‹ De Québec à Jérusalem [microforme]Chapitre 21 sur 94 · Il is je cou · texte numérisé non relu

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en ces pays, et disposée comme pour un manège. Une enceinte au milieu laisse tout autour une galerie séparée du reste par une balustrade à hauteur d'appui. Cette galerie semble réservée aux spectateurs, tandis que l'enceinte est uniquement pour les acteurs. A l’une des extrémités de cette enceinte, assis sur un tapis dans nne espèce de niche, se tient le chef des jongleurs, qui semble commander à toute la bande. Douze à quinze derviches, vêtus de longues robes blanches retenues à la ceinture par une lanière de cuir, pieds nus, sont distribués autour de l’enceinte à peu près à égale distance les uns des autres, Tous, les bras étendus en croix, tournent sur le pied gauche, ne se servant du pied droit que pour se tenir le mouvement en touchant le parquet de temps en temps ; ils tournent avec une volubilité incroyable, si bien que leurs robes s'étendent presque horizontalement; chacun est fixé à sa place comme une toupie qui tourne sur elle-même. Un joueur de flute placé près du président semble commander l'élan, et tous paraissent accélérer ouralentir leurs mouvementssuivant le iythme de la musique, De graves et froids qu'ils semblent d'abord, leurs figures prennent à la fin une expression de fureur, leurs traits sont tumélfiés, leur bouche est en écume, et ils tournent et tournent toujours. Après dix minutes, un quart d'heure de ce jeu aussi stupide qu'insignifiant, je croyais à tout instant les voir chanceler et tomber. C'est ce qui arrive d’ordinaire, me dit-on; cependant tous tenaient encore bon; mais comme nous ne voulions pas perdre l'occasion de voir aussi les derviches hurleurs qui exécutent leur jeu dans le même temps, nous laissons-là nos tourneurs tournant toujours, et nous nous rendons à une autre mosquée à quelque distance de la première,

La salle est à peu près disposée ici comme chez les tourneurs, même musique, mêmes costumes, même dispo. sition des jongleurs en cercle. Il y a cependant cette différence que des chaises sont disposées dans la galerie pour les spectateurs et que le chef derviche au lieu d’être accroupi dans une niche, se tient debout au milieu du cercle, comme dictant le mouvement à tous ceux qui l'entourent. Ce sont d’abord des inclinations peu profondes et en avant

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qu’on exécute en cadence, en accompagnant chacune d’un souffle bruyant qu’on tire avec efPrt de la poitrine, Muis la musique accélérant son rythme, les saluts deviennent plus prompts et plus profonds et le souflle se change ea un grognement formidable, Le chef de la bande, vieillard à longue barbe blanche, touche à l'épaule v:: plus jeune que lui qui sort du cercle pour prendre sa place, La mu. sique alors redouble sa cadence, et toutes les têtes se courbent précipitamment, mais toujours en cadence et toujours en exhalant le bruyant grognement, touchant presque le pavé en avant et se redressant toujours à chaque fois ; les bonnets volent par terre, les cheveux obéissent aux mouvements, les figures sont rubescentes et tuméfiées, et tous semblent n'être plus maîtres de leurs monvements, emportés par une force irrésistible, une véritable posses. sion.

Nous restâme: plus de vingt minutes à observer cette pantomime, nous étonnant toujours de plus en plus, qne ces hommes fussent capables de résister si longtemps à un jeu si fatiguant. Nous aurions désiré voir comment se terminerait la scène, mais corame nous avions encore bien d'autres choses à visiter, nous laissâmes pos hurleurs se débattre et pousser leurs hurlements pour porter nos pas dans d’autres quartiers de la ville; je Je regrettai d’autant plus qu'on nous avait rapporté que souvent ces exercices se termin. ent par des scènes tout-à fait extraordinaires,

Le P. de Damas qui a fait plus de dix voyages en Orient, décrit ainsi la conclusion d’un exercice des derviches tourneurs auquel il avait assisté,

“ Depuis quelque temps, des femmes se tenaient près de la porte avec leurs petits enfants. Une sorte de maitre des cérémonies s’approcha de l’une d'elles, prit son enfant et s’en alla le déposer au pied du chef des jongleurs, Alors le derviche se leva gravement, appuya ses deux mains sur les épa'lcs de deux de ses disciples placés à sa droite et à su gauche, mit les pieds sur la petite créature et se tint de la sorte pendant quelques secondes, L'enfant pouvait avoir de huit à dix mois, Il ‘e poussa pas un ei On en pri-

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sonta d’autres, La même chose se fit. Pas un ne pleura, Alors des hommes de tous âges vinrent se coucher tout de Jeur long à la place des enfants. Il y en avait sept ou huit à côté de l’un de l’autre. Ils étaivnt placés de manière que le premier avait la tête de son voisin près de ses pieds, et les pieds du même voisin près de sa tête, Et ainsi de suite, Ge manière que des deux côtés on vit toujours des têtes et des pieds alternant, Les uns se couchaient sur le dos, les autres en sens inverse. Le grand derviche marcha gravement sur ce tapis de corps humains. On s’apercevait qu'il ménageait ses pas, mais il mettait ses pieds sur la poitrine, sur le ventre, sur les reins des patients. Personne ne tressaillait. 11 allait jusqu’au bout, et puis revenait. D'autres hommes se succédèrent remplaçant les premiers. L'opération dura tant qu’il y eut du monde disposé à se prêter à cette cérémonie bizarre,

“ Depuis le commencement de la séance, je tournais de temps en temps mes yeux vers une quantité de sabres, de haches, d'instruments de fer de toutes espèces, suspendus à la muraille autour de la niche du chef suprême, Je me demandais ce que cela voulait dire, et J'avais hât: d’en avoir l'explication, Elle me fut donnée en ce moment, L'enceinte se vida entièrement; le chef seul resta sur son tapis; alors deux derviches entrèrent dépouillés comme pour un bain. L'un d'eux était un petit vieillard, sec et leste ; l’autre, encore jeune, avait des membres forts et bien pris Tous deux saluèrent leur maître; détachèrent chacun un sabre du mur, ét tout à coup, je vis le petit vieillard s'élancer d'nn bond à l’autre bout de l'enceinte, Il tenait les deux extrémités du sabre dans ses mains. En retombant à terre il s’en donna un grand coup sur l'estomac avec le tranchant, et il nons regarda, Il n'avait pas la moindre écorchure, Le sacond s’élança à son tour. Il était évidemment moins habile, Après chaque épreuve on voyait une trace rouge sur sa chair. Il crachait dans ses mains et se frottait vivement l'estomac pour faire disparaître les marques de sang, Cette danse singulière dura quelque temps. Alors le jeune homme se retira. Le petit vieillard, mieux au fait, jeta son sabre, et décrocha un instrumen

