‹ De Pascal à Chateaubriand [microform]. Les défenseurs français du christianisme de 1670 à 1802Chapitre 94 sur 390 · Dictionnaire, art. Maldonat, t. III, p. 520, n. L · texte numérisé non relu

Dictionnaire, art. Maldonat, t. III, p. 520, n. L

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fait, est une hypothèse moins naturelle dont la seule révélation peut faire une vérité (1). La raison livrée à ses seules forces n'y a pas conduit les anciens et n'y conduit pas sans la grâce.

Mais il y a plus troublant encore.

Ce Dieu contre lequel la raison peut élever de si graves difficultés, révolte la conscience. Parmi ses attributs deux au moins sont moralement inconciliables, la puissance et la bonté. On dit qu'il a créé le monde et l'homme pour manifester sa puissance ; soit, mais c'est au détriment de sa bonté puisque dans ce monde l'homme est malheureux. — L'homme est malheureux par s'a faute, ayant mal usé de sa liberté. — Pourquoi Dieu lui fit-il un présent funeste, sachant qu'il en mésuserait ? — Parce qu'il lui était plus glorieux d'être aimé et adoré par choix, et, d'autre part, pour manifester éminemment sa bonté et sa puissance en réparant le mal et en sauvant l'humanité. — La première raison ne justifie pas sa bonté, la seconde la fait paraître sous un jour étrange. Que dirions-nous d'une mère qui envoie sa fille au bal où elle est libre de se perdre, prévoyant qu'elle s'y perdra ? d'un homme qui casserait les jambes à ses enfants pour montrer à toute une ville son habileté de rebouteur ? Seuls les manichéens, avec leur hypothèse absurde d'un Dieu méchant ennemi du Dieu saint, ont résolu le problème du mal sans choquer la conscience, c'est-à-dire sans faire Dieu auteur direct de la souff*rance, auteur indirect du péché (2). Or « dès qu'on oserait enseigner que Dieu est l'auteur du péché on conduirait nécessairement les hommes à l'athéisme » (3).

La conscience juge de la foi contrôle aussi la Bible, bien loin d'être régie par elle, et alors apparaît la relativité de l'Ecriture au point de vue moral. Les histoires et les enseignements que nous ofi*re en particulier l'Ancien Testament n'ont pas une valeur absolue. Nous ne saurions prendre pour norme la conduite des hommes de Dieu en Israël, car elle heurte plus d'une fois notre morale. Ce n'est donc pas la Parole de Dieu qui éclaire et redresse notre conscience, c'est notre lumière naturelle qui fait le départ dans la Bible entre ce qu'elle approuve et qui peut, si l'on veut, être appelé divin, et ce qu'elle réprouve, qui est humain, histori-

1. V. aussi sur cette question la controverse avec Leclerc, dans les « Réponses au provincial » (1704-06) et, dans le Dictionnaire, l'article Zabarella.

2. Cet examen du problème du mal occupe la principale place dans les derniers écrits de Bayle : « Continuation des pensées », — « Réponses aux questions », — « Entretiens de Maxime et de Thémiste » (1706) et dans plusieurs articles du Dictionnaire : Manichéens, Pauliciens, subsidialrement : Marcionites, Rruius et Ru fin.

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