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CHAPITRE PREMIER

De h civilisation.

Avant d'indiquer fes matériaux , les données et

DE iA PHILOSOPHIE M L'HISTOIRE. 7 les premiers essais qui ont servi de prëparàtioii h Tétai actttèl dt !a philosophie de Fhistoîre , A nous parait HtHé d'étudier le sensd*an mot qui désigne l'objet et le but de cette science.

Le mot de civilisation est de la fin do dernier siècle? il appaHient à la littérature révolution* na'rfe; Précèdcntment il n'y avait d'usité que le mot pdîicer^ qoî exprimait Taction de polir c'est-à-diro d'adondr les mœurs et de perfectionner Tordre. Civilisation est veau avec la conception d*on idéal f[ue Thumanité , prise dans son ensemble et dans ses détails, tendait, disait-on , k réaliser progressivement

Lorsqtf on n'avait encore ni généralisé , ni réduit en système Tidéede civiliser les peuples, Télat dvffîsé signifiait, enopposition àTétatdebarbarie^ua degré plusou moins avancé de cultui^eintellectueHe, dont le résultat était de multiplia dans un pa^'S, par les sciences , par les arts , par Tindustrie , les moyens de conservation , de défense , d*accroisse« ment et surtout de raffinement pour les jouissance» individuelles. S'il en faut juger, en effet, par les nations auxquelles Tbistoire assigne le premier rang dans Tétat civilisé, c'est à cette dernière conduston qu'aboutiraient fatalement et exclusivement les efforts par lesquels Tesprit bomain se d^ vetoppe; car toates les ridiesses que ks pevplei

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amassent dans cette voie les corrompent et les éner^ vent , et leur force morale décroît à mesure qu'ils passent pour plus instruits et mieux policés.

Cette vérité, exploitée par Rousseau» dans un but de gloriole littéraire, est devenue soassa plume et à son point de vue un paradoxe insoutenable. Les sciences, les arts, la puissance intellectoclle de rhomme, quelque grande qu'on la suppose , ne sont pas nécessairement incompatibles avec la vertu. Instruments des libres manifestations de la nature humaine, ces facultéspeuvent servir au bien comme au mal; c'est-à-dire que ce sont des dons excellents dont nous sommes obligés de faire un bon usage, mais dont il nous est possible d'abuser.

L'un et l'autre ont eu lieu. Toutefois les époques où la force morale et la force intellectuelle ont marché du même pas, exerçant l'une sur l'an* tre d'heureuses influences, loin d'être généralement regardées comme les mieux civilisées, ont au contraire été taxées de barbarie, tandis que les siècles estimés les plus polis sont précisément les plus corrompus.

L'histoire du monde occidental compte quatre grands siècles, fameux par les noms de Périclès, d'Auguste, de Léon X et de Ix)uis XIY. Voulezvous savoir ce que valait moralement Athènes sous Fériçlès? Écoute^ Plut^rquQ : « Le commun po-»

DE LA PHILOSOPHIE DE L'HISTOIBE. 9 «puhire, qni paravant se passait à peu , et qui » gaignait sa vie à la peine de son corps, devint > superflu , sumptneux et dissolu , pour les choses » qui furent lors introduites. » Voyez la peinture que Thucydide a tracée de la peste où Périclès luimême trouva la mort : « On cherchait des jouis- » sauces promptes» et Ton ne croyait devoir s*oc<- » cuper que des voluptés, dans l'idée qu'on ne » possédait que pour un jour et les hiens et la vie. » Pcfrsonne ne daignait se donner aucune peine » pour les choses honnêleF. Le plaisir, et tous les » moyens de gagner pour se le procurer , voilà ce » qui devint utile et beau. On n'était retenu ni par » la crainte des Dieux , ni par les lois humaines. » Entendez Socrate, disant au fils de Périclès qui s'étonnait de la décadence de la république, que « pour recouvrer leur ancienne vertu , les Athéniens dégénérés devaient étudier les mœurs de leurs ancêtres, et y être aussi fortement attachés que leurs pères. »

Tant que l'esprit religieux , au degré où pou* valent le comporter les grossières erreurs du paganisme, prévalut dans Athènes, la cité fut grande et forte. Elle avait vaincu l'Asie, elle dominait en Grèce, lorsque Anaxagore, le maître de Périclès, y importa les germes de la civilisation rationaliste. La superstition antique se défendit d'abord ; elle