singulier: c'était une houle de bois dans laquelle on avait enfoncé un fer de lance très-pointu, A la boule étaient attachées une multitude de petites chaînes de fer, qui pendaien‘ en couronne. Le petit vieillard fit tourner le fr de lance dans ses deux mains étendues, avec une volubi. lité prodigieuse, la pointe en bas, la boule en haut, Toutes les chaînes emportées par la rotation eurent bientôt pris la forme horizontale, Tout à coup, le vieillard lance en Pair son instrument qui continue à tourner. Ii incline la tête, et la pointe de la lance Ini tomba sur la joue de la hauteur du plafoïd, alourdie par la boule de bois et Les chaînes qui pèsent en dessus Le fer aign tourne plusieurs fois sur cette joue immobile. Le jeu cesse; le vieillard lève la tête: la peau de sa joue était lisse comme un gant nenf, J’ignore par queis procédés les derviches font toutes ces jongieries; c’est rebutant à voir, mais c’est curieux, À certaines grandes #poques de l'année, nn derviche passe à cheval sur une file d'hommes étendus, J'aurais voulu #: témoin du spectacle ; mais je ne me suis jamais trouve ax Caire aux époques voulues.”

Moi non plus, je n'ai pas été témoin de semblables fêtes, mais je tiens de la bouche C'une personne digne de foi qui y assista, le récit de ce qui s'y passa, et rien de plus révoltant, Il n’y avait là, me dit mon narrateur, ni enchantement, ni sorcellerie; mais c'était simplement des fanatiques qui venaient librement se livrer à des mutilations et très souvent à la mort, croyant por ce moyen obtenir d'emblée le paradis.

Imaginez une centaine d'hommes couchés sur le sol, pressés les uns contre les autres et disposés comme je l'ai rapporté des enfants, et sur lesquels, c’est-à-dire sur ce tapis humain, un derviche se promenant à cheval sans aucun égard où la bête pourra mettre le pied, Le cheval hésite d’abord et semble chercher des vides où il pourra toucher le sol du pied, mais excité de l’éperon, il se décide bientôt, et parcourt la file allant et revenant plusieurs fois. Lei c'est un bras, une jambe qui se cassent et dont on entend le craquement des os; là un ventre crevé dont les

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nimal piqué fait un bond et met le pied sur une tête dont on voit jaillir la cervelle ou le crâne demeurer veuf de sa couverture, etc., etc. On ne peut rien imaginer de plus horrible ! Et dire que de telles monstruosités se pratiquent encore en plein dix-neuvième siècle, et pour ainsi dire au milieu de nations civilxées!!!

Nous nous rendons ensuite au quartier ture pour y visiter les bazars qu’on nous avait fort vantés, Ces bazars sont en effet plus riches et mieux disposés que ceux que nous avions visités à Alexandrie. Ce sont à proprement parler des boutiques dont les étalages sont en partie à l’extérieur, comme on en voit en beaucoup d’endroits à Paris, mais avec cette différence que la rue est partout couverte et que le comptoir du débitant semble plutôt appartenir à la rue qu’à l’intérieur de léchoppe.

Ces bazars sont d'ordinaire fort achalandés et présentent par fois un assez joli coup d'œil. Mais c’est tonjours à la façon orientale, c'est-à-dire que la symétrie, la classitication des articles fait complètement défaut, C’est irrégulier, c'est bizarre, c’est dépareillé, comme la foule qui encombre les rues, comme les costumes divers qui se coudoient partout. Le gardien d’une tablette où s’étalent des pipes d’un sou, des trompettes de deux sous, des revolrers en fer blanc avec des bijouteries de verre montées en cuivre, vous offrira parfois une tabatière d'or émaillée et couverte de diamants, qu'il tire d’un vieux coffre en bois enveloppée dans une guenille, Combien demandez-vous ? — Cinq mille francs. — Vous faites un signe négatif, et le marchand sans rien perdre de son flegme, renveloppe son bijou dans son chiffon, le replace dans son vieux coffre, et tout est dit.

La plupart de nos visiteursne voulurent pas quitter les bazars sans y faire quelques petites emplett:s; plusieurs se pourvurent de courbaches de nerfs d'hypoopotame en vue des courses à cheval que nous aurions bientôt à faire, pour moi, je me contentai d’un grand turban blanc avec bord et frange rouge et jaune pour ajouter à mon chapeau de paille de riz, afin de mieux me protéger contre les ardeurs du soleil.

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En revenant par l’une des rues principales, nous remarquâmes en un certain endroit une certaine procession avec musique en tête. C’est une noce, répétait-on de tout côté; nous nous en rapprochons pour mieux l’examiner, Derrière la musique, qui ne valait pas tout-à-fait celle de la bande nationale de Paris, marchait la mariée, complètement soustraite aux regards par un dais que quatre hommes portaient au dessus de sa tête et dont les tentures, en riche soie rouge avec fleurs en couleurs, touchaient presque au sol. Une vingtaine de personnes, toutes richement costumées suivaient ce dais. Je pensais ne pouvoir voir rien de plus, lorsqu'un indiscret zéphir, à la traversée d’une rue, vint tout à coup faire voler un pan de la tenture au dessus du dais et exposer aux yeux des profanes ce qu’elle devait constamment couvrir. L'exposition fut d'assez coute durée, mais avant qu'on eût pu ramener le malencontreux pan à sa place, je pus tout à mon aise voir la précieuse pièce qu'on soustrayait ainsi aux regards. La mariée, toute couverte de soiries aux plus riches couieurs, était une assez jolie fillette de 10 à 11 ans à en juger par l'apparence, Elle était accompagnée d’une suivante qui iui paraissait bien supérieure en taille et en âge, Quant au marié, il ne fallait pas le chercher là ; il était à son logis attendant qu’on vint lui livrer la marchandise, ce meuble, cette chose qu’il appellera sa femme et qu'il avait payée en beanx deniers comptants à son père, à sa famille. C’est ainsi que se font les mariages dans la haute société musulmane,

La polygamie est à peu près chez les musulmans ce qu’elle était sous la loi Mosaïque chez les Hébreux, moins toutefois l'état d’avilissement et de dégradation où les lois du Coran ont amené aujourd'hui la femme, qui est encore au dessous de l’esclave ; c'est une chose, une bête de somme qu'on achète et dont on peut user à volonté. Bien qu'il y ait plusieurs femmes dans un ménage, toutes ne sont cependant pas sur le même pied, La première seule est sensée l'épouse légitime, les autres sont des esclaves, des servantes; on les désigne d'ordinaire par Le rang qu’elles occupent dans la famille, deuxième, troisième, quatrième

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femme. À part les aristocrates, les grands scigneurs, qui se payent le luxe d’un harem nombreux, il est rare que dans les familles on dépasse le nombre de trois ou quatre femmes, beaucoup se contentent même d’une seule,

Les Arabes d'Egypte sont à teint plus ou moins basané, mais de figure assez agréable. Il n’y a rien d'irrégulier et de choquant dans leurs traits. Les enfants surtout sont fort gentils, vifs, pétulants, au regard subtil et intelligent.

