‹ De Québec à Jérusalem [microforme]Chapitre 37 sur 94 · DRE · texte numérisé non relu

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un autre portant à son centre un vaste vase en pierre qui laisse couler l’eau qu’il reçoit de la fontaine scellée près de Bethléem (Z liéues) par l’aqueduc de Salomon.

Continuant toujours au S., on descend à une centaine de pieds plus loin un escalier pour se trouver dans nn vaste son. terrain, formé de deux voutes que supportent d'énormes piliers en pierre. On attribue à Hérode le Grand la construction de cette salle souterraine. Vers l'extrémité du souterrain, en descendant 8 marches, on se trouve en face d’une énorme colonne formée d’un seul monolithe avec son chapiteau dont les feuilles d’acanthe ont la forme de palmes.

Sortis du souterrain en revenant sur nos pas, on trouve out près, à gauche, l'entrée de la mosquée El-Aksa qui est élevée sur l'emplacement de l’église de la Présentation de la £a Wir: + bâtie par Justinien.

Omar, qui avait fait sa prière dans l’église ds la Ste Vierge —on nous montre l'endroit où il se tenait—la convertit en mos. quée, Sous les croisés, cette mosquée devint le palais royal sous le nom de palais de Salomon. Saladin plus tard la réta. blit en mosquée, et elle a depuis gardé le même caractère.

La mosquée El-Aksa est après celle d'Omar la construction la plus considérable du Moriah. C’est une vaste salle à 7 nefs divisées par 6 rangées de colonnes et de piliers. La nef centrale est un peu plus large que les latérales.

On voit en entrant, en face de la porte, une pierre encastrée dans le pavé entourée d’une grille. est là, disent les musulmans, le tombeau des fils d’Aaron ; mais rien ne peut confirmer cette tradition musulmane.

À gauche on voit la citerne de la feuille. Un saint musul man s'étant rendu en paradis en serait revenu avec une feuille verte derrière l'oreille, de là son nom.

La mosquée est couronnée d’une coupole vers son extrémité S. C'est précisément là que Marie aurait habité avec la pro phetesse Anne, et ce serait là aussi qu’elle aurait plus tard offert son divin enfant aux bras de Siméon.

Au delà de la coupole se voit un peu à droite, une belle chaire magnifiquement sculptée. C'est le Mimbar que Saladin a fait placer là. A droite du Mimbar et adossé au mur dela mosquée est le imihrab, espèce de niche vers laquelle se tour. nent Les musulmans pour prier. Ce mihrab orné de colonnettes

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est peint en mosaïque, et l’on voit au devant deux chandeliers portant chacun un énorme cierge.

En partant de la coupole pour retourner à l’entrée, on voit à gauche les colonnes de l'épreuve. Ce sont deux colonnes fort rapprochées l’une de l’autre. Ceux qui peuvent passer entre ces colonnes, s’en iront sans peine en paradis. Mais malheur à l’embonpoint et à la corpulence, Mahomet ne voudra pas les voir. Il va sans dire que nous nous amusâmes tous à faire l'épreuve. Pour moi-même, le problème était résolu avant même de l’essayer, mais il n’en fut pas ainsi pour M. Bolduc et plusieurs autres de nos compagnons. Ils eurent beau se comprimer autant que possible, essayer tantôt l’épaule droite et tantôt l'épaule gauche, impossible de se faire admettre dans le Paradis de Mahomet. Nous passâmes là un quart d'heure des plus agréables.

Des deux côtés de la coupole se trouvent des nefs particulières formant comme des bras ou des chapelles au corps principal. Celle de droite est l’ancienne salie d'armes des Templiers, elle est divisée en deux par une rangée de colonnes. Celle de gauche est une petite mosquée où l’on nous montre l'endroit où Omar fit sa prière, et plus loin où Zacharie et son fils S. Jean-Baptiste, d’après les musulmans, prièrent aussi.

Sortis d'El-Aksa, nous retrouvons notre serviteur arabe avec le panier de nos chaussures que nous échangeons contre nos pantoufles, car la visite des lieux sacrés est maintenant terminée.

