CHAPITRE IL
Matériaux de la philosophie de l'histoire.
Les matériaux que la philosophie de l'histoire met en œuvre sont les découvertes, bien ou mal vérifiées, faites depuis quatre siècles, en histoire, en géographie, en astronomie, en chronologie, en phUologie , en symbolique , et dans les branches des science natnreiles qui ont pris les noms de géologie , d'anatomie comparée et d'embryo-* génie.
Avant de s'épurer par le contrôle de la critique» et d*arriver à leur état actuel, ces recherches pro-* duisirent, à mesure qu'elles avançaient, des sys«
DE LÀ PHlLOS(X>Hlfi 1^ L^HI&FOl&Ë. il tèmes pluB défovorables les ans que les autres à la traditioQ bibbque. A la chronok^e des livres sa^ crés fut opposé le syBcbronisme mythologique des Égyptiens, des Indiens et des Chinois. On imagina rbypothèse d'un état rudimentaire et sauvage qui était, dan$ l'antiquité la plus reculée, le point de dépait du genre humain. On mit en avant la plu* ralité des races, le fataUsme géographique ou Tinfluence des climats, nnvention humaine des langués considérées comme une création arbitraire et cTe convention à l'aide des signes naturels.
Maillet expliqua l'origne des choses en partant de cette double idée : i^ qu'au commencement l'eau enveloppait le globe ; 2» que peu à peu elle a diminué , et que, d'après lui, elle diminue toujours. Ses calculs fixent cette diminution k un pied dans l'espace de trois siècles, et à trois pieds quatre pouces en mille ans. Gela posé, il développe à sa manière la vieille pensée de TThalès que l'eau est le principe de tout Voici un curieux échantillon des métamorphoses qu'il indique :
a II pent arriver, comme nous savons, en effet, » qu'il arrive assez souvent, que les poissons ailés » et volants, chassant ou étant chassés dans la mer, » emportés par le désir de la proie ou la crainte j» de la mort, ou bien poussés peut-être à quelques D pas du rivage par les vagues qu'excitait une tem*
i8 dIfilL!OTBtQtJe l«OinfBLL&
n pête, sotcRl tombèidaM cN reseMn on dinBdes n herbages, d'oA ensuite il ne leur M pm fNMsAte » de reprendre vers la mer l'essor qui les en «fait » tirés, et qu'en cet état ils aient coontfffcté une » plus grande facnltë de ?oler. Alors knrs nagnst-* » re$ n*é(ant ph» baignées des ean\ ée la mer, » se fendirent et se dictèrent par la sèdheresae. Tandis qu'ils tronvèrent dans les roseaux et les I) beii>ages dans lesqnds ils éta^nt tombés qnel«< n qnes alinientspour se soutenir, les tuyavidelevrs » nageoires, séparés les uns des autres, se prolon- » gèrent et se revêtirent de barbes, ou, ponr par- A 1er plus juste, les membranes qni auparavant les » avaient tenu collés les uns aux antres, se méta- » morphosèrenU La barbe, formée de ces pellicules » déjetées, s'allongea d'elle-même ; la pean de ces » animaux se revédt insensiblement d'un duvet de » la même couleur dont elle était peinte, et ce d«vet grandit. Les petits ailerons qu'ils avaient sons » le ventre, et qui, comme leurs nageoires, leinr » avaient aidé à se promener dans la mer, devin-» n rent des pieds, et leur servirent à marcher sur la » terre. Il se fit encore d'autres petits changements » dans leur ligure. Le bccet le col des uns s'aHen- « gèrent , ceux des autres se raccomidrent; il en ft fut de même du reste du oorps, etc. » {Tellia* fneâ, t II, p. 169, 167.)