On sait que dans ces climats tout est précoce ; la puberté vient bien plus à bonne heure là que chez nous. On a eu des exemples de files qui sont devenues mères à huit ans. Généralement les mariages se font de 10 à 18 ans pour les filles et de 12 à 15 ans pour les garçons. Mais si la jeunesse et le développement sont précoces, la vieillesse et la décrepitude suivent aussi la même pente. La jeune fille fraîche, épanouie qui contracte mariage à 12 ans, 13 ans, est déjà vieille à 25, 80 ans ; elle est uste, fanée, défaite, On ne rencontre nulle part de ces redondances de chair comme on en voit si souvent chez nous ; l'embonpoint est inconnu chez ces populations, Sans être rigoureusement éthique, on se tient partout dans un état mitoyen, ni gras, ni maigre, ou, plutôt maigre que gras.

Nous venions à peine de laisser la noce, que nous rencontrons une autre procession, aussi avec musique en tête, mais d’un genre différent. La marche s'ouvre par une banhière en cuir sur laquelle sont frappés en or force rasoirs, ciseaux, et autres instruments dont je n'ai pu imaginer l’usage, Derrière la bannière suit un gamin à cheval, suivi lui-mê:ne de la musique. Une troupe d'enfants se pressent et se bousculent pour se tenir le plus près tout en suivant la marche-— Qu'est-ce, qu'est-ce? demandàmespause — C'est, nous répondit-on, une circoncision, En effet, Mahomet, tant pour singer le symbole religieux des Hébreux, que comme mesure d'hygiène pour son peuple, a ordonné la circoncision ; mais chez les musulmans, ce n'est qu'à l'âge de sept ans qu'on la pratiQ «e. Le bambin qu'on allait ainsi opérer était celui-là mére qui était à

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doute inconscient de ce qui allait Jui arriver, il dégustait une orange, tout en s'amusant à voir la foule de gamins qui se pressait autour de lui.

Nous retournons ensuite à notre hôtel en traversant la principale place publique du Caire, qui est un grand carré, ou plutôt un grand jardin avec une large rue sur chacun de ses quatre côtés. Arbres, fleurs à profusion, gazons tondus, kiosques pour musiciens, sièges, etc. rien ne manque de tout ce qu'on rencontre dans les places publiques des grandes villes d'Europe. Nous remarquons que des musiciens prennent place dans l’un des kiosques qui nous avoisinent, lorsqu'encore aucun auditeur n'était rendu, Nous nous y transportons et nous nous mettons à l'aise dans les nombreux fauteuils qui sont là vides en atten&ant des occupants. Nous venions à peine de nous asseoir qu'un employé se présente en tendant la main et et en répétant: dix centimes (deux sous). Eh! oui, dis-je à mon compagnon, c’est toujours le sempiternel bacchish qui nous poursuivra tant que nous serons en; Orient,

Cette musique n'ayant rien de bien attrayant pour nous, nous labandonnons après quelques minutes seulement, pour nous diriger à notre hôtel, où nous rentrons vers les sept heures, fatigués mais fort s. ‘sfuits de tont ce que nous avions vu dans la journée,

Le Caire, samedi, 26 mars.—C'est aujourd’hui que nous devons quitter le Caire pour Ismaïlia sur le canal de Suez, où, grâce à la bienveillante générosité de M. de Lesseps, un canot à vapeur nous transportera à Port-Said demain pour y reprendre notre vaisseau le Scamandre. Mais comme le train ne part qu'à 114 h., nous avons encore tout le temps de saire l’excursion d'Héliopolis que nous avions remise à Ce mu’in.

Le-temps est toujours magnifique, et la chaleur très supportable, grâce surtout à une brise rafraïchissante qui souflle presque constamment,

Vers les sept heures, six voitures à deux chevaux nous attendurent pour l'excursion ; c’est une course de snère plus de trois milles en pleine campagne. Mais voulant voir le plus possible des environs de la ville, nous déci-

dâmes de tombeaux peu près.

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dàmes de passer par un chemin où nous visiterions les tombeaux des Califes, pour revenir par l’autre qui lui est à peu près parallèle, Nous enfilons donc les rues à grand trot, chaque voiture précédée de son saïs qui s’en va criant et ve ménageant nullement les épaules de ceux trop lents à garer, de son fouet toujours en mouvement. Mais à peine sommes nous en dehors de la ville, que nous tombons sur un chemin de sable mounvant où les roues s’enfoncent d2 manière à fort incommoder nos bêtes, qui ont à tirer de lourdes voitures, chargées chacune de six personnes. Nous attuignons à peine les premiers tombeaux, que les chevaux de la voiture qui nous précède s'arrêtent, refusant de tirer davantage. Tout aussitôt les nôtres en font autant, Le cocher nubien, croit qu'en faisant jouer son fouet il va vaincre leur obstination, et s'exécute d'importance, Mais ls pauvres bêtes refusent obstinément et tentent de répondre aux coups par des ruades, L'un d'eux est en travers dans ses traits et rend coup pour coup. Nous mettons aussitôt pied. 2rre, et nos deux brutes ce nubiens, clonés à l'impériale, sont toujours à fouetter sans se mettre en peine de remettre les bêtes en place. ‘“ En vérité, me @it un compagnon, je ne sais quels sont les plus bétes, de ceux qui sont dans les timons on de ceux qui siègent sur limpériale,” Et saisissant alors l’homme au fouet par le collet, il le dégringole de son siège et l’étend sur le sable.

Laissant nos cochers réparer le désordre des attelages, nous allons à pied visiter les monuments les plus voisins qui dénotent dans leur construction, un haut desré de perfection dans l’architectnre Arabe, mais qui malheureusement sont dans un pitoyable état de conservation, Mais nos bêtes ne paraissant guère mieux disposées qu'atparavant à vaincre la résistance du sable mouvant, noùs nous décidons à aller prendre l’antre route, qui étant maondémisée, n'offre pas le même inconvénient, À peine sommes-nous sur le chemin dur, que nos pauvres bêtes semblent oùblier leur misère et reprennent le trot sans résistance. Nous parcourons une magnifique campagne, où de superbes villas entourées d'orangers et de nopals, viennent de temps en temps rompre la monotonie des eultures, Après environ

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une demi-heure de marche, nous passons devant Matarieh, pour visiter de suite les ruines d'Héliopolis qui se trouvent à quelques arpents seulement plus loin. L'ancienne ville du soleil (Héliopolis) ne montre plus aujourd'hui au visiteur que l'endroit où elle gisait autrefois, emplacement qui se distingue seulement du reste par le tertre qu’y ont formé ses décombres et par un superbe obélisque, le seul qui reste aujourd'hui sur pied, avec la colonne de Pompée, dans la basse-Egypte; on le dit contemporain d'Abraham. Ce monument est le mieux conservé de tous ceux que jai vus, et les hiéroglyphes qu'il porte paraissent encore toutes fraîches. Nous pénétrons dans un champ de fèves au milieu duquel il s'élève, pour lexaminer de plus près. Le monolithe, de granit rose et de forme quadrangulaire, sort de terre sans rien pour le protéger, et ne montrant ni socle ni base, On nous dit qu'un tiers au moins de sa hauteur, c’est-à-dire une vingtaine de pieds, se trouve enfoui dans le sol, par les décombres qui l'ont entouré et sur lesquels on cultive aujourd’hui, Sa base mesure six pieds de largeur, et sa hauteur 63 pieds sans y comprendre le piedestal enfoui sous terre, (Cet obélisque n’était pas le seul qui ornait Héliopolis, ceux du mont Citorio, et de la place du peuple, à Rome, viennent aussi de la ville du Soleil.

