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comme le qualifiait naguère un écrivain français. M. de Lesseps, on le sait, est celui-là même qui exécnta le fameux canal de Su»g, qui unit la Mer Rouge à la Méditerrannée. C'est un viellard solidement constitué, à cheveux tout blancs, mais qui porte encore fort lestement ses 75 ans. Il nous intéressa beancoup par ses conversations. 1l nous dit qu'il revenait de Panama, mettre ses ouvriers à l'œuvre; qu'à son retour, il était passé par Montréal, mais n'avait pu se rendre à Québec, tel qu'il se l'était proposé ; qu’il avait remis la partie à l’été suivant.
Répondant à mes questions au sujet du nouveau canal, il me dit que celui de Panama, qui n'avait que 14 lieues contre les 42 de celui de Suez, ne valait pas non plus la moitié de ce dernier pour ses frais de construction, Que le tere rain à la vérité présentait de plus graves difficultés en Amé. rique qu’en Afrique, mais que vû l'expérience acquise de ses conducteurs de travaux, ces difficuités ne l’embarrasseraient guère, qu'il n’hésiterait pas longtemps avant de les tourner ou de les surmonter.
Je le fis bien rire en lui rapportant comme j'avais trouvé un fort en géographie, à propos de Panama. C'est ce vieux militaire avec lequel j'eus une dis: cussion religieuse dans un wagon, entre Angoulême et Bordeaux. Surpris en apprenant à la fiu que nous étions d'Amérique: du Canada, de Québec, répétait-il, c’est un long trajet pour venir jusqu'ici. —Oui, très long.—Mais par le canal de Panama qu’on est à construire, ce trajut va être de beaucoup abrége,
Je ne crus pas, pour le moment, devoir relever cette inexactitude, Mais comme un instant après il se plut à répéter que la distance entre Québec et la France allait se trouver de beaucoup raccourcie par la construction de ce canal, je ne pus résister plus longtemps devant cette bévue, “ Québec rapproché de la France par le canal de Panama ! vaudrait autant dire que Bordeaux se trouve rait rapproché de Marseille par un canal entre Tours et Paris.” Il ne me fut pas difficile de me convaincre que mon homme n'était pas plus fort en géographie qu'en re“
ligion, mais qu'il était moins à plaindre pour le’ premier point que blämable pour le second,
M. de Lesseps avait avec iui une petite fille de 7 ans, accompagnée de sa bonne ; car devenu veuf, il contracta nn nouveau mariage en 1869, Nous pensons que la petite a plus d’une fois regretté son climat d'Afrique. Lorsque sous le souflle de l'air frais de la mer, je me trouvais bien de me jeter sur les épaules un épais châle de laine, je la voyais, aller d’un pont à l’autre du vaisseau, à demi vêtue, bras et jambes nus ; aussi avait-elie les chairs bleuies et paraissait-elle toute grelottante.
Le vent fraîchit un peu dans l'après-midi, et la mer, sans être encore très-mauvaise, nous donna cependant suffisamment de mouvements pour affecter les plus sen sibles, ceux surtout qui en était à leur première épreuve de navigation.
Samedi 19 mars.—En mettant l'œil à notre fenêtre ce matin, je suis tout étonné de nous trouver tout près de terre. Je monte sur le pont pour m'orienter, mais c'était terre à gauche, terre à droite et terre en avant; nous étions en effet dans le golfe mêine de Naples. Nous voyons la ville qui s'élève en amphithéâtre devant nous et à notre droite le Vésuve, avec son cône majestueux, qui laisse pénétrer des rayons du soleil levant, les larges tourbillons de sa fumée qui va former un nuage blanchàtre à quelque distance. (C’est la première fois que je vois un volcan, et comme cette vue m'imprissionne ! Quelle gigantesque, quelle immense fournaise, pour produire une telle issue de fumée ! D’un autre côté, quelle incommensurable chaudière, dont la seule purui à l’extérieur s'élève à 8,000 pieds au-dessus du sol! Et comme sa forme est gracieuse, on la dirait tournée au tour ! Je ne puis me lasser de l’admirer.
Mais la lourde chaîne de l'ancre fait entendre son grondement en se déroulant, et nous voici mouillés à quelques cents pieds seulement des quais de Naples, de Naples, cette reine des villes maritimes de ia Méditerrannée, cette ville au port sans pareil dans l'univers entier, Jetons
un coup d face de no queue sans un nœud v lanum, au) une autre dire ; puis crêtes de | jusqu’au nc des superb vage, s'étal nous mont lant du plu etses porti chartreuse
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un coup d'œil sur ce panorama si justement vanté. En face de nous c’est Portici, qui ne nous paraît que comme nne queue sans fin de Naples même, dont le Vésuve formerait un nœud vers l'extrémité. A la suite de Portici, c'est Herculanum, aux vastes souterrains ; Pempéi, ville superposée à une autre ville plus ancienne, une ville fossile pourrait-on dire ; puis la baie de Castellamare, Sorrente et les abruptes crêtes de la côte de ce beau royaume, dont on a enlevé jusqu’au nom. À notre gauche, c’est la ville qui partant des superbes jetées en pierre de taille qui la bordent au rivage, s'étale en amphithéâtre sur le flanc de la colline ; nous montrant ici des clochers aux tuiles fayencées brillant du plus vif éclat; là le palais royal avec ses jardins etses portiques; plus haut, dominant toute la scène, la chartreuse de San-Martino si riche en œuvres d'art; et de toutes parts les rues de la ville qui ne semblent que d’étroites fentes divisant à peine les constructions.
Nous n’étions pas encore au repos, qu'une foule de chaloupes se dirigeaient vers notre vaisseau, dans l'espoir.
d'avoir peut-être à transporter à terre quelques voyageurs, Mais personne ne peut monter à bord avant la visite des officiers de santé du port, et aucun de nous ne peut de même laisser le pont avant que l’ordre en soit donné. Mais le médecin arrive bientôt, les papiers de règle sont échangés, et nous descendons aussitôt dans une chaloupe. Il est 6 h. du matin, et le départ est fixé à midi, c'est donc a peu près 6 h. que nous avons à notre disposition,
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#6 DE QUÉBEC À JÉAUFALEM,
Naples ; S. Janvier, ses reliques.—Le port de Naples ; Ischia.—Le Stromboli, le détroit de Messine.—La Calabre ; lÆtna.—Un passerean.— Une scènede la Commune.-—La côte d'Afrique ; arrivée & Alexandrie,
C’est aujourd’hui le 19 mars, fête de 8. Joseph, patron de l'église universelle, Malheureusement les cafins que je porte aux doigts ne me permettent pas de célèbrer, il fandra me contenter d'assister seulement au $. sacrifice.
Nous nous dirigeons directement vers la basilique S. Janvier, où plusieurs de mes confrères célèbrent et bon nombre de nos pèlerins laïques reçoivent la sainte communion. Après la messe, nous descendons dans la crypte, qui fut autrefois un temple d'Appollon. Les lambris en marbre des murailles sont tout couverts de bas-reliefs représentant des scènes mythologiques, c’est Minerve, Mercure, des syrènes, des sylvains, etc. On voit au milien du parvis la statue du Cardinal Pacca, à genoux, les mains jointes, en beau marbre de Carrare, un chef d'œuvre de statuaire. On nous montre le buste en argent de S. Janvier et on nous fait vénérer l’un de ses doigts, etc.
Nour visitons aussi le trésor, qui est très riche. Nous y voyons entre autres choses des bnstes en argent de 8. Jean-Baptiste, de Ste Marie d'Egypte, une scène représentant S, Janvier protégeant la ville de Naples, etc, etc.
La bssilique de $, Jenvier est une magnifique et
vaste églis dessus du la crypte.
d'un bon n Ces tombe quables Le m'ont éton nage représ en tête, cou de la main l'artiste! T en tête, s'es pliant le cou ingénumen singulière & La cha de fois pa Nous pren et en rout trouvera ba de rues, mo avait une p Cependant nous nous £ passons, pe pour parvet cend et des Comment v ainsi, dis-je entendu.
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vaste église, à trois nefs, avec un chœur fort élevé au dessus du pavé. C'est sous ce chœur même que se trouve la crypte. Dans les nefs latérales se trouvent les tombeaux d'un bon nombre des anciens évêques de evtte métropole. Ces tombeaux sont tons en beau marbre et bien remarquables par leur composition. Deux ou trois cependant m'ont étonné par l'attitude qu'on y donne au personuage représenté. C’est un évêque, avec chappe et mitre en tête, couché sur le côté. la tête appuyée dans la panme de la main relevée sur le coude. Quelle bizarre idée de l'artiste! Un évêque revêtu de la chappe avec la mitre en tête, s'est-il jamais avisé de s'étendre sur l’herbe en se pliant lecoude pours’appuyer la tête dans la main ? J'avoue ingénument n'avoir pu saisir l’allégorie fignrée par cette singulière attitude.
