LE NATURALISTE CANADIEN
les dents et les griffes s’entrechoquent, le poil vole en flocons, le sang coule abondamment des plus faibles qu'on laisse étendus sur place à demi écorchés, jusqu’à ce qu'enfin un parti prenant le dessus sur l’autre, s'empare de la proie et se retire en l’emportant en triomphe, pour se la partager dans leur propre quartier . car chaque bande a ses quartiers de retraite qui lui sont propres -tandis que les vaincus, serrant la queue et portant bas l'oreille, s’en retournent piteusement vers leur refuge se lécher les plaies et épier le mom nt de reprendre une revanche,
Mais ii n’y a pas que les chiens, je pense, qui habitent la rue sans reconnaitre ni parents ni maîtres. De nom- . breux petits de l’espèce humaine sont aussi dans le même cas. Ce sont, pour la plupart, des fruits du libertinage on de la polygamie qui ne vaut gaère mieux, qui, sans asile et sans ressources, cherchent ainsi sur le pavé de la rue à accaparer quelques restes ou à soutirer quelques paras des étrangers, en échange de légers services, pour se conserver l'existence. Nous en voyons sur toutes les places en groupes plus ou moins nombreux, qui nous poursuivent partout en tendant la main et en répétant sans cesse: bacchish ! bacchish ! Bacchish est, pensons-nous, le premier mot que l'enfant apprend ici à articuler. Le costume de ces petits malheureux, garçons et filles, est invariablement une longue chemise en coton ou toile bleue plus ou moins sale, ouverte jusqu’à la ceinture que remplace une corde quelconque, avec un nippon sur la tête en guise de turban, de sorte que la figure et la poitrine sont constamment exposées aux rayons du soleil brûlant de ces contrées. Aussi les cphthalmies et même la cécité sont-elles fort communes chez ces peuples. Cette habitude d'aller ainsi visage et poitrine nus en plein soleil, nous a fort intrigué. et bien des fois, nous nous sommes demandé pourquoi l'on ne se couvrait pas plus pour se protéger contre le soleil ? pourquoi, par exemple, n'avoir pas une coiffure à rebord pour projeter au moins quelque ombre sur la figure ?...Mais on ne raisonne pas jusque là, ici; hommes, femmes, ont été dès l'enfance habitués à se faire rôtir la face et la poitrine, et l’on continue comme si on ne s'en
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trouvait nullement incommodé. Que le crâne soit bien couvert pour se protéger des insolations, c'est 1à le seul point important. Mais que mes iecteurs n'aillent pas croire que ce débraillement, ces undités aient quelque inconvénient ici pour les mœurs; oh! point du toit, C'est tont simplement dégoûütant et rien de plus. L'eau passe si rarement sur ces épidermes, et la sueur qui y retient constamment la poussière, qui est ici extrémement abondante, y forme bientôt une croûte si ridée, une peau couennerse si peu agréable, qu'on peut manquer de se couvrir, sans aucun danger d'attirer les regards,
Il n’est pas rare de rencontrer dans des groupes de 10 à 12 enfants jouant ensemble, cinq, six d’entre eux, dans le costume de notre père Adam, incapables de se mettre les mains dans les poches. Le plus souvent un simple chiffon leur couvre le crâne, mais souvent aussi ils manquent de toute couverture quelconque,
La mosquée de Méhémet-Ali est un superbe temple, remarqu*ble surtout par les marbres précieux qui entrent
dans sa décoration, Elle est située sur la colline qui ferme l'horizon à l'Est de la ville et qui la domine tout entière, On peut de ce point saisir d’un coup d'œil le panorama entier du Caire et de ses environs. À nos pieds, en face, s'étend la ville avec ses terrasses, ses jardins, ses places publiques plantées d'arbres, ses palmiers élancés et ses nombreux minarets aux formes sveltes et grêles qui projettent leurs maigres silhouettes sur les sombres résidences qui les avoisinent. Ces minarets sont en forme de tours ou de clochers, le plus souvent de figure octogonale, avec une double ou triple gallerie du haut desquelles les muezzins, matin et soir, appellent les croyants à la prière ; car l'usage des cloches est prohibé chez les enfants de Mahomet, La voix de ces prêtres de l'erreur n’a rien du solennel de nos cloches, cependant ces appels et ces invocations d'Allah (Dieu) sur tous les tons, avec l’âme qu’on y met souvent, ont quelque chose qui impressionne et qui contraste singulièrement avec les prétendues lumières de notre civilisation qui s'efforcent de nos jours, de faire disparaître même jusqu à l’idée de la divinité de parmi le
penple. Oh! combien de fois je me suis dit, en entendan ces appels réitérés à la prière: comme les coryphées de la libre pensée et les athées qui conduisent actuellement la patrie de mes pères à sa perte, pourraient avec profit, malgré la jactance dont ils se targnent, venir prendre ici des leçons de sagesse et de hante philosophie de l'ignare muezzin, répétant deux fois par jour, aux quatre points cardinaux : I n'y a de Dieu que Dieu, et Mahomet est son prophèle, on du supersticux iman esclave de la lettre de son Coran qu'il a mission de prêcher !
