CHAPITRE IV
Histoire. — La Loi.
Telle que nous venons de Téludier la psychologie mène Thomme à la recherche d'une tradition où les faits de la conscience individuelle soient traduits en faits sociaux.
Or, il y a dans le monde une seule tradition authentique, intelligible, vraisemblable, reliant les temps anciens et les temps modernes, et répondant, terme pour terme, à toutes les données de la psychologie. Avons-nous besoin d'ajouter que cette tradition, c'est le Pentateuque ?
Le Pentateuque est la seule tradition authentique :
i<^ Nous en connaissons Fauteur; les annales égyptiennes en ont conservé le nom. Les Samaritains, séparés des Juifs mille ans avant notre ère , ont toujours été d'accord avec eux sur Moïse et sur sa loi. Le Pentateuque est aussi leur livre national, tandis qu'ils ont rejeté tous les autres livres hébreux postérieurs à la séparation.
2^ Le législateur des Juifs , ayant tout prévu ,• ayant défendu le moindre changement, il en résultait pour les chefs , et pour chaque membre de la
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nation, le devmr rigoureux de maintenir Tintégrité de la loi.
S*" Les Juifs étaient obligés à la lecture continul*llc de ce livre ; on le lisait solennellement tous les sept ans.
li^ Le peuple juif était lui-même une bible vivante; dans ses institutions, dans ses mœurs, dans son culte, dans ses fêtes , il était le Pentateuque même en chair et en os,
5- Ce livre est revêtu de la haute garantie que donne une publicité illimitée. Partout ailleurs la doctrine religiease et même la plupart des doctrines philosophiques sont sous le séquestre de Tinitiation ; partout ailleurs il y a une doctrine intérieure et une doctrine extérieure ; ici , il y a une doctrine extérieure seulement; la publicité était dans le vœu de la loi. On faisait des copies innombrables de la Bible, et on en conservait des exemplaires authentiques.
6<^ Ce livre fut soumis au contrôle perpétuel d'une secte dissidente, ce qui garantit puissamment l'authenticité du texte primitif. Au retour de la captivité, les Juifs voulurent remplacer Tancienne écriture hébraïque par les caractères chaldéens, et les Samaritains n ont pas cessé de leur en faire un reproche capital ; il y en a encore aujourd'hui à Naplouse et à Jaffa qui conservent le Pentateuque
M» fefttlOTItÈQUË NOUVELtE. ^
tel qu*on récriyait du temps de Salofnon. AojouN d'hui ce livre est admis par les Jaiiis, par les Saroarilains, par TEglise grecque , par tontes les sectes protestantes et par TEglise catholique. Est-il un livre au monde qui soit soumis à un pareil contrôle 7
Le Pentatenque est ja seule tradition intelligible. Toutes les autres sont plus ou moins symboliques, en sorte qu'il est impossible d'y démêler exactement la mythologie de l'histoire.
Il est la seule tradition vraisemblable. Nous trouvons partout ailleurs des fables absurdes qui choquent la logique et le bon sens; des interventions divines prodiguées sans nécessité, sans justification, sans proportion entre le moyen et le but
Il est la seule tradition reliant les temps ancien^ et les temps modernes. Partout ailleurs les autres traditions ont été s'éteignant ; celle-ci est Tunique base de l'unique civilisation qui se soit développée dans le monde depuis dix-huit siècles.
Enfin , cette tradition est la seule qui réponde , terme pour terme, à tous les faits de conscience , sans y rien ajouter, sans en rien retrancher. C'est ce qu'il faut établir.
Quelque exégèse que l'on adopte sur le récit de Pœuvre des six Jours , tel que Moïse nous l'a tracé, on est obligé de reconnaître que cette œuvre forme
DE LÀ PHIlOSOPHIfi DE L*p9rOIHE. ^^ en B'accomplissant une échelle de créaticms progressives dont rhomme occupe le sommet Les mammifères, les reptiles, les poissons , les mollusques forment en descendant les autres d^rés de cette échelle, comme le prouvât l'anatoniie com-! parée, la géologie et Tembryôgénie,
Avant qu'il fût question de progrès dans le monde savsint , les depx auteurs du livre intitulé ; « rouvrage des six Jours » montraient ainsi dans le plan suivi par Dieu toute la métaphysique de cette loi.