La chartreuse de San-Martino, dont on m'avait tant de fois parlé, était ce qu'il me tardait le plus de voir. Nous prenons une voiture à raison de 2 fr. de l’heure, et cn route, laissant le cocher se diriger comme il le
trouvera bon. Il va et vient, toucne et retourne des coins de rues, monte et descend, et le plus souvent le pas, car il avait une pitoyable haquenée à peine capable de trotter. Cependant nous ne nous en inquiétons guère, parce que nous nous amusons à examiner les rues par lesquelles nous passons, pensant qu'il nous restait suffisamment de temps pour parvenir à notre but. Mais à la fin, le voici qui descend et descend de manière à toucher bientôt les quais. Comment va-t-il nous conduire sur le cap en descendant ainsi, dis-je à mon compagnon ? il y a évidemment malentendu. Nous l’avertissons de nouveau que c’est à San- Martino que nous voulons aller, il ne paraît pas nous comprendre ; cependant il retourne sur ses pas.—" Mais il faut trotter, l'heure va s'écouler avant que nous soyons. rendus.” Et le fouet de claquer ; mais la pauvre hète ne change pas pour cela d’allure. Découragés, nous laissons. là notre chétif conducteur, et continuons à pied, non pas pour parvenir à San-Martino, nous n’en avions plus le temps, mais pour revenir à S, Jauvier et de là regagner le bateau, car il était déjà près de 11 heures.
Nous rencontrons à tout instant des costumes ecclésiastiques dans les rues, et parfois aussi des religieux. C’est là que je vis un franciscain pour la première fois. Ce capuchon, cette rorde, ces pieds nus, m’impressionnèrent vivement ; c'était bien là les livrées de la pauvreté que le Patriarche d'Assise a rendues si glorieuses !
Nous rentrons de nouveau à S. Janvier; un évêque y chantait une grand’messe solennelle, accompagné de tout le chapitre en grand costume et servi par de nombreux séminaristes. Les chanoines portent l’hermine avec la magna cappa, les cérémonies se font très dignement, et l’ensemble présente un coup d'œil religieux vraiment imposant.
Nous reprenons notre course à travers les rues se dirigeant vers le port. Dans la partie commerciale. que nous considérons comme le centre de la ville, les rue: sont spacieuses et propres, les trottoirs réguliers et ics étalages des boutiques richement garnis; mais en approchant du port, ce ne sont plus que des carrefours, des ruelles tortueuses et malpropres, où en plus d’un endroit une voiture ne pourrait passer. C’est là que nous rencontrons un gamin, mais fort bien mis, qui tout en nous regardant passer, satisfesait la nature, avec non moins de gêne que s’il eut été dans un cabinet bien ferme,
Nous passons, avant de prendre le quai, à travers une foule de misérables en haillons qui nous tendent la main ou nous obsèdent de leurs offres de service.
Arrivés à notre bateau, nous le trouvons au milieu d'une véritable foire, que forment les nombreuses chaloupes attachées à ses flancs. Ici ce sont des cannes de toutes façons qu'on nous offre, là des ombrelles, des pliants, des fruits, etc.,etc. A côté, c'est un véritable concert qu’on nous donne; des fillettes s’'accompagnent sur leurs mandolines dans des chants très expressifs et fort agréables, De temps en temps l’une d'elles renverse une ombrelle en nous saluant de la main, et les pièces de cuivre volent aussitôt dans cette escarcelle d’un nouveau genre. Plus loin, ce sont des nugeurs, véritables syrènes, moins la
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voix et les grâces, qui sollicitent aussi la pièce de cuivre. Au moyen des pieds seulement, qu'ils agitent continuellement, ils se tiennent droits dans l’eau, à peine enfoncés plus haut que la ceinture ; et du moment qu'un sou vole dans la mer, aussitôt 2, 8 se précipitent en plongeant pour l'atteindre. Il est rare qu'ils en échappent un seul ; et ils descendent quelquefois à une telle profondeur, qu'on les distingue à peine, malgré la transparence de l’eau. On les voit revenir à la surface avec le sou entre les dents. Un violent coup de tête de côté leur chasse les cheveux de devant la figure, et ils se mettent aussitôt à solliciter une nouvelle émission : money, money, avec l'accent plus ou moins anglais, ou m#monela, monela, répètent-ils. Souvent ils font double coup du même plongeon, sur des sous lancés par différentes mains. Nus, à part la ceinture indispensable pour les convenances, leur bouche est la seule bourse à leur disposition pour le dépôt de leur monnaie, aussi en voyaiton quelques uns à la fin qui avaient les joues toutes gonflées du produit de leur pêche.
À midi précis, l'ancre est levée et nous reprenons notre route vers le sud ; je jette de nouveau un coup d'œil sur le Vésuve, mais j'arrête d'avantage mes regards sur le paysage que je vois fuir à notre droite; c'est le fort St Edme, l'ile d’fschia et les autres à sa suite jusqu’à celle de Capri, la plus considérable, qui clot le port à son extrémité sud. Sur la gauche, c'est Castellamare au fond de la baie, Sorrente et les caps élevés de la côte nccidentale de la péninsule,
“ Voir Naples et mourir,” a-t-on cent fois répété. Pour moi, je dirai plutôt: voir Naples et y revenir, car ma curiosité n’a pu être satisfaite par la trop courte visite que je viens de lui faire.
J'examine particulièrement Ischia, parce que cette île, il n'y a pas encore un mois, a été le théâtre d’une épouvantable catastrophe, dans laquelle plus de 600 personnes ont perdu la vie. Le 28 février dernier, un terrible tremblement de terre a détruit presque complètement la ville de Casamisciola dans cette île. On m'a rapporté, À propos de cette catastrophe, un fait bien extraordinaire,
phremerinnéiennen
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qui cependant se trouve d'accord avec une foule d’autres du même genre consignés dans les chroniques religieuses.
On sait que depuis ces quelques années où la révolution, sous son nouveau nom de libéralisme, a envahi la plupart des états de l'Europe, l’impiété est débordée dans ces pays avec une recrudescence incroyable. Or on rapporte qu’à Casamiscinla, le 28 février dernier, une quarantaine de jeunes gens étaient en frais de parodier, de la manière la plus infâme, les mystères les plus angustes de notre sainte religion. L'un d'eux, révolté de ces actes sacrilèges d’impiété, voulut en détourner ses compagnons,
Mais il ne recueillit en retour que des quolibets offensants
et des appellations des plus injurieuses. Faisant alors droit aux sentiments religieux qu’il conservait encore, il se retire dans un coin, pour demander secrètement pardon à Dieu d’une telle offense, Et an même instant l’île entière s’agite, le sol se souiève, la maison ne tenant plus sur ses bases s'écroule et ensevelit sous ses ruines les malheureux profanateurs. Seul, celui qui avait voulu les détourner de leur impiété, s'échappe sain et sauf de cette maison.
De Naples, les paquebots des messageries françaiees dirigent directement leur course snr Alexandrie, en passant par le détroit de Messine, qui sépare la Sicile de l'Italie et unit la mer Tyrrhénienne à la mer lonienne.
À 83h, la prière se fait en commun sur la dunette avec le même recueillement que les jours précédents.
Puisque nous sommes dans le pays des volcans, il ne faudrait pas se contenter d'en voir un seul ; après le Vé. suve, il faudrait aussi admirer en passant le Stromboli, dont l’éruption, sans être aussi grandiose ni anssi redoutable que celle du Vésuve, est continue et présente, surtout dans la nuit, un spectacle bien digne d'attention par le jet de flammes ou de fumée incandescente qu’il émet continuement. On nous dit que nous pourrions le voir entre minuit et 1h. du matin, Ne voulant pas m'astreindre à veiller jusqu'à ceite heure, je me mis au lit vers les 10 h., me proprsant de me lever lors du passage, si l’on venait m'en avertir. Mais je dors
mis si bien que je ne fus réveillé que par les mouve-
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tude, j'étais je voyais grande vill les principe gaoment da encore éteir plus consid, les côtes de fort pauvres.
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pelle improvis prêtres pour Mais le diman nière plus sole même, Notre
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ments de ceux qui revenaient de contempler le spectacle, alors que nous l’avions dépassé. Je m'en cousalai facilement, dans l'espoir que je pourrais reprendre le çoup. munqué à mon retour.
Dimanche, 20 maïs.—Dès les 5 h., suivant mon habitude, j'étais debout, et portant mes yeux à la fenêtre, je voyais sur la côte, tout près de nous, une. belle grande ville, dont je distinguais nettement les rues et les principaux édifices. Nous pouvions reconnaitre l'allignoment dans les rues des becs de gaz qui n'étaient. pas encore éteints, C’était Messine, après Palerme, la ville ln plus considérable de la Sicile. À notre gauche, nous avons les côtes de la Calabre, qui sont très élevées et paraissent fort pauvres.
Mais bientôt les terres s'éloignent de chaque côté et nous voguons directement vers la pleine mer. Portant une fois de plus nos regards sur la terre de Sicile, nous voyons, non loin de la côte, s’élèvant an dessus de plusieurs collines lui servant de base, le majestueux Etna, qui à l'instar du Vésuve, fume aussi tranquillement son calumet, “Il n'est que 6 h., le géant vient de sortir du lit, car il porte encore son bonnet de nuit,” me dit un voisin. En effet, quoique vomissant de la fumée, toute sa cime était couronnée de neige, ce qui faisait un contraste frappant avec les verdoyants sommets que nous voyions aux alentours, Jde remarquai que sa colonne de fumée était bien moins considérable que celle du Vésuve.
