‹ De Pascal à Chateaubriand [microform]. Les défenseurs français du christianisme de 1670 à 1802Chapitre 95 sur 390 · PM«M · texte numérisé non relu

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BAYLE

que et périmé. David, le pieux auteur des Psaumes, « répand par ses ouvrages une lumière féconde de consolation et de piété », mais c'est aussi « un homme de sang », un chef de brigands qui tue tout sauf le bétail, objet de ses expéditions, un traître, un fornicateur qui fait assassiner Urie pour avoir sa femme. « On « ferait un très grand tort aux lois éternelles et par conséquent à « la vraie religion si on donnait lieu aux profanes de nous « objecter que dès qu'un homme a eu part aux inspirations de « Dieu nous regardons sa conduite comme la règle des a mœurs. » (1).

Elie assemble traîtreusement les prêtres de Baal et les fait massacrer au nombre de mille. « Les théologiens sont obligés de « reconnaître, afin de pouvoir disculper Elie qu'il reçut visible- « ment de Dieu une mission extraordinaire et spéciale pour faire « mourir ces prophètes. » (2). On ne peut pas mieux inciter le lecteur à conclure que ou bien le Dieu de l'Ancien Testament est immoral, ou bien l'A. T. n'est pas inspiré de Dieu et reste une œuvre humaine et faillible parmi les autres livres de l'antiquité.

C'est encore au principe de la souveraineté de la conscience que Bayle rattache sa doctrine de la /oZérance universelle. « Tout a dogme particulier, dit-il dans la préface du Commentaire phitf losophique (3), soit qu'on l'avance comme contenu dans l'Ecri- « ture, soit qu'on le propose autrement, est faux, lorsqu'il est « réfuté par les notions claires et distinctes de la lumière natu- <( relie, principalement à l'égard de la morale. » Or la contrainte des esprits répugne à la morale, d'abord parce qu'elle compromet l'ordre social sans atteindre son but qui est d'unifier les pensées,

1. Art. David, Dict. t. II, 930, rem. I. A vrai dire, l'exemple de Diavid n'est pas le mieux choisi. Aucun juif ni chrétien n'a jamais regardé sa conduite comme la règle des mœurs. Le raisonnement de Bayle ne serait inattaquable que si l'Ecriture ne blâmait jamais les crimes de David, en considération de sa piété. Or, plusieurs de ces crimes sont présentés comme tels, et peut-être Bayle se récrierait-il d'admiration si l'admirable histoire de Nathan, envoyé par laveh pour condamner le roi fornicateur, se trouvait dans Homère. Nathan incame au moins ici la conscience étemelle que le philosophe se plaint de ne pas trouver dans ces vieux récits. « Ce que David avait fait déplut à l'Eternel » (2 Sanu 11, 27). « Maintenant l'épée ne s'éloignera jamais de ta maison parce que tu m'as méprisé et que tu as pris la femme d^Urie le Héthien [sur ce point au ;moins morale et piété coïncident] ;... parce que tu as fait blasphémer les ennemis de l'Etemel en commettant cette action, le flls qui t'est né mourra » (ib. 12, 10 et 14). — Voltaire a également passé soite silence cette intiervention gênante (Dict. phiL, art David). Elle a, sûrement par inadvertance, échappé à M. Delvolvé, qui écrit (o. c. p. 244) : « Sans doute les faits que Bayle rapporte et blâme ne sont pas loués par l'Ecriture. Mais ils ne sont pas blâmés non plus. » Exceptons le meurtre d'Urie et l'adultère avec Bath-Schéba. — L'exemjple d'Elie est beaucoup plus démonstratif.

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