‹ De Québec à Jérusalem [microforme]Chapitre 20 sur 94 · PALESTINE · texte numérisé non relu

PALESTINE

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DE QUÉBEU A JÉRUSALEM 149

Nous sommes au ler mars 1811. Méhemet-Ali, établi vice-roi de l'Egypte après en avoir délogé les français au moyen des bayonnettes anglaises et des Albanais sous ses ordres, se voyait à peu près maître du peuple hétérogène qui forme la population de ce pays, surtout depuis sa victoire en 1805 sur Ibrahim-Bey, le commandant de ces farouches Mamelouks, qui pendant plus de trois siècles avaient fourni des souverains à l'Egypte. Seuls les restes de cette valeureuse tribu, vaincue mais non soumise, refusaient de reconnaitre son autorité. Le vice-roi, voyant qu'il ne pouvait les dompter par la force, résolut de les perdre par la ruse, Il invite le corps entier de ces guerriers à une fête qu’il veut donner en l'honneur du départ de son fils Toussoun-Pacha pour la Mecque. Les Mamelouks s’y rendirent sans défiance au nombre de 480. On les fêta avec splendeur et on les régala avec cordialité, pour leur ôter tout soupçon. La fête terminée, 04 donna ie signal du départ ; mais comme le palais est bâti sur le rocher même qui porte la citadelle et qui domine toute la ville du Caire, il faut opérer la descente par un chemin creusé à pic dans le roc. Les Mamelouks s'engagent sans défiance dans le défilé, mais arrivés au bas de la pente, ils trouvent la porte fermée, Au même instant mille soldats albanais embusqués se démasquent, et commencent un massacre d'autant plus affreux que la défense était impossible. Les plus braves, le sabre au poing, tentent de se frayer un chemin à travers les albanais, mais ils -ne font que vendre chèrement leur vie, tous sont moissonne. ar les balles meurtrières qui pleuvent sur eux; seul, Amyn-Bey parvient sans blessure jusqu’au haut du parapet. À la bouche même du fusil des soldats, il va être criblé de leurs balles; mais il n'hésite pas un instant, il lance son cheval sur le parapet et se précipite dans le vide, à une hauteur de 60 pieds. On ne suc cupe plus de lui parcequ’on le tient certainement pour mort. La monture perd la vie dans sa chute, et le cavalier roule tout meurtri au pied des murailles, cependant il peut se relever et se soustraire par la fuite aux poursuites de ses persécuteurs,

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rocher portant aujourd’hui le nom historique du saut de Mamelouk,

Pendant que cette boucherie s'exécute au Caire, des scènes analogues complètent le massacre dans les diverses provinces, si bien que la tribu entière fut anéantie en un seul jour.

De tels actes de barbarie ne sont pas rares dans l’histoire de l’islamisme, et le voyageur en Orient peu: s'attendre à rencontrer à chaque pas un témoin, et souvent même une victime, de ces actes révoltants de cruauté.

Doit-on en être surpris ? Le chrétien éclairé s’en rend facilement compte.

A proprement parler, il n’y a que deux sentiments qui dominent dans le monde, et au moyen desquels on puisse gouverner les hommes: l’amour et la crainte. Le premier qui découle de l'abnégation, du sacrifice, a reçu sa confirmotion, son complément sur le Calvaire ; le second qui n’est que la conséquence du droit du plus fort, est d'autant plus intense que les actes qui le font naître émanent d’un plus petit nombre de personnes, c'est-à-dire que ceux qui l'inspirent ont montré plus d’'habilité et d'énergie à écarter leur rivaux pour parvenir à la domination, Les sociétés en conséquence, seront d’antant plus calmes, jouiront d'autant plus de paix et de sécurité, qu’elles sauront se soumettre aux douces lois de l'amour, qu’elles se rendront fidèles sujets de la croix; et par contre, elles seront d'autant plus livrées au trouble, à l’anarchie, à la persécution, que l'ambition pour affirmer ses prétentions rencontrera plus d'obstacles, aura à surmonter plus d'opposition. Or tel est le caractère distinctif des deux sociétés chrétiennes et musulmanes, des enfants de la croix et de ceux du croissant, Tandis que chez les premiers, le sacrifice, le dévouement, la charité se traduisent partout en actes éclatants de bienveillance et d'amour ; chez les seconds, le cœur abruti, avili, raccorni ne connait plus les sentiments nobles et généreux; étranger au surnaturel, il se matérialise de plus en plus, et une fois à l'abri de la crainte, il se croit tout permis. ‘“ Mais quoi! me disait une femme musul.