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pêrdéctttaetproscriTkles novateurs. Desproeësté* lèbrcs, dontotat^nn&ît les motifs H llssiie, «tirent Ircii tORtre Anaxagore, cotitre SofTite, eodlre Alcîbiade. Fliidiaslai-inéme, aceaséd'inirMté pour arrorr pfocé son porti^it dans le bouclier de BIh nerve, prit la foite et se condamifa h vn ^H perpéinel. Cela n'€inpêcha pas la civilisation de suivre son coars et de porter ses frnits. En sotYante ats , fère de Péridès marclia de désastre en désastre jusqu'à la bataille d'^Egos-Pôtamos , suivie de la ruine d'Athènes. Depuis, la cité ne se releva un instant que pour tomber avec toute la Grèce sous h domination des barbares de Macédoine q«e devaient vaincre à leur tonr les barbares de Rome, <en atten* dant que , policés eux-mênoes par les vaincus , fk eussent aussi leur siècle d'Auguste, et, api^s, celui d'Aîaric et d'Attila.

La culture intellectuelle ne pouvait avoir d'autre conséquence dans le monde païen que d'y détruire le frein religieux, et par suite tout frein moral et toute virilité. Assurément le polythéisme était une erreur esseijtidlement pernicieuse. !1 y avait cependant dans cette croyance une sorte de satisfaction donnée aux nobles mstincts d'où la nature humaine tire son énerpe et sa grandeur. La oonvicâon profonde de fexistence, de la présence > de la pro- Tidence des Dieux y la fol en Minerve, Aie de !«•»

DE LÀ PHILOSO!>I!IE M IWSIOIRE. it piter , irès bm et très grand , valait infiBiiiKaft i^eiix que te retionaliBiiie* Mats parce que les coites polftbâsles ne souffraient m l'esamea, nt la erilMioe, il était fatal qne paitoot ^t cale était cultkée , rintelHgettce déconsidérât et supprifflftt la religion; il était ffttal qii*à mesure qu'ils s'éclairaient, qu*ils se dvilisaient, les peuples mal contenus , mal disciplinés déjà par des croyances erronnées, ne fussent éma»ci|)és du joog de kars superstitions que pour être livrés par la raison linmaine à l'esdavage absolu de l'orgneii et de ia sensualité. Voilà ce qui fait que civilisation et dé-* y cadence morale sont des mots syncmymes. '

Après s*étre corrompus eux-mêmes en se dv^isant , les Grecs ont corrompu ensuite tous ceux dont ils ont été les modèles et les maîtres. Chez les païens, les effets de cette corruption n'avai^t, par la nature et par la force même des choses , ni terme, ni remède. La vraie religion a seule résisté à l'esprit grec; elle en a souffert , beaucoup souffert, mais elle lui a victorieusement résisté , d'abord sur le terrain de la Bible seule « ensuite sur celui de l'Ancien et du Nouveau- Testament.

Les Séleucides firent tout pour'dénaiionaBser la Judée en y introduisant la civilisation grecque; les Hacfaabées les en empêchèrent. jL'histoire du ca-^

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thoUciane est l'histoire même de ses lottes avœ l'esprit grec. Il le irainquit une première fois dans le néoptotonisme alexandrin ; et il ne manque pas de gens qui regardent ce triomi^e, et les YÎcU»res successÎTes remportées sur les hérésies qui éma^ naient de la même source, comme le passage de la civilisation à la barbarie dite du moyen âge.

De la rupture définitive du catholicisme avec Tesprit grec , il résulta d*abord, en effet, une nuit qu'éclaira assez longtemps le flambeau de la foi toute seule. Cette nuit fut pour les peuples chrétiens une sorte d'enfance pendant laquelle l'Église créa des mœurs, des institutions, une vie sociale nouvelle. Peu à peu grandirent les germes de la civilisation originale que le catholicisme portait, et dont il devait produire l'expression scientifique, littéraire et artistique, en y employant toutes les ressources et toutes les puissances de l'esprit humain. Il fut démontré, aloi*s, non-seulement que la force morale et la force intellectuelle peuvent s'accorder» mais encore que leur harmonie est l'indispensable moyen de faire avancer l'homme dans la voie des perfectionnements légitimes qu'impliquent sa nature et sa destinée. Le caractère de cette époque, à laquelle préluda la réforme de Cluny au conmiencernent du dixième siècle , et qui déclina dans le quatorzi^;me , fut une prédominence marquée de

DE LA PHILOSDPBIC DE THISTOinE. iS rintârêt reKgienx sur tons les autres. De là rimi* ¥«^selle acceptation de la suprématie papale. De là aussi, dans toutes les directiions« cette sève riche et ftciondeqai couvrit Tocddeut de mmues, de guerriers, d'artistes, de savants, d^ouvriers incompara* Mes ; de là les croisades, les cathédrales, les encyclopédies théologiques et philosophiques , les innombrables poèmes, les créations du génie musical, les cbels-d'œuvre de tout genre des arts libéraux et des arts mécaniques, les découvertes par lesquelles Roger Bacon inaugura les sciences modernes , et cet étonnant programme , non encore entièrement rempli, des inventions dont il voyait la possibilité.