« Son dessein était de se manifester aux esprits célestes , et de les instruire , encore plus qqe de les étopner. |1 leur apprenait , par une longue suite de merveilles , qu'ils n'avaient pu ni prévoir, ni imaginer, de quel trésor et de quelle fécondité qlles partaient. En s'arrêtant où il lui plaisait , il leur faisait sentir leur impuissance de conjecturer ce qui suivrait. En interrompant le cours de ces productions, il leur montrait à quel point i} était libre de le continuer ou de le finir. En les tenant en suspens, il les rendait plus attentifs à la perfection que les nouveaux êtres apportaient aux premiers; et en s'avançant par degrés, il les faisait entrer dans les profondeurs de sa sagesse , sans les accabler par nn spectacle trop subit, » {Liv. oi^f , p. 47. )
n est impossible de mieax opposer l'idée da piXH grès sériel à celle du progrès continu ; l'idée d'une gradation par laquefle Dieu , qui est l'a priori absolu, élève à lui, d'étage en étage, des intelligences au développement desquelles l'ordre à posteriori convient essentieDement , en matière concrète , à cause de leur nature créée ; — à l'idée d'une évolution logique qui nous placerait du premier coup au sein de l'a priori pour livrer à nos déductions Va posteriori tout entier.
L'homme paraît à sa place et à son heure. Après aroir formé de terre l'organisme de sa créature. Dieu crée son âme de rien ; ensuite il tirela femme de l'homme, leur donne le langage et institue la société par trois commandements , l'un religieux , l'autre social , l'autre industriel. Le premier établissait le souverain domaine de Dieu : « Mangez de tous les fruits des arbres du Paradis, mais ne mangez pas des fruits de l'arbre de la science du bien et du mal. » {Genèse , c. 2, v. 16, 17. ) Le second était relatif à la constitution et à la multiplication de la famille : « Croissez et multipliez. — L'homme quittera son père et sa mère , et s'attachera à sa femme. » {Ibid. , c. 1, v. 28 ; c. 2, V. 24. ) Le troisième déterminait les moyens de conservation à l'égard des choses qu'ils avaient reçues une première fois des mains de Dieu ; « Le
Seigneur prit donc Thomme et le mit dans le Paradis de délices , afin qu*il le cultivât et qu'il le gardât. » ( Ibid. , c. 2, v. 15. ) Tous les rapports de l'homme sont clairement déterminés dans ces deux premiers chapitres : Rapport avec Dieu , obéissance ; rapport avec sa compagne , union ; rapport avec les animaux , commandement ; rap« port avec la terre ; travail.
La première famille viole la loi de ses rapports. Après avoir commencé par croire à la parole de Dieu , poussée par le désir d'usurper la plénitude de l'être , elle doute et veut examiner. Elle fait un appel à l'expérience , et l'expérience lui répond. Dieu est trouvé fidèle dans ses avertissements ; la douleur et la mort entrent dans le monde par la désobéissance ; le désordre physique par le désordre moral. Dieu promet un rédempteur, et alors commence la lutte entre la cité de Dieu et la cité des hommes.
Oaïn et Abel, les enfants de Dieu et les enfants des homnues, Noé et les géants, Gham et ses frères, Nembrod et Abraham, Moïse et Pharaon, le peuple de Dieu et l'idolâtrie universelle, l'Église et le monde, le catholicisme et le socialisme, voilà les adversaires, et qui ne sait le combat? Ses suites dans l'ordre social et politique ont été admirablement exprimées par M. Donoso Cortès.
^% BIBUOTitiiQUE liOUVELf'E.