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Il nous arrive souvent, nous disait la supérieure d’un orphélinat de Beyrouth, de trouver le matin, attachés à notre porte, des enfants de 3, 4, 5 ans qui se sont épuisés à crier là une partie de la nuit. (Ce sont les enfants des deuxièmes, troisièmes femmes de la polygamie, lesquelles trouvant un obstacle à de nouvelles unions dans ces petits,

viennent ainsi les livrer pour s’en défaire. Tristes fruits de cœurs avilis par la crainte, qui ne conservent même plus les sentiments les plus ordinaires qu'inspirent la nature,

En contact habituel avec les mnsulmans comme nous le serons dans tut le court de ce récit, donnons ici quelques détails sur leur religion, détails qu'on pourrait trouver assez facilement ailleurs, mais que la plupart de mes lecteurs, j'en ai la conviction, préfèreront avoir sous la main sans plus de recherches,

Le Mahométisme, qu'on nomme aussi islamisme ou religion musulmane, et qui ne compte pas moins aujourd’hui de 100,000,000 de sujets, doit, comme on le sait, son origine à Mahomet. Mahomet ou Mohamed naquit à la Mecque, en Arabie, l’an 570. Ce fut un aventurier hardi etintrépide. S'étant déjà distingué dans les armes par sa bravoure, il conçut, au commencement du septième siècle, le projet de fonder une religion nouvelle, pour parvenir plus sûrement à la domination, Ayant fait la rencontre

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d'un moine apostat, ils s’entendirent tous deux pour former le credo de leur nouvelle croyance, dont ils adaptèrent les dogmes au caractère guerrier du peuple qui les entourait, Les doctrines sabéistes, judaïques et idolâtres qui partageaient alors les orientaux, furent fondues en un corps unique. La loi du sabre, nécessaire pour la propagation de la foi nouvelle ; le matérialisme si parfaitement d'accord avec le caractère oriental ; le fatalisme, d’où découle le mépris de la mort, formèrent les bases de lislamisme, ou religion des vrais croyants, qui se répandit bientôt dans tontes les contrées voisines. Le prophète, comme il s’appelait lui-même, sut mettre à profit, pour se donner plus de prestige, des accès d’épilepsie auxquels il était parfois soumis, Il prétendit que ces crises n'étaient que !: suite de la visite du Saint-Esprit qui lui revélait alors les mystères de l4 vraie croyance. Il avait aussi accoutumé un pigeon à venir lui becqueter l'oreille pour y prendre des grains de blé qu'il y déposait secrètement; c'était alors l’'archange Gabriel qui lui apportait des messages célestes. On sait que l’oisiveté est la plus douce jouissance des Orien. taux, le ciel qu’il promettait à ses adeptes était un séjour où les ruisseaux à l’eau la plus limpide ne cesseraient jamais de couler, où l'ombre ne ferait jamais défaut et où des femmes sans nombre seraient à leur disposition pour partager avec eux leur douce oisiveté, Tel est ce paradis de Mahomet auquel notre femme de Nazareth n'osait pas même espérer, Des ablutions nombreuses, la circoncision, la privation de certains aliments, des jeûnes mêmes avec de fréquentes invocations à la divinité, entrent dans les préceptes de l'islam. La polygamie y est permise; un homme prendra autant de femmes qu’il en pourra avoir, ou plutôt acheter, car chez eux la femme est une chose, un meuble, une esclave, qu'on achète et dont on peut disposer à son gré. “ Dieu est Dieu, Mahomet est son prophète, telle est l'invocation que tout bon musuiman a sans cesse sur les lèvres; si avec cela il peut faire un pèlerinage à la Mecque, au moins une fois dans sa vie, soit en personne ou par procuration, il est sûr d’aller en paradis, quelque soit la vie qu'il mène. Le livre contenant les préceptes de la religion de Mahomet se nomme le Coran.

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Rien de surprenant si avec de tels dogmes, et le démon aidant, on a pu se faire de suite de nombreux partisans ; et si encore aujourd’hui, avec l’indolence et l’ignorance particulières aux peuples de l'Orient, des millions d'âmes croupissent encore dans ces funestes erreurs.

Mais dira-t-on peut-être, vous parlez des Arabes d’'Egypte, des Juifs, des Nubiens qui habitent ce pays, et les véritables Egyptiens, les restes de ce penple qui marcha longtemps à la tête des nations dans les sentiers de la science et de la civilisation que sont-ils donc devenus ?