De 1à nous nous rendons à l'angle $. E. de l’esplanade, dont l'enceinte en cet endroit forme le mur même de la ville, pour visiter, après une descente de 32 marches, une chambre qu'on appelle le berceau de Jésus. On sait que le saint vieilliard Siméon avait son habitation en cet endroit. Or d’après la tradition, la Ste Vierge après avoir présenté son enfant nouveau-né au Seigneur et l'avoir racheté par deux colombes, suivant la loi, se serait rendue à l'invitation du saint prêtre de passer quelques jours dans sa maison. La chambre aujourd'hui forme une petite mosquée. On nous montre une niche creusée en forme de coquille et couchée horizontalement sous un dais soutenu par de petites colonnes de marbre blanc,

comme étant, d’après les musulmans, le véritable berceau de Jésus.

De cette petite mosquée on peut descendre, par une porte

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au N. dans uu vaste souterrain sans pavé, à voute supportée par d'énormes piliers. On prétend que c’étaient là les écuries de Salomon. Les croisés s’en seraient également servi pour y loger leurs bêtes. On voit encore dans les piliers les trous destinés à y passer les licons pour retenir les bêtes en place.

Ces différentes constructions souterraines n’ont rien qui doivent surprendre ici, si l’on veut bien faire attention à l'é. norme différence de niveau qui se trouve entre le pavé de l'esplanade et le sol en dehors du mur d'enceinte. C'est que Salomon, pour asseoir le Temple avec ses vastes parvis, de même que son propre palais sur le sommet du Moriah, avait fait niveler ce sommet inégal et irrégulier, abaissant ici des pointes saillantes, et comblant là des dépressions sou vent à des profondeurs considérables. On peut voir en certains endroits de ces souterrains, de même qu’en dehors du mur d'enceinte, des restes évidents de ces constructions Salomoniennes,

Suivant de l' le mur d'enceinte du côté de l'E, on parvient à un petit escalier montant à une plateforme où se trouve un mihrab et un fut de colonne sortant horizontalement du mur, comme un canon qui serait braqué sur le mont des Oliviers. C’est là la culée qui sert au pont de Sirath, dont j'ai parlé plus haut, qui a ici son point de départ et aboutit au mont des Oliviers. Mais ce pont, qui n’a pas plus de surface que le taillant d’un rasoir, ne peut être vu que par les vrais croyants. & Jesuis bien certain, dit le Frère Liévin, en nous donnant ces explications, que peu d’entre vous le distinguent. — Mais il n’y a absolument rien.—Cependant je le vois bien, moi, je le distingue parfaitement, ajouta-t-il affectant un sérieux que des naïfs qui ne l’auraient pas connu auraient pu prendre pour véritable. Or, poursuivit-il, sachez bien que les âmes, à la fin du monde, après avoir passé par la balance que nous avons vue plus loin, devront ensuite passer par ce pont. Pour les bons, rien de nlus facile, car leurs anges gardiens les soutiendront, et ils passeront de suite en paradis. Mais pour les méchants, ne pouvant garder l'équilibre, ils tomberont dans le torrent de Cédron, qui s'ouvrira aussitôt pour les laisser tomber directement dans l'enfer.”

L'épreuve étant ici plus dangereuse et plus difficile que celle du passage entre les deux colonnes, aucun ne tente de s’aventurer sur ce pont invisible et nous poursuivons notre marche jusqu’à la porte Dorés qui fait face à la mosquée même

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La porte Dorée, qui est divisée en deux arches par deux énormes monolithes, est surmontée de deux petits dômes. Elle est complètement murée du côté extérieur, mais à l’intérieur ses parois sont ornées de pilastres portant une frise richement sculptée. Les musulmans la tiennent ainsi close par ce qu’ils prétendent que c’est par cette porte qu’entreront un jour les francs pour se rendre maîtres de la ville.: Ils ignorent qu'ils accomplissent en cela une prophétie d'Ezéchiel. ‘ Et le Seigeur me fit retourner vers le chemin de la porte du sanctuaire extérieur qui regarde l'Orient et elle était fermée. Et le Seigneur me dit : Cette porte demeurera fermée, elle ne sera point ouverte, et nul homme n’y passera, parce que le Seigneur, le Dieu d'Israël, est entré par cette porte, et elle demeurera fermée.”

