CHAPITRE IV
L'âge d'or de l'apologétique classique
Malebranche. — Huet. — Bossuet. — Abbadie
Le grand siècle de foi pensée qu'est le xvii* siècle s'achève sur le concert magnifique de quatre apologistes, qui appliquent à la défense de la foi de Pascal une raison formée par Descartes.
Le grand évèque surveillant de l'orthodoxie, le pasteur réfugié, l'érudit ingénieux et mal pondéré, le doux oratorien dont la métaphysique est le plus beau poème psychologique du siècle psychologue entre tous, ces quatre hommes sont d'esprit très divers. Mais l'essentiel de leurs croyances est commun et leurs démonstrations sont rationnelles. L'incarnation et la rédemption par le sang, ces deux fondements de l'orthodoxie chrétienne, sont à la base de leurs ouvrages. Ils bâtissent sur St-Thomas.
L'ange de l'Ecole a dit : « Croire est un acte de l'intelligence en tant que celle-ci est menée à l'assentiment par la volonté » (1). ns le pensent aussi. Sans doute Pascal a grandi, à leurs yeux, le rôle du « cœur » et mieux ils sentiront ce rôle, comme Abbadie, plus ils seront proches de nous, mais ils restent tous convaincus que la vérité de la religion est démontrable, par des raisonnements et par des faits. Ils compliquent ou simplifient leurs démarches, insistent davantage sur tel ou tel ordre d'arguments ; ils peuvent feindre comme Huet une confiance limitée dans la certitude rationnelle, pour tous les preuves cartésiennes du spiritualisme qui est bien la moitié de la religion sont décisives, et, au bout de la démonstration du christianisme lui-même, seul le méchant peut résister.
Cartésiens avant tout, ils prendront à Pascal des procédés d'exposition , non la substance de son apologétique. La preuve interne, même pour Abbadie et Malebranche qui l'ont le mieux connue, reste une preuve entr'autres. Les arguments historiques et philosophiques prouvent Jésus-Christ à l'entendement, aux yeux mêmes.