Par dessus les constructions de la ville, toujours en face, coule le majestueux fleuve du Nil, au milieu de sa riche vallée, toute couverte de moissons au moment actuel, et que tous les ans il va rhabiller de son précienx limon pour renouveler sa fertilité Çret 1à, à travers ces moissons, s'élèvent les résidences des fellahs, groupées en petits villages, qu'ombragent d'ordinaire des arbres au vert feuillage, et que domine toujours le minaret de la mosquée, L'horizon de ce côté est fermé par la côte de sable qui ter. mine l'immense désert du Sahara, et qui semble vouloir petit à petit empiéter sur la plaine fertile, Plus rapproché de nous, mais toujours de l’autre côté du Ni, se trouve Boulaq, où les Khédives ont d'ordinaire leur résidence de campagne, avec des jardins d’un luxe tout a fait oriental,
Si nous portons nos regards à gauche, nons voyons, encore de l’autre rôté du fleuve, les pyramides de Ghiseh, qui dessinent sur l'horizon leurs masses sombres et imposantes,
A droite, c'est la campagne avec ses champs cultivés et les nombreuses villas semées ça et là dans tout le voisinage de la ville, La vallée, à l'endroit du Caire, est assez resserrée ; mais à partir de ce point en descendant, elle va toujours en s’élargissant, jusqu’à la rencontre de la Méditerrannée, s'étendant là depais Alexandrie jusqu’à Port. Saïd, c’est-à-dire sur une largeur de plus de 50 lienes.
Réunis à nos compagnons de l'hôtel d'Orient, qui tout en payant le double de ce que nous donnions, nous, se plaignaient fort du service de leur maison, nous parcou-
rons ens tons d'a toute ch étroites, les pied range ou de ces ru pour int en Orien sont réui installée courbach choses qu mur, cell au marc d'où, san articles d dire qu’ot franchi a telle ou t nis, mais 1 ticles. UÙ Roch, par cases d’un nous ne pour les les villes, souvent fc Les p tans et n jambes cr famant f attendant rait les ét fait aucun ordinaire la pipe de la maison, remplie d
rons ensemble les diverses parties de Ja ville. Nous visitons d’abord le quartier des Juifs, qui nous frappe avant toute chose par sa malpropreté., Ce sont des rues fort étroites, tontes pavées en cailloux ronds mal ajustés, où les pieds glissent à chaqne instant sur des pelures d’orange ou autres déchets qu'on y voit partout, La plupart de ces rues sont couvertes par des nattes ou paillassons pour intercepter ies rayons du soleil. On donne partout en Orient le nom de bazars à ces rnes ainsi couvertes où sont réunis les magasins de débit. Les boutiques où sont installées les marchandises: tarbans, châles, coutelas, courbaches, pistolets, cotonnades. etc., etc, ne sont autres choses que des tablettes superposées dans l’enfoncement du mur, celle du bas étant un peu plus large pour permettre au marchand de s’y asseoir à la façon de nos tailleurs, et d'où, sans se déplacer, il étale et livre anx achetenrs les articles dont ils ont fait choix; si bien qu'ici on ne pourrait dire qu’on est entré dans tel ou tel magazin, puisqu'on n’a franchi aucune porte, maïs seulement qu'on s’est arrêté à telle ou telle boutique. Les étalages sont assez bien garnis, mais fort peu considérables quant à la quantité des articles. Un étalage comme celui de M. Z. Paquet, de S. Roch, par exemple, suffirait sans peine pour garnir les cases d'une rue tout entière, Remarquons toutefois que nous ne parlons là que des marchands indigènes, car pour les boutiques curopéennes, qu’on trouve dans toutes les villes, elles sont comme partont ailleurs à l'intérieur, et souvent fort bien montées.
Les patrons de ces bontiques du pays, juifs, mahométans et même arabes chrétiens, sont ainsi accroupis, les jambes croisées, sur la dernière tablette de leu: € alage, faumant fort gravement la chibouque ou le nargiiieh en attendant les chalands. Tout le monde fume ici, et on parait les étonner grandement quand on leur dit qu'on ne fait aucun usage de tabac. La chibouque est une pipe ordinaire à fort long manche, souvent de 3 à 4 pieds: c’est la pipe des aristocrates turcs, par ce qu'elle ne se fume qu’à la maison, Le narguileh se compose d’une carafe en verre remplie d'eau, à laqueile est adapté une pipe avec un long
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manche flexible en caoutchouc ; son transport est encore plus enbarrassant que celui de la chibonque, Les ouyriers,.voitnriers, chameliers, etc, ne fument d'ordinaire ni la chibouque, ni le narguileh, mais uniquement la cigarette ; ils en portent toujours une provision sur eux. C'est partout du tabac ture dont on fait usage: u tient des petits sachets dans ses poches avec un petit livret de papier fort mince. Quand on veut fumer, on enlève un feuillet du livret, on y renferme une pincée de tabac tont haché, et voilà la cigarette prête. Les gourmets en fumée, parmi lesquels, Dieu merci, on ne me comptera jamais, proclament que le tabac turc est très doux et de fort bon goût. Je veux bien les en croire sur parole.
