèle par le témoignage intérieur du St-Esprit. Alors que l'Eglise catholique préfère prouver cette inspiration juridiquement, par des productions de titres : authenticité des livres, dons surnaturels de leurs auteurs, constitution du canon, tradition constante, le protestant confronte leur contenu avec les exigences de sa conscience ou les besoins de son cœur, et de l'harmonie entre le livre et ces besoins il conclut à son origine divine. Cette conclusion n'est pas la conséquence d'un raisonnement : c'est une impression directe, l'intuition d'une « onction » spéciale. Telle était du moins la notion des réformateurs.

La scolastique protestante du xvir siècle revint vite à la démonstration dialectique et traditionnelle de l'inspiration, mais le principe de la Réforme restait vivant chez les théologiens en marge de l'orthodoxie et prenait insensiblement la forme suivante: la conformité de la Bible à la conscience morale et à la raison prouve son inspiration. Leclerc soutint que là où la Bible choque la raison ou la conscience, elle n'est pas inspirée. Le désordre et les sutures maladroites des livres historiques prouvent qu'ils ne sont pas l'œuvre d'auteurs privilégiés, mais de personnes pieuses visant à l'édification. Les Proverbes sont des conseils de la sagesse humaine. Dans Job, Dieu approuve des choses « qui ressemblent « fort à des blasphèmes » : « puissé-je n'être pas né ; — te sied-il bien de me faire tort ? » (1). Il n'est pas besoin d'inspiration pour savoir que Dieu afflige quelquefois les bons pour les éprouver. Il y a des cruautés dans les Psaumes, des enfants écrasés sur la pierre (2). L'Ecclésiaste soutient le sentiment sadducéen que tout finit avec Fa vie. Rien dans le Cantique des cantiques, ni dans l'A. T., ni dans le N. T., n'autorise l'application allégorique de ce poème à la synagogue ou à l'église.

Si nous passons aux auteurs du N. T., nous constatons* qu'ils

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