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198 DB QUÉBEO A JÉRUSALEM
faire, quand nous voulons changer de direction ?—Et non, il faut toujours tirer les 2 rênes à la fois; portani la main à droite, si vous voulez aller de ce côté là, et à gauche si vous voulez aller de l’autre, —C'est ce que j'ignorais ; mais pour cet animal, vous le mènerez au filet où à la cordelle comme bon vors semblera, pour moi, je n’en veux pius; il m'en faut un autre.
Et tous mes compagnons d'approuver ma décision, surpris qu'ils étaient que l'animal ne m'eût désarçonné par ses cabrements.— Alors, dit le moukre, nous allons changer, vous allez prendre mon mulet et je monterai votre cheval.—Très bie":, cl: zez les selles.— Nous les ehangerons ce soir, à Ramleh.—Mais non, que ce soit de suite; puisque j'ai fait ke: frais d'acheter nne selle européenne à Paris, je veux m'en seivir, et ne pas m’exposer à me blesser avec vos affreuses selles arabes,
Si jamais je me suis applaudi d’avoir fait un échange, c’est bien cette fois; car j'eus dans ce mulet, sans contredit la meilleure bête de toute la caravane. Animal paisible, au pas sûr et long, je n'avais qu’à le laisser faire dans les pas difficiles et je n'avais rien à craindre. Aussi ne voulus-je plus m'en séparer du reste du voyage,
Continuant notre route, nous passons bientôt après la 2e tour de garde, puis, plus loin, la troisième, et tombons dans une forêt de vieux oliviers, (Cette forêt doit son origine à Colbert, ministre de Louis XIV, qui avait établi une ferme en cet endroit. Napoléon I, dans son trajet à S, Jean d’Acre, campa à l’ombre de ces oliviers.
Après la 4e tour de garde, nous passons devant un gros village arabe, Sarfand, dans le voisinage duquel se trouvait autrefois Geth qui fut la patrie de Goliath, de ce géant que terrassa David d’un coup de fronde, Geth, qui n'est plus aujourd’hui qu'un amas de ruines, possédait autrefois un roi.
Un peu plus loin, nous laissons à gauche la 5e tour de garde, et après quelques minutes seulement, nous entrons
dans Ra couvent
Tell ceux qu contre d route à musulm <ienne [ que que 5,000 ha n'a de re autrefois l'emplac guérit le étant ver Enée qu huit ans.
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AR encore à hébergés bont toi nalité qu professen pitaliers !
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qui sou v son lange sauront | abnégatio la vie, soi d'argent
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. DE QUÉBEC A JÉXUS LEM . 199 t non, dans Ramleh où nous pénétrons jusque dans la cour du main couvent. ; che si Telle est la route qui mène directement à Ramleh; { ; mais ceux qui préfèrent passer par Lydda, doivent, après la ren- É rdelle contre de la lère tour, à un certain Ouéli (1), prendre une 1 PINS, ronte à gauche, et, après avoir passé plusieurs villages il musulmans, ils arrivent à Lydda ou Diospolis, qui est l’an- ‘] cision, cienne Lod de la Ste Ecriture. Lydda, qui ne compte | rçonné | que quelques catholiques seulement, à une population de k allons 5,000 habitants à peu près. Elle est sale et mal bâtie et k puterai n'a de remarquable que l’église S. Georges qui possédait l us los autrefois le corps de ce martyr, dont il était originaire, et 4 soit de l'emplacement de la maison d'Enée, ce paralytique que À » euro0- guérit le prince des Apôtres. $S. Pierre, disent les Actes, À poser à étant venu visiter les saints qui étaient à Lydda, y trouva | Enée que la paralysie retenait cloué sur son grabat depuis 1 ns huit ans, Enée, dit l’apôtre, lève-toi, et fais toi-même ton À s. Re lit. Et le paralytique se leva guéri. 1 Animal De Lydda la route ramène à Ramleh où l’on arrive 1 r faire après moins d’une demi-heure de marche. } Aussi À Ramleh, comme à Jaffa, et comme nous les trouvons { encore à Jérusalem, Bethléem, Nazareth, etc., nous sommes 4 près la hébergés par les Pères franciscains, qui accueillent avec ‘ bois bonté tous les pèlerins qui se présentent, à quelque natiosit don nalté qu'ils appartiennent et quelque soit la religion qu'ils ï établi professent, Admirable institution que ces couvents d’hosrajet à pitaliers ! Le pèlerin en Terre-Sainte, grâce au dévoue- i ment des généreux enfants de S, François, de ces pauvres À volontaires qui se font, par esprit de pénitence, les serviant un teurs de tous, est sûr d’être accueilli partout par des frères, uel se qui souvent, comme à Ramleh, ne comprendront pas même h, de ce son langage, mais toujours, par des signes de bienveillance, th, qui D sauront lui faire comprendre qu'il peut compter sur leur lait au- abnégation et leur dévouement pour les soins matériels de la vie, soins qu'il chercherait vainement à se procurer à prix ourde M d'argent dans la plupart des lieux qu'il aura à visiter. ntrons — À (1) Ouéli, petit monument funèbre. Î
200 DE QUÉBEO A JÉRUSALEM
Brisé par la fatigue, épuisé par la chaleur, il trouvera partout des figures sympathiques, qui oublieront leur pauvreté volontaire, pour mettre à sa disposition un comfort précieux, que les bourses les mieux garnies seraient encore impuissantes à acquérir ; et tout cela gratuitement, pour le seul avantage de fournir à des chrétiens les moyens de mieux connaître J. C., et à ceux qui le méconnaissent encore, l’occasion de remarquer comment ses disciples pratiquent les préceptes de charité fraternelle qu'ils ont reçus de lui.
Les franciscains ne possèdent pas de couvent propre. ment dit à Ramleh, il n’y ont qu’une hôtelierie que déservent 5 ou 6 Pèresitaliens ou espagnols.
À peine sommes-nous descendus de cheval, dans la cour du couvent, que les moukres viennent s'emparer de nos bêtes, et que nous pénétrons à la suite des Pères qui viennent nous saluer, sous leur toit hospitalier. Nous trouvons dans le passage même nos menues malles déjà rendues avant nous, et notre Président nous distribue aussitôt nos chambres où nons sommes libres de nous retirer de suite. Mais nous profitons des quelques heures de clarté qui nous restent encore pour visiter un peu la ville, mal. gré l’extrème fatigue dont chacun se plaint, La plupart montaient à cheval pour la première fois, et tous étaient harassés d’une aussi longue course comme début sous un tel climat. Ceux surtout qui avaient fait le trajet sur des selles arabes, pouvaient à peine marcher. Ces selles, à rembourrage très dur, ont le dos presque plat et fort large, de sorte que leurs côtés vienuent en peu de temps à parslyser les muscles des cuisses,
Nous nous rendons d’abord sur la terrasse de l’hospice, d’où nous jouissons d’un magnifique point de vue, pouvant presque d’un seul coup d’œil embrasser la vaste plaine de Baron, depuis le Carmel qui la borne au nord en se joignant à la mer, jusqu'à Gaza où elle se perd dans le désert, De ce point de vue, là plaine n’est qu’un immense tapis de verdure, émaillé ça et là de villages arabes qui se dessinent sur toutes les éminences par leurs constructions gris
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sombre sur le fond commun, lorsque des palmiers, comme à Bir-Zébak, Lydda, cte., ne viennent pas les distinguer davantage.