Nous allons en corps faire visite à l’évêque, qui, comme je l’ai noté plus haut, se trouvait au Caire dans le moment. Mgr Ciurcia est franciscain, et quand il vient ici, il prend sa résidence dans le couvent des moines de son ordre, (!} Nous montons des esco -s et enfilons plusieurs galleries et corridors, lorsque an À une porte, nous voyons affiché au dessus : CLOTURA. 101, un Frère a le soin de nous avertir que les dames qui nous accompagnent ne peuvent aller plus loin, car au delà c’est la clôture monastique. Laissant donc là nos belles dames, qui maugréent assez hautement contre le manque de galanterie de la part des moines, nous franchissons la porte et pénètrons dans les appartements de l’évêque. Nous nous agenouillons d’abord pour recevoir la bénédiction du prélat et prenons place ensuite sur les divans du salon, Le bon évêque nous parut un bien digne homme, mais souf-
[1] Mgr Ciurcia, quelques mois plus tard, prit passage pour Naples sur le paquebot des messageries françaises. Saisi par la fièvre avec son état de faiblesse habituel, il rendit le dernier soupir presque en face de Messine, moins de deux jours avant de toucher Naples. Et, on le croirait à peine, le commandant du vaisseau, français et catholique Cdu moins sensé devoir l'être], fit jeter à l’eau la dépouille du saint évêque, lorsqu'avant moins de 48 heures il aurait pu la débarquer à Naples, ou qu'en bien moins de temps encore il pouvait la faire débarquer à Messine, Mais lorsqu'on fait la guerre à Dieu lui-même, doit-on s'étonner qu’on ne res-
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frant et très faible. Après quelques minutes seulement de conversation, nuus prenons congé du prélat pour ne pas le fatiguer, et allons poursuivre notre visite de la ville.
Nous allons après souper voir nos compagnons de l'hôtel d'Orient, pour régler avec eux le programme de la journée du lendemain. Îl fut décidé que nous irions d'abord le matin aux Pyramides, et que dans l'après midi nous continuerions notre visite de la ville, Les voitures étaient déjà retenues pour le voyage, à raison de 15 fr. par tête. Revenus à notre hôtel, notre patron nous dit qu'il pouvait en fournir, lui, ponr 10 fr. seulement, mais le marché étant conclu, il fallait s’y tenir
Vendredi, 25 mars.—Comme c’est aujourd’hui fête d’obligation, et que, pour profiter de la fraîche du matin, il faut être prets à monter en voiture à 64h. au plus tard, dès les 5h. nous étions rendus à l’église des Jésuites pour y céiébrer de suite.
11 parait qu'ici, comme dans nos climats du nord, le lever matinal n’est pas dans les habitudes des citadins, car lorsque nous laissâmes nos chambres vers les 44h., tout était encore silencieux dans l’hôtel. Arrivés à la porte, nous la trouvâmes entrebaillée, mais avec les battants retenus par le lit d’un garçon de service, qui l'avait placé en travers de cette porte, et qui ronflait sans inquiétude, si bien qu’il nous en coûta un peu d’éveiller le pauvre diable pour qu'il nous livrât passage.
Parvenus dans la rue, nous fûmes encore bien plus étonnés de trouver, ça et là sur les trottoirs, des lits qu’on y avait dressés et dans lesquels des personnes dormaient du sommeil le plus paisible, En certains endroits, ce n'était pas sur des lits que reposaient les dormeurs, mais bien sur la pierre même du pavé : ici une pauvre femme avec des enfants, là des enfants seuls tapis dans quelque coin, et de l’autre côté de la rue, une file de chèvres qu’on avait amenées des champs, et qui s'étaient emparé du trottoir pour y passer la nuit.
Tel que convenu, dès les 64h. nous étions prêts pour le départ; nous prenons place avec deux autres compa-
gnons dans un superbe carosse traîné par deux chevaux,
et notre convoi se composant de 5 à 6 voitures semblables, les unes à la suite des autres, traverse la ville pour passer le Nil à son extémité Ouest, sur le superbe pont en ter qui relie ses deux rives vers le haut de la ville.
Dès que nous sommes. de l’autre côté du fleuve, la route macadémisée et en assez bon état, est partout bordée d'une magnifique rangée d’arbres de chaque côté, Le chemin suit le fleuve à quelques arpents seulement de la rive. Le soleil est brillant, l’air encore tout saturé de la fraîcheur matinale n’est pas encore assez réchauffé pour nous incommoder, et les effluves des trèfles, Iuzernes, sainfoins et autres cultures qui nous avoisinent, viennent de temps à autres nous enivrer de leurs parfums en dominant l'arôme des prés verdoyants et fleuris qui nous suit partout, Nos automédons Nubiens font, avec un certain air de triomphe, claquer leurs longs fouets sur la tête de leurs coursiers, qui de leur côté semblent prendre le signal plutôt comme un encouragement que comme une menace, tant ils montrent d’empressement à franchir l'ombre des arbres qui se dessine en bandes ovliques et symétriques sur la voie poudreuse.