Mais c'est le dimanche, il faut s'occuper du service religieux. Nous n'avions pu dire la messe, les jours précédents, que dans une cabine particulière, Un prêtre assistant, en cas de mouvements subils du vaisseau, nn servant avec deux autres personnes désireuses de recevoir la sainte communion, était tout le personnel de la chapelle improvisée, Aussi fallait-il assigner le tour, tant aux prêtres pour célébrer qu'aux laïques pour communier, Mais le dimanche, il convenait de faire la chose d’une manière plus solennelle, et organiser une chapelle sur le pont même, Notre commandant fit d'abord quelques difficultés,
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vù que ses instrnetions n’ullaient pas jusque [à, mais à la fin il céda, et les matelots se mirent aussitôt à l’œuvre pour improviser un sanctuaire.
On tendit des toiles de toutes parts qu'on surmonta de nombreux pavillons de différentes nations, une table fut disposée pour servir d’autel, les linges et ornements furent mis en place, et à 7 h. commençait la messe solennelle de la caravane, à laquelle assistaient tons les pèlerins avee une partie de l'équipage, et plusieurs autres passagers. On chanta le Xyrie, le Credo, O salularis hostia, V'Ave maris slella, La mer était calme et tout se passa dans l'ordre le plus parfait. La plupart de nos pèlerins s’approchèrent de la table sainte,
Après cette messe principale, d'autres se succédèrent jusqu'à 94h, car aux 9 prêtres de la caravane, étaient venus se joindre à Naples 4 prêtres allemands qui, eux aussi, se dirigeaient vers la Terre-Sainte,
Lundi, 21 mars. — Je remarque ce matin un petit passereau daus les cordages. Sans s’apercevoir sans doute que l'arbre sur lequel il était venu se percher hier soir, était mobile, il va se trouver obligé, bien malgré lui probablement, de faire le voyage d'Afrique,
Dans l'après midi, le vent fraîchit un peu en tournant de l'avant, le temps se couvre et la mer commence à donrner plus de mouvements, aussi le mal de mer {ait-il plusieurs victimes, Les gens de l'équipage nous disent qu'il y a des signes pour un gros temps le lendemain.
Mardi, 22 mars. — La prédiction s’est accomplie; le vent a augmenté, et le tangage est passablement fort, Aussi les malades sont-ils nombreux. Les tables sont à moitié désertes, à l'heure des repas. Mais grâce à mon épreuve de l'océan probablement, je ne me sens nullement affècté du mouvement.
Je cherche dans la conversation avec mes compagnons, à fuire diversion à la vie monotone qu'il faut mener ici. M, l'abbé Baron, par sa vie prolongée au Miliéu des camps, et ses incidents de la dernière guerre prussienne, savait surtout nous intéresser vivement, Je tenais à savoir, dans tous ses détails, comment mis au
mur, il a: dit :
« Ap comme p à ma rés que nous guerre, p dans Pa Versaille:
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“ Un lement m à coupu vitres vole ses fonder dis-je, et] de consor sacrés en une band “ni, le c # charpe « telle bruts
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vous Je v “ Qu'on le ‘là, qu'on | peloton de duit au po les fusils
mur, il avait pu échapper à la mort, et voici ce qu'il me dit :
“ Après avoir passé en Prusse plus de quatre mois comme prisonnier de guerre, je m'en revins enfin à Paris, à ma résideyce ordinaire du Gros-Caillou. Mais voilà que nous nous trouvons aussitôt au milieu d’une nouvelle guerre, par l'insurrection de la Commune qui se renferme dans Paris, et que vient bientôt assiéger l’armée de Versailles,
“ Nous touchions aux derniers jours de la Commune, car sans nul doute, l’armée de Versailles ferait sous peu son entrée dans les murs. Nous nous attendions à tout de la part de la canaille qui s'était emparée de l'autorité, surtout lorsqu'elle verrait la partie perdue pour elle.
# Un jour, vers les 5 h. du soir, j'étais à dire tranquillement mon office dans ma chapelle du Gros-Caillou, Tout à coup une détonation épouvantable se fait entendre, les vitres voleuten éclats et la chapelleest ébranlée jusque dans ses fondements, C’est une poudrière qui vient de sauter, me dis-je, et prévoyant ce qui pouvait arriver, je m'empresse , de consommer les saintes espèces et de mettre les vases sacrés en sûreté. Je reviens dans la chapelle et je vois une bando de forcenés s’avancer vers moi en criant : “ c’est “lui, le corbeau, le calotin, qui nous a trahis; qu'on l'é- “ charpe de suite.” Puison me saute à la gorge avec une telle brutalité, que m'enfonçant les ongles dans les chairs, on en fait jaillir le sang; on me renverse sur le dos et l'on me traine à la porte. Là, une bande de femmes, la rage dans les yeux, l’'écume à la bouche, vomissant des blasphêmes mêlés d’imprécations, criaient: “ donnez-nous “ le, donnez-nous le ; c’est nous qui lui ferons son affaire; “ C'est nous qui allons lui arracher les tripes du ventre.”— Je vous en prie, dis-je à mes bourreaux, fusillez-moi si vous le voulez, mais ne me livrez pas à ces êtres imnmondes. “Qu'on le fusille de suite, dit l'officier qui se trouvait ‘à, qu'on le mette au pied du mur.” Puis il appelle un peloton de soldats qui se mettent en ligne, et on me conduit au point où je dois recevoir la décharge. Cependant les fusils se chargent suivant les commandements ; il n’y
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avait plus que deux ordres à donner : en joue; feu ! lorsque arrive avec grand fracas une pompe à incendie qni vient, avec les chevaux an galop, s'interposer entre le peloton de soldats et moi. Les pompiers disposent leurs boyaux qu'ils font jouer de suite et je voisgle licutenant qui commandait le peleton s’entretenir avec celui qui conduisait la pompe, lorsqu'un soldat s'approchant de moi: Weh! citoyen curé, me dit-il, que faites-vous donc 1à? —J'attends le coup qui doit me donner la mort.—Mais vauvez-vous donc; vite, vite, sanvez-vous.” Vous ponvez croire quo je ne fus pas lent à suivre l'avis, et que je sus en peu de temps me mettre hors de vue.
—Mais quels étaient vos sentiments, lorsque vous étiez ainsi à attendre le dernier conp ?
—Oh! j'avais vn tant de icis la mort de près, j'avais si souvent, sur les champs de oatsille, porté le secours de mon ministère à des mourants à travers les balles et les projectiles de tout genre, que mon sacrifice était fait depuis lcngtemps, et que je me tenais toujours prêt à aller paraître devant Dieu. J'avoue cependant que pour cette fois, je me cras perdu sans ressources.
Sans doute que Dieu content du secrifice de ce saint prêtre qui affectionne tant les milithires, et qui par son zèle et sa charité a ouvert les portes du ciel à tant de victimes des combats, sans doute que Dieu a voulu le consorver plus longtemps pour le bien des âmes rachetées de son sang, et qu'il a différé de l'appeler à aller ceindre la belle couronne qui l'attend dans le ciel. (1)
Mercredi, 28 mars.—Nous comptons de nombreux madades ce matin; mais le vent debout que nous avons eu toute la journée d'hier est diminué sensiblement, bien que de temps soit encure sombre.
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{1} ‘Au moment où nous faisons imprimer ces lignes, üne lettre de l’un de nûs co-pélerins nous apprend que M. l'abbé Baron, a succombé, le 17 février dernier, au malaise qui l'avait assailli lors de son expulsion, et qui l'avait depuis continuellement tourmenté de ses étreintes. Il était dans sa soixantième année, C'était un cœur noble, une âme sympathique et sur: ‘tput'un prêtre sitiéèrement pieux, Reguiercat in pace.
Nous pu la disti Je re venus sc j pris en Sic beaux Dip dont je ne Depui vers l'avar terre, Ln d'Afrique, l'histoire t:
tenus. :.
d'Alexanl et tant d’ai La côt et nulle pa fiques paln justueusem considérab Nous & près d'un r à notre gat mer, courot et à notre € côte, toute à 4 ou 6 ra; rapidité.
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Nous sommes passés dey-"t l’île de Candie, sais avoir ‘pu la distinguer, ce qui peut se faire par un temps clair.
Je remarque que deux autres petits oiseaux sont venus sc joindre, dans les rordages, à celui que nons avions pris en Sicile, Je fais aussi sur le pont, la capture de deux beaux Diptères avec un papillon de nuit, c'est un Agroslis dont je ne puis déterminer l'espèce,
Depuis longtemps déjà les lunettes étaient braquées vers l'avant, dans l'espoir de pouvoir bientôt distinguer la terre, Enfin vers midi, nous voyons distinctement la côte d'Afrique, cette terre d'Egypte, ce pays des Pharaons, dont l'histoire tant sacrée que profane, nous a si souvent entretenus. ‘. 1 h, précise nous jetons l'ancre dans le port d'Alexa rie, la ville de l’apôtre S, Marc, de S. Athanase et tant d’autres célébrités anciennes,
La côte nous paraît déserte, basse et partout uniforme, et nulle part apparence de végétation, à part de maguifiques palmiers que nous voyons ça et Jà, balançant majustueusement leurs parasols de feuillage à une hauteur considérable,
Nous sommes mouillés, quoique en dedans dn port, à près d’un mille de la ville. Nous avons tout près de nous, à notre gauche, une immense jetée qui s’avance dans Ja mer, couronnée à son extrémité, par un phare très élevé, et à notre droite, en dehors de la ville, sar le bord de la côte, toute une forêt de moulins à vent, dont les vergues, à 4 ou 6 rayons, tournent dans le moment avec une grande rapidité.