Nous reprenons nos voitures pour retourner d'ici ct visiter en passant Matarieh où se trouve l'arbre sous lequel se reposa la sainte famille et où elle demeura dit-on pendant deux ans. Oui, un jour, sous l’action brülante de ce soleil de feu qui nous énerve, après avoir affronté le simoun qui tue dans ces déserts arides, arrivait ici une jeune femme portant un enfant. Et cet enfant était Dieu, Venu dans le monde pour le sauver, le monde ne voulait pas le reconnaitre. Fuyant la colère d'Hérode qui voulait le faire périr, celui qui gouverne le monde même, sen venait avec sa sainte mère chercher un refuge en Egypte. Celui qui conduit la vierge mère avec son enfant est le grand $. Joseph. Pendant sept ans, la plus auguste des familles qui paraîtra Jamais sur la terre habitera ce sol de l’Egpyte, jettera dans ces déserts une semence secrète

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qui germera, quelques années plus tard, pour produire un peuple d’adorateurs en esprit et en vérité, de véritables enfants de la croix, En vain Hérode s’agitera sur son trône ; ses janissaires sur les traces des fugitifs se croiront un moment sur le point de les saisir; encore un instant, et ils vont mettre la main sur eux. Mais Marie et Joseph avec leur précieux enfant s'appuient contre un arbre pour se reposer, et voilà que le tronc de cet arbre, d'après la tradition, s’entrouvre pour les recevoir, les dérober aux regards et les mettre en liberté lorsque les émissaires renonceront à leur poursuite inutile; et c’est cet arbre que nous avons sous les yeux! Avec quelle émotion nous nous agenouillons sur ses racines, nous appliquons nos lèvres sur son écorce, nous palpuns son tronc de nos mains.

L'arbre de la Vierge est aujourd’hui renfermé dans un jardin, la propriété du gouvernement Egyptien, mais qu'on nous permet facilement de visiter. C’est un Sycomore, c’està-dire une espèce de figuier, Ficus sycomorus, dont le tronc déformé, en partie évidé et mesurant dix-huit pieds de circonférence, se partage à peu de distance du sol en trois grosses branches fournissant une masse considérable de verdure. Je désirais beaucoup en prendre quelques feuilles pour mon herbier, mais je n'osais le faire dans la crainte d’offenser les gardiens, lorsqu'un jeune homme de notre troupe, montant sur la clôture, détacha une portion considérable de l'extrémité d’une branche, qui put satisfaire le désir d’un chacun. J'ai pu depuis me procurer de ses fruits ; ce sont des figues beaucoup plus petites que celles du commerce ordinaire, avec l'extrémité pointue, en forme de toupie.

Tout près de l'arbre, coule dans des bassins de pierre, une superbe source d’eau limpide et rafraïîchissante, la seule source d’eau douce naturelle dit-on, dans toute la basse-Egypte. Nul doute que la mère de Jésus fit un usage journalier de l’eau de cette source durant son séjour en ce lieu. La tradition veut même que d’amère elle soit devenue douce par le seul attouchement de l’enfant-Dieu.

Le vice-roi d'Egypte offrit l'arbre de la Vierge avec son jardin à l’Impératrice Eugénie, lors de sa visite en ce lieu, mais pour des considérations politiques dont je n'ai

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pu me rendre compte, la pieuse Impératrice crut ne pouvoir accepter le cadeau.

Nous rentrons en ville peu après dix-heures, c’est-à. dire n'ayant guère que le temps de prendre uotre diner et de préparer nos malles pour le départ.

Bien qu'il y ait des chevaux, des mulets et des voitures au Caire, la monture la plus ordinaire est cependant le baudet ; on en compte 40,000 dans la ville, et riches et pauvres en font usage, depuis le fellah avec ses pieds nus et sa chemise en guenilles, jusqu'à la bourgeoise musulmane, qui, à califourchon et couverte de son grand voile, ne laisse voir que ses yeux et ses bottines de cuir jaune, Voulant essayer de cette monture avant de quitter la ville, nous en faisons venir deux pour nous conduire à la gare, Nous confions nos petits sacs aux sais chargés de les conduire et enfourchons les aliborons. Nous sommes à peine en selle, que nos gamins se mettent à fouetter leurs bêtes ; elles prennent aussitôt un galop fort désagréable par ses secousses ; j'intime à mon sais d’avoir à retenir son fouet, que je veux aller plus doucement ; il croit que je demande le contraire et redouble ses coups. J’allais virer de bord pour faire entendre raison à mon stupide gamin, lorsque tout à coup, la bête de M. Bolduc s’éjarre sur un paré glissant et étend son cavalier sur le trottoir, aux grands éclats de rire de la bande de gamins qui nous suivent. Mais la chute était sans conséquence, on se remet aussitôt en selle et on réussit à faire comprendre à nos conducteurs que nous désirions une allure plus lente et plus paisible; aussi nous parvenons de ce point sans encombre à la gare, Ces petits ânes bien conduits, sont sans contredit des montures des plus agréables et des moins fatigantes; ajoutons qu'on se les procure pour une bagatelle. Pour un franc on peut chevaucher ainsi une grande demi-journée,

À 114h, le train s’ébranle et nous volons à l'Est vers Ismaïilia. Quelques minutes seulement après avoir laissé la gare, nous nous trouvons déjà en plein désert, C’est une plaine sablonneuse nue la plupart du temps, ou présentant deci de là quelques touffes d’arbrisseaux rabougris que broutent des chèvres ou des moutons. A notre droite

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nous laissons le Mokattam, cette montagne au pied de laquelle s'étend la célèbre forèt pétriliée, c’est-à-dire où l’on trouve des arbres renversés, des troncs mesurant de 30 à 40 pieds de longueur, avec branches, rameaux, écorce, le tout silicifié, changé en pierre. J'ai fort regretté de n'avoir pu la visiter, A notre gauche, c’est Héliopolis que nous venions de visiter, dans cette terre de Gessen que cultivèrent les enfants de Jacob, dont la descendance forma le peuple de Dieu, chez lequel prit naissance le Sauveur des hommes.