Nous visitons d’abord la vieille église S. Jean-Baptiste, où le général Bonaparte fit dresser des ambulances sur les tombes des anciens croisés; cette église, à trois nefs terminées par autant d’absides, est aujourd’hui convertie en mosquée, Puis nous passons aux vasqnes de Ste Hélène ; jmense citerne dans laquelle nous dessendons par 27 marches. Nous nous trouvons alors dans un souterrain soutenu par 27 arches répondant à autant d'ouvertures par où les eaux du ciel venaient dans le réservoir. Puis enfin nous abordons la Tour des quarante martyrs. Vaste cons. truction aujourd'hui abandonnée et ouverte à tous les vents, n'occupant pas moins de 100 mètres carrés, La tradition veut que ce soit là le tombeau des 40 martyrs de Nébaste en Arménie, qu'on aurait rapportés là; et d’autres prétendent aussi que la Ste Famille, dans sa fuite en Egypte, se soit reposée en cet endroit; mais ces deux traditions ne paraissent pas mieux appuyées l’une que l’autre, je serais plutôt porté à croire avec le Frère Liévin, que c'est là un ancien caravansérail à la disposition des voyageurs, Comme on en voit encore en beaucoup d’autres endroits.
Nous rentrons au couvent sur les sept heures, des mieux disposés pour faire honneur à la table des bons religieux.
Ramleh est l’ancienne Arimathie, patrie de Joseph d'Arimathie et de Nicodème qui tous deux ensevelirent le corps du Sauveur, On sait que Joseph d’Arimathie faisait partie du sanhédrin ou sénat des Juifs qui condamna Jésus, et qu'à plusieurs reprises, cet homme droit prit la défense du juste et s’efforça de le sauver. Quant à Nicodème, C'était un ouvrier en bois; on veut que ce soit lui qui ait le premier représenté le Christ en sculpture, et on tient Comme sorti de ses mains le crucifix miraculeux que l'on Yénère encore dans l’église de Lucques en Italie.
Le couvent des franciscains est bâti sur l'emplacement de la demeure de Nicodème, et, à l'entrée de l’église,
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se voit son atelier même qui est converti en chapelle et dans lequel nous pames célébrer le lenGemain.
Le souper terminé, nous nous rendimes presque de suite à l’église pour la prière du soir, et chacun ensuite gagna sa chambre, tous se sentant pressés de se livrer au sommeil ou du moins de prendre un peu de repos.
Mardi 29 mars.— Le départ ayant été fixé la veille à 5 heures, dès les 4 h. les messes se célébraient aux différents autels. J’ens la chance de pouvoir célébrer dans l'atelier même de Nicodème.
La tasse de café noir (sans lait) qui fait à elle seule, avec un morceau de pain, le déjeüner en Orient, est bientôt prise, et dès avant 6 h. nous sommes tous à cheval et en route pour Jérusalem, que nous devons atteindre vers les 5 h.
Nous traversons un cimetière musulman, et nous re. prenons aussitôt la grande route à travers la plaine de Saron, La plaine est à pen près la même qu’en avant de Ramleh, des champs cultivés par-ci par-là, et en certains endroits une telle profusion d’anémones, qu’elles forment un tapis continu du rouge le plus vif, Près des pièces cultivées nous voyons une quantité considérable d’énormes bulbes que la charrue a retirés du sol. Ils égalent les navets ordinaires en grosseur et on en remplirait des voitures. Ce sont ceux des asphodèles, Asphodelus luteus. Nous passons successivement les tours de garde Nos 6 et 7. Après cette dernière, on voit sur le sommet d’une colline à gauche Abouchoucheh, qui occupe l'emplacement de l’ancienne ville de Grezer, qui avait pour roi Horam, lors de l'entrée des Israélites dans la terre promise.
Nous rencontrons ça et là des ruisseaux coupant la route que nous traversons sur des ponts en maçonnerie,
Après la 10e tour de garde, nous entrons à gauche à Latroun, qui ne se compose que de quelques maisons, D'après la tradition, ce serait là la patrie du bon larron, l'Egyptien Dismas. On reut que la Ste Famille, lors de sa faite en Egypte, ait cherché un refuge dans la cabane de cet heureux brigand, ou plutôt du père de ce célèbre larron, Celui qui devait le premier entrer dans le Ciel à la suite du
Sauveur, mère aya même us guéri de ercer plu qu à ce q condamn de Jésus.
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Sauveur, enfant alors, était déjà rongé par la lèpre, Sa mère ayant lavé son enfant dans l’eau qui avait servi au même usage à la Ste Vierge, l'enfant fut sur le champ guéri de sa hideuse maladie, ce qui ne l’empêcha pas d’exercer plus tard le brigandage à la suite de son père, jusquà ce qu'étant tombé entre les mains de la justice, il fut condamné à expier ses crimes sur la croix en compagnie de Jésus. Mais la grâce qui l'avait prévenu dès son enfance, lui parla encore à ses derniers moments, et il fut assez heureux pour suivre son inspiration. ‘“ Seigneur, ” dit-il, “ je n’ai que ce que j'ai mérité, mais vous, vous êtes l'innocence même; souvenez-vous de moi lorsque vous serez dans votre royaume. — En vérité, je vous le dis, répliqua le Christ, aujourd’hui même, vous serez avec moi en paradis. ”
Latroun qui a possédé autrefois une belle église, n’est plus habitée aujourd’hui que par quelques fellahs et par deux bachibouzouks,
À quelques arpents seulement de Latroun, se trouve
Amoas qui est l’ancienne Emmaus où Judas-Macchabée délit Georgias le général @e l’armée d'Antiochus Epiphane, roi de Syrie. Les grecs lui donnèrent le nom de Nicopolis qu'elle porta longtemps. Ce n’est plus aujourd’hui qu'un petit village qui n’a de remarquable que les ruines d’une ancienne église qu'on était à déblayer au moment où nous la visitâmes. Une partie de l’abside avec le commencement des trois nefs étaient déjà découverts jusqu'aux dalles de marbre qui ornaient le pavé. Quelques auteurs veulent qu'Emmaus-Nicopolis soit l’'Emmaus de l'Évangile, où le Sauveur se fit connaître aux deux disciples ie jour même de sa résurrection. On ajoute qu'une religieuse Carmélite, morte dernièrement en odeur de sainteté à Bethléem, qui avait déjà opéré plusieurs miracles, aurait prédit qu’en y faisant des fouilles, on trouverait une inscription qui ferait disparaitre tous les doutes et établirait définitivement que c'est là même que le Sauveur s’est montré aux deux disciples, En attendant, je pense qu'il est plus sûr de s’en tenir au texte de $S. Luce et à l'opinion du Fre Liévin, qui est une autorité en fait de géographie des Lieux-Saints,
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204 DR QUÉBEC A JÉKUSALEM
et de ne trouver le véritable Emmaus qu’à Quobèbeh qui est à 60 stades de Jérusalem et non à Amoas-Nicopolis qui en est à 160.
