Commentaire philosophique. O. t. II
5. Il est intéressant de noter la faveur avec laquelle il parlait de la « Censura philosophie cartesianœ » de Huet, maltraitée par un professeur de Leydej « Je n'ai pas trouvé en lisant le livre de M. Huet qu'il mérite un si mauvais traitement, mais plutôt des louanges, encor qu'il n'ait- point traité à fond les matières. » — Let. du 21 avr. 1695. — Lettres inédites p. p. Fr. Paul Denis M. B. (R. h. l., avr.-juin 1912).
6. V. Dictionnaire, éd. 1697, art. Maldonat, t. III, p. 520, note L. « Telle est, par exemple, cette proposition : le tout est plus grand que la partie,...
qui n'ont pas de rapport avec rexpérience, les vérités métaphysiques par exemple que Descartes croyait fonder à tout jamais, peuvent paraître évidentes sans être pour cela certaines, — quand elles sont combattues par d'autres propositions tout aussi évidentes. Le critérium de la certitude serait ici Tincontradiction (1). Mais c'est la raison qui juge en dernier ressort les raisons données pour et contre. Le rationalisme de Bayle n'est donc pas, comme celui de Descartes, un rationalisme dogmatique capable d'atteindre les réalités métaphysiques et de connaître ce qui est, mais c'est un rationalisme critique propre à déterminer ce qui n'est pas (2). De là le danger qu'il présente pour tous les dogmatismes et surtout pour la religion, qui n'est pas, si elle n'est certaine.
Le succès de Bayle, à lui seul, pouvait faire pressentir le caractère positif de sa philosophie. La foule n'a jamais aimé s'aventurer sur les sables mouvants du scepticisme ; elle ne suit pas pendant un siècle les prédicateurs de néant.
Bien plus que la raison théorique la raison pratique est souveraine dans son domaine propre. Si la première soutient avec des arguments plausibles le pour et le contre sur plus d'une question métaphysique, la seconde prescrit dans tous les temps et dans tous les pays les mêmes vérités. L'esprit empirique et déjà positiviste de Bayle est amené par l'examen des faits à la constatation suivante : il y a eu des athées aussi vertueux que les saints, il y a donc une conscience commune indépendante des religions.
C'est la loi éternelle « qui montre à tous les hommes les idées de Thon- « nêteté et qui a fait voir à tant de païens qu'il est louable et très digne de « l'homme de pardonner à ceux qui nous ont offensés et de leur faire du « bien au lieu du mal qu'ils nous ont fait » (3). Cette loi fait partie de notre nature. « S'il y a des règles certaines et immuables pour les opérations de « l'entendement, il y en a aussi pour les actes de la volonté. Les règles de « ces actes là ne sont pas toutes arbitraires ; il y en a qui émanent de la « nécessité de la nature et qui imposent une obligation indispensable ; et com- « me c'est un défaut de raisonner d'une manière opposée aux règles du « syllogisme, c'est aussi un défaut que de vouloir une chose sans se con- « former aux règles des actes de la volonté. » (4).
La distinction du vice et de la vertu est donc fondée dans les
2 et 2 font 4. Ces axiomes ont cet avantage que non seulement ils sont très clairs dans les idées de notre esprit, mais qu'ils tombent aussi sous les sens. » M. Delvolvé a clairement dégagé le critérium baylien de l'évidence et montré le développement des idées du critique sur ce point. O. c, p. 87 sq., 255 sq,