‹ De Pascal à Chateaubriand [microform]. Les défenseurs français du christianisme de 1670 à 1802Chapitre 92 sur 390 · Commentaire philosophique, O. t. II · texte numérisé non relu

Commentaire philosophique, O. t. II

4. Continuation des Pensées diverses, O. t. III, 406 a, c. p. Delvolvé ([135] p. 398) et lumineusement commenté par cet auteur.

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BAYLE

faits, et, selon la formule du plus profond commentateur de Bayle, « le fait de la légisjation rationnelle de la volonté humaine « est un phénomène de la nature » (1). Il n'y a pas lieu de chercher ailleurs l'origine de la loi morale : elle est, elle se suffît. De là la vertu de l'athée, de là aussi la vertu du chrétien qui ne voudrait pas mal faire même s'il était assuré que Dieu ne le voit point (2).

Ces idées fort simples ont des conséquences infinies. Voici celles que Bayle a tirées lui-même. La raison et la conscience autononies et antérieures aux religions sont juges de la foi. Or le Dieu spiritualiste et chrétien conçu comme Créateur, Providence, Rédempteur, est impossible ou en tout cas indémontrable, puisqu'il serait irrationnel et immoral. Irrationnel car les preuves classiques de son existence ne prouvent pas. Dès son premier ouvrage critique, « Objectiones in libros P. Poiret », publié en 1079, Bayle conteste les preuves cartésiennes. Est-il sûr que nous ayons l'idée d'un être parfait de la façon qui convient à cet être ? De plus, il est facile de concevoir qu'une créature douée de pensée puisse construire en partant de son expérience l'idée d'une perfection supérieure à la sienne.

La notion d'un être qui est à lui-même sa cause est obscure. Ou bien le mot de cause n'a pas de sens ou bien c'est une chose qui donne l'être. Or on ne peut pas dire que Dieu se donne l'être à lui-même. Dans la Continuation des Pensées diverses sur la comète (1704) Bayle attaque avec force la preuve populaire par le consentement universel. Ce consentement serait probant en vertu des principes mêmes de Bayle (3), s'il était établi, mais il ne l'est pas. Nous ne connaissons pas tous les peuples du monde. Strabon et les voyageurs modernes en décrivent quelques-uns d'athées (4). i< La thèse : il y a un Dieu, ne tombe pas sous les sens et a été niée dans tous les siècles par des gens d'étude » (5). Les preuves a posteriori par la nécessité d'un premier moteur et d'un ordonnateur du monde tombent, si l'on admet une matière éternelle douée de mouvement et portant en elle un principe organisateur. Le Dieu chrétien et cartésien, conçu a priori comme un être par-

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