« U n'y 9 1 dit ce grand pubUdste^ qne deux sortes de répressions possibles : Tune Intérieure , l'siutre extérieure, l'une religieuse , l'autre politique. Elles sont de telle nature que, quand le thermomètre religieux est élevé , le thermomètre de la religion est bas, et quand le thermomètre religieux est bas, le thermomètre poijitique, |a répression politique , la tyrannie s'élève. Geci est une lot de l'humanité, une loi de l'histoire. Et pour ?oi]^ en convaùicre, voyez ce qu'était le monde, voyez ce qu'était la société aux temps qui sont de l'autre côté de la Croix; voyez ce qui se passait lorsqu'il n'y avait point de répression intérieure , lorsqu'il n'y avait point de répression religieuse. La société alors ne se composait que de tyrans et d'esclaves. Citçz-moi un seul pays, à cette époque, où il n'y eût point et des esclaves et des tyrans. Gela est un fait incontestable et incontesté, un fait évident. La liberté, la liberté véritable, la liberté de tous et pour tous n'est venue au monde qu'avec le Sauveur du monde. Ceci est également un fait qui échappe à la controverse, et qui est reconnu par les socialistes eux-mêmes. Les socialistes appellent le Christ un homme divin. Les socialistes font plus, ils s'appellent, ils se disent les continuateurs du Christ. Eux, ses continuateurs, grand Dieu ! £ux^ les hommes de sang et de vengeance, les continua-
DE LA raiLQSOPHlË m L'HISTOIRE. Ud
tenrs de Celai qui ne viat que pour faire le bieii, de celui qui n'ouvrit la bouche que pour béoir» de Celui qui ne fit de prodiges que pour délivrer les pécheurs du péché, et les morts de la mort; de Celui qui, dans Tespace de trois ans, accomplit ia plus grande révolution dont le monde ait été té« moin , et cela sans avoir versé d'autre sang que le stenl
a Frétez-moi, je vous prie, votre attention; je vais vous mettre en présence du parallélisme le plus merveilleux que vous offre l'histoire. — Vous avez vu comment, dans le monde antique, alors que la répression religieuse était aussi bas que possible, Cfir il n'en existait aucune, la répression politique monta également aussi haut que possible, puis* qu'elle monta jusqu'à la tyrannie. £h bien, avec le Christ, là où nait la répression religieuse, disparaît complètement la répression politique. Cela est si vrai, que Jésus ayant fondé une société avec ses disciples, cette société a été la seule qui ait existé sans gouvernement. Entre Jésus et ses disciples, il n'y avait d'autre gouvernement que l'amour du Maître pour ses disciples, et l'amour des disciples pour leur Maître. C'est-à-dire que, quand la ré* pression intérieure était complète, la liberté était absolue.
» Suivons le parallélisme. Arrivent les temps
apostoliques, que j'étendrai, carceb convient ainsi an dessein qae je me propose, depuis les temps apostoliques proprement dits, jusqu'à Fépoque où le christianisme monte au Gapitole» sous le règne de Gonstantin-le-Grand. En ce temps-là, messieurs, la religion chrétienne, c'est-à-dire la répression religieuse intérieure, avait atteint son apogée; mais , malgré cela , il arriva ce qui arrive dans toutes les sociétés composées d'hommes : il commença à se développer un germe, rien qu'un germe de licence reUgieuse. Eh bien, obsen'ez le parallélisme : à ce commencement d'abaissement, dans le thermomètre religieux, correspond un commencement d'ascension dans le thermomètre politique. Toutefois, il n'y a pas encore de gouvernement, le gouvernement n'est pas nécessaire encore ; mais déjà est devenu nécessaire un germe de gouvernement Aussi dans la société chrétienne d'alors il n'y avait point de fait de véritables magistrats , mais bien des juges arbitres et amiables compositeurs, qui sont comme un embryon de gouvernement. En réalité il n'y avait pas davantage ; les chrétiens des temps apostoliques n'avaient point de procès entre eux et ne s'adressaient point aux tribunaux : toutes leurs contestations étaient jugées par des arbitres. Veuillez remarquer comme, avec la corruption, va croissant le gouvernement.