On le croirait à peine, cependant le fait est indéniable, L'Egypte qui a fourni tant de personnages illustres dans l'histoire ; qui a été le berceau de Moïse ; le pays qui a permis aux douze enfants de Jacob de se développer si prodigieusement, qu’en moins de trois siècles, ils formèrent une grande nation, ce peuple priviligié de Dieu, d’où sortirait le Sauveur du Monde ; l'Egypte qui a servi de séjour à la sainte Famille, où S. Marc est venu fonder le second siège patriarcal de l'Orient, l'Egypte est pour ainsi dire aujourd'hui sans Egyptiens, elle n’a plus de peuple qui lui soit propre. Ceux qui pourraient être avec plus de raison considérés comme les véritables descendants de l’ancien peuple, de la nation des Pharaons, ce sont les Cophtes qui comptent à peu près 150,000 sur la population totale de 2,000,000 qu'on attribue à ce pays. Mais les Cophtes, pour descendre des anciens maîtres, sont peut-être aujourd’hui ceux qui ont le moins de part à l'autorité ou au gouvernement de leur pays. Il n’y a guère que leur religion qui les distingue des autres nationalités avec lesquelles ils se partagent le sol, Les Cophtes sont tous chrétiens, mais malheureusement presque tous schismatiques, ce sont des Jacobites, c’est-à-dire qu'ils partagent l’hérésie d'Eutyches dans l’unité de nature en Jésus-Christ,

Depuis la conquête de Mahomet au septième siècle, les Arabes sont toujours demeurés les plus nombreux parmi les différentes nationalités qui se sont partagé le sol de l'Egypte. Aussi sont-ils parvenus à faire prévaloir leu langue, nou seulement en Egypte, mais encore en Palestine,

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en Syrie, en Algérie, en Tunisie ete. Ils se partagent en fellahs et en bédonins, les premiers étant ceux qui cuiti. vent le sol, et les seconds vivent de troupeaux et mènent une vie errante. On compte en Egypte 2,600,000 fellahs et 60,000 bédouins. Les autres nationalités se répartissent À peu près comme suit : Turcs 12,000 ; Levantins, c’est-à-dire, chrétiens Syriens, Grecs, Arméniens etc., n appartenant pas à La nation Cophte 10,000; francs, c’est-à-dire Européens de. différentes nationalités 7,000 ; Juifs 7,000 ; Nu: briens 5,000 ; ajoutez maintenant 30,000 esclaves dont 20,000 nègres, 5,000 Abyssins et autant de Tcherkesses, vous arrivez à une population totale de 2,891,000 qu'on attribue aujourd’hui à l'Egypte. à

Les costumes sont aussi variés que les nationalités, Homrwes et femmes, parmi les fellahs, portent l’ample caleçon, les premiers y joignant une chemise de coton ouverte à la poitrine, et les dernières un sarrau bleu plus ou moins sale et en guenilles, auquel elles ajoutent en public une longue pièce de coton qui tombe de la tête jusqu'aux talons, et dont les pointes, retenues entre les dents, leur couvrent la figure lorsqu'elles paraissent en public. Les hommes moins pauvres se couvrent la tête d’un tarbouch, les autres se contentent d’un taki qui est une simple calotte, blanche, ou grise. Les enfants plus le souvent vont nus jusqu’à l’âge de 8 à 10 ans. Hommes et femmes vont ordinairement nu-pieds.

La paresse chez le fellah, comme chez la plupart des Orientaux, est pour lui une espèce de divinité; sa plus grande jouissance est de se livrer à l'oisiveté. Comme trois galettes dourah (1) suffisent à sa nourriture quotidienne, et qu'il croit être à une table de roi, lorsqu'il peut y ajouter une pastèque, un concombre, un oïgnon, de la chicorée, une gousse de caroubier ou quelques dattes, on voit qu'il lui est assez facile de se livrer à ses délices, si tant est qu'avec quinze francs il peut se nourir une année, Tel est le fellah !

(1) On donne le nom de dourah, en Egypte, à la graine du millet Panicum italicum et à celle du nénuphar bleu, Nymphæa cærulea qui entrent l’une et l’autre dans l’alimentation.

