‹ De Pascal à Chateaubriand [microform]. Les défenseurs français du christianisme de 1670 à 1802Chapitre 41 sur 390 · I. — L'ENNEMI A CONVAINCRE. — PROGRÈS DE L'iNCRéoULITÉ · texte numérisé non relu

I. — L'ENNEMI A CONVAINCRE. — PROGRÈS DE L'iNCRéoULITÉ

A tout prendre, leur démonstration n'est pas mal adaptée à un public peu documenté, plus jaloux de son indépendance que capable de la légitimer. Le gros des libertins avant Bayle est insuiïisamment armé ; ils sentent le faux de la religion et souhaitent sans doute qu'un esprit vraiment fort l'établisse, mais l'histoire et la critique ne sont pas leur fait.

Ces libertins sont, en effet, des gens du monde ; le témoignage

des apologistes est concordant sur ce point. C'est le jésuite Rapin

qui dit que la foi du peuple doit compenser aux yeux de Dieu les

manquements des gens de cour (1), c'est l'oratorien Mauduit

constatant que les églises sont encore pleines (2) ; c'est le pasteur

Spanheim qui relève le sens nouveau du nom d' « honnête

homme » : « Selon le style du siècle, qu'est-ce que d'être honnête

« homme ou que d'être un galant homme ? Ce n'est pas comme

« vous le savez être un homme de bien, mais c'est être impie dans

« le raisonnement, c'est être railleur dans la conversation, c'est

r être libertin dans la vie... et souvent c'est être sans Dieu et

« sans religion » (3). . , r. .

Car, parmi les causes de l'incrédulité que Rapin cherche a définir, l'esprit aristocratique a sa place. « Ils sont seuls les beaux « esprits, dit lourdement Spanheim, les déniaisés et les savants, . et à leur avis ceux qui prennent plaisir au tout Pi issant ne sont <- que des esprits faibles, des niais et des idiots » (4). Joignez-y la curiosité, la prétention damnable de pénétrer les mystères. On entend cavaliers et dames trancher allègrement les problèmes de la grâce, dont les papes et les conciles ne parlaient qu'en trem-

1. Œuvres diverses touchant la religion : » La foy des derniers siècles ».

^^2/ Traité de religion contre les athées, les déistes et les nouveaux pyrrhoniens, Paris, 1677, 12, Préface. ^-n^ ;, i „^«

3. Frédéric Spanheim le jeune, né à Genève en 1632. mort en 1/01 ^Jfy^l* professeur de théologie : L'Athée convaincu en h sermons, Leyde, 167b, 8 , p. 83. Bossnet s'écriait déjà en 1665 : « O Dieu, les verrai-je toujours triompher dans les compagnies et empoisonner les esprits par leurs railleries sacrilèges ? » (Serm. sur la divinité de la religion, 1" point).

L*AGE d'or DE l'aPOLOGÉTIQUE CLASSIQUE

blant(l). L'esprit cartésien a sourdement fait en eux son œuvre. La passion de raisonner les possède. « C'est en raisonnant qu'ils veulent chercher Dieu et le trouver » (2). Et comme, avant les « Pensées sur la comète », leur raison n'est peut-être pas bien convaincue de l'impossibilité du miracle, ils demandent des miracles pour croire, alors que le plus grand est la conversion du cœur humain par l'évangile, et qu'il devrait suffire.

Or, le mal encore secret tend à se propager. Les églises sont pleines, mais cette uniformité apparente cache «.une diversité horrible de sentiments » (3). D'autant plus que les malades n'osent pas dévoiler toute la gravité de leurs blessures. « S'ils en parlent ce n'est que par manière d'entretien ou de divertissement et l'on peut dire que ce sont là les péchés honteux des hommes » (4).

IL — Les assembleurs de matériaux

' En attendant que la critique érudite et le rationalisme scientifique munissent d'armes redoutables le scepticisme mondain, d'obscurs ouvriers chrétiens cherchent des matériaux, taillent les pierres dont les grands apologistes élèveront un rempart à la foi. L'un développe une seule idée, l'autre éclaircit un point particulier, un autre ouvre une perspective. Ces travailleurs modestes, très nombreux après Pascal, manqueront un peu au xviir siècle.

L'année même des Pensées, un protestant, Jacob Girard des Girard des Bergeries, publiait un copieux recueil des figures de l'Ancien Bergeries Testament (5). Ces figures ont une valeur démonstrative contre les athées, car un Dieu seul a pu créer cet ajustement entre des écrivains nombreux et différents et des événements lointains ; contre les juifs, car si leurs cérémonies ne sont pas symboliques elles sont absurdes. Dieu ne pouvant être apaisé par la graisse et le sang qui n'ont aucune vertu morale ; — contre les sociniens : si, en effet, les sacrifices lévitiques sont des types, la mort de J.-C. est bien une expiation qui nous justifie par le sang d'une victime substituée, et non un simple exemple de patience.

Girard promet d'être prudent. Il ne fer^ pas comme ceux « qui, sous prétexte de quelque légère analogie, font des types de toutes choses et qui leur baillent la torture pour les faire servir à leur

1. « Tout plongés qu'ils sont dans les choses basses, ils se mêlent de décider hardiment des plus relevées. » Bossuet. o. c.

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