Quelle immense solitude que le désert! quelle désespérante monotonie! quelle décourageante aridité! La plaine sablonneuse s’est ondulée comme l'élément liquide agité par une brise légère, On dirait une mer saisie par un froid violent qui l’a figée instantanément avec toutes ses aspérités, ou mieux encore, moins la couleur, nos plaines boréales couvertes de neige, à surface striée et sculptée exactement de la même manière.

Mais si le désert en général nous ennuie par sa nudité, sa monotonie constante, sans même nous éblouir, nous frapper comme la mer par son immensité, qui nous plonge dans le vague, nous enlève aux réalités de la vie réelle pour rous égarer dans des rêveries sans fin, nous dominer par les seules voix d'éléments sans contrôle et sans limites ; il n’en est pas ainsi de celui que nous traversons en ce moment. Rien de plus facile que de le peupler, par la pensée, de tous les grands personnages qui ont marqué de l'empreinte de leurs pieds le sable sur lequel nous volons en ce moment emportés par le souflle de la vapeur. Le désert qui sépare l'Afrique de l'Asie, est, dit le P, de Damas, “ le chemin royal de la gloire” En effet, les plns célèbres personnages de tous les âges, tant anciens que modernes, ont marché sur ces sables, sont passés par ici. Abraham, ie père des croyants, avec son épouse Sara qu'il dounait pour sa sœur pour mettre sa beauté à l'abri des poursuites des Egyptiens; Jacob, le père des tribus d’Israel, venant y embrasser de nouveau le fils de Rachel qu'il croyait avoir été dévoré par une bête féroce ; Sésostris avec ses soixante-mille chevaux qui sen reviennent chargés des immenses richesses qu’il a enlevées à Salomon

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pour en gratifier l'Egypte ; Nabuchodonosor, roi de Babylone, qui est envoyé par le Seigneur, pour châtier l'Egypte et détruire Memphis ; Cambyse, roi de Perse, le meurtrier de son frère, l'époux incestueux de ses deux sœurs, vient aussi à son tour faire la conquête de la terre du Soleil! Mais voici le plus grand conquérant des temps anciens, la terre se tait en sa présence, dit l'écriture, c’est Alexandre le-Grand qui part de la Macédoine, rase Graza en passant et vient jeter les fondements de la ville qui portera son nom et gardera ses cendres, Voyez paraître encore la voluptueuse Cléopâtre dont les charmes subjuguent les héros de Rome. Antoine qui s'en va avec elle faire la guerre aux Parthes. Hérode le grand qui se soumet à Octavien, puis Mahomet, Saladin, Omar etc., etc. Mais voici que se présente un étendard avec un signe tout différent de tous ceux qu'ont portés ceux des conquérants de ce pays jusqu’à ce jour; c’est celui de la Croix et à sa suite Beaudoin qui vient rendre ici le dernier soupir. A l'ombre de ce nouvel étendard, remontons un peu ce désert et voyons une nombreuse armée de conquérants d’un nouveau genre, étalant ies trophées de nombreuses victoires qu’ils ont remportées, non pas sur des nations rivales, des puissances étrangères, beaucoup plus difficiles que celles-là, sur la chair et ses convoitises, le monde et ses promesses, les plaisirs et leur inanité, Ce sont les Antoine, les Paul, les Pacôme, qui s’en vont peupler les plaines arides de la Thébaïde, et fonder un royaume nouveau à Jésus-Christ. $S. Jérome affirme qu'on compta 50,000 tête à une réunion annuelle, des seuls enfants de S, Pacôme,

En ces temps là, nous dit M. de.Montalembert, ‘ c'était une sorte d'émigration des villes au désert, de la civilisation à la simplicité, du bruit au silence, de la corruption à l'innocence. Une fois le courant établi, des flots d'hommes, de femmes, d'enfants s’y précipitent, et y coule pendant un siècle avec une force irrésistible. Citons quelques chiffres. Pacôme, mort à 56 ans, compte 8,000 moines sous sa règle; ses monastères de Tabenne en renfermèrent bientôt 7,000. Rien n’était plus fréquent que de voir deux

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cents, trois cents, cinq cents moines sous un seul abbé, Près d’Avrinoé (aujourd'hui Suez), l'abbé Nérapion en gouvernait 10,000, qui, au temps de la moisson, se répandaient dans la campagne pour scier les blés et gagner ainsi de quoi vivre et faire l’aumône. On va jusqu'a affirmer qu'il y avait en Egypte autant de moines au désert que d’habitants dans les villes, Les villes même en étaient inondées, puisqu’en 356 un voyageur tronva dans la seul ville d'Oxyrynchus, sur le Nil, 10,000 moines et 20,090 vierges consacrée à Dieu.

Et comme s’il était de règle que tout les grands génies du monde payent leur tribut à l'Egypte, voici que l’Alexandre des temps moderne, Napoléon, vient lui-même faire retentir de son nom la terre des Pharaons, Et les Marc, les Athanase, les Cyrille, les Origène, que d’autres encore pourrions-nous mentionner qui sont passés par ces plaines, ont comme nous traversé ces déserts,

Nous sortons du Caire par la même ligne qui se dirige sur Alexandrie; à Béna, nous laissons cette ligne qui traverse ici la branche est du Nil, pour prend'e une direction opposée, allant directement à l'Est. A Zagazig nous coupons le canal qui amène l’eau du Nil à Ismailia et de là à Suez, car toute l’ithsme est privée d'eau douce, ses sources ne donnant qu’une eau saumâtre impotable. Ce canal a 60 pieds de largeur, 7 de profondeur et 50 lieues de longueur, car l’une de ses branches part du Caire même, et se réunit à l’autre qui part de Zagazig pour se diriger à Ismaiïlia et de là se rendre jusqu'à Suez sur la mer Rouge, On continuera bientôt une autre branche jusqu'à Port-Saïd, car les conduits en fonte qui à présent lui amènent l’eau d’Ismailia, sont depuis longtemps reconnus insuffisants.