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DE QUÉBEO A JÉRUSALEM 155

Mais dans les villes, les industriels mêlés aux étranzers nous présentent nne variété de costumes et de tenues où scuvent les contrastes les plus bizarres se coudoient et s’entremélent. Il n’est pas rare de voir des enfants nus se livrer à leurs jeux dans les places publiques, ou les haillons du fellah de la plaine se frôler avec la soie et les gallons d’or des bourgeois ou des employés civils. Le Caire est par excellence une ville aux contrastes.

Nous poursuivons dans l'après midi notre visite de la ville.

Un trait caractéristic des mœurs du Caire, ce sont les sais dont se fait précéder loute voiture de promeneur. Les sais ou coureurs, sont de jeunes garçons, aux pids nus, le turban en tête, le bras armé d’un long fouet, qui s’en vont devant les voitures, criant continuement pour avertir le monde de se garer ; et quelque soit le train de l'équipage, le jeune gars n’est jamais en défaut pour laisser la voie libre aux coursiers. 1ls s’en vont criant, en faisant claquer leurs fouets : © d, ragel ; “ gare, homme!” O à, ya bent, da rack ! gare, ma fille, ton dos !” et malgré l'avertissement, il arrive souvent que le fouet tombe sur les épaules de groupes distraits ou peu attentifs. Les rues étroites en certains quartiers, et souvent sans trottoirs, mais plus encore, pensons-nous, l'occasion pour ces pauvres diables de gagner quelques paras, nécessitent ce genre de précautions. Maintes fois, surtout lorsque nous aliions en voitures à deux chevaux, je crûs que notre sais allait faillir à sa tâche et céder ie pavé à nos coursiers, mais toujours il leur tenait tète et Leur livrait la route libre.

Nous nous rendons d’abord au Vieux-Caire ou Fostat, qui s'étend comme un faubourg en remontant le Nil, pour visiter la maison de la Ste Vierge, c'est-à-dire celle que Marie avec l'enfant Jésus et S. Joseph habitèrent pendant quelque années, Ce sanctuaire est maintenant la propriété des Cophtes, Les moines schismatiques qui le gardent se prêtèrent d’assez bonne grâce, en vue du bacchish qui allait leur échoir, à nous le laisser visiter, Il a l’air tout-àfait antique ; la cloison qui sépare le chœur de la nef est un travail d’ébénisterie fort remarquable ; elle est toute

chargée de découpures et d’arabesques incrustées avec beaucoup d'art. Ce sanctuaire est fort peu éclairé, si bien qu’il nous fallut des bougies pour pouvoir l’inspecter avec satisfaction. Les moines nous conduisirent dans la crypte, qui fut la demeure même de la sainte famille. On nous montra l’alcove taillée dans le roc où reposait le divin enfant, un bassin également taillé dans le roc où la Viergemère lavait son linge, l'endroit où elle allumaitson feu etc, Nous nous agenouillämes, pour hononer la présence de la sainte famille en ce lieu et gagner l’indulgence qui est attachée à sa visite,

Nous revenons ensuite sur nos pas et traversons (à pieds secs dans le moment) à l’île de Roudah où se trouve sur la pointe, un monument assez curieux en lui-même et de fort grande utilité pour ce pays; c'est le Nilomètre. Le Nilomètre est un puits carré en pierre de taille portant des échelles graduées par coudées destinées, comme l'indique son nom, à constater la crue du Fleuve lors de ses inondations. Pour être profitable, le débordement doit monter à dix-huit coudées, s’il atteint jusqu’à vingt-deux, il remplit tous les canaux et promet les plus belles récoltes, Au dessus de cette mesure, il serait nuisible, On connait aussi par le nombre de coudées du débordement les villages qui ont pu profiter de l’inondation et qui seront taxés en conséquence pour le soutien du gouvernement,

Nous passons ensuite au musée de Boulaq, ou musée Mariette du nom du savant français qui l’a formé. L’édifice, d'architecture assez modeste, est précédé d’un jardin fort bien entretenu et où nous voyons s’étaler les superbes fleurs des jardins des climats tropicaux. Des centaines de statues, de vases, de figures d’idoles, d'inscriptions de tout genre s’étalent sur les tablettes de ce musée et offrent à l'orientaliste de nombreux sujets d'étude. Depuis les momies des rois anciens jusqu’au Scarabée sacré et à la fève du Caroubier, l’histoire du pays qui fut le berceau des sciences, l’histoire de ses rois,de ses mœurs, de sa religion,de ses productions, de ses divers gouvernements est écrite là en caractères inintelligibles au commun du vulgaire, mais que l’antiquaire soit fort bien distinguer et déchiffrer