DE LA vHîimopmiL m LISSIOIBE. i>
Dans Ml TèUiamêd (imgraaiÉiè éé Mm ami), (m Entretiens d'^n phihêophè ti^dêen^ ÉaîAel jUsHifie sdaatiftqtimivetit h sa H^m la €€flêae de BMsëtpri, dit^R, « a expl^ué lefi choses en grand iMlDSéi^. * On volt que ia pensée 4e ces sottes de réhabilitations ne date pas d*bier. Maillet s^et*» taste Aérant 1/b ?erset : Et spiritns Ùetflmha-' tnr tuptf aqvm$. fl est vrai que poor hii Tesprit de Dieu e^ font bonnement « la ehaleor^tt soleil; » qliant à Moïse, il était trop grand phiksophe pour Teirîendre autrement. Cet faomiêle Mail- Ict se démontre à lui-même par la sdenoe, la réalité des hommes marins, des satyres, et de qmhti^ espèces dliommes terrestres esseiiliellenieflft différentes : les géai^, les nains, les Uanes et les noirs. II grossit ainsi la liste de tous oeux qni, ponr ne pas adopter la toi raisonnable, ont lron?é pour eonclusion 4e leur savoir prétendn la pins absurde et la phis extrataganle crédniité.
Les savants remplaeaîent le déloge de la Genèse par nn eaftaclysme qui se perdait dans ia nnit des temps. Boulât^ bfttit Hi-dessos son hypoAèst dé rorigine Aes figions. Le hasard d'un caïadysnie éptm^nmfta les hommes. Ponr éf fter d'être anéantis par nne seoonde catastrophe, ils s'avisèrent d*adowt les dieux et d'^bserter les astres. Ui est te secret des oéréoindts l^ieasaS) desiSles» 4«i
M mBHOTHÊQUE IKKJVBLtE.
craiiiiesde Dbqb les peaides ila Tue des éclipses, des cidtes satants qui tiennent à Tastroiiomie, dos Bomtires mystiques» des mythes, des légendes qQe rem rencontre partout dans Tantiquité» et qui se rapportent, soit au cataclysme, soH au cours des astres.
Court-Gébelin, Bailly, Dupois, voulaient que le cataclysme eût détruit un monde primitif dont les débris avaient eu assez de puissance pour engendrer les civilisations de TÉgypte, de Tlnde, de la Ciiine, de la Grèce et de l'Italie. A les en croire, il y avait dans ce monde primitif, qu'ils reconstruisaient de toutes pièces, une religion naturelle exprimée par des symboles dont on avait perdu Tinteltigence. Gourt-Gébelin montrait par la philologie que Satunie représentait Tagriculture, Mercure Tastronomle, Hercule le défrichement des terres. Dupuis, appliquant aux symboles antiques la méthode dont un homme d'esprit s'est servi de nos jours avec tant de succès pour prouver que Napoléon est un mythe du soleil, et ses douze maréchaux ks mythes des douze signes du zodiaque, enseignait que toutes les religions, en y comptant le catholicisme, étaient les reliquesincomprises des dl^ories par lesquelles le monde primitif figurait l'adoration de la nature. Fréret combinait la chronologie au profit de l'hypothèse; Bailly l'appuyait pardesdish
DE LÀ PttltOSOPfttB DE L'HtiSÎOIRE. 51 sertaHoflis académiques où les données de rastro-» nOEiie , de la géologie et ée l'archéologie littérai* rement sojrfiiBtiqiiées hii firent nne réputation d'écrhrain. L*exégè9e de Dupuis eut cela de ix)n » qn'en 4793 elle sauva le portail de ^otre-Dame du marteau deshébertistes. A la séance de la Commune de Paris du 21 brumaire (11 novembre), Ghaumetio qui venait de demander et de laire adopter la démolition 4es suiues des saints dont les entrées de la cathédrale étaient ornées , se rappela tout d'un coup que « Dapuis y avait reconnu son système planétaire , » et les mythes furent sauvés.
De Saussure , Buffon cl beaucoup d'autres, alimentèrent par leurs travaux la fantaisie des grandes explications que , faute d'un antre terme , nous appetterotts géogoniques. Plus de quatre-vingts systèmes se détruisant, comme de raison, les uns les autres , avaient été formulés dès la fin du dernier siècle. L'énumération en serait trop longue. Nous pouvons d'ailleurs la supprimer sans incmivénients ; car cette vai iélé prodigieuse se ramène à deux chefs principaux, savoir : l'hypothèse des neptuniens, selon laquelle tout serait né dans l'eau et par l'eau, et celle des plutoniens , attribuant au Icu la formation des choses.
Nous n'entrerons pas non plus dans le détail des iaits sur lesquels prétendaient trouver une base
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