À partir dè Latroun, nous laissons définitivement la plaine de Saron pour entrer dans la chaîne des montagnes de la Judée, Nous laissons la vie, l'aspect riant et fertile de cette immense plaine, pour gravir ces monts nus, arides et désolés, où de rares bruyères, quelques houx misérables et d’autres arbustes épineux suffisent à peine à cacher ça et là les assises crayeuses qui s’étalent de toutes parts. Ce ne sont pas ici des mamelons arrondis, des têtes gracieuses revêtues d’une chevelure &’arbres et d’arbrisseaux ; mais partout se montrent, comme entassés les nns sur les autres, tant les dépressions qui les divisent sont étroites, des sommités de pierre gris-jaunâtre, réfléchissant les rayons da soleil, en retraite les unes sur les autres, à cassure tranchante, que sillonnent par-ci par là des torrents maintenant à sec, mais qui dans la saison des pluies forment des courants impétueux pour les laver et les ronger.
Nous passons bientôt la 11e tour de garde, st nous nous enfonçons dans une gorge à pente assez prononcée qui suit un torrent maintenant sans eau et que nous traversons plus loin sur un pont en maçonnerie.
Nous faisons la rencontre, au détour d’un monticule, de trois femmes portant sur leurs têtes de lourds fagots qu'elles viennent d’arracher au flanc de la montagne, Je dis arracher, car la racine qu’elles ont conservée se montre plus volumineuse, et par conséquent plus pré: cieuse comme combustible, que la tige grêle et tortuense de ces arbrisseaux épineux. Vêtnes d’un simple sarreau en toile bleue, sale et tout effrangé, elles le relèvent jusqu'à Ja hauteur du genou pour n’en être pas embarrassées dans la marche, et le retiennent serré à la taille par une corde à laquelle est accrochée la serpette qui leur a servi pour leur extraction et leur émondage. Les pieds et les Jambes nues, elles cheminent ainsi à travers épines, cailloux pointus et autres aspérités de la route, sans tenir compte du soleil qui leur rôtit la figure et la poitrine qu’elles ne prennent aucun soin de se couvrir, Leurs
charge plier & bien as et dire appart peut-êt logis, F les fais esclave tianisw laquell
passons cienne troupe, gosh, colline le dine:
arbres, des anc contrée somme da es pour nc
Po tôt pris sur les specte fleurs € nauitqui jon spécim.
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h qui lis qui
ent la tagnes fertile arides srables her ça s. Ce cieuses ; mais les aues, des rayons e tranitenant >s cou-
t nous ée qui rersons
iticule, fagots nltagne, iservée 1s prértuense eau en jusqu'à rassées par une a servi s et les s, Cails tenir poitrine Leurs
charges paraissent énormes, aussi les voit-on souvent plier sous le fardeau, et s’aider les unes les autres pour bien assecir la faisceau sur leurs têtes. Quel esclavage! et dire qt : misérables, qui toutes trois, il est possible, appartiennent au même maître, au même tyran, auront peut-être encore à goûter du bâton une fois arrivées au logis, pour n’avoir pas allourdi duvantage leurs fardeaux en les faisant plus amples, Que n'ouvrent-elles les yeux, ces esclaves des hommes et du démon, aux lumières du christianisme, qui les affranchirait de la double servitude à laquelle elles sont soumises !
Mais déjà les 12e et 13e tours sont franchies, et nous passons dans la vallée des vieux oliviers de Saris, l'ancienne Sarim où David s'arrêta dans sa fuite avec sa troupe, et après quelques minutes, nous touchons Abougosh, où ‘is nous arrêtons sur le penchant d'une colline se blement couverte d'oliviers pour y prendre le diner. 2e5 tapis sont étendus à l'ombre sous les vieux arbres, et rangés autour, assis sur nos jambes, à la facon des anciens patriarches et des habitants du jour de ces contrées, nul ne se plaint du manque de siège, trop heureux sommes-nous, de voir étalés devant nous, œufs durs,quartiers de poulets, oranges, etc., qui vont renouveler nos forces pour nous permettre de continuer notre route incontinent.
Pour moi, suivant mon habitude, le repas est bientôt pris, et pendant que la plupart se livrent à une sieste sur les tapis mêmes qui nous ont servi de nappes, j'inspecte les broussailles du voisinage à la recherche de fleurs et d'insectes. Je suis hientôt rejoint par M. Gasnauit-Guérin, qui lui, fait une revue de tous les cailloux qui jonchent le sol, dans l'espoir d'y rencontrer quelqnes spécimens de minéralogie dignes d'intérêt, Nos goûts communs nous rapprochant, nous devenons de ce jour deux compagnons inséparables pour poursuivre nos chasses et nos recherches. Plus heureux que lui, pendant qu'il ne trouve autre chose que des débris de la roche qui forme les montagnes que nous traversons, je cueille d'abord parmi les plantes: deux papavéracées, le coquelicot commun, Papaver rhæas, et un autre que je crois
206 DE QUÊBEO À JÉRUSALEM
être le Papaver dubium. Je suis tout surpris de tomber tont à coup sur de larges talles de mignonette tout en fleur, je m'empresse de les flairer, à ma grande surprise, elles sont inodores ; je reconnais alors, au calice à 4 divisions, que j'ai affaire au Reseda luteola, Un petit arbrisseau, à fleurs papilionnacées d'un jaune brillant, se montre en si grande quantité qu’il forme de larges massifs en certains endroits ; ;? crois d’abord reconnaitre le genêt commun avec lequel j'avais fait connaissance sur la montagne de Lourdes, mais examiné plus attentivement, je constate que c’est une espèce différente, c’est le Genista monosperma, le noltem des Arabes.