On sait que c’est par cette porte que Notre-Seigneur fit son entrée dans la Ville Sainte le dimanche des rameaux.

Tout le terrain avoisinant le mur d'enceinte à l'E. est couvert d'herbe qu'émaillent un grand nombre de fleurs aux couleurs variées. Je cueillis entre autres : Anemone coronaria, Nigella sativa, Papaver rhœas, Sinapis orientalis, Capsella bursapastoris, Reseda lutea, Silene armeria, éc.

A droite de la porte, se trouve une petite foret de nopals très vigoureux, dont plusieurs montraient déjà des boutons prêts à s'épanouir.

A quelques pas à gauche, une espèce d'escalier sur une vieille muraille adossée au mur d'enceinte, nous permet de

monter jusque sur le mur même, d'où l’on peut prendre une vue d'ensemble sur tous les environs.

Iln’yaici ni balcon, ni plateforme, cependant, bien que l'épaisseur seule du mur pôt servir de lieu de station, le panorama de ce point élevé évoquait tant de souvenirs, que tous mes compagnons étaient déjà éloignés à une certaine distance, lorsque je remarquai que je restais là seul et qu’il me fallut en descendre. La plus douce des rêveries m'avait ici tellement absorbé, qu’elle m'avait fait oublier la recherche des plantes et des insectes que je voulais poursuivre sur la surface her-

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di mur d'enceinte closant ici l’esplanade de la célèbre mosquée.

Je voyais à mes pieds cette étroite hande de la vallée de Josaphat, qui s'abaisse brusquement dans le torrent de Cédron pour remonter de l’autre côté par une pente moins abrupte et

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beaucoup plus gracieuse, jusqu'au sommet du mont des Oliviers que couronnent le couvent du Carmel avec son église. Je voyais à droite du mont des Oliviers la dépression qui le sépare de la colline où s'élève Béthanie. Plus rapproché, je fixais l’endroit, sur le chemin que je voyais serpentant sur le flanc de la montagne, où se trouvait Bethphagé, où Notre Seigneur envoya deux de ses apôtres prendre l’ânesse et l’Anon qui devaient lui servir dans son entrée triom phale à Jérusalem, six jours avant sa mort. Je voyais la foule ivre de joie se dépouiller de ses manteaux pour en couvrir la route que devait parcourir l’humble monture portant le roi d'Israël, J’entendais les hosannah mille fois répétés de cette foule res. pectueuse, Benedictus qui venit in nomine Domini; hosannah filio David! Je voyais les jeunes gens grimper sur les oliviers qui bordaient alors la route, et dont on voit encore ça et là quelques représeutants, pour en détacher des branches vertes qu’hommes et femmes se partageaient en signe de réjouissance, Je voyais le glorieux cortège suivre les sinuosités de la route pour descendre jusqu’au torrent de Cédron, le traverser sur un pont de pierre comme celui qui le coupe encore aujourd'hui puis remonter la pente à mes pieds pour entrer au Temple par cette même porte Dorée sur laquelle j'étais assis dans le moment, Hélas ! qui aurait pu croire que, cinq jours plus tard, ce roi d'Israël, ce fils de David, acclamé aujourd’hui avec tant d'en. trainement, traverserait de nouveau et au même endroit ce même torrent, les mains enchaînées et conduit par une bande insolente, armée d’épées et de bâtons, insultant à leur victime et réclamant sa mort.

de voyais encore en face de moi, sur le flanc du mont des Oliviers, l'entrée de la grotte de l’Assomption, où reposa quelque temps le corps de la sainte mère de Dieu, celui de son chaste époux, de même que ceux de S. Joachim et de Ste Anne ; et tout auprès, la grotte de Gethsémani, où le maitre de l'univers se trouva dans un tel épuisement qu'il permit à un envoyé céleste de le soutenir dans labatiement de son agonie. Je voyais presque contigu à cette grotte, le jardin où Pierre, Jacques et Jean se laissèrent aller au sommeil pendant que leur maître souffrait et priait; je voyais tranchant sur la couleur grisâtre du sol, la verdure des huit témoins qui restent encore de la faiblesse des trois apôtres et de la trahison de Judas.

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