‹ De Pascal à Chateaubriand [microform]. Les défenseurs français du christianisme de 1670 à 1802Chapitre 38 sur 390 · Thess · texte numérisé non relu

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5.* Pierre dis'simulant avec les juifs (Gai. 2, 14) ; Paul disant : savais pas que ce fût le grand prêtre » (Act. 23, 5).

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JEAN LECLERC ET RICHARD SIMON

résultat définitif de faire reculer Groteste sur la position suivante : « La plus grande partie du Nouveau Testament n'est du « St-Esprit qu'en ce qu'elle a été écrite sous sa direction par des <( hommes dont il laissait agir les facultés en les rendant inva- « riables dans le chemin de la vérité » (1).

C'est à peu près la thèse vers laquelle semble pencher le pieux Chez un et libéral Dupin dans la Dissertation préliminaire ou Prolégomè- janséniste : nés sur la Bible (2). L'inspiration est une « assistance particulière Dupin du St-Esprit qui conduit l'esprit de celui qui écrit en sorte qu'il ne permet pas qu'il se trompe » (3). Pour cela, il lui inspire la volonté constante de dire la vérité et la lumière pour distinguer le faux du vrai. Mais, plus affirmatif que Groteste, Dupin répond oui à la question : tout ce qui est dans l'Ecriture, même les faits et les questions qui ne regardent point la religion et les points de philosophie, est-il divinement inspiré? (4). En tout cas, il discute pied à pied tous les arguments qu'on peut apporter contre et ne laisse qu'une part infime à l'erreur.

Cet érudit à l'esprit ouvert et foncièrement droit montre la falsification de presque tous les témoignages profanes allégués en faveur du christianisme. Il rejette les oracles sibyllins, les lettres de Lentulus et de Pilate sur J.-C, les lettres de Sénèque à Paul (5), etc., documents que bien des apologistes catholiques exploiteront encore pendant près d'un siècle. On sait comment la probité scientifique dont il usait dans sa Bibliothèque des auteurs ecclésiastiques le rendirent suspect d'hérésie. Il avouait que l'Eglise primitive avait ignoré : péché originel, purgatoire, confession auriculaire, jeûne régulier, monachisme, célibat des diacres, dîme ecclésiastique. Il parlait avec indépendance des Pères et de leurs erreurs, affaiblissait la vénération due à Marie et l'autorité de Pierre (6). Mais Bossuet veillait. Il poursuivit le pieux ami de Racine et du bon Rollin comme il avait poursuivi l'oratorien sar-

2.' pkris, 1699, .3 v. 8«, réinipr., 1701. Les chapitrcsi I, 2 ; III, 1 et 7 ont une valeur apolo^çétique. Dupin vise surtout Simon.

4 On connaît la doctrine orthodoxe : « Nefas oninino fuerit aat inspirationem ad aliquas tantum sacr» ScripturaB partes coangustare aut concederc sacrum ipsum errasse auctorem. » — Encycl. de Léon XIII : « Providentissimus deus », 18 nov. 1893. V. le P. B rucher : « L'Eglise et la critique biblique », Lethielleux, 1908, 8«. ...

5. « Il n'y a presque aucune pensée morale dans celles de Séneque, ni aucune chrétienne dans celles de Paul. » III, 375.

6. Toutes ces hardiesses étaient relevées dans les « Remarques » du bénédictin Petit Didier « sur la Bibliothèque des auteurs ecclésiastiques », Paris, Hortemels, 3 v. 8«, 1691, 92, 96 et Leclerc, 2 v. 8«, 1701.

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castique et équivoque. Il obtint de rarchevêque de Pans un décret, du Parlement un arrêt supprimant l'ouvrage (1).

Mais si Dupin élague les branches basses déjà condamnées par les protestants, c'est pour mieux conserver le tronc, et sur Pauthenticité, la canonicité, l'autorité des livres du Nouveau Testament il maintient les positions rigoureusement orthodoxes (2).

On le voit, si la lutte est engagée entre la critique et la tradition, elle se localise encore entre gens qui s'accordent sur l'essentiel. Bayle ébranlera les fondements de l'édifice en sapant le i>rincipe de la révélation, le surnaturel, le spiritualisme même. Avant la tourmente et aussi avant le grand essor de l'esprit scientifique, l'apologie classique, hautaine et encore assurée, va atteindre son apogée avec Huet, Bossuet, Abbadie. C'est l'âge d'or de l'apologetique intellectualiste. Elle livre le grand combat contre les objections venues de la raison, tantôt bon sens, tantôt évidence philosophique, et escarmouche contre l'histoire à ses débuts. Nous n'entendrons plus de ces grandes voix qui ont la sérénité de la force. A mesure que nous entrerons dans le siècle de Bayle, les apologistes ne se battront plus, ils se débattront.

1 Arrêt du 16 avr. 1093. Il ne fut pas exécuté.

2* De même, J.-B. Duhamel clans ses « Institutîones biblicx ». Pans. 1698, 12 '-t MatThieu' Petit Didier dans ses « I>;-rtations latines historiques, cr.tiques et chronologiques sur les livres de 1 A. T. ». Toul. 169 J. 4 .

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