‹ De Pascal à Chateaubriand [microform]. Les défenseurs français du christianisme de 1670 à 1802Chapitre 360 sur 390 · Annales de la religion [56], t. I · texte numérisé non relu

Annales de la religion [56], t. I

réalité de la révélation et d'un rédempteur. Mais les idées se jouent dans l'entendement, la partie la plus impersonnelle de l'être ; les idées métaphysiques n'ont pas une évidence contraignante ; enfin l'esprit fût-il convaincu, le cœur peut n'être pas persuadé. Aussi Bossuet fait-il appel aux faits: le fait des prophéties miraculeusement réalisées, la réjection des juifs et la conversion des nations. Mais ces prophéties sont acceptées sans contrôle. Il faudrait établir leur historicité, comme aussi celle des miracles. C'est l'œuvre iVHouteville et de ses continuateurs : la critique historique apparaîtra longtemps comme la méthode propre de l'apologétique.

Mais, maniée par Burigny, la critique historique fait soupçonner l'inauthenticité des évangiles et leur composition tardive, et Diderot de son côté proclame qu'il ne saurait y avoir d'histoire là où point le surnaturel. Les chrétiens se replient encore sur des faits contemporains et d'expérience personnelle. Le plus grand des miracles est la transformation de l'homme, la paix intellectuelle conquise, les passions domptées, le cœur content, la résignation à la destinée, aux souffrances et à la mort, leçon suprême de toutes les philosophies et de toutes les religions, nulle part plus facile à suivre que dans la religion du Dieu père, frère et sauveur

des hommes.

Vu du dehors, l'argument des bienfaits du christianisme garde un caractère objectif et constitue l'adaptation la plus habile de l'apologétique aux tendances d'une société préoccupée de notre condition terrestre, et encline à penser avec Rousseau que si la vérité ne saurait être malfaisante, une doctrine bienfaisante ne

saurait être fausse (1).

Vu du dedans, réduit à « l'expérience chrétienne », il reste pour le vrai croyant l'argument décisif, parfois le seul inébranlable, mais il n'a plus que virtuellement une valeur de preuve, fondée sur l'analogie des âmes humaines : insensé qui crois que tu n'es pas moi ! Etant donnés cette analogie, leur communauté de misère et d'aspirations, le témoignage innombrable de celles qui en tous lieux, depuis 18 siècles, ont trouvé le bonheur vainement cherché jusqu'alors dans les sentiers humains, — on conclut par une induction tacite que, la même cause produisant les mêmes effets, SI quelqu'un veut tenter l'expérience il éprouvera et saura.

On affirme alors hardiment l'universelle efficacité et la divine

1. « La! religion ne peut êtr« utile et nécessaire sans être bonne et vraie. Ce « serait la plus révoltante impiété contre la Providence... que de nous offrir « une imposture pour base du bonheur du monde ». (Réfl. sur la prétention des phUosôphes que la religion n'est bonne que pour le peuple. — Mém. hist. et crit. 1801, p. 67).

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CONCLUSION

origine d'un remède tout puissant où les autres ont échoué. Le médecin est Dieu lui-même (1).

Quoi qu'il en soit, l'apologie, qui planait avec Malebranche audessus des lois générales du monde, qui déroulait avec Bossuet la plus haute loi de l'histoire, est déjà descendue vers l'homme et s'appuie sur la connaissance du cœur humain. Sans doute on cherche encore Dieu dans les étoiles, avec Chateaubriand dans les solitudes de la mer et de la forêt, avecT Bernardin de St-Pierre dans les harmonies des oiseaux et des fleurs, mais le siècle qui vient le cherchera surtout dans le mystère de la « nouvelle naissance », au fond d'un cœur vicieux, meurtri, régénéré.

En refoulant les défenseurs du christianisme de position" en position, le xviir siècle les a contraints à se réfugier dans le réduit de la foi : l'expérience mystique de « Dieu sensible au cœur ».