A 5h. P. M. nous descendions dans la gare d’Ismaïilia sur le canal même de Suez et au milieu de sa longueur,

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chinois mosphè Ismaîlia.— Le prince Rodolphe d’Autriche.—Le Canal de Suez.— Port-Said. vaporat —Jaffa. humidit charme:

astres 8 1smailia est une jolie petite ville d'environ 15,000 âmes, eaux lit bâtie sur le bord du lac Timsah, que traverse le Canal de Di Suez. Cette ville fondée par M, de Lesseps en 1862, est à sister à 4 égale distance de Port-Saïd sur la Méditerrannée et de devant k Suez sur la mer Rouge, aux deux extrémités du canal dont étions à É la longueur totale est d’enviren 40 lienes. C'est à Lsmailia de nos Ë que le canal d’eau douce venant du Caire, change de direc- dimensi tion pour se rendre à Snez. La ville possède une église un cou AA catholique que desservent deux Pères franciscains. C'est ligente dl là que M. de Lesseps a fixé son principal bureau d’affaires, maison | Ë lors de la construction du canal, et que réside aussi son hahitat fi fils comme surveillant des intérêts de cette gigantesque sement entreprise, luxuria Nous trouvons à notre arrivée toute la ville sur pied riers, PM et en habits de fête ; c'est que le prince Rodolphe, l’hé- Pères 1 ritier présomptif de la couronne d’Antriche, venait d'y ar- eux-mé river de son retour de Suez et devait y passer la nuit, No

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DE QUÉBEC A JÉRUSALUM 175

L'hôtel principal se trouvant encombré par l’affluence des étrangers, je vais, sur la recommandation des PP. franciscains, prendre mon gite, avec mon compagnon, chez un M, Michel, français, tenant une maison de pension, La maison toute neuve laissait encore un peu à désirer du côté de l’ameublement, mais les gens savaient par leur prévenance et leur politesse faire oublier les commodités qu'on aurait pu trouver ailleurs,

Nous allons dans la soirée faire un tour jusqu’au bord du lac pour jouir surtout du magnifique coup d’œii que présentait l'illumination de la ville entière en honneur du prince. La longue rue qui conduit au quai n’offrait de toutes parts que feux étincelants, et aux arches qu'on avait dressés sur le pont du canal, de même qu’à la résidence de M. de Lesseps, pendaient des milliers de lanternes chinoises de toutes couleurs et de toutes formes. L’atmosphère brulante des sables du désert, au contact de l’évaporation des eaux du canal et du lac, s'était saturée d’une humidité tiède des plus agréables, pour ajouter aux charmes d’une nuit pure, d’un ciel saus nuazes, dont les astres scintillants semblaient percer de leurs rayons les eaux limpides du lac.

Dimanche 27 mars.—Le Prince Rodolphe devant assister à une messe à 7h. pour partir ensuite, et nous-mêmes devant aussi prendre le vaisseau à 8h., dès avant 6h, nous étions à l’église des PP. franciscains pour la célébration de nos messes. L'Eglise et la résidence des PP. sont de dimensions fort modestes, cependant l’ensemble présente un coup d'œil des plus agréables, grâce à la culture intelligente du jardin des bons religieux qui entoure et la maison de Dien et celle de ses ministres. Isolé des autres hahitations sur le côté Est de la grande voie, leur établissement fait l'effet d'un oasis au milieu du désert par la luxuriante végétation des vignes, oliviers, abricotiers, muriers, poiriers etc., qui croissent par leurs soins, Les bons Pères nous font goûter un vin excellent qu'ils fabriquent eux-mêmes de leur propre culture,

Notre déjeûner pris, nous laissons à la porte de l’église une foule compacte de curieux avides de voir l'héritier

présomptif de la couronne impériale d'Autriche, et nons nous rendons au quai pour prendre le vaisseau qui doit nous conduire à Port-Saïd.

Comme je l’ai expliqué plus haut, c'est grâce à l'obligeance de M. de Lesseps que nous avons pu faire ce trajet qui nous permet de traverser le désert et de naviguer sur une moitié de la longueur du fameux canal qui unit les eaux de la Méditerrannée à celles de la mer Rouge, en séparant l'Afrique de l'Asie.

Arrivés au quai, nous trouvons la plupart de nos compagnons déjà installés à bord et attendant le moment du départ, Le vaisseau à notre disposition est la Maritza, superbe canot à vapeur, n'ayant environ qu'une quarantaine de pieds en longueur, mais aménagé avec un luxe tout oriental. Le petit salon, qui peut contenir une vingtaine de personnes, est tout entouré de divans moelleux, recouverts d’un velours rouge des plus riches. Il va sans dire que nous sommes obligés, vu notre nombre, de nous distribuer dans les divers compartiments de l’'embarcation, qui sur le tillac d'avant, qui sur l'arrière avec les 2 hommes qui forment tout l'équipage, et les plus heureux, au nombre desquels je me trouve, sur les moelleux coussins du salon, autour de la table qui en occupe le centre. Mais le temps est superbe, la brise assez fraiche et l’eau du canal à peu près sans mouvement ; chacun est content de son sort et s’estime heureux de pouvoir juuir d'une telle navigation.

Je prends sur le sable, en me rendant au quai, une énorme sauterelle, fort rapprochée par la forme et les couleurs, de celles que j'avais vues en Floride; c’est la célèbre sauterelle d'Afrique, Acridium peregrinum, le Criquet voyageur, que le vent pousse assez souvent sur la côte européenne de la Méditerrennée et qui y cause alors des dégats si considérables, Ce criquet, ou sauterelle comme on l'appelle, qui détruit parfois les moissons complètement et fait disparaître toute verdure en quelques jours seulement, est par contre une ressource pour les pauvres, dans plusieurs contrées de l'Asie, qui en usent comme

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d'Asie, des sacs de cette sauterelle, entassés sur les marchés, comme on le fait ici des sacs des céréales, C'est aussi de cette sauterelle que $. Jean Baptiste, le plus grand des enfants des hommes, se nourrissait dans le désert. Réduite en poudre, on la mêle à la farine pour en faire des galettes, on l’assaisonne aussi au beurre pour en faire un aliment que plusieurs voyageurs assurent n’être pas du tout désagréable. Je veux bien les en croire sur parole.

Je vois aussi en passant un musulman sur un banc de sable, faisant ses prostrations du côté de la Mecque. Il se prosterne le front jusqu’à terre, se relève et se prosterne de nouveau jusqu'à 5 et 6 fois de suite, et cela sans s'occuper en aucune façon de ceux qui, comme moi, peuvent s'amuser à l’examiner, Tout en déplorant le motif de tels actes de piété, je ne puis me défendre d’admiration pour le zèle qu'il met à les exécuter. Que ne feraient pas de tels gens, s'ils venaient à ouvrir les yeux à la véritable lumière !