Mais déjà de nombreuses chaloupes sont accrochées aux flancs du navire, et nous rendent témoins d’une scène indescriptible, Ces faces bronzées couronnées de turbans, ces costumes bizarres à couleurs variées, ces voiles de chaloupes attachées à une traverse qui termine le mat, et qui, au lieu de s'étendre horizontalement, prend la position verticale, une extrémité se rabbattaut sur l’un des côtés du vaisseau, tandis que l’autre, par le monvement de bascule sur le mat, se porte presque droit au ciel, ajoutez à cela le mouvement des rames et des amarres dans les efforts qu'ils font pour écarter leurs voisins et
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s'approcher le plus possible, et toutes ces gueules ouvertes criant à qui mieux mieux, et jouant la pantomine la plus active pour s'assurer des passagers, et vous n’aurez encore qu'une faible idée de ce que ce peut être réellement; il faut en avoir été témoins pour pouvoir le juger exactement,
Ahuris, étourdis par ces cris, nous étions décidés à attendre que le gros de cet orage fut passé, pour faire notre choix plus paisiblement et n'avoir pas à nous bousculer dans cet encombrement, lorsque nous voyons un costnmo ecclésiastique monter sur notre pont, C'est un Père Lazariste, un ancien militaire de M. l'abbé Baron, notre anmôuier, qui prévenu de son arrivée, venait à sa rencontre pour lui offrir ses services, Nous acceptons avec reconnaissance sa gracieuse invitation de le suivre, et nous descendons dans sa chaloupe, qui était pavoisée et .toute garnie de superbes tapis, Dix minutes après, nous débar. quions sur le quai et foulions de nos pieds la terre d'Afique,
Alexanûrie ; grandeur p les Lazarist Juifs; un schismatiq villages Are le Caire,
Contra ne voyons pressé, C’ lors de l'ar de lautoril
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Alexandrie; rues; la place des Consuls ; l'hotel Labat.— L'Egypte, sa grandeur passée et son état actuel.— Les Frères des Ecoles Chrétiennes ; l:s Lazuristes; les Sœurs de la Charité. —La colonne de Pompée.- Les Juifs; un meurtre supposé.—L'église Ste Catherine, celle des Grecs schismatiques.— Départ pour le Cuire; le lac Mareotis; les cultures ; lee villages Arabes; le Nil,—Les mandarines ; les Arabes; les pyramides; le Caire,
Contrairement à notre attente, le quai est désert, nous ne voyons que quelques gendarmes à l'air anxieux et empressé, C'est que le public nest pas admis sur ce quai, lors de l’arrivée des vaisseaux d'outremer; seuls les agents de l'autorité y ont accès.
On nous fait passer directement dans un bureau, où il nous faut exhiber nos passeports,
La plupart de nos co-pèlerins français ne s'étaient pas pourvus de passeports, et quant à nous, nous n'avions qu'une simple feuille de route portant le sceau de notre Province et la signature de notre Lieutenant-Gonverneur, pour entenir lieu. Mais on nous avait dit à Londres, que cette feuille seule nous suffirait,
On fait d'abord difficulté d'admettre ceux qui ne sont pourvus d'aucun papier, et quant aux autres, on veut retenir leurs feuilles pour ne les leur remettre qu’au Caire, le lendemain, Tandis qu'on en est ainsi à se fuire es objections de part et d'autre, M. Bolduc et moi nous pré. sentons nos feuilles, en réclamant de notre titre de sujets
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britanniques. Un coup d'œil sur le texte anglais et le grand sceau en cire rouge qu'on étale à leurs yeux, suffit pour nous faire admettre sans plus de conteste, On nous propose aussi de nous garder nos feuilles pour nous les remettre au Caire, mais nous nous y objectons, tant pour nous soustraire aux démarches qu'il faudrait faire là pour les recouvrer, qu'aux bacchishs * qu'on ne manquerait pas de requérir alors, Le commandant de notre caravane en est encore à disputer avec les officiers turcs, que nous traversons la cour et franchissons la porte gardée par deux gendarmes qui nous sépare du trottoir que longe la file des voitures qui attendent les voyageurs. Un bacchish de la part de notre commandant obtient enfin raison des exigences des avides douaniers, et nos compagnons viennent aussitôt nous rejoindre, Nous nous partageons |: voitures par 4, 5, 6, suivant leur capacité, et nous enfilons des rues tortueuses et malpropres, pour nous rendre à l'hôtel. Labat, au centre de la ville, l’un des plus considérables de la cité, où était fixé le lieu du rendez-vous,
La disposition des maisons sur ces rues mal allignées, où souvent des balcons offrent une telle projection qu'ils forment presque voute au dessus de nos têtes; cette foule de gamins en haillons qui nous poursuivent en nous ahurissant de leurs cris; ces têtes couronnées de fez ou de turbans, suivant qu'on tient du turc ou de l'arabe ; ces faces bronzées, grillées, brulées par les rayons du soleil; ces costumes aux formes si bizarres et aux couleurs si variées ; ces musulmanes qu'on voit partout à la face cachée par un masque qui ne laisse voir que les youx, lorsque souvent les pieds, les bras et la poitrine sont nus; ces sons guttnraux, ces urticulations saccadées qui émaillent le langage dont on fait partout usage; tout nous convainc que nous sommes réellement en Orient, en face d'une civilisation différente de la nôtre, que nous n’avous plus à compter ici avec les coutumes et les usages de l'Occident,
Après environ cinq minutes de marche par différentes rues, nous parvenons à Ja place des Consuls, au centre
(*) Bacchish signifie : pourboire, aumône ; c'est le mot qu'on nous
adresse de toute part en Orient, en teudant la main.
même del à nos rega péenne. D en pierre articles do çais qui à européens rait nous Bordeaux, voyons ça costumes s'entrecrois La pl quelques a décoré à sd mémoire n d'arbres et ques. No une rue lat dons à l’hô oriental, pi à plusieurs ouvert et.
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même de la ville. Ici c'est un tout autre aspect qui s'otire à nos regards. Nous nous retrouvons en pleine ville Européenne. De beaux trottoirs larges et réguliers, des façades en pierre de taille, des vitrines où sont étalés les divers articles dont nous faisons partout usage, le langage français qui à tout instant frappe nos oreilies, les costumes européens que nous voyons partout, tout cela réuni pourrait nous faire croire que nous sommes à Marseille ou à Bordeaux, n'étaient ces parasols de palmiers que nous voyons ça et là se balançant au dessus des maisons et ces costumes cosmopolites que nous voyous se coudoyer on s'entrecroiser à chaque instant,
La place des Consuls est un parallélogramme de quelques arpents de longueur sur une largeur proportionné, décoré à son milieu de la statue de Méhémet-Ali, si ma mémoire ne me trompe, et port:nt bancs de pierre, allées d'arbres et les ornements d’usag: dans les places publiques. Nous tournons vers son extrémité de droite dans une rue latérale, et à quelque pas seulement nous descen-
dons à l’hôtel Labat, de suberbe apparence et d'aspect tout oriental, par les plantes qui décorent sa façade. Cet hôtel, à plusieurs étages, forme un carré dont le milieu est à ciel ouvert et occupé par un petit parterre tout rempli de plantes de climats tropicaux. Les chambres sont distribuées sur un corridor qui partage la maison d’un bout à l'autre, Nous avons à peine pris possession de celle qui nous est assignée, que nous redescendons de suite dans la rue, pour examiner plus minutieusement la villeet nous pourvoir de quelques petits articles de voyage qui nous manquaient encore.
Nov: entrons d’abord dans nn grand magazin dont les commis sont tous français, pour faire emplette de longs turbans à fond blanc rayé de bandes rouges et jaunes, pour ajouter à nos chapeaux de paille, afin de nous protéger davantage la tête et le cou contre les rayons du soleil, On nous les fait payer 8 francs.
Nons portons ensuite nos pas à la chancellerie épiscopale pour faire viser nos celebre. L'évêque étant au Caire
dans le moment, nous ne pouvons lui présenter nos hommages, Nous sommes reçus par son chacellier, religieux franciscain, qui nous accueille avec une grande courtoisie, et paraït tout joyeux de faire la connaissance de prêtres du Canada. Le P. Placide Vendrick, ce chancellier, est Belge, et comme la plupart de ses compatriotes, se rapproche du caractère qui nous est propre, plus que tonte autre nationalité. Descendant les uns et les autres des français, il semble que nous nous soyons, chacun de notre côté, également éloignés de notre type. Si l’on nous accuse quelquepart d’avoir marché trop lentement dans la voie du progrès, nous nous en consolons facilement, en voyant que la nation de nos pères, pour y avoir marché trop rapidement, a, en plus d’un endroit, dépassé Le but,
L'Egypte, ce pays qui dans les temps anciens a marché longtemps à la tête de la civilisation ; ce pays qui a laissé des-monuments du génie ce ses habitants, que nos siècles de lumière rangent encore au nombre des merveilles que n'ait pu depuis dépasser la conception humaine; cette terre qui a produit tant de génies dans les sciences, les arts, la religion, même depuis l'établissement du christianisme; cette terre où ont fleuri les Sésostris, les Rainsès, les Pharaons, les Piolémés, les Euclyde, les Athanase, les Antoine, et cette foule d’anachorètes qui, se soustrayant pour ainsi dire aux lois de l’humanité, nous montraient des auges sous une enveloppe mortelle ; cette terre que foulèrent de leurs pieds Alexandre, César, Napoléon, et les Patriarches Josenh, Jacob, Moyse, et l’homme-Dien Jui même avec Joseph et sa sainte mère ; l'Egypte est aujourd'hui bien déchue de sa splendeur d'autrefois, Elle ne compte même plus sur la liste des nations indépendantes qui ont voix au chapitre du gouvernement du monde, puisque son Khédive ou vice-roi reconnait un suzerain dans le Grand-Turc de Constantinople.