Vers la un du douzième siècle Tesprit grec tou* cha celte civilisation , mais ce fut pour la fortiûen Corrigés dans ce qu'ils avaient eu de faux , d'incomplet et de radicalement impuissant pour le bien en vertu même de leurs principes rationalistes, Aristote et Platon devinrent les auxiliaires et les serviteurs de la théologie dirétienne. Et pour qu'il fût bien établi que la vraie religion avait seule ce pouvoir, au moment où l'esprit grec fournissait des annes au catholicisme , les Arabes en tiraient une philosophie qui ruina en très peu de temps l'autorité des vicaires de Mahomet

La décadence du mouvement civilisateur d'ori-* gîne purement chrétienne donna ouverture aux

phB Bwaveiset tnflueoceg^ Tespiil grée. €e M. oomme tm retour éa pagtmsme que roosdoadv.

non de Renaissance, et qui eat en Uriie «en àèeio. des Médicit, et en Frnoe celai de Loais XIY. Le. iiiercanitiHeme, radoration derirgent, faqaelk n'ett an fend qoe Fadoralion de 8oi-4DêiDe, l'intérêt temporel mis Mhdessus de toat par le macbiafé* Itsme, un immense besoin de Inxe, un amour effréné dn pllaisir, décuplés par la prostitution phi* losoptiiqoe , littérak^ et artistique empra«tée à la oivilisacion païenne , tels furent en substance ceg deux «ècks fanenx dont Tnn orna les murailies da Vatican des atnonrs de Psyché, et dont l'antre peupla les jardins àe Versatiles de tons les di^x de rolympc. Anssi , avec Tun se leva la Réfomie, et avec Taulre le philosophisme révolutionnaire, double négation qui aurait depuis longtemps emporté le dernier débris social dans notre occident , si au Keu de s'attaquer à Celle contre qui ne doivent point prévaloir les portes de Trafer, die avait en affaire à ime fausse traditîtm religieuse.

Les principes de la mauvaise civilisation ont été cyniquement affidiés et réduits en théorie par den hommes dont les écrits sont , li Inen prendre, ane satyre sanglante des moeurs et des tendances de leur époque. Mandevtlle, au commencement du dfe4i«Hième siècle, Fmrrier; de notre temps, n'ont

DE LA PltlLûSôrai fc M LUteVOIRE. 15 éië f un et ratituft qnf les «pologiilles <k» vioes m honMtlf. Le premier ëcrt^t fiii Vffte iMkvM * « ftt l^ftfe ^ trfr«i!/e5 OH les Ftipm» tetenw honnêtet fen^; arec le cdMMeiitak^e ^ rMi))foii?e q^ les tices des partibtilîefs leodeiit à Fataiicage da publia » Sdon cet habile faonntie la morale esl an fléaa piire que la peste , la fiamîiie et la goerre. Fourrier a fnimmé, de nos jours , le même ana« thème , en préconisant connne ressort de bavce hannoflic les sept péchés capitaux , ponrra qu'on les fasse fonctiomier dans ira mécanisme tjii'rl a inventé ad hoc. En érigeant le vice en système » ces deux hommes n'ont malheureusement fait autre chose que de convertir en règle la dissolution pratique dont ils étaient les témoins;

Nous concluons de ce qui précède , que la vraie religion est mère de la vraie civilisatton ; quei^Hect ne va point sans ceHe-là; qo'avec la première tons les progrès réels dom Tespi'it humain est sus* ceptible tournent au bien des individus, li la force, à ia grandeur^ à la prospérité des empires; que sans elle la raison esc d'autant phis malMsaiHe qu'eHe acquiert plus de puissance ; qu'en m mot, et pour étendre une pensée célèbre, la vraie reli* gioa est l'arôme qui empédie la clvSisalion de se GQVTDrnpre.

Il jr en affui pensent tout le oenlraire. A irar»

id UBLIOTIliXtUE NOUVELLE.

yeux la civilintkm a poor unique source h per-* fectibUié iodèfiaie de Teqirit huauilkL Ge sont eux qui , géoéralisanl l'idée de civilisation ainsi comprise» lui assignent pour terme un but auquel Tunité humaine est coordonnée à titre de fonction ; un bot où est contenu et se doit accomplir toute notre destinée. Cette conception est la contre-|)artie de la pensée qui a dicté la Cité de Dieu de saint Augustin et le Discours sur Vhisloire unU verselle de Bossuet; elle est le fondement de tou* tes les doctrines humanitaires. Nous en renvoyons l'exposé au début du second livre.]

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