Le lac Timsah, que traverse le canal de Suez, m'a paru mssurer à peine deux milles de largeur. Sans importance au milieu de l’isthme avant la construction du canal, il constitue aujourd'hui un purt intérieur qui ne contribuera pas peu à la prospérité de la jeune ville qui s'élève sur ses bords, Quelques minutes nous suffisent pour le fran- ‘hir et nous nous trouvons à voguer sur les eaux du canal naritime même, ayant l'Afrique à notre gauche et l'Asie à iotre droite, puisqu'en ouvrant ce canal on a interrompu isthme qui formait le trait-d'union entre les deux coninents,

A M. de Lesseps revient l'honneur d’avoir exécuté sette gigantesque entreprise, mais l’idée de sa possibilité en avait été conçue bien avant lui. On l’'attribue en premier lieu au grand Pape Sixte-Quint, puis à Napoléon sremier pendant les trois ans qu'il occupa le pays des Pharaons, après sa conquête en 1798. A M. de Lesseps ‘evient aussi l'honneur de la réouverture du canal d’eau louce qui amène l’eau du Nil à la ville de Suez. Suez ne ossèdant que quelques mauvaises sonrces d’eau potable, ‘t les pluies étant très rares en cet endroit, dès les temps

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anciens, les rois d'Egypte avaient obvié à cet inconvénient en amenant jusqu la mer Rouge, les eaux du Nil. On dit que c’est Ptolémée Philadelphe qui le premier mit cette idée à exécution. Mais les différentes dynasties qui ont depuis régné sur l'Egypte, ayant, les unes après les autres plus ou moins négligé la prospérité de ce riche pays, le fameux canal conçu par Sésostris, exécuté par Néchos, Darius et Ptolémée Philadelphe, puis restoré par Amrou sous la domination Arabe, était depuis longtemps rempli et oublié, lorsqu'en 1864, au grand contentement des habitants de Suez, M. de Lesseps y fit de nouveau couler les eaux du Nil.

Lorsqu'on construisit, en 1858, le chemin de fer qui unit le Caire à Suez, distance de 34 lieues, il y avait sept ans qu'il n'était pas tombé un grain de pluie à cette dernière ville, et les sources étant presque entièrement taries, elle devenait par suite presque inhabitable. Mais du moment que la voie ferrée fut onverte,des chars réservoirs amenèrent chaque jour du Caire l’eau nécessaire à la consommation de la vilie, et enfin en 1864, l’eau put couler d'elle même dans lenouveau canal,

Il resterait à compléter ce canal en le continuant d’Ismailia à Port-Saïd, car les tuyaux en fonte qu'on a enfoncés dans la berge du canal maritime entre ces deux villes sont devenus insuffisants par suite de l’accroissement en population de la dernière, laquelle, placée à la tête du canal, ne peut manquer de devenir l’un des ports des plus considérables de la Méditerrannée, comme entrepot du commerce de l'Europe avec l'Asie et l'Afrique.

“ Partout où un musulman touche le sol, c’est la stérilité,” dit-on parmi les chrétiens en Orient, et ce proverbe a encore une pius juste application à l'égard des gouvernements qu'à l'égard des individus, Si le gouvernement de Tewfic qui préside aujourd’hui (ou plutôt naguère, car depuis la révolte d’Arabi l'autorité de Tewfic n'est rien moins que problématique,) si, dis-je, le gouvernement Egyptien eut été plus jaloux de la prospérité de son pays, il y aurait longtemps déjà que cette amélioration eut été réalisée ; mais quand on est musulman il

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DE QUÉBEO A JÉRUSALEM 179

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Notre petit vapeur fend les eaux du canal avec une vitesse surprenante, le courant d’air établi par la marche rend l'atmosphère très supportable, et la surface de cette masse d’eau claire et limpide, faiblement ridée par une brise légère, répand une fraicheur qui nous fait trouver notre navigation des plus agréables,

Vu le peu d'élévation de notre vaisseau, nous ne voyons le plus souvent que les berges du canal, qui s’éloignent en talus parfois recouverts de moëllons, mais souvent aussi laissés à découvert. 11 arrive cependant de temps à autre qu'un sbaissement de la berge nous permet de porter la vue sur un horizon plus éloigné; mais c’est partout le même aspect, la plaine aride, le sable desséché, le désert, Fréquemment nous faisons des rencontres, et de vaisseaux de très fort tonnage et de toute nationalité, français, anglais, turcs, autrichiens etc. Mais ces rencontres ne nuisent en rien à notre course, car le canal est une véritable rivière par ses dimensions, et sauf le sable que le vent y jette des rives en certains endroits, la navigation pourrait s'y faire aussi rapidement que sur un fleuve ordinaire,

La traversée de ï'isthme entre Suez et l’ancienne Péluse dans le voisinage de Port-Saïd, est de 38 lieues, mais le canal, par certaines courbes qu'a nécessitées la nature du sol, en mesure 40. Sa largeur est de 800 pieds à la ligne d’eau et de 66 à la base, sur une profondeur de 24. Comme le nivean des deux mers est identique, il n’a nécessité aucune écluse, aussi le courunt est-il presque nul dans tonte sa longueur, si ce n’est en approchant de Suez où le flux et le reflux de la mer Rouge se font sentir, Le canal dans son parcours traverse quatre lacs savoir: les lacs Amers peu distants de Suez, le lac Timsah au milieu de sa longueur, puis le lac Ballah et enfin le lac Menzaleh qui n’est séparé de la Méditerrannée que par une étroite langue de terre sur laquelle est bâtie Port-Saïd.

À quelque distance d’Ismailia, nous passons le village d'El-Guisr où se trouve une église dédiée à la sainte Vierge, par ce que de temps immémorial on a prétendu

180 DE QUÉBFC A JÉRUSALEM

que la sainte Famille s'était reposée là dans sa fuite en Egypte.

Nous faisons peu après la rencontre d'une bande de grues, au nombre probablement de plus d’un cent, se diri. geant vers le sud, et de temps à autres nous voyons d’énormes pélicans, paraissant suivre le cours du canal dans leur vol lent et lourd, sans donte pour se livrer à leur pêche en sûreté lorsqu'aucun vaisseau ne se trouve en vue,

À 10.80 h. nous débarquons à Kantara, village sur la rive gauche du canal où nous devons prendre le dîner.

Nous voyons sur l’autre rive une caravane d’une cinquantaine de chameaux revenant de la Mecqne. On faisait opposition au passage des pèlerins, par ce qu’on voulait les astreindre à une quarantaine, sous prétexte qu'ils pouvaient rapporter la peste de leur excursion dans le sud, Tout le monde sait quel engin on possède dans les quarantaines en Orient pour extorquer l'argent des voyageurs. Ce ne sont nullement les précautions sanitaires que l'on a en vue; mais uniquement une occasion de vexher les étrangers pour les mettre à contribution, Etes-vous astreint à une quarantaine, de trois jours, cinq jours ? vous composez avec les officiers, et moyennent 5 fr., 10 fr., 15 fr., vous vous en libérez sur 'e champ, Le gouvernement n’en devient pas plus riche, vu l'honnêteté des officiers civils, mais ceux-ci sont satisfaits, ils montreront plus de zèle dans une autre circonstance, et on n’exige rien de plus.

Commencé en 1858, le canal de Suez était onvert à la navigation en 1869 ; dès 1867, un petit navire de commerce, le Primo, de 80 tonneaux, avait pu passer le premier des eaux de la Médit rrannée à celles de la mer Rouge, mais son ouverture définitive date de deux ans plus tard. Le nombre de mètres cubes 4 extraire pour l’excavation a été de 74, 112, 130. On a calculé que le nombre de paniers de terre enlevée, mis à la file, aurait fait trois fois le tour du monde.