Le génie de cette nation dans le paganisme l’éleva an dessus de ses rivales, et tant que les saints de l'évangile peuplèrent ses déserts, elle ne cessa de fournir au monde des porte-étendard de la vraie civilisation ; mais depuis
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DE QUÉBEO A JÉRUSALEM 411
que l’islamisme, cette absurde religion de la chair, est venu la comprimer de ses étreintes, elle fut frappée destérilité, et alla toujours en décroissant. On ne put même voir dans la suite des siècles, sortir de cette souche qui conservait encore quelques sucs de vie, aucun rejeton généreux, pouvant donner espérance d’un renouvellement de vigueur et de production de nouveaux fruits, comme on le voit dans les arbres de nus vergers, où souvent ces nouveaux jets l’emportent sur la souche première par l’abondance de leurs produits.
Elle suivit la route de décadence sans presque aucun retour sur elle-même, continuement, sans se ralentir.
Il en est du monde moral à peu près comme du monde physique. Tant qu’un arbre trouve dans le sol les sucs qui lui conviennent, ou qu'on a soin de les lui renouveler par des engrais et des amendements intelligents, on le voit s'épanouir dans sa croissance et livrer des fruits en abondance. Mais pour peu qu'on le néglige, une fois les sucs primitifs épuisés, on voit de suite des eroîssances étrangères voisines lui ravir ses sucs et des parasites l’étouffer de leurs étreintes, et dès lors il cesse de produire ou ne donne plus que des fruits chétifs et sans valeur.
Ainsi vont les nations.
Tant que la lumière de l’évangile, qui est la véritable sève qui alimente leur vie, est pure et abondante; elles croîssent, s’épanouissent, et produisent, Mais du moment que les croîssances étrangères des hérésies, les parasites ténébreux des schismes, ou ce qui est encore plus re dontable, le ver léthifère de l’incréduiité prennent ehez elles droit d'asile, c'en est fait de leur grandeur, de leur prospérité. Ce ne sont plus que des troncs desséchés, in capables de produire; des plautes qui dépérissent après leur floraison ; des sources ne montrant plus que de mai
*gres filets d’eau qui menacent de disparaitre totalement de
vant une aridité complète, comme ces torrents de la Syrie dans le lit desquels le voyageur se promène aujourd’hui à pieds secs.
L'Egypte, avec la plupart des pays de l’Asie0on pour-
rait dire avec toutes les contrées que l’islamisme a couvertes de son réseau--en est aujourd’hui à cette dernière période. Seule la sève généreuse du pur catholicisme pourrait la raviver, la régénérer ; mais les prescriptions de Mahomet, chez ces peuples indolents, ignares et replongés dans la barbarie, y sont un obstacle presque infranchissable, Et comment pourrait-il opérer sa conversion ce musulman, lorsque la loi et ia coutume permettent au premier venu qui le rencontrerait de lui plonger un poignard dans le cœur ou de lui loger une balle dans la tête, sans qu'il y ait à réclamer, Car c’est ainsi qu’on en agit dans tout l'empire turc, Un cadavre est la gisant près de la route.— Est-ce un musulman ?—Non.—Oh! ce n’est rien ; c'est celui d’un chien de chrétien! Aussi ces conversions sont-elles très difliriles et fort rares. L'église catholique que soutiennent ici les franciscains, les lazaristes, les frères des Ecoles-Chrétiennes avec les Sœurs de Charité, se recrute particulièrement parmi les européens, dans la conversion d'un certain nombre de chismatiques Grecs, Arméniens et Cophtes, et par les enfants abandonnés qu’on vient offrir.
Nous allons visiter ces divers établissements, en observant en passant et les constructions parfois assez imposantes, et les jardins et places publiques aux plantes d'aspect si différent des nôtres, que dominent ça et là ces altiers dattiers, Phænixidactylifera, Linné, au stipe grêle et élancé, aux palmes nombreuses et allongées, lesquelles, réunies en parasol au sommet, permettent au moindre souffle d’imprimer à ces arbres un mouvement ondulatoire des plus agréables. Les Frères ont ici un établissement aux vastes constructions et sur un excellent pied. Leurs élèves, que nons trouvâmes en récréation, nous présentèrent un aspect des plus intéressants; les bons Frères nous dirent que les talents supérieurs étaient communs parmi enx. Ils ont surtout une aptitude toute particulière pour l'étude des langues, Avec les élèves les mieux doués, on fait d'ordinaire marcher quatre langues de front dans leur éducation, l'arabe, le français, l'italien et l’anglais ou le ture, et cela même avec des enfants de 8 à 9 ans. Leur
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DE QUÉBEO A JÉRUSALEM. 113
bande de musique nous tit entendre quelques morceaux de son répertoire d’une exécution tout-à-fait remarquable,
L'Egypte qui a fourni des monuments antiques à presque toutes les capitales des grands pays de l’Europe, et même de l'Amérique, pour la décoration de leurs places publiques, en est presque entièrement dépouillée aujourd’hui. 1l ne 1este plus à Alexandrie que la seule colonne de Pompée, comme trophée de son ancienne splendeur, lorsque capitale d’un grand pays, elle portait le nombre de ses habitants à 500,000 ou 600,000, tandis qu'aujonrd’hui ce nombre ne dépasse pas 65,000.
Nous allâmes visiter cette colonne, élevée sur une petite éminence un peu en dehors de la ville actuelle. C’est un monolithe de porphyre, de 70 pieds de hauteur, sur un diamètre proportionnel. De tous les monuments antiques que J'ai vus, c'est peut-être celui qui accuse plus visiblement le travail du temps sur son existence. Les angles de sa base sont en partie disparus, son chapiteau est mutilé et défiguré, et son fut même, surtout dans le bas, a toute sa surface déchiquetée par l’action des courants atmosphériques qui le fouettent depuis près de trente siècles sans avoir pu encore le renverser.
Une douzaine de touristes français, il y a quelques années, parièrent qu'ils iraient prendre un déjeûner sur le sommet de cette colonne, On fit au bas certains échaffaudages jusqu'à ce qu’on put lancer par dessus l’entablement, une ficelle au moyen de laquelle on fit passer un cable dont les extrémités pendaient de part et d'autre. Fixant l’une de ces extrémités par le bas, nos jeunes extravagants durent jouer au matelot pour grimper aû moyen de l’autre jusqu’à la table supérieure. Ils parvinrent ainsi, non sans beaucoup de peines et de fatigue, à se hisser là tous les douze et à gagner ainsi lenr pari. La gloriole de pouvoir se vanter d'avoir mangé sur une table où très probablement depuis 8000 ans aucun mortel n’avait pris place, leur coûta assez cher pour que personne depuis ne s’avisât de renouveler le festin.
Cette colonne, qui sans doute autrefois ornait un paro
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public de la ville, est aujourd'hui dans un lieu vague, n'ayant pas même une simple clôture pour l’entourer, Comme elle reçoit de fréquentes visites de la part des étrangers, des gamins arabes s’y tiennent en permanence, dans l'espoir de soutirer quelques bacchishs aux nombreux visiteurs. Aunombre de sept à huit, au moment où nous la visitâmes, ils étaient à jouer à cache-cache autour de sa base, [ls s'empressèrent, en nous voyant, de nous offrir quelques fragments du monument; mais le service était plus que superflu, vu que le sol en est couvert tout au tour. C'est un granit porphyritique très dur, de couleur rouge entremêlée de taches grisâtres plus ou moins vitreuses. La difficulté n’était pas de trouver des fragments pour celui qui voulait en rapporter un échantillon, mais bien de pouvoir en avoir d'assez petits pour ne pas trop embarrasser dans le voyage. Aussi ne parvinmes-nous qu'assez difficilement à diviser l’un de ces fragments, tant cette pierre métamorphique oppose de résistance au moindre éclatement,
Alexandrie, qui est une ville fortifiée, est située un peu à l'Ouest du delta que forme le Nil en se jetant dans la Méditerrannée, sur une langue de terre qui sépare le lac Maréotis de la mer même. Elle fut fondée par Alexandre le Grand, 832 ans avant J. C. Elle communiquait avec le’ Nil par un canal que l'on a rétabli de nos jours. Elle fut longtemps la capitale de l'Egypte, et l’une des villes des plus populeuses du monde. On y conservait autrefois le corps de son fondateur renfermé &ans un cercueil d’or massif. Son école de philosophie jouît jadis d’une très grande réputation. La construction du canal de Suez, en permettant à Port-Saïd de se partager avec elle l’entrepot du commerce de l'Orient et de l'Occident, va contribuer à lui faire perdre tous les jours de son importance si déchne déjà de ce qu'elle était autrefois,
Au moment où nous y arrivämes, la ville d'Alexandre était en grand émoi, par suite du meurtre d’un enfant Grec qu'on mettait à la charge des Juifs, On avait trouvé le cadavre de la victime, âgée de 14 ans, dans un fossé, percé de nombreux coups de couteaux, Redoutant des troubles, on avait fait mander par chemin de fer des ren-
forts du C queile au
On sa core la ve ples qui oi croyances très peu « Mosaïque, formé plus trefois, jus mécréants, nos jours.
