‹ De Pascal à Chateaubriand [microform]. Les défenseurs français du christianisme de 1670 à 1802Chapitre 51 sur 390 · Entret. 8 et · texte numérisé non relu

Entret. 8 et

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en possession de la grâce Tâme est en liberté ; il se retire dans la solitude.

Telle est la partie la plus vivante de l'apologétique de Malebranche : la philosophie établit que l'homme est fait pour connaître la venté et aimer le bien, l'expérience du chrétien prouve que sa religion le conduit à cette fin en perfectionnant son intelligence et sa volonté, elle est donc la religion vraie.

La correspondance mémorable de Malebranche avec Dortous de Mairan prouve bien quel était pour le grand oratorien luimême, et quoiqu'il en eût, le fondement solide de la foi. On sait que ce disciple de Malebranche, gagné par la philosophie de Spinoza, demandait à son maître de le sauver en réfutant le panthéisme de l'Ethique. Notre penseur, peut-être inconsciemment gène par les rapports de sa philosophie avec celle du philosophe d Amsterdam, se trouva déconcerté et ne sut que dire au jeune homme : tenez-vous à la foi, sans elle la raison s'égare. Ce fervent de la Raison en est réduit à opposer aux raisonnements de l'impie la certitude intime, inébranlable mais indémontrable, du mystique (1). Imaginez un goutteux à qui un philosophe démontrerait qu II ne peut pas être malade : « Je sais que votre démonstration « est fausse, répond le goutteux, et vous vous moquez de moi « Adieu. Le vrai fidèle fait comme le goutteux » (2).

Concluons. Malebranche a été lu avidement, puisque de 1675 à 1712 on compte 5 éditions de la « Recherche de la vérité », mais la partie métaphysique de son apologie était peu eflicace. Impuissante contre Spinoza, elle va grossir aux yeux du siècle de Bayle es difficultés de la religion. Les dogmes révoltent les incrédules ; les démontrant nécessaires, il les fait monstrueux. En rendant raison des mystères, il fait éclater le divorce entre la raison divine qui les a conçus et la raison humaine qu'ils offusquent. L'apologie métaphysique conviendra de moins en moins à des esprits de plus en plus positifs (3). Tout au plus, le xv,ii= siècle retiendra-t-il pour 1 utiliser la thèse d'allure spinoziste : Dieu incapable d'agir par des volontés particulières. Chez les chrétiens, Malebranche contribuera a maintenir longtemps encore l'idée que la religion est «lalectiquement démontrable.

1. Saisissante illustration du mot de Fichte • . lo ,ti™„„.. .• duit nas Ia fni ,.'»>,i i„ <•„■ • .. f"^"" . « La démonstration ne pro-

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l'âge d'or de l'apologétique classique

La partie psychologique et pascalienne de son apologie, tirée de l'universelle expérience chrétienne, indiquait bien la voie de ravenir, si la vie intérieure dont tant d'âmes vivaient au xvir siècle avait persisté. Elle restera sans effet ; car nous allons entrer dans un siècle dont les yeux regardent le monde, et la preuve intime fournie par les âmes individuelles deviendra vite la preuve par les bienfaits publics de la religion. Aussi bien ce genre de démonstration n'a de prise que sur ceux qui ont fait un commencement d'expérience analogue et qui cherchent parce qu'ils ont déjà trouvé.

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