V. supra p. 246 sq. „ o » ono
5. Sermon sur la foi. Œuv. posth., Paris Le Clère 1826, 3 v. 8«», I, 20».
« que de vous faire sentir combien elle est aimable. Nous ne « donnerons ici d'autre preuve de sa vérité que sa beauté ». Elle est la plus sublime dans ses dogmes, la plus sainte dans ses préceptes, la plus auguste dans ses rites que l'esprit puisse concevoir (1).
On se moque de notre culte, mais « le culte extérieur n'est prescrit que pour établir, fortifier* animer le culte intérieur » (2). Chaque cérémonie comme chaque sacrement nous aide à remplir un devoir. « Combien de fois la sainte confusion que la confes- « sion inspire a-t-elle ramené la pudeur prête à s'égarer ? La (.< honte d'avoir un crime à dévoiler eut souvent plus de force « que celle de le commettre » (3). Duvoisin s'attendrit sur la douceur des fêtes chrétiennes qui marquent les étapes de la vie (4), Lamourette sur le spectacle du peuple à l'église : « Com- « me tout parlait en eux de la douce révolution que la pensée et « l'espoir d'une meilleure vie produisaient dans leurs cœurs ! i( Quelle avidité d'attention I quel maintien, quels regards ! quels « soupirs ! quelles larmes délicieuses ! que la foi paraissait alors ft un flambeau auguste et adorable ! » (5).
Ce développement exclamatif baigné de larmes délicieuses date de 1786. C'est déjà l'apologétique parlant à l'imagination par l'évocation d'une scène, d'une silhouette, d'un geste harmonieux, de
« cette croix plantée sur la colline et qu'un bouquet d'arbres « touffus couronne de ses épais rameaux » (6), de l'église au
1. De la Luzerne : « Instruction pastorale sur l'excellence de la religion », Paris 1786. 12 ; rééd. 1793. 96 etc. — V. Génie du christianisme. Préface : « On « l'avait séduit en lui disant que le christianisme était un culte né du sein de « la barbarie, absurde dans ses dogmes, ridicule dans ses cérémonies.,. On « devait montrer qu'il n'y a rien de plus divin que sa morale^ rien de plus « aimable, de plus pompeux que ses dogmes, sa doctrine et son culte... Le « christiainisme sera t'il moins vrai quand il paraîtra plus beau ? »
4. Démonstration évangélique, 1800, c. 10. C'est le thème développé par Chateaubriand 1" part. 1. I. c. 6 à 11; : « La connaissance de l'homme civil et moral est renfermée tout entière dans ces institutions », éôl, Didot 1874. 2 v 12 • t I p. 30. . . , . ,
5. Pensées sur la philosophie de l'incrédulité, Paris 1786, 8» p. 143. Cf. les développements de Chateaubriand sur la foi « ailes de l'âme » et sur l'espérance « nourrice des infortunés » ire p. j. jj. c. 2 et 3. Lamourette (1742-94), ancien lazariste acquis aux idées nouvelles, servit à Mirabeau de conseil théologique, rédigea le projet d'Adresse au peuple français sur la constitution civile du clergé, fut nommé évêque de Lyon. Mais il s'éleva courageusement contre les terroristes et périt sur l'échafaud. Plus sincène que CSiateaubriand, plus fervent que Bernardin, Lamourette a déjà le ton de 1808, celui des ouvrages édifiants qui vont foisonner pendant la renaissance religieuse.
6. Les Délices de la religion ou le pouvoir de t'évangile pour nous rendre heureux, Paris 1788, 12, p. 290 Masson cite largement cet auteur, o. c. III, 198, 218 sq.
crépuscule avec « quelques personnes dispersées et agenouillées i< loin les unes des autres ».
« Il y en avait qui ne proféraient aucun mot et dont les yeux fermés et « humides de pleurs ne s'ouvraient pas même lorsque marchant près d elles « l'essayais d'interrompre leur recueillement. On aurait dit que ces creatu- « res sublimes ne se doutaient pas qu'il y eût autre chose que Dieu au « monde... Voilà la preuve de la divinité du christianisme la plus capable de « déconcerter toutes les forces de Virréligion » (1).
Lamourette s'est essayé à penser dans un livre illisible sur la philosophie de la foi (2). Vraiment le temps n'est plus. Qu'il fasse son métier, qu'il nous enchante ! dirions-nous volontiers à l'imitation de Joubert. L'ignorance et la faiblesse logique de Chateaubriand ne lui sont pas des défauts propres. Les chrétiens n'étaient déjà plus que des âmes sensibles.
En 1780, Rondet publiait des opuscules de l'abbé Fleurij (3) pour servir de suite à son « Histoire ecclésiastique ». Il s'y trouve un Discours sur VEcriture sainte qui, avec le Discours sur la poésie des Hébreux, pouvait encourager les avocats du christianisme à proclamer hardiment la beauté littéraire des Ecritures. Pourquoi, quand on admire Homère, trouver Moïse grossier ? La simplicité est un art; il n'échappe qu'à ceux dont le goût est gâté par la rhétorique.
L'idée était si bien dans l'air que VAcadémie de la Conception à Rouen avait proposé la question suivante : « Quels sont, outre « Vinspiration, les caractères qui assurent aux livres saints la « supériorité sur les livres profanes ? » Le mémoire couronné en 1778 est largement cité par l'abbé Brunet qui, en pleine révolution, poursuivit calmement cette étude comparée des religions que Rousseau jugeait au-dessus des forces d'un homme (4).
1. P. 75. Barruel abonde dans son sens : « De toutes les preuves de la reli- « gion chrétienne, celle-ci est... la plus humiliante pour cette espèce d'hommes « qui ont osé se dire philosophes en combattant avec tout l'acharnement possi- « ble une religion si bien faite pour établir partout l'empire de la vertu et « celui du bonheur ». « Je connais peu d*ouvrages qui m'aient montré la reli- « gion sous un jour plus vrai, plus ravissant.,, cent fois j'ai remercié l'auteur « des sentiments qu'il m'inspirait ». J. eccl. [55] nov. 1788 p. 248 et 380.
2. Pensées sur la philosophie de la foi, ou le système du christianisme entrevu dans son analogie avec les idées naturelles dr l'entendement humain.] Paris 1789, 12.