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On s'amuse parfois à faire chercher à des naïfs la semaine des trois jeudis ; en Egypte la solution est continucllement sous les yeux de tout le monde, si non pour les jeudis, du moins pour les dimanches. En eflet, les musulmans ont leur dimanche le vendredi, les Juifs le samedi et les latins le premier jour de la semaine. Ce jour étant le vendredi se trouvait par conséquent celui où les fils du Coran exécutent leurs exercices religieux, que les étrangers ne manquent jamais de suivre au moins une fois. Ce sont surtout les Derviches tourneurs et les Derviches hurleurs qui attirent particulièrement l'attention des étrangers. Nous nous dirigeâmes donc vefs les mosquées où s’exécutent ces exercices.

Nous visitons en passant les restes d’une ancienne mosquée, aux proportions colossales, celle d’Amrou, si ma mémoire ne me trompe. Amrou, lieutenant d'Omar, est à proprement parler celui qui fit la conquête de l'Egypte en 640 de notre ère, et qui fut le fondateur de la dynastie Arabe dans la terre des Pharaons. Comme partout dans l’antique Orient, les puissants ne semblaient attendre de célébrité que dans les tombeaux plus ou moins gigantesques qu’ils avaient soin de s’ériger, il convenait que le père d’un peuple, le fondateur d’une dynastie, érigeât un monument digne de sa grande destinée. La mosquée dont une partie des pavés avec des centaines de colonnes, autant de monolithes portant leurs chapiteaux, sont encore en place, forme un immense quadrilatère dont le milieu est une cour à ciel ouvert bordée de portiques. Ce devait être un des plus vastes temples de son temps, moins toutefois la hauteur, dont les édifices les plus somptueux manquent encore aujourd’hui en Orient, Quelques chapiteaux gisent épars sur le sol, mais la plupart surmontent encore les colonnes qui les portaient. On voit en certains endroits des indices de réparations pour la conservation de ces restes, comme des barres de fer retenant des entablements ayant perdu leur équilibre, ou soutenant des arcades qui menacent de s’écrouler. Mais ces réparations mêmes paraissent toutes fort anciennes et le tout semble rester dans un abandon complet.

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Nous nous rendons de là à la-mosquée des derviches tournaurs où nous les trouvons en exercice,

Les derviches sont des moines musulmans qui font profession de beaucoup de vertus, prabablement par ce qu'ils n’en possèdent aucune. Au moyen de leur hypocrisie et de leurs supercheries, ils en imposent au peuple, se font passer pour saints, pour inpirés de Dieu, ce qui leur permet de se rendre coupables de tous les méfaits impunément. Ils affectent toujours un air grave et mystérieux. On en rencontre partout ; ici, occupés à dire aux simples leur bonne aventure, là à opérer des gnérisons imaginaires; souvent à étonner les spectateurs en jouant avec des ser. pents, ou en se faisant passer pour sorciers par des tours de passe-passe qu'ils jouent assez habilement, J'en ai vu un à Alexandrie tirer de sa chemise un petit ser. pent avec un scorpion qu'il manipulait de toute façon. Il voulut me mettre l’un et l’autre dans la main, mais je ne voulus pas y consentir, Le serpent était une couleuvre fort innocente ; mais pour le scorpion, qui parfois avait l'air de montrer de l’irritation, je ne pus comprendre qu'on parvint ainsi à le manipuler sans rien craindre. Je crus un moment qu'on lui avait tronqué l’aiguillon de manière à le rendre incapable de pénétrer dans les chairs, mais m'en étant approché assez près pour l’examiner à la loupe, je pus constater que le dard était absolument intact. Probablement qu’à force de le manipuler, on en était venu à l’apprivoiser, à lui faire perdre toute envie d’user de son arme, qui est loin d’être mortelle, comme on s’est plu souvent à le répéter, mais qui cependant n’est rien moins qu’agréable, la piqûre causant uneinflamation partielle souvent considérable, si bien quelle peut s'étendre de la main à l'épaule en gardant tont le bras tuméfié durant deux ou trois jours. Le même jongleur faisait aussi maiits tours plus ou moins habiles avec des gobelets, et tout cela en vue du bacchish qu'il sollicitait sans cesse,

Mais revenons à nos tourneurs.

Nous pénétrons dans une vaste salle avec un parquet en bois, contrairement à ce que nous voyons d'ordinaire

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