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Parmi toutes les dévotions, la pratique du Chemin de la Croix est celle qui a été la plus favorisée par l'Eglise. Il est fa. cile de comprendre qu’elle fait un ordre à part par elle-même; car ce n’est rien autre chose que l'étude même de la Croix, Or la Croix est un livre où les plus ignorants peuvent découvrir des secrets sublimes. La Croix est un arbre d'où coule un baume qui peut guérir toutes les douleurs. La Croix est l’abrégé de la Rédemption, c'est le résumé de l’histoire de l'humanité ! Aussi la pratique du Chemin de la Croix a-t-elle été chère à toutes les âmes pieuses, à tous les saints.
La première qui a parcouru la voie du Calvaire, est sans doute la sainte mère de Jésus. S. André de Crête nous dit que tous les jours elle parcourait la Voie douloureuse, baisant cette cette terre qui avait été rougie du sang de son fils, et s’'ar”* tant à chaque étape de sa marche au Calvaire, pour savou toute l’amertume de sa douleur. Nul doute que Madeleine, S. Jean et les apôtres ont dû s’unir souvent à la Mère de Dieu, pour s'associer à son affliction, raviver leur amour du Sauveur, et y chercher un accroissement de force et de zèle.
Dans tous les siècles, des âmes pieuses sont venues véné. rer dans la Ville Sainte les traces des pas du Sauveur des hommes. Origène, St Cyprien, St Athanase, St Jean Chrysostôme, St François d'Assise, St Ignace de Loyola, sont venus successivement chercher au saint tombeau, lumière, grâce, fortitude.
Qu'il nous était doux de penser, en recherchant les traces du passage de Jésus, que nous marchions à la suite de si saints personnages, et qu'en nous rendant leurs imitateurs, nous avions pour ainsi dire des droits particuliers à leur protection pour toncher le Ciel en notre faveur et le rendre propice à nos demandes.
Pour ne pas interrompre le Chemin de la Croix, j'ai anticipé dans mon récit, car comme je l'ai fait remarquer ; nous sommes restés à la porte de la basilique pour attendre l’arrivée du Prince Rodolphe.
Après avoir attendu plus d'une heure sur ces dalles pierreuses, sans avoir seulement un caillou pour s'asseoir, le prince se montra à la fin, précédé de six cavas et recevant le salut d'honneur des gardes turques qui tenaient le passage libre.
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nous rendîmes de suite à la sacristie des Pères franciscains où lon nous distribua, pour la procession, car l'heure en était déjà arrivée, des cierges portant le sceau du S. Sépulcre. Chaque pèlerin garde ce cierge après la procession et se fait un devoir de le remporier pour: le conserver, afin qu’il soit allumé près de son corps après sa mort.
Les Pères franciscains renfermés dans la basilique du S. Sépulcre sont au nombre de 10 à 12, se relevant tous les trois mois. Ils ont là, dans un monastère contigu à la basilique et n'ayant d'autre issue pour communiquer avec l’extérieur que la nef même du saint édifice, réfectoire, dortoir, cuisine, chœur, etc. C'est là qu'ils reçoivent les pèlerins, 5 à 6 chaque soir, qui désirent célébrer ou recevoir la sainte communion dans le tombeau même du Sauveur. Ils chantent là leur office canonial tant de nuit que de jour, suivent tous les autres exercices de leur règle, et tous les jours, à 4H h. p. m., font en chœur ei en chantant une procession aux différents sanctuaires que couvre l'immense édifice. C’est à cette procession que peuvent s'associer les pèlerins s'ils le désirent,
La chapelle des Pères franciscains dans la basilique du S. Sépulcre, sous le vocable de l’Apparition de Jésus à sa Sainte Mère a près sa résurrection, est la seule, dans l'immense édifice, où l’on conserve le Saint-Sacrement, C'est de cette chapelle que part la procession, et c’est là aussi qu’elle se termine. (1)
Les Pères réunis devant le maître autel, chantent l’antienne O Sacrum convivium avec le verset et l'oraison, puis l’on se met en marche.
La lère station avec indulgence plénière se fait devant la Colonne de la Flagellation qui est conservée dans la chapelle mème, sur l’autel du côté de l’épitre. On chante l'hymne : Trophæa Crucis mystica, etc. “ Que notre bouche, notre langue et notre cœur célèbrent 101 les mystérieux trophées de la Croix,
et que notre âme en suivant les traces du Christ les arrose de ses larmes.”
Puis on sort de la chapelle, et prenant le côté gauche, on poursuit le large passage qui entoure le chœur des Grecs, en
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(1) Voir le plan de l'Eglise du S. Sépulcre où se trouve tracée la marche de la procession.