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pétré plusi impuni, pa prir ces de pire Turc, tice dans & les plus ré:
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forts du Caire, pour prêter main forte à la garnison, Voiei quefle aurait été le motif de ce meurtre.
On sait que les Juifs, pour la plupart, attendent encore la venue du messie; mais comme chez tous les peuples qui ont fermé les yeux à la véritable lumière, leurs croyances se sont plus on moins altérées, si bien que peu, très peu d’entre eux suivent encore aujourd’hui la loi Mosaïque, et que sans guides sûrs pour les diriger, ils ont formé plusieurs sectes dissidentes des vrais croyants d’autrefois, jusqu’à devenir en certains quartiers de véritables mécréants, capables de tenir tête aux libres penseurs de nos jours.
Or parmi ces dissidents, il en est qui admettent la venue du rédempteur dans la personne de Jésus-Christ, et qui croient erronnément obtenir leur salut de ses mérites, sans être tenus de se conformer à ses enseignements. Le sang du Christ, disent-ils, a opéré le salut du genre humain, Or les chrétiens par leur communion s’incorporent ce sang. Si donc nous parvenons à obtenir du sang chrétien, nous nous assurerons de même la rédemption. De là le meurtre d’un enfant chrétien ayant communié, pour mêler son sang dans la confection des pains azymes qu’ils mangent à leurs pâques, Ce crime révoltant s’est déjà perpétré plusieurs fois à Alexandrie, et est toujours demeuré impuni, par ce qu'ici comme ailleurs, les Juifs sont les prir ces de la finance, et comme tout est vénal dans l’empire Turc, il suffit d’avoir des écus pour faire plier la justice dans ses exigences et obtenir l'impunité des forfaits les plus révoltants On nous dit qu'il n’ÿ a encore que quelques années, les Juifs durent ainsi débourser près d'un demi millon de francs pour se soustraire aux conséquences d’un semblable meurtre.
Je vis par les journaux, quelques jours après notre départ d'Alexandrie, que malgré les recherches de Ja police, on n'avait pu se procurer aucune preuve du meurtre supposé, et qu'on était porté à croire que le stragème avait été monté par les Grecs eux-mêmes, dans le but de soutirer quelque bonne rançon des Crésus Juifs.
116 Ds QUÉBEC A JÉRUSALEM
On aurait pris le cadavre de cet enfant, mort de mort na. turelle, et on l'aurait ainsi maltraité et jeté dans un fossé, pour accuser les Juifs du forfait, et leur vendre ensuite fort cher l'impunité. Pour qui connait les allures des orientaux ct la manière dont s'administre la justice dans l'erapire Turc, la ruse n’est pas du tout incroyable,
Jeudi, 24 mars.—De bonne heure, ce matin, nous nous rendons à l'église Ste Catherine, que desservent les PP, Franciscains et qui est attenante à leur couvent. Un magnifique et vaste jardin, partagé en deux par une large allée qui correspond à la porte principale de cette église, la sépare de la voie publique.
En retournant à l'hôtel, après la célébration de nos messes, je remarque une autre église tout auprès. J'y ontre et reconnais de suite, par les crucifix peints sur bois et non sculptés, que je suis dans un temple grec schismatique ; d'ailleurs l’espèce d'office qu’on y faisait alors, me convain-. quit de suite que je n’étais plus chez des catholiques. Tout le chœur était séparé du reste par une cloison dans laquelle s'ouvrait une porte de chaque côté, Toute la nef était vide, mais près des murs, rapprochées de la cloison, étaient des stalles dans lesquelles quatre clercs ou ministres, seules personnes alors présentes, chsntaient des psaumes ou leçons d’un ton fort monotone et assez ennuyeux. Cesclercs, tout en continuant leur chant, parurent fort intrigués de ma présence, car ils me suivirent constamment de la vue. Est-ce inconvenance ou témérité d’aller plus loin, me dis-je ? essayons toujours. Je passe devant les chantres et franchis la porte de la cloison qui était ouverte, pour voir ce qu'il y avait au delà. Je me trouve là dans un véritable sanctuaire, ayant un autel au fond surmonté d’un grand crucifix peint comme l’autre sur une surface plane. Un sacristain était à faire une parure à cet autel, probablement pour un office qui devait faire suite au chant de la nef, On me regarde sans rien me dire ; j'examine les tableaux, qui n’ont rien de remarquable, et le reste de la décoration, et sors par l’autre porte, en passant de nouveau devant les chautres qui ne me perdent de vue que lorsque je franchis la porte extérieure,
Lep étape de payé d’a contente moins d’y rien à pa aller au ( Nous r’ét dant du r dant, com mêmes m nous déb nous pren nous rend bord du c
À pei que le trai cette terre fesons en ] de la ville, examinons pouvoir pe papyrus, P écrivaient Nymphéac sentée sur cine, et do trait dans | Nymphea des bouqu fruits, mêlé modèles de nades des t déesse de 1 reconnu p qu'on peut Maréotis n dante végét
Le programme de la caravane porte qu’il y aura une étape de quatre jours à Alexandrie. Comme le voyage est payé d'avance, aller et retour, ceux qui voudraient se contenter de rester dans le vaisseau tout le temps, ou du moins d'y venir coucher et prendre les repas, n'auraient rien à payer de plus ; mais si nous voulons loger en ville, aller au Caire, aux Pyramides etc., c’est à nos propres frais. Nous n’étions donc plus sensés soumis à notre commandant du moment que nous mettions pied sur terre ; cependant, comme nous avions à visiter les mêmes lieux et les mêmes monuments, nous préférâmes aller ensemble sans nous débander, Voilà pourquoi il avait été arrêté que nous prendrions le train du chemin de fer de 111h. pour nous rendre au Caire. Aussi, à part 8 ou 4, tous furent à bord du convoi à l’heure précitée.
À peine sommes-nous installés dans les divers wagons, que le train s’ébranle et nous voici à parcourir à la vapeur cette terre d'Afrique, de la même manière que nous le fesons en Europe et en Amérique, Le chemin, à sa sortie
de la ville, se trouve à cotoyer le lac Maréotis, dont nous examinons attentivement les eaux dans l'espérance de pouvoir peut-être y rencontrer le fameux souchet, Cyperus papyrus, Parlatore, qui fournissait le papyrus sur lequel écrivaient les anciens Egyptiens, ou le lotus, cette célèbre Nymphéacée, Nymphæa lotus, Linné, qu'on voit représentée sur tous les monuments, dont on mangeait la racine, et dont la graine aussi fournissait une farine qui entrait dans la confection du pain. Les fleurs du lotus bleu, Nymphæa cærulea, Savigny, entraient dans la confection des bouquets destinés aux offrandes religieuses, et ses fruits, mêlés aux épis de blé, ont souvent servi comme modèles de la forme à donner aux chapiteaux des colonnades des temples érigés à Isis, comme emblème de cette déesse de l'abondance. Mais, comme nous l’avions déjà reconnu plus d’une fois, ce n’est pas en chemin de fer qu'on peut avantageusement herboriser. Les rives du Maréotis nous montrèrent en maints endroits une abon-
dante végétation, mais dans laquelles lotus et papyrus et 10 :
Eee dé
bien d’autres plantes encore sans doute, se confondaient pour nous en ces massifs de joncs et de cypéracées vulgaires qui bordent d'ordinaire les rives de nos eaux tranquilles.
Bientôt nous perdons de vue les eanx dn lac Maréotis, et nous voguons en pleine campagne. La plaine basse et unie est composée d’un terrain des plus fertiles, n'étant qu'un amas de limon que le Nil dans ses inondations vient renouveler chaque année, On est partout aux travaux des champs, ici à labourer, tont à côté à moissonner orge, blé etc., car ici, il n’y à d'autre interruption à la végétation que la croîssance du Nil qui commence en Juin et se termine en Octobre.
Si le sol est fertile et les moissons de belle apparence, d'nn autre côté la culture nous parut fort défectueuse. La charrue n’est qu’un simple areaa, c'est-à-dire un petit soc fixé à une branche d'arbre courbe, le tout ne pesant guère plus de 89 livres. lle est d'ordinaire traînée par deux petits bœufs, très distants l’un de l’autre, où par un buffle à mine disgracieuse et sauvage. Ces buffles, que nous avions déjà rencontrés dans des ménageries, ont le cou surbaissé, sans avoir la. bosse scapulaire de nos bisons ; leurs cornes, de grandeur moyenne, sont dès la base, dirigées en bas en s’écartant de la tête, puis se relèvent un peu en se portant en avant et en s'écartant d'avantage.
La herse n’est pas connue dans leur culture, on sème toujours dans le sillon de la charue, à une profondeur de 4 à 5 pouces, pour que le germe ne soit pas desséché par la forte chaleur.