Par ce canal, le trajet de l'Europe aux Indes, de trois “nois, a été réduit à six semaines et abrégé de 8276 lieues. Lussi le trafic par cette voie at-il toujours été croissant

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DE QUÉBEO À JÉRUSALEM 181

d'une façon tout extraordinaire; de 485,911 tonneaux qu'il était en 1870, il comptait en 1881, après 11 ans seulement d'usage, 5,794,401 tonneaux ; et les recettes s’augmentaient dans la même proportion; de 5 millions de francs en 1870, elles atteignaient le chiffre de 51 millions en 1881. M. de Lesseps calcule qu'avant cinq ou six ans ces recettes s'élèveront à 12,000 tonneaux et à pas moins d' 120,000,000 de francs.

Le trajet d'une mer à l’autre se fait actuellement en 18 heures de marche, et l’on espère, après certaines opérations de dragages qui se poursuivent sans cesse, permettre une plus grande vitesse qui abrègera encore ce temps de quelques heures. Il y a eu assez fréquemment des échouages de vaisseaux, mais comme partout le fond est on sable, le renflouage a toujours été facile.

Je profite de la courte étape que nous faisons à Kanara pour faire une petite visite au désert, car jusqu'ici je ne l’avais vu qu’à distance ou sans pouvoir rien examiner, emporté par les locomotives des voies ferrées,

A quelques centaines de pieds seulement de l'hôtel où

’on nous sert le dîner, c’est une plaine nue et déserte qui Yétend jusqu’à la vallée du Nil. Je suis surpris de trourer tout d’abord une mare d’eau saumâtre assez étendue, nais peu profonde, Les bords desséchés de cette mare sont wsez fermes pour qu’on puisse y marcher sans crainte de se oniller, mais quelle stérilité! Ça et là, sur de petits tertres le peu d’étendue, quelques petits arbustes rabougris dont es racines semblent disputer le sable au vent qui l'emporte le tout côté, mais nulle-part de fleurs ni de ces herbes ju'on trouve partout ailleurs sur les rivages. Je cherche n vain sur la grève ou au bord de l’eau pour des molaisques, nulle part de traces. A part de nombreux petits ézards abrités sous presque chaque touffe d’arbustes que rencontre, nul signe de vie à cet endroit. Ces lézards ont d’une extrême agilité, c’est à peine si je puis bien re- ‘“onnaitre leur forme, lorsqu'ils passent d'une butte à

autre en recherche de retraite pour se soustraire aux regards.

Revenu à la maison, qui s'élève sur la berge même du

canal, c’est-à-dire sur le sable retiré de son excavation, je trouve sur une vieille souche de palmier, en dehors, de la clôture d’un jardin, de jeunes pousses très vigoureuses, portant des palmes de 8 à 10 pieds de longueur, et à leur base, tout près de terre, de superbes panicules de fleurs toutes prètes à s'ouvrir. Je ne pensais pas qu’on pt si facilement atteindre ces fleurs, lursque presque toujours je les avais vu pendre au haut des stipes à 50 ou 60 pieds au dessus de terre. Cv palmier était le dattier commun, Phænix dactylifera.

Je remarque sur le sable de nombreuses fourmis, assez semblables aux nôtres par la forme et par la taille, mais se tenant dans une attitude tonte différente. Dans la marche, et la rlupart du temps aussi dans le repos, elles se tiennent l'abdomen redressé dans une position verticale, ce qui leur donne quelque ressemblance avec plusieurs espèces de nos staphylinides. Ces fourmis appartiennent au genre Myrmecocystus, si je ne me trompe, elles sont communes presque partout en Orient.

On me montre aussi, dans la cour de l'hôtel, une gazelle qu’on retenait en captivité. Le gentil animal est à peu près de la taille d'un veau de 8 à 4 semaines, mais de iorme beaucoup plus svelte et plus élégante. L’agilité des gazelles est proverbiale, aussi leurs pattes longues et grêles, leur corps élancé, leurs flancs rentrés, tout parait calculé chezelles pour une sourse rapide, On les rencontre dans les déserts par bandes souvent de 40 à 50, broutant ensemble l'herbe et les broussailles qu'elles rencontrent par-ci, par là, surtout dans le voisinage des oasis. Leur chair est très estimée, surtout des Arabes et particulièrement des bédouins.

Mais je reprends bientôt ma place sur la Marilza et nous poursuivons notre navigation sur le canal.

Je remarque sur le pont de notre vaisseau un grand seau tout plein de clovisses, qui me paraissent identiques avec celles que j'avais rencontrées à Cette, Venus verrucosa.

A 8h. P. M. nous débouchons dans la Méditerrannée, où, parmi les vaisseaux mouillés dans le port, nous distin-

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DE QUÉBEO A JÉRUSALEM 188

guons notre Scamandre tont pret à nous recevoir. Mais comme on faisait difficulté de laisser débarquer les passagers des vaisseaux venant de la mer, sous prétexte de peste, nous accostons au quai pour visiter la ville avant de nous installer de nouveau sur le Scamandre,

Port-Saïd est une jolie petite ville, sur la langue de terre qui sépare le lac Menzaleh de la Méditerrannée. Ses rues larges et propres, ses constructions toutes récentes, son voisinage immédiat de la mer où elle repose presque à fleur d’eau, lui donnent un air de fraicheur qu'on ne rencontre pas d'ordinaire dans les villes du Levant. Son port que protège une immense jetée qui s’avance dans la mer, voit continuellement dans son enceinte des vaisseaux de presque toutes les nations, anglais, français, turcs, autrichiens, italiens, hollandais, espagnols etc. (Cette ville naissante ne peut manquer de s’augmenter rapidement, vu sa position comme lieu de ravitaillement pour les vaisseaux voyageant aux Iudes et à la Chine. Les Pôres franciscains y ont une église pour les catholiques de l'endroit et les Sœurs du Bou-Pasteur, en outre de leurs œuvre de miséricorde, y tiennent un orphelinat et distribuent linstraction à toutes les nationalités, sans aucun égard à, leur croyance ; catholiques, juifs, musulmans, schismatiques grecs, arméniens, cophtes etc.

Port-Saïd ne remontant pas au-delà de 1859, pourrait être prise au premier coup d'œil pour une ville toute Européenne ; ses rues larges et macadéinisées, ses constructions en briques, ses boutiques françaises en grande partie, pourraient nous reporter à quelque ville maritime du midi de la France ; cependant, comme au Caire et à Alexandrie, une ville Arabe se trouve adossée à l’Européenne, et dans les rues, sur les quais, les places publiques, on voit aussi le turban et le tarbouch s’entremêler au feutre et à la casquette sur les têtes des résidents. J’allais proclamer que nous nous trouvions en pleine viile française en mettant le pied sur le quai, lorsque j’aperçus devant moi une fille au costume arabe, portant un enfunt, comme je l'avais vu si souvent au Caire et à Alexandrie, non pas dans ses bras Comme on le fait partout en Occident, mais à califourchon

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