‹ De Pascal à Chateaubriand [microform]. Les défenseurs français du christianisme de 1670 à 1802Chapitre 87 sur 390 · Paris, în · texte numérisé non relu

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2. Expression biblique, pleine de sens pour les âmes religieuses : et voy€z combien le Seigneur est bon. .. Ps. 34, 9.

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« autres avec moi, qui ont goûté comme moi sa bonté et qui ont éprouvé « sa justice et sa toute puissance. Si tu me répliques : je ne te veux point « croire ni tous ces autres là, mais je veux que tu me prouves démoustra- <( tivement qu'il y a un Dieu et qu'il est bon... enfin je te dirai ; je veux te « prouver par ton goût même qu'il y a un Dieu et qu'il a toutes ces grandes « qualités. Goûtes-en comme plusieurs en ont goûté avec moi ; tu le sauras « aussi bien que nous et tu le publieras par tout le monde. Si tu avais goûté « Dieu une fois, tu sentirais bien que ce n'est pas une chose imaginaire, mais « un être réel très parfait et très délicieux ; et pour ce goût, tu quitterais « bientôt tous les goûts des plaisirs de la terre. » (1).

^ Mais cet appel à rexpérience favorise rindividualisme, c'est-àdire l'hérésie. Les hérétiques aussi prétendent goûter Dieu et ils ont une foi différente de la tienne. — Desmarets se débat pour échapper à cette objection insoluble. Il frappe sur les hérétiques et leur dénie une vraie expérience, parce qu'ils sont orgueilleux et hors de l'Eglise.

Après avoir si nettement indiqué la preuve interne, l'auteur retombe prudemment dans la démonstration traditionnelle. Il conduit Philédon non par l'expérience intime mais par des raisonnements scolastiques. Il faut lui savoir gré pourtant d'avoir mis les incrédules en garde contre un injuste penchant : ne niez » pas ce que vous ne connaissez pas et sur quoi vous n'avez pas encore de compétence.

Même sentiment vif des vraies conditions de la foi dans VEconomie divine (2) de Poiret, sorte de Somme où le disciple d'Antoinette de Bourignon expose rationnellement une théologie mystique. Sans être proprement apologétique son ouvrage met fortement en lumière Dieu sensible au cœur et la vérité profonde du : « qui voudra faire, connaîtra ». La raison n'atteint que l'idée de Dieu, c'est-à-dire un portrait de Dieu. C'est la faculté de créer et de combiner des représentations ; elle se joue à la surface des choses, jongle avec les concepts, disons avec « des tableaux idéels des choses vivantes que la foi montre ». La foi saisit Dieu vivant (3). L'auteur s'est résigné à peindre un tableau, pour réveiller chez les hommes charnels « quelques désirs de l'original » (4).

Mais Poiret en veut moins encore aux théologiens qu'aux critiques, qui « cherchent le sens divin de l'Ecriture par des raisonne-

1. 1" éd. fol., p. 23 sq. Qu'on ne soit pas surpris de ce langage sensuel, commun à tous les mystiques. Eusèbe entreprend de mener le charnel Philédon à la vraie volupté en le faisant passer par l'échelle des six plaisirs humains ; il lui parle sa langue et tire volontiers ses comparaisons des plaisirs de la table ou de l'amour.

2. « ou Système universel ». Amst., 1C87, 7 v. 12. V. X.r.l.. 1687, p. 666.

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