Ces arbres sout presque exclusivement des acacias et des caroubiers, appartenant tous deux à la grande famille des Légumineuses, qui dans notre climat, n’a de représentants que parmi les plantes herbacées, sauf quelques acacias qu'on trouve parfois dans les jardins,
L'acacia d'Egypte, Acacia Nilotica, Dulisle, est cet arbre précieux qui produit la gomme arabique, article important de commerce, qu'on emploie aujourd'hui à une foule d'usages. C'est un arbre de 30 à 40 pieds, à feuilles deux fois pennées, composées de folioles très petites et fort élégantes, ce qui donne à la masse du feuillage une apparence légère des plus agréables, Les feuilles sont accompagnées d'épines stipulaires sur le rameau même, L'arbre forme une belle tête, à tronc droit et uni lorsqu'il est jeune, mais avec l’Age il se déforme et porte des excroissances et des nœuds d’où coule la gomme qu'on recueille pour le commerce, C'est surtout en décembre et en mars qu’on fait la récolte de cette gomme ; les arbres gonflés de sucs pen-
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dant l’inondation du fleuve, qui dure d'ordinaire de juin à septembre, la laissent alors sextravaser sur le tronc, comme nous en voyons ici sur les cerisiers de nos jardins et les petits-merisiers de nos bois. C’est par centaines de sacs qu'on embarque cette gomme sur les paquebots qui font escale à Alexandrie,
Le Caroubier, Ceralonia siliqua, Linné, quoique proche parent du précédent, appartient cependant à une branche différente de la même famille, c’est celle des Césalpinées, qui n’a aucun de ses représentants parmi nos plantes indigènes. Si l’acacia, par son feuillage léger que le moindre .» 4 He azite, psut êt re comparé à la jeune fille folâtre qui ne sait que rire et sauter, le Caroubier, lui, par son feuillage persistant, rigide et sombre, peut être une exacte fignre de l’homme mûr, aux mouvements graves, aux préoccupations sérieuses, qui voit l’utile avant tout et ne sait que produire,
Le caroubier est un bel arbre de 25 à 80 pieds, à tête étalée comme celle des pommiers, à tronc raboteux, à branches tortueuses et à feuilles pennées, persistantes, entières, coriaces, glauques en dessus et grisâtres en dessous, On utilise ces feuilles dans la préparation des cuirs, en raison du principe astringent qu’elles contiennent, Les fleurs, en petites grappes sur la partie nue des rameaux, sont C'abord d’un rouge foncé, puis passent au rose; »lles répandent une odeur des plus agréables.
Les caroubes ou fruits du caroubier sont de grosses fèves renfermées dans des siliques on gousses plus ou moins arquées, qu'on mange souvent avec le fruit comme on le fait de nos pois mange-tout. Ces fruits se cueillent vers la mi-août, On rencontre souvent les indigènes avec des poignées de ces gousses qu'ils dégustent en se promenant dans les rues, On dit que ce sont ces fêves que l'en fant prodigue enviait aux pourcenaux dont il avait la garde, C’est aussi la fêve sacrée des anciens Egyptiens qu'on retrouve dans les tombeaux, Enfin c’est encore la fève que s'interdisaient les disciples de Pythagore, par ce que sa pulpe en cuisant prend une couleur rouge, semblable à celle de la chair crue, dont les Pythagoriciens ne pouvaient manger.
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Le caroubier croît en Sicile, en Corse, .t dans toutes les contrées circonvoisines de la Méditerrannée.
À tout instant nous rencontrons des fellahs qui s’en vont avec leurs produits aux marchés de la ville. Le plus souvent ce sont des fourrages verts, trèfles, luzernes etc. qui constituent la charge de leurs bêtes. De lourdes charettes traînées par des buffles, ou des chameaux avec leur charge sur le dos, nous montrent des masses ronges que constitue le trèfle incarnat dont il sont ‘*argés. El n’est pas rare de voir une femme avec 2 ou 3. fants juchés sur la charge qui surmonte la bosse de la précieuse bête des déserts et qui ont l’air de se prêter avec satisfaction aux ondulations qui caractérisent la marche de cette désagréable monture.
Les Pyramides que nous avons toujours en face, et qui du Caire semblaient n’avoir rien d’extraordinaire, paraissent croître et s'élever sur le sol à mesure que nous en approchons. Nous touchons enfin leur base, et nous pouvons les contempler dans toute leur majesté. Quelle masse imposante de pierres entassées là par la main de l'homme, et qui depuis plus de 40 siècles semblent défier le temps qui détru t tout, à exercer sur elles son action!
Que de souvenirs historiques évoque la seule vue de ces monuments ! Depuis les potentats qui les ont érigés, combien de personnages célèbres ont arrêté sur eux leur regard, ont foulé de leurs pieds le sol sur lequel nons marchons ! Mais entre tous ces souvenirs du passé, c'est celui qui est le plus près de nous qui nous impressionne d’avantage. On sait ce que fut la bataille des Pyramides le 21 juillet 1798. C'est ici même que Bonaparte, à la tête de ses preux, tira Fépée contre les Mamelouks commandés par Mourad Bey. ‘ Soldats, s'écria le futur empereur, pour exciter le courage des siens, soldats, du haut de ces Pyramides, 40 siècles vous contemplent.” Et on sait comment les entants de l'islam, malgré leur courage, furent obligés de céder devant la valeur française.
À peine -sommes-nous descendus de voiture qu'une bande de Bedouins, tous jeunes et alertes, pieds nus et revêtus de longues chemises blanches, nous entourèrent en
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nous obsédant de leurs offres de service pour l'ascension du monument, Heureusement que le consul français du Caire avait eu l’obligeance de mettre à notre disposition l’un de ses cavas ; l’habit galonné de ce brave Maronite suffisait seul pour les rendre plus paisibles, et lorsqu'ils voulaient pousser trop loin leurs obsessions, il n’avait qu’à faire mine de mettre la main à la poignée de son sabre, que les enfants du désert prenaient aussitôt la fuite.