11 fant être prét à confier les semences à lu terre dès que les eaux se srat retirées, car une foi le sol sec, il ne peut être amené à produire que par des arrosements, Il n'ya pas à chercher compensation dans Îles pluies, car en Egypte, elles sont trop rares et toujours insuffisantes. On à pu compter jusqu’à trois années de suite sans qu’on eût un seul grain de pluie ; et année commune, la quantité d'eau qui tombe de l'atmosphère ne dépasse pas 8 ou 4 pouces. Lors de notre arrivée à Alexandrie, il tombait quelques grains de pluies, et plusieurs qui comme nous avaient Îu dans les récits des voyageurs qu'il ne pleuvait presque
jamais en allait avo illusion f!
même ass taches su leurs som toirs.
Com contre à } leur ardei terre ne c tivateur à En m buffles att godets qu remplis e1 ouvre ou { divers cha bras qu’on courroies f retenues p tenant une gamelle mn pour l’en fa contenu d:
Nous nous quelle dex de leurs lo soit pour le L'Egy à travers d l'eau qu'il :
l'inondatior et l’'abonda Nil cessait années, C’el rait bientôt fertilité san On éva traverse, da
DFE QUÉBEC A JÉRUSALEM 119
jamais en ce pays, en étaient tout étonnés, croyant qu’on allait avoir de suite un démenti à cet avancé. Mais notre illusion fut de courte durée, car ces grains ne furent pas même assez nombreux pour réunir de toute part leurs taches sur les pavés, ils suffirent à peine pour consteller de leurs sombres astérisques la poussière blanchâtre des trottoirs.
Comme partout la plaine est fort basse, l’eau se rencontre à peu de profond:ur dans le sol, et n'était la chaleur ardente du soleil sous ces latitudes, nul doute que la terre ne conservât assez d'humidité pour soustraire le cultivateur à la nécessité de recourir aux arrosements.
En maints endroits nous voyons, près de la voie, des buffles attelés à des manéges qui font tourner une roue à godets qui déversent dans des rigoles l’eau dont ils se sont remplis en plongeant dans un puits ; ces rigoles qu'on ouvre où ferme suivant le besoin, conduisent le liquide aux divers champs qu'on veut ainsi arroser, D'antrefois c’est à bras qu’on exécute ce puisement de l’eau. Deux longues courroies fixées de chaque côté d’une large gamelle sont retenues par deux femmes placées de chaque côté du puits ; tenant une courroie de chaque main, elles impriment à la gamelle un balancement presque cadencé et fort gracieux, pour l’enfoncer dans le puits et en déverser de même le contenu dans une rigole tantôt à droite et tantôt à gauche. Nous nous sommes plu à admirer plus d’une fois avec quelle dextérité elles faisaient ainsi jouer ce plat au bout de leurs longues courroies, sans jamais manquer leur coup, soit pour le remplir soit pour le vider.
L'Egypte c’est le Nil descendant de l'Afrique centrale à travers des déserts d’un sable qui pompe si avidement l'eau qu'il ne reste partout qu'aridité. Partout où se porte linondation avec le limon qu’elle dépose, c’est la fertilité et l'abondance, et à côté la sécheresse et la stérilité. Si le Nil cessait ses inondations seulement pendant quelques années, c'en serait bientôt fait de l'Egypte, et le désert aurait bientôt reconquis tous ses droits sur cette plaine d’une fertilité sans pareille,
On évalue à plus de 1500 lieues le parcours du Nil. Il traverse, daus son cours, plusieurs marais peuplés de croco-
dyles, d’hippopotammes, d’ichneumons, etc., et se trouve coupé par une vingtaine de cataractes, dont la plus rapprochée est celle d’Assoam, sur la frontière de la Nubie, à 800 lieues d'Alexandrie. A Khartoum, ville bâtie par Mehemet-Ali, et qui compte aujourd'hui 80,000 habitants, le Nil se partage en deux branches, le Nil blane qui vient de l'intérieur de l'Afrique, et le Nil bleu qui descend de l’Abyssinie. Dans le delta que forme le Nil dans la basse- Egypte, il se partage aussi en deux branches principales pour se jeter dans Méditerrannée, l’une à Rosette et l’'uutre à Damiette. En dehors de la vallée du Nil, à part quelques oasis sur les confins du désert, c’est partout la plaine nue et stérile, car si parfois ils’ y rencontre des mares ou des marais, une eau soumâtre les remplit portant en dissolution des substances minérales tellement abondantes, que non seulement elles deviennent impotables, mais même délétères le plus souvent pour toute végétation.
Plusieurs oiseaux s'offrent presque partout à nos regards, ce sont surtout des corbeaux et des vanneaux, et sur les arbres qui ça et là bordent la voir, se montrent de nombreux nids dans le feuillage. Il n’est pas rare d’en voir souvent jusqu’à 5 et 6 dans le même arbre. Ces arbres le plus communément sont des sycomores, des tamarins et parfois des dattiers.
En plusieurs endroits nous voyons des champs de blé ou d'orge tellement entremêlés de coquelicots, qu’à quelque distance ils forment une masse rouge compacte. C'était la première fois que nous voyions le coquelicot, qui chez nous ne s'échappe jamais de nos jardins, ainsi répandu dans les champs, et ce n’est qu’alors que nous comprimes le nom de coquelicot des blés qu’on lui donne en plusieurs endroits en France.
Partout ce sont des champs en culture à perte de vue, avec des villages par-ci par-là sur de légères éminences. Ces villages, aux maisons en terre en forme de cubes, très près les unes des autres et souvent distribuées sans ordre, ont la plus chétive apparence possible, Et n’était le minaret toujours grêle et élancé qui les domine, on ne les remarquerait que lorsqu'on s'en serait assez rapproché pour distinguer les chèvres ou les poules qui se promènent sur
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les terrasses, on des bandes d'enfants plus ou moins nus qui grouillent dans les carrefours que forment ces pitoyables huttes.
À Kafr-il-Zaïat, nous avons un arret d’un quart d'heure. On vient nous offrir divers comestibies, oranges, dattes, gateaux etc. —Combien les oranges, demandämes-nous à un gamin ?—Une piastre la pièce. —Une piastre? mais c’est incroyable —Attendez, nous dit un voisin, la piastre est ici de quatre sous environ. Nous en payons une et la trouvons excellente, Bientôt arrivent nos compagnons en ayant les mains pleines.—Combien les avez-vous payées ? —Trois pour une piastre, au coin, là, à l’étalage de la bonne femme. Nous allons aussi nous en pourvoir, pour le même prix. Nous nous rappellâmes «lors ce que nous avions lu dans un certain guide : en général, en Orient, n'offrez guère plus d'un franc pour un article qu’on vous fera vingt francs. Ces oranges étaient de celles qu'on appelle mandarines, et de toutes les oranges, nous nen avons jamais goûté de meilleures, Les mandarines sont d'assez chétive apparence extérieure : elles paraissent tontes bosselées, comine si elles étaient déjà en état de décomposition, Cela vient de ce que chez elles, la peau extérieure est distante de la masse intérieure, quelques légers filaments seulement se montrant dans l’espace qui sépare l’une de l’autre. Mais la masse intérieure est à divisions comme dans les autres o‘angss, et la pellicule qui forme les partitions est tellement mince, qu’on la sent à peine dans la bouche. Elles sont très sucrées et sans aucune pointe d’acidité. Tes mandarines de Naples sont reputées les plus recommandables parmi les gourmets, Nous rencontrons nn gamin avec des gateaux en forme de cercles ou de rondelles qu'il porte enfilés uuus son bras, nous en achetons quelques uns comme supplément à la simple tasse de café que nous avions prise pour tout déjeñner. La croute était toute piquetée de graines que nous crûmes étre de l’anis. Mais quelles graines et quelle pâte ; pour sûr que nos chiens n'auraient pas voulu en manger. Nous en fimes goûter à plusieurs de nos compagnons, et tous proclamèrent qu’il n'y avait que des Palais arabes pour s'accommoder d’une telle saveur. Aussi
n'hésitâmes-nons pas longtemps à profiter de la petite fenêtre du wagon pour nous en débarrasser,
Le plus souvent se sont des bœufs que nous voyons attelés aux charrues, quelquefois cependant ce sont des mulets onu des ânes ; plus d’une fois nous avons vu un âne accouplé avec un bœuf, et une seule fois un âne accouplé avec un chameau. C’est l'unique occasion où nous avons vu le chameau employé comme bête de trait.
Après avoir passé plusieurs villages arabes, tantôt à droite et tantôt à gauche de la route, ct tous à peu près de même apparence, nous traversons, sur un superbe pont en fer, la branche Ouest du Nil, celle qui a son embouchure à Rosette, Le fleuve a à peu près un peu plus d'un mille de largeur ici, et pr‘sente une fort belle apparence, C'est partout le même terrain et les mêmes cultures : blé, orge, lentilles, lin, trèfles, fèves ete.