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» Arrivent les tempis féodaux. Â cette époqae la religion se trouve encore à sa plus grande hauteur, mais jusqu'à un certain point altérée, viciée par les passions humaines. Qu'arrive-t-il alors dans le monde politique ? C'est que la nécessité se fait sentir d'un gouvernement effectif, si faible qu'il soit; et, en conséquence , s'établit la monarchie féodale» la plus faible de toutes les monarchies.
» Continuez d'observer le parallélisme. Arrive le xvr «iècle. Alors, avec la grande réforme luthérienne, avec ce grand scandale politique et social, en même temps que religieux , avec cet acte d'émancipation intellectuelle et morale des peuples, coïncident les institutions suivantes. En premier lieu, à l'instant même, les monarchies, de féodales qu'elles étaient, deviennent absolues. Vous croyez, vous, messieurs, qu'une monarchie, un gouvernement ne peuvent pas être plus qu'absolus, et vous demandez ce qu'il peut y avoir au delà ? Mais il fallait que le thermomètre de la répression politique montât encore, parce que le thermomètre religieux continuait de descendre. Et, en effet, le thermomètre politique monta davantage; et savez-vous par quelle nouvelle institution ce mouvement d'ascension se révéla ? Par la création des armées permanentes. Et savez-vous ce que sont les armées permanentes ? Pour le savoir, il suffit de savoir ca
c|ue c*est qu*un soldat : or, un soldat est m es-
cljiye en uniforme.
» Ainsi donc, vous le voyez , au moment même où la répression religieuse descend, la répression politique monte à l'absolutisme et va même au delà. Ce n'était pas assez pour les gouvernements d'être al)so]us , ils demandèrent et obtinrent le privilège de l'absolutisme et d'avoir, pour se défendre et défendre avec eux la société , un million de bras.
» Malgré cela , il fallait que le thermomètre politique montât encore , par la raison que le thermomètre religieux continuait de descendre; et le premier monta davantage. Quelle nouvelle institution fut alors créée? Les gouvernements dirent: Nous avons un million de bras , et cela ne nous suflit pas ; nous avons besoin de plus encore; nous avons besoin d'un million d'yeux , et ils eurent la police,
» Toutefois , malgré cela , |e thermomètre politjque et la répression politique devaient encore monter, parce que , malgré tout , le thermomètre religieux continuait de descendre ; et ils montèrent Ce ne fut pas assez pour les gouvernements d'avoir un million de bras , d'avoir un million d'yeux, . ils voulurent avoir un million d'oreilles , et ils les eurent au moyen de la centralisation administrative, par laquelle toutes les réclamations, toutes
les plaintes viennent aboutir au gouvernement.
» Or, cela ne suffit pas encore , car le thermomètre religieùt continuant de descendre , il fallait que le thermomètre politique montât plus haut. Et il monta* Les gouvernements dirent : 11 ne Suffit pas d'avoir, pour réprimer, un million de bras ; il ne Dde suffit pas d'avoir , pour réprimer et surveiller, un million d'yeux ; il ne me suffit pas d'avoir, pour réprimer et administrer, un milîîoh d'oreilles; il nous faut davantage encore : il faut que nous ayons la faculté de nous trouver en même temps de toutes parts. Et cette faculté ils l'eurent , grâce à l'invention du télégraphe.
» Tel était, messieurs, l'état de l'Europe et du monde , quand le bruit de la dernière révolution vînt nous annoncer à tous qu'il n'y avait pas encore assez de despotisme dans le monde ; par la raison que le thermomètre religieux était à zéro. Et maintenant de deux choses l'une : ou la réaction religieuse vient, ou elle ne vient pas. S'il y a réaction religieuse, vous verrez bientôt, messieurs, comment , à mesure que montera le thermomètre religieux, commencera de descendre naturellement , spontanément , sans nul effort de la part des peuples ou des gouvernements, le therrtiomètre politique , jusqu'à ce qu'il marque le jour tempéré de Fa libtrté des nations. Mais si , au cou-
m ËIfiUOTHJ<:QtJE mVVËLLE.
tcairc , le thermonictre religieux continue de descendre , je ne sais où nous nous arrêterons. Je ue le sais, et je tremble en y pensant. Considérez les analogies que j'ai mises sous vos yeux ; et si aucua gouvernement n'était nécessaire alors que la répression religieuse se trouverait à son apogée, maintenant que la répression reUgieuse n*existe plus, aucun genre de gouvernement sera-t*il suffisant pour réprimer ? Tous les despotismes à la fois y suiBront-ils ?