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272 DE QUÉBEO A JÉRUSALEM
suivant le mur de gauche. A l'extrémité de ce passage, onse trouve en face de la Prison de N. S. dans laquelle on péuètre, Cette chapelle appartient aux Grecs schismatiques. C'est là, dans une espèce de grotte, qu'on aurait renfermé N.S8. pen. dant les préparatifs du crucifiement. On chante dans l'hymne : # Celui qui va délivrer au prix de son sang les âmes des lies et les rendre à la lumière, est emprisonné 1c1 comme un vil esclave” Indulgence de sept ans à celte 2e station.
Cette chapelle est sans style et sans ornements, Elle est précédée d’une espèce d’anti-chambre où l’on voit, renfernée sous un grillage, une pierre percée de deux trous, dans lesquels on prétend que furent retenus les pieds de N.S. lorsqu'il était dans cette prison.
Sorti de cette chapelle on poursuit la marche en suivuit le mur de gauche qui fait ici une ceinture au rond-point ds chœur des Grecs. On passe devant la chapelle de 8. Longin, puis on s'arrête à quelques pas plus loin, à celle de la Division des vêtements qui appartient aux Arméniens, c’est là que se fait la 3e station avec aussi indulgence de sept ans. (Cette chapelle est en forme d'abside et n’a rien de remarquable.
On chante : ‘ Icr des impies ont partagé les vêtements du Christ mourant et ont tiré au sort sa tunique sacrée.”
Cette tunique sans couture, confectionnée par Marie mème, est conservée à Trèves qui l’a reçue de Ste Hélène mème.
Dépassant un peu le milieu de l’abside de la basilique, on descend par un escalier de 26 marches dans la chapelle Arménienne de Ste Hélène ; on la traverse en se dirigeant à son côté droit, où l’on descend un autre escalier de 13 marches pour pénétrer dans la chapell:. franciscaine de l’invention de la Ste Croix, où se fait la 4e station et où il y a indulgence plenière. On chante ici : ‘* O Croix notre unique espérance, Groix retrouvée 1cr pat Ste Hélène, je te salue, Par elle, ô mon Dieu, redressez et sauvez dans votre miséricorde les cœurs égarés, par elle angmentez la foi comme l'espérance dans les âmes pieuses, et accordez aux coupables indulgence et pardon.”
C'était la coutume chez les Juifs d’enterrer de suite les instruments du supplice des criminels, par ce que ceux qui les auraient touchés seraient devenus impurs pendant 10 jours. On avait donc jeté ici, dans une vieille citerne, les croix et les autres menus instruments du supplice du Calvaire. Lorsque Ste Hélène, trois siècles plus turd, vint rechercher ces pré
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cieuses reliques, il ne lui fut pas difficile, guidée par la tradition, de retrouver ici la Croix du Sauveur avec l'inscription, la lance, l'éponge, etc.
Cependant il restait encore un embarras, des trois croix, laquelle avait été l'instrument de notre rédemption ? Il y avait alors dans la ville une femme extrêmement malade, touchant à ses derniers moments. Hélène avec le saint évêque Macaire se rendent auprès de cette malade, et s'étant mis en prière, ils lui font toucher l’une après l’autre les trois croix. Les deux premières ne produisirent aucun effet; mais aussitôt qu’on lui eut fait toucher la troisième, elle se leva parfaitement gnérie, On ne se contenta pas de cette épreuve, on voulut en faire sur lechamp une seconde. On amena le cadavre d’une personne qui venait de mourir. Le contact de la lre et de la 2e croix ne produisit aucun effet, mais à la troisième, le mort se leva plein de vie. Nuldoute que c'était bien là la Croix sur laquelle avait expiré Jésus-Christ.
Lors de la prise de la Ville Sainte par les Perses en 614, la Croix avec les autres reliques de la Passion, fut transportée en Perse. Mais reconquise plus tard par Héraclius, elle fut ramenée à Jérusalem, et enfin distribuée en différents sanctuaires, qui en gardent encore aujourd’hui des portions plus où moins considérables. La partie la plus notable qui en reste est conservée à Rome, dans l’église de Ste Croix de Jérusalem,
La chapelle de l’Invention de la Ste Croix peut mesurer environ une trentaine de pieds. lle est de forme irrégulière, et laisse voir sans peine qu'elle a pu faire autrefois une citerne, Elle appartient aux Pères franciscains qui viennent tous les matins y célébrer une messe,
Remontant l'escalier de 13 marches, nous nous arrêtons dans la chapelle de Ste Hélène pour y faire la 6e station avec indulgence plénière. x
On tient que Ste Hélène surveillait d'ici les fouilles qu’elle faisait faire dans la vieille citerne à la recherche des précieuses reliques. Cette chapelle, qui appartient aux Arméniens, est de style bysantin et n'a rien de remarquable. Il est facile de voir qu’on a fait rentrer dans sa construction des débris de l’ancienne église du S. Sépulcre, et plus encore sans doute de celle que Ste Hélène avait fait ériger sur le lieu même et que Chosroës détruisit lors de sa conquête de la ville sainte.
Remontant le grand escalier de 26 marches, on poursuit