A Tata, nous passons l’embranchement du chemin de fer de Mansoura, se dirigeant vers l'Est, et de ce point la route prend une direction plus prononcée vers le Sud, c'est-à-dire s’écarte duvantage de la Mediterrannée, pour s'enfoncer dans les terres, Peu après, nous traversons la branche Est, celle qui a son embouchure à Damivtte, semblablement sur un pont en fer, et nons nous trouvons en plein pays de Gessen, c’est-à-dire dans cette terre qu'occupèrent autrefois les Israëlites, lorsqu'à la suite de la vente de Joseph, les autres enfants de Jacob ses frères vinrent s’y établir. C’est là que la seule famille de ce patriarche, dont les douze enfants formèrent les souches qui constituèrent plus tard les douze tribus d'Israël, se développa tellement sous la b'nédiction du Seigner, bien qne fort maltraitée par ses maîtres, qne lors de sa sortie d'Egypte, sous la conduite de Moïse, c’est-à-dire après s:ulement 215 ans, elle formait une nation de plus de cinq millions d'âmes,
Depuis longtemps déjà les yeux et les lunettes étaient braqués du côté du Sud-Ouest, dans l'espoir d'y découvrir les pyramides qu'on ponvait, nous disuit-on, voi: de ce point, Nous les apercevons à La fin, suns forme de
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triangles de modeste dimension se dessinant sur l’horizon lointain. Bien que nous ne pussions dès lors juger de leur masse imposante, nous ne pûmes cependant nous défendre d'une certaine émotion : nous avions sous les yeux l’une des plus étonnontes merveilles Qu génie de l’homme ; une œuvre de quarante siècles s'offrait à nos regards ; le temps qui détruit tout, a pour ainsi dire émoussé sa puissance sur ces éternels spectateurs de la vie et de la mort, sur cet ouvrage de la main des hommes, qui semble plutôt avoir été jeté là par la main toute-puissante du Créateur, comme sentinelle à la mer de sable dont elle garde la limite, pour l'empêcher de passer outre!
À Benah, nous passons un autre embranchement du chemin de fer qui se rend à Ismalia sur le canal de Suez, et nous continuons toujours dans la même direction, jusqu’à ce qu'enfin nous pénétrions dans la ville des Pharaons et descendions dans la gare.
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Le Caire; l'hôtel Royal; la langue Arabe; les chiens; les enfants sans parents; panorama; la chibonque et le narguileh.—Les Pyramides, la route qui y conduit ; acsension de Chéops; le Sphinx ; les Pyramides de Sakkara ; les esclaves.
A peine descendus dans lagare, nous nous empressons de nous assurer des voitures de place pour nous rendre aux hôtels, dont le choix n'avait pas été, cette lois, fixé d'avance. Mais pendent que je cherche mon compagnon d'un côté, pour ne pas nous séparer, lui me cherche d’un autre, si bien que nous nous trouvons à la fin seuls pour nous pourvoir d’un logement, Un jeune homme vient s’offiir de nous conduire, tout près de là, à l'hôtel Royal, tenu par un français, et où, assurait-il, nous nous trouverions fort bien, Il s'empare de nos petits sacs, et nous le suivons à pied.
Les rues offrent à peu près le même aspect qu'à Alexandrie, avec cette différence toutefois qu’elles sont beaucoup plus fréquentées ; la foule des voyous sales, déguenillés, criant, hurlant sans cesse, est ici beaucoup plus
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rayons.
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nombreuse, Les rues que nous enfilons sont aussi tortueuses et étroites, et presque toutes les fenêtres des maisons présentent un balcon à trois chassis faisant sallie sur la rue. Cette saillie des balcons couverts permet, au moyen des chassis qu’ils portent, d’intercepter le moindre courant d’air de la rne pour le faire pénétrer À l’intérieur, ou du moins pour rafraichir les personnes qui viennent sy reposer, lorsque le soleil ne les couvre plus de ses rayons.
Après environ dix minutes de marche, nous tournons à gauche dans une rue beaucoup plus large et plus propre, d'apparence tout européenne, où nous trouvons l'hôtel que nous cherchions. Le patron, M. Raymond, nous accueille avec une urbanité toute Parisienne, et nous prête d'autant plus d'attention qu’il se trouvait froissé de ce que les autres membres de la caravane étaient passés devant sa porte, à lui français et catholique, pour aller descendre à quelques pas de là à l'hôtel d'Orient, tenu par un grec schismatique, Il nous donne des chambres au deuxième, grandes et bien confortables, dont le prix, y compris la pension, serait de 10 francs par jour; ce qui nous parut fort raisonnable.
Nous nous empressons de prendre notre dîner et nous nous mettons de suite à la visite de la ville,
Le Caire, la capitale actuelle de l'Egypte, est une ville d'au moins 800,000 âmes, dont les indigènes mêlés aux Arabes, forment la majeure partie, Elle est située sur la rive droite du Nil, à quelques arpents seulement de sa rive. Sa partie opposée au fleuve est beaucoup plus élevée que le reste, reposant sur un plateau escarpé qui domine toute la ville, C’est là que se trouve la résidence du Khé. dive ou vice-roi, la citadelle, la fameuse mosquée de Mé.hémet Ali, si remarquable par ses marbres précieux, etc. Sa latitude est de 30° 8’ Nord, et sa longitude de 28° 58' Est du méridien de Paris. Fondée dans le VIIIe siècle, elle fut la résidence des Califes Fatimites, qui gouvernèrent l'Egypte pendant plus de six siècles, alors que le Grand-Turc de Constantinople n'avait pas encore étendu son bras de fer sur la côte Sud de la Méditer-
rannée, Elle reçut, comme Alexandrie, en 1798, la visite de Napoléon ler, qui s’en empara pour les français qui y furent maîtres durant trois ans et demi. ile n’est qu'a trois lieues de l'emplacement qu'occupait l’ancienne Memphis, sur la rive gauche du Nil.
La ville, telle qu’elle est aujourd’hui, se compose de deux parties bien distinctes: le Vieux-Caire on les fanbourgs qui sont tout-à-fait Arabes, et la ville nouvelle qui a un aspect tout européen dans ses constructions, moins toutefois ces dattiers qui projettent ça et là leurs stipes élancés au dessus des résidences, pour leur offrir l'ombre de leurs immenses parasols de palmes, et ces autres plantes tropiec : qu'on rencontre dans les rues et places publiques : muriers, sycomores, mélias, tamarins, acacias etc.
Mais si les constructions peuvent parfois nous reporter en Lusope, es costumes et le langage des rues nous ramènent aussitôt en Orient, Bien qu'on nous réponde presque partout en français lorsque nous entrons dans les boutiques, de toute part, dans les rues, ce sont des sons saccadés, gutturaux, qu'on dirait souvent plutôt tirés des entrailles que de la poitrine, qui nous frappent les oreilles, Singulier langage que cet arabe, qui exige un tel effort des poumons, qu'on croirait toujours les interlocuteurs fächés lorsqu'ils s’échangent des paroles. On nous a rapporté qu’un certain religieux s'était livré avec tant d'ardeur à l'étude de l'arabe, que par suite les efforts de poitrine qu’il fit constamment pendant plusieurs jours pour rendre exactement les sons de cette langue barbare, il contracta une fluxion de poitrine dont il mourut peu après. Un peuple qui n’a que des aspérités, des bonds et des chutes dans sa langue, doit nécessairement posséder un caractère âpre, rude ei grossier, sinon brutal. Telle était la conclusion à la quelle j'en étais venu, lorsque j'entendis une religieuse, de haute éducation et de fort bonnes manières, maniant la langue de Mahomet avec une délicatesse qui n’excluait pas une certaine élégance, Ces sons hachés, grinçants, qu'on ne croirait pouvoir s'échapper sans grand effort de la poitrine, revêtaient, en passant sur des lèvres féminines et françaises, une élégance qui
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ne manquait pas d’un certain charme. Jusqne là j'avais cru que les doux épanchements, les tendres effasions du cœur ne pouvaient se trouver chez ce penpie, vu qe ces sehtiments me paraissaient incompatibles avec son langage aussi bien qu'avec ses allures extérivures,
J'avais in quelque part que les chiens sont très nombreux au Caire, et qu'ils vivent libres dans Les rues de ce qu'ils peuvent attraper par-ci, par là, sans connaitre aucun maître, Je reconnais de fait que l'espèce canine aici de nombreux représentants, qui dénotent, même par leur apparence extérieure, qu'ils ne sont gnère soumis à la domesticité, On ne trouve pas chez eux cette variété infinie de taille, de couleur et de forme, que l'éducation a produite dans leur race chez les peuples plus civilisés. Ils sont tous de taille moyenne, très peu variés dans la couleur de leur robe, qui est d’un fauve pâle plus ou moins sale; le nez pointu, le poil assez long, les oreilles petites et droites, tout leur extérieur les rapproche beancoup du renard et encore plus du chacal, qui, d'après les naturalistes, constitue leur souche primitive,
L'extrême liberté, comme il arrive aussi parmi les hommes, produit de même la licence chez ces hordes indiciplinées de la race canine, dont les rnes seules constituent la patrie. Habitant un pays sans forêts, ce sont des sauvages que les nécessités de la vie rendent citadins sans pour cela les assujétir à la civilisation.
La paix ne règne pas toujours dans cette république sans lo's, où plutôt q i n'en connait qu'une seule, celle du plus fort. Ce n'est pas chez ex, comme chez l'homme, l'aurti sacra fames qui constitue la pomme de discorde, mais bien le besoin pur et simple de l'estomac qui est encore plus impérieux, Les Hélènes sont d'ordinaire assez communes pour répondre à toutes les convoitises, mais il arrive aussi, souvent, qu'une carcasse de lapin ou de pintade qu'une maladie aura fuit trépasser, devient un casus belli pour ces habitants des parés. On les voit souvent alors, r ngés en deux camps ennemis, non passe choisir de chaqne côté des Horaces et des Curiaces pour livrer le combat, mais se confondre dans une mêlée générale, où