‹ De plusieurs phosphores métalliquesChapitre 3 sur 6 · FLEURS DE MARGRAFF · texte numérisé non relu

FLEURS DE MARGRAFF

Comme je l’ai dit précédemment, Margraff et B. Pelletier en faisant du phosphure de zinc avaient été surpris de trouver dans la préparation des petites houppes cristallines brillantes, transparentes, d’une couleur rouge orangé. Ils n’avaient jamais pu en éviter la formation et ne leur donnaient pour caractères que la propriété de s’enflammer quand on les chauffe au contact de l’air et de fondre en verre phosphorique.

J’ai observé aussi ces petits cristaux à l’extrémité du tube de porcelaine qui m’avait servi à faire du phosphure de zinc. Il y en avait si peu que je fus obligé de faire plusieurs opérations pour en obtenir quelques centigrammes. Ces cristaux, soumis à l’action de l’acide sulfurique, ne subirent aucune altération, l’acide chlorhydrique les attaqua légèrement; mais l’acide nitrique au contraire les détruisit rapidement. Cette dissolution ne contenait que de l’acide phosphorique et du zinc chauffé à 150° environ sur une lame métallique; ils s’enflammèrent comme le phosphore et laissèrent un résidu de phosphate de zinc. Je fus convaincu que les fleurs de Margraff étaient du phosphate de zinc cristallisé coloré par du phosphore rouge. Comment ce sel qui ne se trouve qu’à l’état amorphe avait-il pu prendre la forme cristalline pendant le cours de cette opération? L’examen attentif de ces petits cristaux me démontra qu’ils étaient en tout point semblables à ceux du phosphure de zinc. Ils s’étaient donc formés par épigénie, c’està-dire que l’air arrivant très-lentement et en très-petite quantité dans mon appareil transformait sur place le phosphure en phosphate, et le phosphore se trouvant en présence à cette température de l’extrémité du tube (environ 150 à 200°) passait à l'état rouge. Une expérience vient encore confirmer cette manière de voir : en chauffant dans un tube de porcelaine du phosphore de zinc, j’obtins des cristaux extrêmement blancs de phosphate de zinc pur. On pourra les nommer fleurs de Margraff blanches. Dans cette opération, il n’y avait pas de phosphore en excès pour les colorer.

Les fleurs de Margraff ne sont donc, dans la préparation du phosphure de zinc, qu’un accident qu’on pourra éviter en ayant un appareil hermétiquement bouché et toujours plein d’hydrogène.

Si l’on voulait en obtenir, il faudrait bien se garder de ménager des ouvertures ou d’introduire des bulles d’oxygène, car le tube éclaterait, ou bien il se formerait de l’oxyde de zinc qui encombrerait l’opération ; le meilleur moyen consiste à se servir de tubes en terre cuite. Ces tubes sont poreux, et sous l’action de cette forte chaleur laissent passer un peu d’air. On peut aussi recueillir autant de fleurs de Margralï qu’on le désire,

PHOSPHURE DE CADMIUM.

Le cadmium, ce métal si voisin du zinc, soumis aux mêmes expériences, a donné les mêmes résultats. Le phosphure de cadmium se prépare absolument de la même façon que le phosphure de zinc ; seulement le feu doit être moins violent, puisque le cadmium distille à une température inférieure à celle du zinc. La combinaison s’effectue avec plus de calme et peu d’éclat. A cause de la grande volatilité de ce métal, il vaut mieux se servir de la cornue de grès que du tube de porcelaine. Après l’opération, on trouve la voûte de la cornue tapissée de cristaux plus fins et plus petits que ceux du phosphure de zinc, offrant une couleur et un chatoiement semblables.

Si par hasard un peu d’air s’introduit dans l’appareil, on trouve aussi de petites houppes de phosphate de cadmium colorées par du phosphore rouge, complètement identiques aux fleurs de Margraff. Ces cristaux peuvent être obtenus blancs de la même manière que ceux de phosphate de zinc.

Le phosphure de cadmium chauffé à l’air brûle et laisse un résidu de phosphate de cadmium. Il est moins fusible que le cadmium. Traité par l’hydrogène, par l’acide sulfurique, l’acide chlorhydrique, l’acide azotique, il se comporte comme le phosphure de zinc.

Ces deux phosphures ont tant de rapports entre eux que l’étude de l’un entraîne l’étude de l’autre.

La formule chimique du phosphure de cadmium est Ph Cd 3 .

Son analyse se fait de la même manière que celle du phosphure de zinc.

Voici les résultats que j’ai obtenus :

L’équivalent du phosphure est 31; celui du cadmium 56.

Phosphure de cadmium employé. 0,247

Oxyde de cadmium produit. 0,229

D’où l’on déduit :

Cadmium.. 0,20037

Soit 0/0 81,12, dont le rapport est 14,48.

D’autre part :

Acide phosphorique produit . 0,083

D’où l’on déduit :

Phosphore.. 0,036237

Soit 0/0 14,67 dont le rapport est 4,73.

Or

La formule de ce phosphure est PhCd 3 .

On peut vérifier, comme précédemment, en partant de la formule PhCd 3 .

On obtient 0,2383 d’oxyde de cadmium et 0,08808 d’acide phosphorique donnant 0/0 84,42 de cadmium, dont le rapport est 15, et 15,57 de phosphore dont le rapport est 5.

En comparant les chiffres, on voit que, d’après les résultats, la formule est bien Ph Cd 3 .

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