» Voilà,. messieurs, ce qui s'appelle mettre le doigt sur la plaie: Voilà la question pour TEspagiie, la question pour r£urope , la question pour l'humanité et le monde.
x> Remarquez ceci , messieurs , dans le monde ancien la tyrannie se montra féroce et impitoyable, et cependant cette tyrannie était matériellement limitée , tous les États étant petits et les relations internationales étant de tout point impossibles : en conséquence , dans l'antiquité il ne put y avoir dé tyrannie sur une grande échelle , si ce n'est une Lcule , celle de Rome. Mais à présent , combien les choses sont changées ! Les voies sont préparées pour un tyran gigantesque , colossal , universel ; tout est préparé pour cela. Veuillez y réfléchir ; il n'y a plus maintenant de résistances , soit matérielles, soit morales. Il n'y a plus de résistances
DE LA PHILOSOPHIE DE L^HISTOIKE, 32$ matérielles, parce que , avec les bateaux à vapeur et les chemins de fer, il n'y a plus de frontières, et parce que, avec le téi^raphe électrique, il n*^ a plus de distances ; et il n'y a plus de résistances morales , parce que tous les esprits sont divisés et tous les patriotismes morts. Dites-moi donc si j'ai ou non raison de me préoccuper du prochain avenir du monde ; dites-moi si , en traitant cette ques« tion , je ne traite pas la vraie question.
» Une seule chose, une seule pourrait détourner la catastrophe; on ne la détournerait pas en donnant plus de liberté, plus de garanties, de nouvelles constitutions. Nous n'avons d'autre moyen de la détourner qu'en nous efforçant tous, dans la limite de notre influence individuelle, de provoquer une salutaire réaction religieuse. ( Discours prononcé le 4 janvier 1849 à la chambre des députés d* Espagne* )
Voilà aussi pour nous toute la philosophie de l'histoire. Depuis l'origine du monde, une route lumineuse traverse la nuit des âges , plongeant à la fois dans le passé le plus reculé et dans le dernier avenir. C'est comme une arche immense suspendue entre le ciel et Tabime , et jetée du commencement de toutes choses à la fin de toutes choses , de la création au jugement. Au milieu s'élève une montagne que domine une croix , et cette croix
est la source de la lumière qui divise Tictorleuse* ment les pins noires ténèbres. Ses irradiations divines accompagnent , dans leurs chûtes , les peuples et les hommes, et Ton peut, de tons les gouffres et de toutes profondeurs, revenir dans le chemin du salut , pourm qu*on désire profiter du rayon qu'elle ne manque jamais d'envoyer. Ce chemin est celui de la tradition chrétienne, la seule authentique, la seule intelligible, la seule dont les faits s'accordent avec la conscience hu* maine , comme la forme d'un germe avec la cellule où il est né, comme la bouche de l'enfant avec la mamelle de sa mère. Constamment vérifiée par des contradictions de tout genre , par la haine ouverte et implacable de ses ennemis , par les infidélités et par les trahisons de ceux qui paraissaient ses amis ; éprouvée par la bonne et par la mauvaise fortune; attaquée par les forts, les riches et les savants; défendue par les faibles, les pauvres et les ignorants ; toute percée par le glaive des bourreaux et par celui des sophistes, sa jeunesse se renouvelle sur la table même où tant d'expérimentateurs l'ont étendue comme un cadavre , et ils ne semblent la toucher de leurs scalpels que pour en faire jaillir des torrents dévie.