Mais an officier Egyptien qui se tient toujours là intervint bientôt et mit fin à toute discussion. Le prix de l'ascension et de la visite intérieure est de 5 fr. dont la moitié pour le gouvernement et l'antre moitié pour les Bedouins servant d'aides et de conducteurs,
L’ascension de la Pyramide de Chéops, la plus haute, est un exploit dont nous avions entendu maints voyageurs se glorifier comme d’un acte de hardiesse peu ordinaire ; mais arrivés au pied, fous n'y voyons rien de fort difficile, la masse de pierre étant constituée d’assises en retraitesles unes sur les autres, nous offre ainsi des marches qui enlèvent toute difficulté à l'escalade, IL est vrai que ces marches qui forment les assises n’ont pas toute la même hauteur, et que parfois elles ont de deux à trois pieds d’élévation, mais avec l’aide des Bedouins qui, agiles comme des gazelles, santent d'un bond sur la marche supérieure sur laquelle leurs pieds nus a ‘hèrent sans aucun danger de glisser, rien de plus aisé que de se laisser ainsi hisser d'une marche à l’autre, par deux guides qui nous tiennent chacun uue main. Un troisième guide, dans l'espoir sans doute de quelque bacchish, se joiguit aux deux que j'avais retenus—était-ce par ce que j'étais le moins lourd de la bande ?—et en moins de dix minutes, j'étais rendu sur la cime, au chant répété de Allah, Allah, de mes guides musulmans, étant contenté d’un seul instant de repos vers le anilivu pour m'essouffer un peu.
Les Pyramiles de Grhiseh ‘sont au nombre de trois, savoir : celle de Chéops la plus haute—celle dont on fait l'ascension -qui invesure 450 pieds de hauteur et 720 p, de base ; culle deu Chéphreu de 400 p. de hauteur et 600 p. de
base ; et celle de Mycérinus de 162 p. de hauteur et 279 p. de base carrée, c’est-à-dire formant un quadrilatère régulier à faces égales, Elles ne sont distantes les unes des autres que de quelques cents pieds environ,
En moins de vingt minutes, tons nos excursionistes, y compris ies dames, étaient rendns sur le sommet de la masse pierreuse, qui ne se termine pas en aiguille comme on pourrait le croire, mais est tronquée de manière à offrir une ple’:forme pouvant rontenir une trentaine de per. sonnes, Trois ou quatre seulement de nos compagnons, redoutant le vertige, avaient refusé d'entreprendre l'ascension. Les pierres de la plateforme où nous reposons sont toutes couvertes de noms d’excursionistes qui se sont reposés Ici, et nos Bedouins armés destylets en acier noussollicitent en vue du bacchish, de léur permettre d’en faire autant. Mais qu'importe qu’un nom canadien soit mêlé ici aux milliers de toute nation qui y sont inscrits, Qui de nos compatriotes pourra jamais le retrouver dans cette mosaïque ? Je préfère donc jouir du maguifique panorama qui se déploie devant moi de ce point élevé, que de suivre l'opération de l'homme du désert, pour que son poinçon ne s’écarte pas des règles de l'orthographe dans son opération.
Quelques-uns de nos compagnons nous avaient dévancés de quelques heures afin de se trouver an sommet de la pyramide au moment du lever du soleil, pensant que de ce point élevé, l’astre du jour, à son retour, devait chasser devant lui les ombres de la nuit, avec une mise en scène des plus extraordinaires. .Mais ils furent grandement déçns dans leur espérance, L'Apollon de l'Orient n’a pas moins d'éclat que celui de l'Occident; mais de même que la splendeur d’une cour ne consiste pas tant dans la seule majesté du prince qui y trône que dans l'éclat et les décorations de ceux qui composent son entourage, ainsi en estil du soleil de l'Orient. Ls+s fluts de lumière qu’il verse sur la'terre à son réveil ne rencontrant, dans cette atmosphère sans nuage, auenn objet pour multiplier leurs rayons en les réfractant, s’ufFidissent aussitôt eu se perdant dans l’espace sans limites, et ne nous pré
sentent d’o:
Je me sui Levant, à mer, immé cimes élev cette pomp les plus écl] vif, tel qué régions bo n'être desti ne se un scène de no Les py qui aurait dant, en ex naître que | massvs colo:
trement; c:
le temps pa toujours au qui depuis « dité, et vent pu ne pas 8 base de Ché glacis qui se nous ser on venir jusqu jourd'hui à n'avait, dep les construc:
Ilest p mides de G peu près de avoir souffer glacis sur ce qui nous en bien que nc qu'un des E moyennant 1
sentent d'ordinaire qu'une teinte assez pâle et uniforme. Je me suis plu bien des fois, dans ces contrées dn Levant, à examiner l’astre du jour s'enfonçant dans la mer, immergeant des flots, ou surgissant derrière des cimes élevées, et jamais je ne l'ai vu avec ces décors, cette pompe, cette variété de teintes les plus riches et les plus éclatantes, rose, violet, pourp e, orange, or, feu vif, tel que nous l'offrent les nombreux nnages de nos régions boréales, nuages le plus souvent qui semblent n'être destinés qu’à rehausser l'éclat de la cour de leur roi, ne se montrant qu’à son apparition ou à sa disparition de la scène de notre horizon.
Les pyramides, ai je dit, semblent insulter au temps quiaurait sur leur masse émoussé son action. Cependant, en examinant de plus près, il est facile de reconnaître que le temps n’a pas été ainsi sans puissance sur ces masses colossales, t ce serait miraculeux s’il en était autrement; car si la gonttelette d'eau la plus pure finit, avec le temps par creuser le roc le plus dur, lorsqu'elle tombe toujours au même endroit, comment ces masses picrreuses, qui depuis quatre mille ans reçoivent et soleil, et humidité, et vents, et chaleur et refroidissements, auraient-elles pu ne pas souffrir de ces divers agents? Aussi voyez à la base de Chéops ces amas de décombres; c'est le reste du glacis qui servait de revêtement à ces assises dont nous nous ser ons aujourd'hui comme de marches pour parvenir jnsqu'an sommet. La Pyramide même serait aujourd’'hui à moitié enterrée dans ces décombres, si l’on n'avait, depuis des siècles, utilisé ces pierres tumbées pour les constructions du Caire.