Quant aux insectes, s'ils ne sont pas nombreux en espèces, les individus par contre se montrent en quautité considérable, Je prends d’abord sur le bord du chemin des bousiers à pattes postérieures très longues, qui leur servent à rouler dans des trous préalablement creusés, des boules de fiente dans lesquelles ils déposent leurs œufs et dont se nourriront leurs larves, c'est le Sisiphus muricatus ; puis, sur le genêt, une grosse cantharide brune, avec le devant du prothorax rouge, c’est l’£picaula verticalis, Illiger, je pense ; puis 2 espèces d’Andrènes et un Halictus, l'une des Andrènes et l’Andrena rutila de Spinola, si je ne me trompe etc. etc.
Abougoscn, au pied de laquelle nous reposons, est l'ancienne Cariathiarim de l'Ecriture sainte, C’est dans la maison d’Abinadab, à Gabâa, sur la hauteur de Cariathiarim, que demeura pendant 20 ans l'arche d’alliance et d’où David vint la chercher pour la transporter à Jésusalem, chantant et dansant devant eile pour témoigner sa joie; environ 1033 avant J. ©.
Cariathiarim est aussi la patrie du prophète Uri, qui fut mis à mort par le roi Joachim pour avoir prophétisé contre sa ville,
Au N. O, du village on voit une construction qui se distingue de toutes les autres par ses dimensions, c’est l'Eglise de Saint-Jérémie, que les musulmans en 1489 enlevèrent aux chrétiens après avoir massacré neuf Pères
francise d'hui d:
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Ma qui la s yane en dame h« ment re et envoi alors av que les cavalièr craignit les ruac étaient cheval l'autre 8 bientôt quence.
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ux en autité hemin i leur és, des eufs et CALUS ; vec le ticalis, et un inola,
s, est ans la Carianee et salem, n joie;
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DE QUÉCEC A JÉRUSALEM 207
franciscains qui en avaient la garde; cette église est ajourd'hui dans un triste état d'abandon et de délaibrement, servant souvent à loger les chevaux et autres bêtes de somme des voyageurs.
Ilest déjà 2h. passées, la sieste est terminée et l’ordre de partir est donné. Chacun de reprendre sa monture et de se remettre à son rang pour la marche,
Mais voici qu'une dame anglaise, avec deux cavaliers qui la suivent, s’en vient traverser la troupe de notre caravane encore toute pêle-mêle sur la route, Le cheval de la dame heurte celui d’un des nôtres qui n'étant pas suflisamment retenu par son cavalier, se tonrne aussitôt en travers et envoie force ruades an nouveau venu. La dame de crier alors avec effroi et toute prète à rouler sur le sol, lorsque les moukres viennent saisir les bêtes, et déposer la cavalière sans connaissance sur le bord de la route. On craignit un moment qu’elle nent les jambes cassées par les ruades reçues, mais heureusement que les deux bêtes étaient trop près l’une de l’autre, et que les pieds du cheval rueur ne tonchèrent qu'au dessous du ventre de l'autre sans atteindre les jambes de la dame. Elle se remit bientôt et en fut quitte pour sa frayeur, sans autre conséquence. Nous conclûmes tout ‘ie même de cet incident qu'il faut en toute circonstance veiller attentivement sur nos bêtes, si nous ne voulons pas nous exposer à des accidents qui parfois peuvent être très sérieux,
Nous laissons à droite Soba que nous voyons perchée sur une montagne conique des plus élevées de cette chaîne. Noba était autrefois une place forte, mais elle fut prise et démantelée par Ibrahim-Pacha en 1834, et n’est plus aujourd’hui qu’un village sans importance d'environ 500 habitants.
Nous descendons plus loin dans une vallée toute plantée d'oliviers, de figuiers et de vignes, cultures qui contrastent agréablement avec les dénudations que nous avons remarquées jusqu'ici. Nous traversons sur un pont en maçonnerie le torrent qui coule au milieu de cette vallée,
À mesure que nous franchissons quelque hauteur, nos regards se portent en avant, pour voir si nousne décourrirons pas bientôt les constructions de la Ville-Sainte. On se surprend soi-même ému à la pensée que dans quelques quarts d'heure on va fouler le sol le plus saint du monde, celui qui a été arrosé du sang de l’homme-Dieu, on va pénétrer dans Jérusalem, marcher sur les traces de Jésus, Gethsé. meni, le Calvaire, le $. Sépulcre, sont des noms magiques pour le chrétien, dont le souvenir seul évoque dans l'âme je ne sais quoi d'inconnu qui absorbe et qui transporte,
Poursuivant notre route, nous prenons une descente raide et tortneuse, vers le milieu de laquelle, on nous montre à droite, à quelques milles de distance, S. Jean in Montana, c'est là que Zacharie avait sa maison de campagne et où vint za monde le plus grand des enfants des hommes,
Nous laissons à gauche un village arabe séparé de la route par des champs tout plantés en oliviers, grenadiers, vignes, cognassiers etc., c'est Kalounieh, et continuant la descente, nous traversons au bas, sur un pont en maçonnerie, le torrent du Térébinthe, qui a donné son nom à la vallée qu’il arrose. Le torrent est maintenant à sec, et dans son lit même, nous voyons trois enfants complètement nus qui prennent leurs ébats sur le gravier qui le couvre. On sait que c’est dans le torrent du Térébinthe que David prit les pierres avec lesquelles il terrassa le géant Goliath. Oui, cette vallée célèbre qui aujourd’hui ne fournit pas même aux habitants qui l’occupent de quoi couvrir la nudité de leurs enfants, vit un jour deux armées nombreuses et formidables en présence l’une de l’autre; sur la gauche celle des Israélites et sur la droite celle des Philistins.
Depuis 40 jours les deux armées étaient en présence sans en venir aux mains, par ce qu'occupant chacuus les hautes montagnes qui bordent le torrent de part et d'autre, il fallait pour se rencontrer descendre dans la vallée et remonter de l’autre côté. Et c'était à qui des deux armées ne s'exposerait pas dans cette position désavantageuse.
Mais yades d’ dans la Ce géant vue dans palme, et jusqu'à s dent la bateë avec ce C arriva à manquait et s'offre sous sa tu tout confi son assist sente au homme à dit l’enfa troupeau ours, un mettais a bâton, j'a la terrass ma brebi m'a déliv saura bie qui est-il du Dieu mon con qui tre battent €
Ler dit le jeu geais les dans la :
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à la ec, et ment uvre.