Ils ont passé d'un plan de certitude à un autre, de la certitude rationnelle à la certitude morale que donne le témoignage, puis à la certitude mystique qui résiste aux difficultés de la philosophie et de l'histoire. La démonstration semble devoir être remplacée par la contagion du sentiment. Bien entendu, les 3 genres n'ont cessé de coexister et l'on trouve des apologies intellectualistes après Rousseau et Schleiermacher, comme on a trouvé dans de très anciennes tombes égyptiennes des statuettes d'hommes libres armes de bronze et d'esclaves armés de silex. Mais après cent ans d erreur intellectualiste, où la révélation est conçue comme un code dont il faut produire les titres d'origine (2), on en revient à Pascal, et nous savons que l'apologétique du xix* siècle, dans la mesure où elle sort de l'ornière classique, sera toute pénétrée de son esprit (3).

1. \.Nazelle: „ Etude »nr A. Vtnel critique de Pascal », Alençon 1901 8» 2 Voici une des meilleures formules de cette coi.cep;:oa : . Nous entendons

. natureiult Le felrZIl'T "" ™''" ""= doctrine qui développe la loi

naturelle et fixe les règles des mœurs j qui établit des devoirs surnaturels et

,. annonce des secours dans le même ordre pour les remplir ; <Sln Zproposi

: de'soTesoHt'eff' incompréhensibles... auxquelles rSomme doitTho'ZaT

en «t le motif ''%^". '«"■■• P-^-^lf 1"» 1" véracité de Dieu qui les a révélée

en est e motif » Jamm : , Pensées aéologiques ». Paris 1769. 12, p. 82.

3. . L analyse de Newman discerne dans l'intelligence et surtout dans le

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' ne pourrait être une conviction purement abstraite ». TKureau-Dangin ■ .La

Vch4""rahh"é' «/'■'"' ""/"'' """ "• ''">» "'•*-i«««' ' V- «". *• mrioe. -

V. Chez 1 abbé Blanc, professeur aux Facultés calholiques de Lyon : La foi et la morale chré^enne. Exposé apologétique. Lethielleux 1906 peL in-16 p 69 et 72, l'argument tiré de la grâce et de ses elTets : « des contenutentset desties

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De plus, la critique baylienne développée par les déistes anglais, par Marie Huber, par Rousseau, a subordonné toute autorité au contrôle de la « lumière intérieure », c'est-à-dire, en définitive, de la conscience et de la raison. Chez les âmes religieuses modernes, cette lumière discerne dans l'Ecriture ou dans l'enseignement ecclésiastique l'aliment spirituel assimilable, des parties mortes et sans vertu ; ou, pour parler le langage contemporain, la conscience sociale de chaque génération juge et corrige la

conscience religieuse.

Le réveil orthodoxe du premier tiers du xix' siècle fit succéder par une réaction naturelle l'affirmation radicale à la négation radicale. Mais si, depuis, toutes les formes modernes de la foi chrétienne offrent un mélange de mysticisme et de rationalisme, en proportions variables selon les églises, les lieux et les temps, c'est parce que les luttes soutenues au siècle de Voltaire ont amené les chrétiens à se connaître eux-mêmes, à découvrir l'essence de leur foi et le critère intérieur de la vérité religieuse. C'est dans le cœur humain qu'elle a son siège et sa preuve.

Le combat ne fut donc pas stérile, puisque le christianisme traditionnel devait sortir de sa lutte inégale profondément modifié.

fini n'ont pas d'explication humaine » etc.. Et encore : « Ad interna criteria potest , .. illa quoque in^terna experientia revocari, qua is qui doctrinam Christi theore- \ tice et practice sequitur, in se sentiat optimos et mirabiles ejus effectus, animi « quietem, studium virtutis, tœdium rerum mundanarum, desiderium rerum « cœlestium, imminutionem malarum passionum, augmentum humilitatis, casti- « tatis, palientiae, caritatis, pacem quae exsmperet omnem sensum. Si e contra- « rio sine hac religione omnia tenebrescunt... utique hoc indicium est non levé « doctrinam illam habere Deum auctorem >». Christianus Pesch, S. J. : « Preelectiones dogmaticœ », Friburgi Brisgovia» 1894-99, 3 v. 8«, t. I, 151 « De criteriis internis doctrinœ Christi ».

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