Ilest probable que la construction des trois Pyra: mides de Ghiseh, de même que celle du Sphinx, datent à peu près de la même époque. cependant Chéops paraît avoir souffert beanconp plus que ses deux voisines, Le glacis sur celles-ci, à la distance des quelques cents pieds qui nous en séparent, paraît encore presque intact. Ni bien que nous croyions leur ascension impossible, lorsqu'un des Bédouins qui nous servaient d'aides, s'offrit, moyennant un certain bacchish, à aller arborer de suite un
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140 DE QUÉBEO A JÉRUSALEM
pavillon sur le sommet de Chephren. Chacun s’'empresse de fournir quelques sons, et notre homme, en moins de 5 minuies, était déjà à escalader les assises de notre voisine, Le glacis me paraissait, de notie poste, si parfait, que je ne savais comment il pourrait parvenir au sommet, Aussi le voyons-nous souvent faire des zigzags dans son ascension, suivre sur une plus ou moins grande distance les lignes horizontales des assises, pour trouver un passage. À mesure qu’il s'élève, nous avons plus de peine à le suivre de la vue, et n’était sa longue robe blanche qui tranohe si nettement sur la couleur de la pierre, il nous serait impossible de le suivre à simple vue. Il me fait absolument le même effet qu'une chenille grimpant sur le lambris d’une maison.
1l n’y avait pas encore 20 minutes qu'il avait laissé la cime où nous étions, que nous le voyons au sommet même de Chephr n faisant voler au vent un mouchoir blanc en guise de pavillon pour mieux se faire distinguer.
Muis si Apollon semble mépriser la scène que nons occupons dans le moment, pour y faire éclater sa splendeur, il n’en est pas de même de l’immense panorama qui se déploie à nos pieds. Le point de vue est ici encore plus grandiose et plus magique, pourrais-je dire, que de la citadelle de la capitale Egyptienne. Nous embrassons d’un coup d'œil toute la vaste vallée du Nil qui s'étend à perte de vue devant nous, partagée dans son milieu par la bande argentée qu'y forme le fleuve majestuenux et variée de chaque côté des nuances multiples qu'y présentent les moissons qui la couvrent, selon qu’elles sont plus ou moins avancées vers leur maturité. Le jaune doré des blés mûrs, le pourpre incarnat des trèfles, le vert uniforme et constant des prés, avec le gris sombre des habitations des fellahs, grouppées ça et là sur les hauteurs en villages que couronnent d'ordinaire les altiers palmiers, nous présentent comme une de ces riches tapisseries des Grobelins, où les tons les plus pror:oncés s'affadissent en nuances plus ou moins douces, pour offrir à l'œil cette harmonie de l’ensemble qui flatte si agréablement la vue, tout en conservant aux divers objets qui y figurent les caractères propres qui les distinguent,
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A l'Est et à l'Ouest, au dessus des hauteurs que nous dominons, c’est le désert, la mer de sable qui s'étend à perte de vue. Si nous portons nos regards en remontant le fleuve, à 4 ou 5 lieues plus haut, nous voyons le groupe des pyramides de Sakkara dont nous distinguons 7 à 8 cimes.
Après environ nne demi-heure de repos sur ce sommet, à respirer l'air frais et pur que nous y trouvions, et à admirer le magnifique point de vue qui nous y était offert, nous nous mîmes en devoir d'opérer la descente. La descente est un peu plus facile que l'ascension, cependant elle exige plus de précautions, car un seul faux pas pourrait avoir les conséquences les plus graves. Mais nos bédouins avec leurs pieds nus ne glissent jamais sur la pierre, quelque usée qu’elle soit ; et fermement retenu par la main de chaque côté, je saute d’une marche à l’autre sans presque m'arrêter, si bien que quelques minutes seulement me suffisent pour revenir à la base.
J'avais entendu maints voyageurs se vanter de l'ascension des Pyramides, comme d’une prouesse peu commune, et aucun se glorifier de la descente ou plutôt de l'ascension à l’intérieur du monument. Cette dernière excursion est cependant plus pénible et tout aussi dangereuse que l’extérieure.
À une cinquantaine de pieds environ au-dessus du sol, nos guides nous arrêtèrent à une ouverture conduisant à l'intérieur. Chacun dépose ici surtout, blouse ou autre habit trop lourd pour avoir moins à souffrir de la chaleur, et tenant dans une main une bougie allumée, on se sert de l’autre pour s’appuyer sur les parois du conduit, en enfonçant les doigts dans des trous qu’on a creusés dans la pierre à cette fin, tandis que nos guides se placent l’un en avant et l'autre en arrière, pour nous tirer ou nous pousser, suivant que nous avons à monter ou à descendre, ou nous arrêter, s’il nous arrivait de glisser et de faire quelque chute. Dès l'entrée dans le conduit, nous prenons une descente fort raide, où nous ne trouvons que de faibles petits sillons transversaux, à tous les 4 ou 5 pieds, pour servir de marches,
La bougie d’une main pour éclairer la marche, et l’autre
appuyée dans les trous de la paroi, je me laisse glisser les pieds sur ces enjambées de géant, trouvant à chaque sillon le pied de mon guide en archoutant pour m'arrêter, en même temps que je suis retenu par l’autre qui me suit par derrière, Nous descendons ainsi une pente de soixante-quinze pieds, lorsque nous trouvons que la route
prend ici une direction opposée, de descente qu'elle était P q ,
elle passe à une montée, et une montée des plus raides et des plus difficiles, Il n’y a pas d’air dans ce cachot, l’atmosphère est écrasante, aussi nous sommes tous essoufilés, haletants et la sueur nous ruisselle sur le corps.