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it pas rir la nom- ;: sur » des
se11Ce e les rt et us la i des désa-
DE QUÉBEO A JÉRUSALEM. 209
Mais l’armée de San: était deplus terrifiée par les bravades d’un géant Philistin, qui descendait chaque jour dans la plaine pour provoquer et insulter les Israélites, Ce géant était Goliath, de la ville de Greth que nous avons vue dans la plaine de Saron ; il mesurait six coudées et une palme, et il était tout couvert d’airain, depuis son casque jusqu’à ses bottes et son bouclier, qu’il frappait de sa lance, dent l2 bois seul avait les proportions d’une rame de batex Aucun enfant d’Israel ne voulait aller se mesurer avec ce colosse, lorsqu'un jeune pâtre, du nom de David, arriva au camp envoyé par son père pour voir s'il ne manquait rien à ses frères, [l s'étonne des terreurs d’Israel et s'offre à aller combattre le géant. C'est que cet enfant, sous sa tunique de beïger, portait un cœur de roi, et que tout confiant en Dieu, il avait déjà bien des fois éprouvé son assistance dans des circonstances critiques, On le présente au roi. Saul hésite, ne voulant pas exposer ce jeune homme à une mort presque certaine.—Seigneur, mon roi, dit l'enfant, ne craignez rien. Lorsque je conduisais mes troupeaux au paturage, il est arrivé plusieurs fois qu’un ours, un lion venaitet emportait une brebis. Je me mettais aussitôt à sa poursuite, et sans autre arme que mon bâton, j'attaquais la bête féroce, je la saisissais à la gorge, la terrassais et l’étendais morte sur place. Je reprenais ma brebiset retournais joyeux à mon troupeau. Celui qui wa délivré des griffes des ours et de la gueule des lions, saura bien aussi m’arracher des mains de ce Philistin, Et qui est-il donc cet infidèle pour oser braver ainsi l’armée du Dieu vivant ? Je ne compte ni sur ma force, ni sur mon courage, mais uniquement sur l'assistance de ceiui qui trempe les cœurs et dirige les bras de ceux qui cumbattent en son non.
Le roi vonlut au moins le revêtir de ses armes. Non, dit le jeune homme, je ne marchais pas ainsi lorsque j'égorgeais les bêtes féroces, — Et prenant son bâton, il descendit dans la vallée, choisit cinq eailloux bien polis dans le lit du torrent qu'il mit dans sa panetière, et saisissant sa fronde, il avance vers le Philistin,
—Mais me prends-tu pour un chien, dit le géant, en
venant ainsi à moi avec un bâton ? Je vais donner ta chair à manger aux oiseaux de l'air et aux bêtes des bois.—Ty viens à moi, dit David, avec l'épée, la lance et Le bouclier, moi, je ne suis qu'un enfant, mais je viens à toi au nom du Seigneur ; je te couperai la tête et donnerai ton Corps en pature aux oiseaux du ciel, afin que toute La terre sache qu’il y a un Dieu en Israël.
À peine avait-il achevé ces mots qu’une pierre s'6. chappe en siffant de sa fronde, et va frapper au front l'orgueilleux Philistin, Goliath roule sur le sol, et David lui enlevant son épée, lui tranche la tête d’un seul conp. La victoire est à David, et la terreur passe aussitôt d’une armée à l’autre, de celle des Israélites qui sont ivres de joie, à celle des Philistins qui se retirent honteux et en dé. sordre,
Nullement en proie à la terreur des Philistins, mais quelque peu dominés par la joie des Israélites qui s’en retournaient victorieux à la Ville-Sainte, nous laissons derrière nous le torrent avec son lit aride et ses enfants nus, et gravissons la montagne opposée par une montée raide et escarpée, qui serpente en nombreux zigzags jusqu'au sommet de l'élévation. Rien de plus gracieux à chaque détour de la route, que de porter un regard en arrière sur la longue file de notre caravane, qui se dessine en un ruban mobile et replié sur le flanc de la montagne, en faisant contraster les couleurs voyantes des costumes avec le gris sombre du sol, ou plutôt de la pierre dans laquelle la ronte est taillée, Quarante cavaliers cheminent ainsi à la suite les uns des autres, couvrant en partie leurs montures de leurs amples manteaux blancs, en laissant pendre leurs longs turbans à fond blanc, rayé de rouge ou de jaune sur lesquels des ombrelles de toute couleur, projettent une ombre plus ou moins efficace, suivant la position qu'on sait leur donner selon les différents détours que l'on opère. Derrière les cavaliers, suivent au pas lent et aux traits fortement tendus deux loi.:ds véhicules à trois chevaux, chargés eux aussi de voyageurs portant le même costume et, se protégeant aussi contre le soleil avec leurs ombrelles. ét lées sur leurs têtes,
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Nous passons à droite la 14e tour de garde, et un peu plus loin la 15e à gauche, où nous apercevons devant nous la montagne des Oliviers. Nous voyons à droite la vallée de la Croix où se trouve un couvent de Grecs schismatiques ; au delà, vers le S, E., on aperçoit le couvent de S. Elie et, un peu plus à droite, Bethléem ; cette scène sans pareille, a pour fond à l'horison les montagnes de Moab qui gisent de l’autre côté du Jourdain, au delà de la Mer Morte. Nous tonchons enfin à la 16e tour de garde où nous voyons se dessiner sur l’horison les crénaux des murs de la Ville-Sainte. Jérusalem ! Jérusalem! à ce cri les croisés se sentirent dominés par une joie indescriptible, Et nous aussi, nous sommes émus, nous foulons un sol qui frappé de nos pas nous renvoie les échos des plus mémorables événements du monde; les personnages les plus célèbres ont buriné à sa surface dans leur passage des caractères ineffaçables que nous savons déchiffrer, et je ne sais quelle vapeur secrète, mais suave, s’en exhale pour dominer nos cœurs et nous enivrer en quelque sorte, Aussi est-ce avec empressement que nous descendons de nos montures pour nous agenouiller et baiser ce sû! ani à si Justes titres est appelé Terre-Sainte. C’est avec âme et les larmes aux yeux que nous chantons le cantique du roiprophète :(1)
Je me suis réjoui de cette parole qui m’a été dite: nous irons dans la maison du Seigneur,
Nous établirons notre demeure dans tes parvis, Ô Jérusalem,
Jérusalem, ville auguste, commune patrie des serviteurs de Dieu, dont les diverses parties forment un tout admirable,
Là sont montées les tribus consacrées au Seigneur, pour rendre hommage à son nom, selon la loi d'Israël,
Là sont placés les sièges de justice, les trônes de la maison de David,
Demandez la paix pour Jérusalem ; que ceux qui t’aiment, 6 cité sainte, jouissent de toutes sortes de biens,
Que la paix règne dans tes remparts, et l'abondance dans tes palais, msn
(1) Lætatus sum in his quæ dicta sunt mihi. Psaume 121.
212 DE QUÉBEC A JÉRUSALUM
Asile de mes frères et de mes amis, mes paroles sur toi étaient des paroles de. paix.
