‹ De Pascal à Chateaubriand [microform]. Les défenseurs français du christianisme de 1670 à 1802Chapitre 53 sur 390 · Censure de la philosophie cartésienne · texte numérisé non relu

Censure de la philosophie cartésienne

La vraie certitude nous est donnée par la foi qui ne dépend pas des premiers principes, qui est un don de Dieu. Les vérités de la foi ne sont pas adoptées pour leur clarté, mais parce que la grâce détermine notre assentiment.

Quels sont donc les rapports de la raison et de la foi ? La raison est juge des motifs de crédibilité. Il suffit que ces motifs soient probables ; c'est tout ce qu'on peut lui demander. Sans doute, la foi qui repose sur ces motifs est humaine, elle n'a que la certitude à laquelle la raison peut atteindre, et, contrairement à l'opinion des Thomistes, l'esprit adhère moins fortement aux vérités de raison qu'aux vérités de foi. — Quand la raison garde le silence sur ces dernières, la foi n'en souffre aucun dommage. Le soleil n'est pas diminué parce que les lanternes sont éteintes. Quand les vérités de la foi sont au-dessus de la raison, la raison doit s'incliner (1).

Le scepticisme posthume de Huet fit scandale parmi les chrétiens cartésiens, comme Arnauld, qui ne séparaient pas encore le domaine de la foi du domaine de la raison. Ils ne comprirent pas que l'évêque d'Avranches n'était pas vraiment pyrrhonien, mais qu'il délimitait à sa manière, un des premiers, l'Inconnaissable, cantonnant la raison dans la philosophie et les sciences et lui refusant le droit de décider en religion. Il reprenait en somme la vieille idée de l'insuffisance, non de l'impuissance de la raison (2), et nos modernes prédicateurs qui se plaisent à entrechoquer les systèmes pour les détruire l'un par l'autre ne s'y méprendraient plus ; ils s'accommoderaient eux aussi du philosophe agnostique, celui qui n'affirme rien, mais qui ne nie rien non

plus.

Crousaz réfuta le Traité (3), le P. Battus en comprit la valeur apologétique et défendit dans les Mémoires du P. Desmolets(4)

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