Dès le début même de l’ascension, voici qu’un énorme bloc de granit vient intercepter le passage ; il faut l’escalader, impossible de le tourner. L’un de mes guides grimpé sur la pierre, me tire par la main, tandis que l’autre me pousse par derrière. Pour les dames—car plusieurs nous suivent aussi ici—les guides les prennent à bras le corps et les hissent comme des colis au dessus de l'obstacle. Nous continuons notre marche ; nous montons et nous montons, toujours avec la même chaleur et les mêmes difficultés, et nous parvenons enfin à la chambre dela reine, qui nous offre un pavé plan où nous pouvons plus aisément nous reposer, et où nous trouvons un peu de lumière par une ouverture de quelques pouces que l’on a pratiquée dans l'épaisseur de la lourde masse pierreuse. Après quelques minutes de repos, nous venons reprendre le couloir à l'endroit où se trouve le puits, conduit à peu près vertical qui aboutit à des chambres souterraines que je n’ai nullement envie de visiter. Continuant l'ascension, nous parvenons, après 150 pieds de montée raide et glissante, à la chambre du roi, fermée autrefois par 4 plaques de graint se mouvant dans des rainures. Cette chambre mesure 82 pieds sur 16 et 18 de hauteur ; le plafond est formé de 9 pierres énormes, traversant d’un mur à l’autre.
De même que pour l’excursion extérieure, la descente s'opère plus facilement que l'ascension; la plupart du temps je m’appuye sur les épaules de mes guides, étant toujours sûr de trouver leurs pieds en arcboutants à chaque marche pour obvier à toute glissade. Nous repassons le
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C'est harrassé, épuisé, mais surtout écrasé par la lourde atmosphère de ces galeries intérieures que je viens avec délices respirer l’air libre à l'ouverture. La sueur m'ironde, je m'empresse de reprendre mes habits pour éviter un refroidissement trop subit. Je remets ce qu'il reste de mes bougies à mes guides et je poursuis la descente qui me sépare encore du sol. Mes bédouins, avant de parvenir au sol, ne manquent pas de tendre la main pour le bacchish. J’offre un demi franc à chacun, mais ils le refusent, disant que c’est un franc qu'il leur faut. “ C’est fort bien, leur dis-je, en remettant l'argent dans ma poche ; rendons-nous en bas, et vous vous arrangerez avec le président de la caravane,”
Ils reconnurent, mais un peu tard, que pour avoir voulu trop avoir, ils auraient beaucoup moins. [lstendirent denouveau la main, lorsque nous n’avions plus que quelques marches à franchir, en disant qu'ils se contenteraient du demi-franc offert, ‘“ Attendez, attendez; tout s’arrangera en bas.” Ils comprirent alors que le bacchish offert allait leur échapper, car l'officier turc qui surveille les visiteurs retient sur les cinq francs exigés de chacun, la moitié pour le gouvernement, et distribue l’autre moitié en parts égales aux aides qui ont pris part à l'ascension. Il ne fallut rien moins que l'intervention du cava mis à notre disposition par le consul français pour nous débarrasser des obsessions de ces avides enfants du désert, qui témoignaient un regret extrême d’avoir refusé ce qu'on leur avait offert,
Nous allons ensuite visiter, à quelques verges plus à l'Ouest, un ancien temple, dont la crypte existe encore toute entière, avec ses piliers, autant de monolithes carrés qui supportaient l’étage supérieur, encore droits à leur place, Nous voyons à une grande profondeur des tombeaux qu'on a débarrassés du sable qui les recouvrait; ce sont des chambres assez spacieuses, aux parois parfaitement conservées, avec les sarcophages au milieu ; les personnages sculptés dans la pierre même sont représentés couchés sur le tombeau,
Je trouve en quantité sur le sable que nous foulons de nos pieds, de fort gros bousiers, dont j+ ne manque pas de faire ample provision pour mon musée ; ils sont malheureusement tous de même espèce, c’est l’Afeuchus sacer, L., le Scarabée sacré des Egyptiens.