La maison du Seigneur notre Dieu est dans ton enceinte ; c'est pourquoi j'ai appelé sur toi tous les biens. Gloire soit au Père etc,
Puis nous récitons un p&ler un ave pour gagner l'indulgence à la vue de la Ville-Sainte, et reprenons nos montures pour continuer notre route.
D'ordinaire un Père de Terre-Sainte vient en cet endroit à la rencontre des pèlerins, pour les saluer et les introduire dans la ville. Mais l'arrivée du Prince Rodolphe, qui nous précédait de quelques minutes, nous priva de cet avantage,
Chacun ayant maintenant appris à dominer sa monture, nous nous mettons en file deux à deux et faisons notre entrée dans un ordre admirable, La marche est ouverte par le Frère Liévin, sur son superbe cheval gris-pommelé, puis viennent les membres du bureau, les ecclésiastiques, les hommes, et enfin les dames que suivent nos moukres en fermant la marche.
Nous laissons à gauche l'établissement russe, passons la 17e tour de garde et touchons aux murs de la ville que nous longeons sur notre gauche jusqu’à la porte de Jaffa,
Nous passons sous un arc de verdure érigé pour le prince et trouvons toute la population sur pied, en habits de fête, à l’occasion de cette visite, moins toutefois un campement de bédouins dont les sombres tentes s’étalent à la porte même de la ville, avec leurs chameaux agenouillés sur la place et leurs enfants nus qui veulent eux, aussi, servir leur curiosité malgré leur manque de costume,
Nous franchissons la porte, munie d’un seuil en pierre que nos chevaux enjambent, mais que les voiturgs ne peuvent franchir, tournons à gauche, où nous prenons la % rue qu'on rencontre, rue étroite, inégale, régulière, pavée en cailloux ronds sur lesquels retentissent les fers de nos chevaux, laissons à doite 2 autres rues à peu près semblables, et continuons tout droit, jusqu’à ce que nons voyions, dans un angle à gauche, la porte d’une grande construction, au dessus de laquelle nous lisons l'inscription : Hospitium Franciscanum, c'est la Casanova ou hôtellerie des Pères franciscains qui doit nous recevoir.
Casa-Nova.
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Jérust les Franci Jaffa et à cordialité que nous pice, le R ligieux, u raires, QU crée, ont ble, C'es la parole ses habitv incontine sance,
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DE QUÊSEU À JÉRUSAZEM 213
Casa-Nova.—La basilique du S. Sépulcre.— Visites : les Franciscains; le Patriarche; les Frères des Ecoies Chrétiennes; le Consul de France.
Jérusalem, mardi 29 mars.—Nous sommes accueillis par les Franciscains de Jérusalem, comme nous l’avions été à Jaffa et à Ramleh, c’est-à-dire avec une bienveillance, une cordialité toute fraternelle, bien propre à nous faire oublier que nous sommes en pays étranger. Le directeur de l’hospice, le R. Père Léon Patrem, ajoute à sa qualité de bon religieux, une haute éducation unie à de grands talents littéraires, que certaines publications, et surtout la chaire sacrée, ont fait ressortir en plus d’une circonstance mémorable, C'est un français, encore jeune, aux allures vives, à la parole brève, sans rien lui faire perdre toutefois de ses habitudes d'urbanité et de politesse qui lui assurent incontinent l'affection de tous ceux qui font sa connaïse sance,
À peine avons-nous franchi le seuil de l’hospice, qu'on nous conduit au divan on salcn principal de la maison, où notre président, assisté de uote secrétaire, se mettent aus. sitôt à nous distribuer les chamsres. Le n° 49, üe plein pied avec le divan, m’échoit avec Ï!. Bolduc pour compagnon. Les chambres, sans rien emprunter au luxe des somptueux hôtels des grandes villes, sont, cependant fort convenables, ayant surtout d'excellents lits (Comme partout en Orient, le bois n’est employé qu'aux endroits absolument indispensables, pavés en pierre, murs de divisions en pierre, voute en pierre, ce qui, joint aux persiennes qui garnissent les fenêtres, ne contribue pas peu à protéger contre les chaleurs excessives de ces contrées.
RCE ÉTAT
Casa-Nova est une bâtisse très ancienne, mais qui tont dernièrement à été restaurée ou plutôt refaite, de manière qu'elle a aujourd'hui un aspect tout rajeuni fort agréable, Le divan et le réfectoire sont surtout remarquables par leur propreté et leur élégante simplicité.
La bâtisse forme un parallélogramme avec une cour intérieure à ciel ouvert, et des deux côtés des corridors sont distribuées les chambres des pèlerins. Du divan, nous n'avons qu'un escalier à monter pour nous trouver sur la terrasse, où nous jouissons d’un magnifique point de vue, ponvant embrasser presque toute la ville d’un seul coup d'œil. Le St-Sépulcre, la mosquée d’'Omar, les patriarcats latin et grec, la tour de David, et au second rang le mont des Oliviers, celui du Mauvais-Conseil, celni du Scandale, l'établissement russe extra muros etc. se rangent en cercle autour de nous pour s'offrir à notre inspection.
Chacun ayant pris possession de sa chambre, nous nous rendons tous ensemble à l’église du St Sépulcre, au tombeau de Notre-Seigneur, but principal de notre pèlerinage, Nous tournons à droite au sortir de l’Hospice, et nous prenons la première rue à gauche, qui se termine plus bas sur une rue transversale dont nous prenons la droite, pour passer dans un petit basar, c’est-à-dire une rue couverte où se trouvent des étalages de marchandises de chaque côté; puis tournons à gauche, sous un autre basar, descendons quelques marches en tournant encore à gauche, et débouchons sur le parvis de la Basilique, que nous trouvons en partie occupé par des étalages d'objets de piété, chapelets, médailles, images, etc.
La Basilique est tout entourée de constructions qui ne permettent pas d’en bien saisir la forme extérieure, et de ce parvis qui constitue son unique entrée, elle n'offie rien de remarquable ni de bien imposant, si ce n’est une porte fort antique s’ouvrant sur son côté, à peu près au milieu de sa longueur,
Nous ne sommes pas peu étonnés en pénétrant dans le saint lieu de voir installés, sur des divans à côté de la porte, des officiers Turcs avec le turban sur la tête et fu-
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DE QUÉR£O A JÉRUSALEM 215
mant stoïiquement leur chibouque. Leur regard semble nous dire qu'ils sont étonnés de notre étonnement à leur vue, ne croyant, eux, faire que ce qu'il leur convient de faire.
