‹ De Pascal à Chateaubriand [microform]. Les défenseurs français du christianisme de 1670 à 1802Chapitre 35 sur 390 · Gen · texte numérisé non relu

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JEAN LECLERC ET RICHARD SIMON

Moïse ne fait rien que par ordre de Dieu, et Dieu ne lui ordonne nulle part d'établir de tels écrivains. Le Vassor conteste qu'on appelle prophètes ceux qui écrivent des annales. Samuel, Nathan, Gad, Ahias et Addo sont appelés ainsi parce qu'ils sont inspirés et non parce qu'ils sont annalistes. Il réfute la citation de Josèphe sur laquelle Simon étayait son hypothèse. Simon prétend que ces écrivains ont subsisté après la captivité sous le nom de scribes. Or, juifs et chrétiens croient fermement qu'après la captivité il n'y a plus eu de succession certaine de prophètes.

La conjecture de Lecierc était plus hardie, puisqu'elle avançait jusqu'à la Captivité la composition du Pentateuque, mais moins vraisemblable aussi. Voici comment son auteur l'appuyait : le sacrificateur Israélite envoyé de Babylone ne pouvait être suspect ni aux Samaritains ni aux Juifs. Il écrit en hébreu et avec d'anciens caractères, parce qu'il ne sait pas encore la langue des chaldcens. Il doit être postérieur à la 18^ année de Josias, parce que c'est cette année-là que le livre de la Loi fut découvert dans les ruines du Temple. Le Vassor demande à l'auteur de ce « roman » : Comment ce personnage connaît-il si bien la carte de la Chaldée et pas sa langue ? Comment fait-il admettre son ouvrage comme venant de Moïse ? Comment n'est-il pas suspect aux juifs puisqu'il est schismatique ?

Tout cela prouvait à la rigueur que les hypothèses de Simon et Lecierc n'étaient pas bonnes, mais non pas que la thèse orthodoxe fût vraie, les faits que les hypothèses essaient d'expliquer bien ou mal restant les mêmes.

Les objections contre l'inspiration ne sont pas plus fortement réfutées. Tantôt Le Vassor fait appel à la démonstration objective, tantôt il nie toute contradiction entre l'Ecriture et nos idées morales. L'inspiration des livres de Moïse, auteur de miracles, et celle des livres prophétiques se prouvent par ces miracles et ces prophéties mêmes. Celle des autres livres se prouve par le consentement des juifs et des chrétiens et par l'autorité de J.-C. et des apôtres, qui ont considéré le canon comme inspiré. Même les Proverbes sont cités par les apôtres. Ceux-ci n'ont pu les recevoir comme inspirés que si Jésus les a crus tels. — Les auteurs des livres historiques sont « des hommes que Dieu a conduits et inspirés pour nous conserver la mémoire des faits qui servent de fondement à notre sainte religion » (1). — Il est faux de dire que Job blasphème (2) ; Dieu n'exige pas que nous soyons stoïques dans la souffrance, et Paul donne Job en exemple (2 Cor. 3, 20).

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— Les cruautés des Psaumes ont un sens figuré et prophétique (1). L'Ecclésiaste n*est pas matérialiste ; il faut regarder sa conclusion : tu viendras en jugement.

Notre auteur maintient à plus forte raison Tinspiration de^ auteurs du Nouveau Testament dans le récit des faits (2). Les apôtres ont pu avoir des défauts de caractère, cela ne les empêche pas de prophétiser et d'être inspirés dans leur prédication. Ils n'auraient pu, sans une inspiration particulière, abroger la loi. Ils disent hardiment : « Il a semblé bon au Saint-Esprit et à nous » (3). .

L'infiltra- En fait. Le Vassor est moins notable dans l'histoire de la *^°^ ^® ^* défense du christianisme par sa résistance que par ses concescritique sions. Sa nervosité marque l'infiltration de la critique dans le bloc orthodoxe.

Il gémit bien : « Le pyrrhonisme en fait d'histoire devient fort à la mode et c'est une marque du bon goût de notre temps. L'histoire est pleine d'incertitude. On n'est assuré tout au plus que des faits généraux » (4). Mais, en même temps, il renonce assez facilement à l'authenticité de l'épître aux Hébreux et de l'épître de Jude (5), il se rend compte que l'argument tiré des figures de l'A. T. est bon pour édifier les chrétiens plus que pour convaincre les incrédules, il chancelle sur la preuve par les prophéties, toujours chicanée par les libertins et qui n'est pas populaire. Les critiques la rendent impraticable : jusqu'à présent on réfutait les juifs et les païens les uns par les autres. Les païens disaient : les prophéties s'appliquent bien à J.-C, mais elles ont été inventées après l'événement. On répliquait : les juifs vous prouveront que les textes sont intacts. Les juifs disaient : les prophéties sont anciennes, mais elles ne s'appliquent pas à J.-C. On les renvovait aux oaïens.

Cela n'est plus possible avec le système de Simon. Quand on a fait un corps des harangues des prophètes, qui empêchait les écrivains publics d'y insérer des prédictions ?

Aussi Le Vassor est-il conduit à chercher ses preuves les plus solides dans la personne de Jésus-Christ, ses miracles, sa doctrine, et dans l'accord du christianisme avec notre âme. « Le seul « système de la religion chrétienne parait beau et digne de Dieu. « On y découvre de si grands rapports avec le cœur et les besoins

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