Un gamin vient aussi m'offrir un énorme oursin, dépouillé de tous ses ambulacres, et que je refuse comme trop déterrioré, Mais quelle ne fut pas ma surprise, lorsque revenus à la ville, un de nos compagnons me montra la même pièce avec une fracture au bout. Ce que j'avais pris pour un animal du jour déterrioré par son séjour sur la grève au grand air, était un fossile parfait, tout l’intérieur ne composant qu’une inasse solide parfaitement silicifiée, J’ignore si ce fossile avait été apporté d’ailleurs, ou si on l'avait trouvé là, sur les bords du Nit,
Nous passons devant le Sphinx qui, comme les Pyramides, est en partie enterré dans le sable que les vents poussent du désert, et je m’arrête un instant pour en examiner plus attentivement la construction et les proportions,
On sait que le Sphinx est un monstre qu’on trouve représenté sur presque tous les anciens monuments d'Egypte. Ce monstre se composait de la tête et du sein d’une femme, du corps d’un lion, d’une queue armée d’un dard et portait des ailes d’aigle ; le corps était toujours représenté couché et porté sur des pattes reposant à plat sur le sol. On dit que c'était l'emblème de la sagesse, de la pradence et de la force réunies, D'autres veulent que le Sphinx soit l'emblême du Nil dans ses inondations, par ce qu'alors le soleil parcourt les signes du lion et de la vierge. De toutes les représentations de ce monstre, nulle n'est plus remarquable que celle que nous avons devant les yeux dans le groupe des Pyramides de Ghiseh, car c'est la seule à laquelle on ait donné des proportions colossales. Le monstre, lors de sa construction, mesurait 171 pied de longueur, des pattes de devant à la naissance de la queue; mais aujourd’hui on n’en voit plus pour ainsi dire que la tête, le reste étant enseveli sous le sable. Imaginezvous une tête humaine de 27 pieds de hauteur, du menton au front, taillée dans le rocher même, Le nez a un peu
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souffert de l’action du temps, mais le reste est encore bien reconnaissable, Les bédouins parviennent, au moyen de certaines aufractuosités de la figure, à grimper jusque sur le vertex, et se glissant dans une cavité qui se trouve là, ils font entendre des sons qui prennent un accroissement tout à fait prodigieux et qu'on dirait sortir de la bouche même du monstre. Nul doute que ce ne fut là la cachette de quelque sybille qui autrefois y proclamait des oracles, Revenus au pied de Chéops pour reprendre nos voitures, nos bédouins viennent nous sollicier de leur acheter un petit garçon de 9 à 10 ans pour lequel ils demandent 25 francs. On sait que l'esclavage règne encore en Egypte, surtout dans le haut du Nil, bien que le trafic des esclaves y soit prohibé. L'enfant, à l'œil vif et pétillant, nous prenait par la main en nous sollicitant de l'emmener avec nous, pensant sans doute, que quelque fût le sort qu'on lui ferait, il ne pourrait qu'y gagner à changer sa position. Cette offre et ce désir de l'enfant ne manquèrent point de no:s attendrir profondément ; nous avions sous les yeux un reste de ces usages barbares des civilisations anciennes. Cet enfant, sous nos soins pourrait peut-être devenir un personnage important, un guerrier valeureux qui irait peut-être un jour, grâce à l'éducation qu'il aurait reçue, se mettre à la tête des siens pour arracher la Nubie sa patrie, au joug de fer sous lequel elle gémit aujourd’hui? Peut-être, ce qui serait encore bien préférable, ferait-il un missionnaire qui irait délivrer les siens d’un esclavage encore plus pénible et plus redoutable que celui de leurs maîtres, celui du démon qui retient leurs âmes dans les voies dans la perdition. Dans tous les cas, il ferait un chrétien, et pourrait jouir de tous les biens que les enfants de Dieu possèdent dans la maison de leur père. Vingt-cinq francs est une somme minime et facile à trouver; mais que ferions-nous de cet enfant dans notre pèlerinage dont nous ne sommes encore qu’au début? Nécessité donc de refuser l'offre. Nos musulmans croyant que nous jugions le prix trop élevé, en vinrent à nous l’offrir pour 15 fr., 10 fr. et à la fin 5 f, (une piastre); mais encore une fois qu’en faire dans l’occasion ? C’est avec le cœur brisé que nous nous séparâmes de ces pauvres
146 DE QUÉBEO A JÉRUSALEM
enfants du désert, plus chagrins, j'en suis sûr, de ne pouvoir accomplir une œuvre si méritoire, qu'ils l’étaient, eux, de ne pouvoir toucher la pièce de monnaie qu’ils convoi. taient, mais moins probablement que ne l'était l'enfant lui-même qui se voyait forcé.de se soumettre encore au triste sort qui lui était échu en partage.
Il passait à peine 10h. lorsque nous reprimes nos voitures, et peu avant midi nous rentrions dans la ville, enchantés de notre excursion et de tout ce que nous avions vu.
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DE QUÉCEO A JÉRUSALEM 147
Le Mahométisme et les Musulmans.—Le dernier des Mamelouks.—Costumes, — Le Vieux-Caire ; la maison de la sainte-Vierge. — Le Musée Mariette ou de Boulaq.—Le Nilomètre.—Les Derviches tourneurs; les Derviches hurleurs.—Le quartier Juif.—Une nôce; une circoncision.—Les tombeaux des Califes.—Héliopolis, son obélisque; l'arbre de la Vierge.— Départ du Caire pour Ismaïlia.
Au moment où je trace ces lignes sur l'Egypte (12 juillet 1882), la voix du canon, qui est l’ulfima ralio de la diplomatie, sème la terreur dans Alexandrie et fait trembler de crainte les habitants du Caire même, L'Egypte, qui comme sa suzeraine la Tu ‘2, est tenue en tutelle par les puissances Européennes, oubliant sa faiblesse et son impuissance, s’est échappée, en des fanfarronades qui ont forcé ses protecteurs à prendre la verge de la correction, pour la châtier de son insolence. Ou plutôt, la révolution qui, parmi les enfants de l'islam ne connait de trèves que lorsque subjuguée, écrasée par une force majeure, elle est réduite à une impuissance absolue, a cru le moment favorable pour redresser la tête et jouer une nouvelle scène du drame qu'elle poursuit continuement depuis le moment où le Coran l’a armée de l'épée pour répandre et maintenir sa religion de la chair et du sang.
Mais le canon anglais qui donne l’antienne que vont poursuivre ceux de la Prusse, de l'Italie, de la Grèce etc., leur fera bientôt comprendre qu'il faut autre chose que de l'audace et de la forfanterie pour en imposer aux nations civilisées, aux gouvernements dont les éternelles lois du christianisme forment la base,
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