Le premier objet qui frappe ensuite nos regards, est la Pierre de l’Onction, droit en face de la porte ; c’est une table en pierre rouge du pays, de 74 pieds de longueur sur 4 de largeur, élevée de 11 pouces sur le pavé, et au-dessus de laquelle brûlent des lampes nombreuses et fort riches. Nous nous agenouillons pour la vénérer en la baisant, et continuant à gauche, nous passons entre d'énormes piliers pour nous trouver sous la coupole même qui surmonte l'édifice, au milieu de laquelle coupole s'élève l’édicule qui renferme le tombeau du Sauveur. Nous gravissons deux marches pour nous trouver en face même du saint édicule ; puis, passant entre des cierges de dimensions énormes, nous pénétrons dans la chapelle de l’'Ange, au milieu de laquelle nous vénérons une pierre que supporte au milieu un pilier isolé d'environ 8 pieds de hauteur. De là, il n’y a plus qu’à franchir une petite porte cintrée d'environ 4 pieds de hauteur, pour nous trouver dans le lieu le plus saint du monde, le tombeau dans lequel fut renfermé le corps même du Sauveur après sa descente de la croix, et d’où il sortit trois jours après plein de vie, plus brillant que le soleil, triomphant de la mort et de —a malice des hommes. Nous pénétrons les uns après les autres, quatre par quatre, dans le saint lieu pour baiser la pierre sacrée qui recouvre la fosse même où fut déposé le corps de l’homme-Dieu, et laisser parler nos cœurs, ou plutôt nous livrer pendant quelques secondes aux douces émotions qui agitent nos cœurs et que le temps ne nous permet pas pour le moment de prolonger d'avantage. Nous passons de là à l’autre côté de coupole, dans la chapelle des Pères franciscains, où l’on garde le S. Sacrement, et où réunis, nous chantons ensemble le Te Deum, pour remercier Dieu d’être heureusement parvenus au terme de notre pèlerinage.
Nos prières terminées, nous contournons le chœur des Grecs, en jetant un regard sur les diverses chapelles qui le
bordent tout autour à gauche du couloir que nous suivons, et arrivés près de la porte, nous montons un escalier de 18 marches taillées dans le roc, pour pénétrer sur le Calvaire. Nous vénérons l'endroit où Jésus fut attaché à la Croix, que désigne une rosette en mosaïque dans le paré, le lieu du Stabat Mater, puis l'endroit même où fut plantée la Croix, Le Fre Liévin ne fait que nous indiquer les lieux en quelques mots, remettant à un autre moment à donner plus de détails, tout en permettant à chacun de faire des visites pariculières avec moins d’empressement, une plus grande étude des lieux, et surtout des méditations en rapports avec les événements mémorables dont ils ont été Les témoins-
Nous revenons à Casa-Nova à 7 h. qui est l'heure fixée pour le souper ou plutôt le dîner comme on l'appelle ici.
La récréation qui suivit le repas fut assez courte, chacun sentant un besoin de repos après des exercices si pro longés. Cependant, bien que nous eussions fait onze lieues ce jour et seulement cinq la veille, presque tous confessaient être moins fatigués que le soir précédent, les mouvements répétés pour ceux qui n’en ont pas l'habitude étant toujours plus pénibles à leur début.
Jérusalem, mercredi 30 mars.—Malgré le besoin de repos dont je me sentais pressé, ce n’est encore que long. temps après m'être mis au lit, bier soir, que je pus me livrer au sommeil, tant l'émotion qu'avait suscitée en moi la présence des lieux que javais visités, avait excité mes nerfs et me retenait dans une agitation fébrile, J'étais à Jérusalem, j'avais mis les pieds sur les traces des pas de Jésus, j'avais gravi le Golgotha sur lequel il expira, pénétré dans le sépulcre qui le renferma et qui devint le théâtre brillant de son triomphe, le sceau, la confirmation des oracles de vie sortis de sa bouche ! J'étais à Jérusalem ! le point le plus saint de la terre, ce lieu qui de tout temps a été en communication directe et constante avec le Ciel! Il fallait me le répéter pour me forcer à y croire, tant était pleine d’étonnement pour moi, la réalisatiou de ce rêve de toute ma vie. 1l me semblait voir la voute des Cieux en-
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Ce n’est qu'après avoir longtemps roulé ces pensées dans mon esprit, que la lassitude l’emportant à la fin, je pus me livrer au sommeil.
Ce matin, dès avant cinq heures, j'étais sur pieds, et peu après me dirigeais au Saint-Sépulcre pour y célébrer,
Mais j'ignorais encore qu’il n’en est pas ici comme à Québec ou à Paris, et qu’il faut à tout instant avoir à compter avec MM. les Turcs, Je parviens donc sans difficulté sur le parvis de la Basiliqne, mais j'en trouve la porte fermée, Je m'approche du guichet ouvert dans cette porte et demande au portier, à l’intérieur, s’il n’y a pas moyen d'entrer. Il parut d’abord hésiter, puis jetant les yrux sur ma croix de pélerin : —Attendez un peu, me dit-il, le Prince Rodolphe doit entrer dans la minute, et vous pourrez entrer ensuite ; mais vous seul, car la porte restera 1iermée.— Je me retire donc un peu à l'écart, et presque aussitôt je vois arriver le Prince avec son escorte, précédée de 6 cavas qui font retentir le pavé des longues hallebardes qu'ils portent,
(1) Nou ne voulons pas que celui-ci règne sur nous,
Les deux battants de la porte livrent l'entrée au Prince et à son escorte, et de suite une foule en haillons, nu-pieds déguenillés, hommes et femmes, se précipitent dans la porte pour pénétrer à l’intérieur, Des bachibouzoucks font rouler sur les épaules de ces voyous force coups de cravaches, pendant que les gardiens à l’intérieur s'efforcent de refermer les battants au milieu des cris confus des assiégeants et des assiégés. J'attends à l'écart que ce tapage soit apaisé, et je me présente de nouveau au guichet.—Je vais bailler la porte, me dit le portier, et vous entrerez seul.—Et de fait, comme il ne faut pas une très large ouverture pour me livrer passage, je pus pénétrer à l’intérieur sans peine et sans qu'aucun de la bande tapageuse ne püt se glisser derrière moi.
Je fais en passant une courte visite à l’intérieur du S. Sépulcre et me rends à la sacristie, dont on nous avait montré la porte la veille. Je trouve le chapelain du Prince, l'Archevêque nommé de Vienne, qui s’habillait ponr célébrer dans le S. Sépulcre même.—Il sera trop tard pour dire une autre messe dans le S. Sépulcre à la suite de celle qui va commencer, me dit un Père, voulez-vous célébrer sur le Calvaire ?—Très bien, lui dis-je, j'en serai très heureux. —Habillez-vous de suite, fit-il en me montrant l’ornement.
Ayant pris les ornements, je suis un Frère qui doit me servir. Nous faisons, comme la veille, le tour du chœur des Grecs, puis nous montons les 18 marches du Calvaire, et je me rends à l’autel de la Crucifixion, c’est-à-dire, à l'endroit même où l’on attacha Jésus-Christ à la Croix.
Par un privilège spécial, dans tous les sanctuaires principaux, on peut dire la messe votive du mystère commémoré par le lieu qui en fut le théâtre. C’est donc la messe votive de la Croix qu'on dit à l’autel de la Crucifixion.
Si jamais les paroles de la sainte liturgie ont fait impression sur mon pauvre cœur, c’est bien en cetta circonstance mémorable. Avec quel plaisir je m’appliquais à en pénétrer le sens, j'en savourais la récitation ! Vos aulen gloriari oporlet in Cruce Domini Nostri Jésu-Christi, pour nous, c’est dans la seule Croix de Jésus que nous devons
nous glor gage de n jusqu’à la que ce m!
sola fuisti reuse Oro gneur des hominis tre nabunt eur fagellandu Jérusalem prêtres et le livreron cifieront...
épuisée su indigne, e je vais ren cet abyme Ce n’est paroles de me domin Le saint Saint-Sépu action de :
tiques qui:
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tgeur, et loigée de.
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(1) Par] proprement
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nce et pieds ans Ja oucks Le craent de assiére soit e Vais 1. —Et > pour peine lisser
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bit me hœur vaire, dire, à Xe uaires comonc la Jruci-
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pour evons
DE QUÉBEO À JÉRUSALEM 219
nous glorifier, cette Croix qui est notre salut, notre vie, le gage de notre résurrection. ... Jésus s’est rendu obéissant jusqu’à la mort et à la mort de la Croix; et c’est ici même que ce mystère d'amour s’est opéré ! O Crux benedicta, que sola fuisti digna portare Regem cælorum et Dominum, O heureuse Croix, qui fus seule digne de porter le Roi et le Seigneur des Cieux !... Ecce ascendimus Jerosolymam, et Filius hominis tradelur principibus sacerdotum, et scribis, et condemnabunt eum morte, el tradent eum gentibus ad illudendum, et flagellandum, et crucifigendum. Voici que nous montons à Jérusalem, et le fils de l’homme sera livré aux princes des prêtres et aux scribes, et ils le condamneront à la mort, et le livreront au mépris du peuple, le fiagelleront et le crucifieront.… Et c’est ici que la malice des hommes s’est ainsi épuisée sur le juste par excellence ! Et moi, son ministre indigne, en vertu du pourvoir de prêtre dont il m’a revêtu, je vais renouveler ce sacrifice, je vais ouvrir da nouveau cet abyme incommensurable de perversité.. et d'amour ! Ce n’est qu'avec peine que parfois je pus articuler les paroles de la liturgie sainte, tant était vive l'émotion qui me dominait tout entier.
Le saint sacrifice terminé, je pénètre de nouveau dans le Saint-Sépulcre, où, tapis dans un coin, je puis faire mon action de grâces, sans m'occuper des nombreux schisma. tiques qui sans interruption venaient dans le saint Tombeau multiplier leurs signes de croix et leurs prostrations, en même temps que leurs baisers sur la pierre sacrée ou le pavé même,
L'édieuk qui s'élève sur le saint Tombeau au milieu ‘’hmense rotonde qui couronne la Basilique est isolé ut le reste, :t mesure 25 pieds de longueur, sur 17 de geur, et 16 de hauteur. Il forme ainsi une chapeile allongée de l'Est à l'Ouest, où se trouve l’unique entrée ; un exhaussement de deux marches, sur la largeur de l’édicule, se prolonge depuis son ent ée jusqu’au chœur des Grecs, distance d'environ 40 pieds ; et c’est ce parvis, qui quoique ouvert des deux côtés, forme le chœur des latins (1) ; c’est À que le Patriarche officie dans les grandes solennités,
(1) Par les latins on entend genéralement tous les catholiques, quoique à proprement parler, cette dénomination ne désignerait que les catholiques du rit latin ou romain.
220 DE QUÉBEO A JÉRUSALEM
L'édicule, comme je l'ai dit plus haut, renferme deux cellules, la chapelle de l’Ange, et le saint Tombeau même, Cette dernière celluie mesure 64 pieds sur 5? à peu près, Les parois, de même que le pavé, sont revêtues de plaques de marbre blanc qui cachent le rocher qui forme encore les murailles de la sainte grotte, de sorte qu’en enlevant une de ces plaques, en verrait le roc naturel même quia abrité pendant trois jours le corps du Sauveur. Une table de marbre, élevée d'environ 2 pieds sur le pavé, recouvre la fosse mème où fut déposé le corps de Jésus. Pour ycélé. brer, on ajoute au-dessus une autre table qui sert d’autel, et qu'on enlève aussitôt pour laisser la place libre aux schismatiques Grecs et Arméniens, qui aujourd’hui ont aussi le droit de partager avec lez catholiques la possession de la plupart des sanctuaires les plus vénérables,
Des lampes nombreuses brülent jour et nuit, iant dans le saint Tombeau même que dans la chapelle de l’Ange et sur lu façade extérieure. La chapelle de l’'Ange est comme le vestibule du S. Tombeau, et communique avec Jui par une petite norte ceintrée, taillée dans le mur ou plutôt le rocher, qui forme la division entre les deux. Comme le prêtre qui célèbre à l’intérieur ne peut avoir qu’un, ou tout au plus deux servants avec lui, vu l’exiguité du local, c’est dans la chapelle de l’Ange que se tiennent les per. sonnes qui veulent assister an $S. Sacrifice, et c'est en s'agenouillant dans cette pstite porte, les unes après les autres, qu’elles viennent prendre la sainte communion lorsqu'elles doivent la recevoir.
La chapelle de l’Ange est ainsi appelée, par ce que c’est là que se tenait l'ange lorsqu'il dit aux saintes femmes: Surrexil non est hic, il est ressuscité, il n’est plus ici; entrez à et venez voir le lieu où on l'avait déposé. Cette chapelle est aussi toute ravêtue de marbre blanc à l’intérieur, ce marbre étant sculpté en panneaux ave: pilastres et colonnettes, La pierre que l’on voit au mili:u supportée par un petit pilier, peut mesurer un pied carré, elle est encadrée dans un morceau de marbre blanc; cette pierre est un morceau de la table qui recouvrait le saint tombeau, et sur laquelle
deux même, 1 près.
laques encore levant quia e table ouvre ycéléatel, et schisussi le , de la
it dans inge et comme Jui par utôt le ime le ’un, ou n local, es peren s’arès les nunion
e c’est mmes !
elle est
arbre inettes, n petit se dans orceau
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