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couchant couvre d'or et de pourpre les cimes coni- . ques de l’Adirondack. Le Champlain nous paraît superbe; tant le soleil, et une disposition d'esprit différente peuvent donner un tout autre aspect à un même lieu!
À Rouse’s-Point, sur le côté ouest du lac, nous prenons le chemin de fer. Nous arrivons par un beau clair de lune sur les bords du Saint-Laurent, en face de Montréal. Nous traversons le fleuve en bac à vapeur. En débarquant, j'ai le plaisir d’entendre le peuple parler français.
Le lendemain matin, je parcours la ville ; hélas ! Montréal n’a pas un air français. Les enseignes sont dans un patois franco-anglais. On fait en voiture le tour de la montagne qui donne son nom à la ville. A peine dans la campagne, l'aspect anglais disparaît : C’est Jean-Pierre, qui loge à pied et à cheval; ce sont des maisons aux pignons élevés, entourées de vergers comme en Normandie ; même les émigrants ont planté les peupliers et les ormeaux de la
vieille France, à côté des pins gigantesques du Ca-
nada. Mais voici que le ciel s’est couvert de nuages blancs, un vent aigre siffle dans les bois. Nous passons le villagé de Coudeneige, nom qui fait songer aux rigueurs de l'hiver ; on admire la résolution des rudes paysans qui, les premiers, vinrent s'établir dans ces forêts.
La cathédrale de Montréal,qu’on a inaugurée le
25 juillet 1829, est un bel édifice gothique. Du haut de ses tours, l’on a une belle vue du Saint- Laurent. En ce moment, on construit un pont colossal pour relier Montréal aux États-Unis. Presque aussi élevé que le pont tubulaire de Menaï, entre le pays de Galles et l'Angleterre, il est trois fois plus long. Il faut des piliers d’une force énorme, pour résister aux masses de glaces qui descendent le fleuve à l’époque de la débâcle.
À quatre heures, un bateau à vapeur nous conduit de Montréal à l’embarcadère du Grand-Trunk, de l’autre côté du Saint-Laurent. Le temps est orageux. Dans mon char on ne parle que français : l'accent est décidément normand; l’on emploie heaucoup de vieilles expressions du temps de Louis XIII. Nous fraversons une belle plaine, infiniment mieux cultivée et plus habitée qu'aucune partie des États- Unis. A la tombée de la nuit, nous arrivons à Richmond. La culture cesse. De là à Québec s'étendent d'immenses forêts de pins, çà et là dévastées par les feux que les colons allument avec une déplorable imprévoyance. Les forèts ont un aspect septentrional, et ressemblent bien plus à nos grands bois d’Europe qu’à celle des Catskill. On éprouve un senti- ment bizarre à traverser ces déserts, en chemin de. fer, la nuit, avec des étincelles qui volent de tous côtés, comme des mouches à feu.
Il faut retraverser le Saint-Laurent pour arriver à
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r'arriver à
DE QUÉBEC A LIMA. 37 Québec. L'hôtel est plein, car le steam-ship Anglosaxon part demain pour Liverpool. Je me couche en ayant bien soin de mettre mon sac de nuit
sous l’oreiller ; car les traversins semblent inconnus au Canada.
Québec, mardi 31 août 1858.
Je ne regrætte pas les quatre jours que je viens de passer à Québec. Sur ces rivages lointains du Saint-Laurent battent de nobles cœurs! Le commerce de Québec, une ville fondée par notre Champlain en 1608, est aujourd’hui entre les mains des Anglais ou des Écossais, mais la masse de la population est française’. Dans les grandes maisons de la vieille ville survit plus d’un descendant des anciennes familles normandes, des Boucherville, des Montmagny. Une loi récente, qui uabolit le droit d’ainesse et dissout aiasi les seigneuries, va faire
1. On lit dans un ouvrage récent, la France aux Colonies, par M. Rameau, (1859, 8°. Jouby) : « Le Canada, en 1765, deux ans après la cession, ne comptait que soixante-huit mille huit cent cinquante Canadiens parlant français; en 1859, le Bas-Canada en compte, à lui seul, un million, formant une petite nation, serrée, indestructible, et qui a son importance dans l’économie générale du continent. »
disparaître plusieurs de ces restes vénérables de la féodalité, qui ont un tel charme lorsqu'on sort de la démocratie effrénée des États-Unis. Mais l’œuvre de destruction n’est pas encore accomplie.
Ce monde a gardé les vieilles traditions de l’urbanité française, que nos discordes politiques nous font perdre chaque jour. Toutes ses sympathies sont restées acquises au pays de ses pères. Dans les salons, on ne voit que des livres français, depuis les tragédies de Racine jusqu'aux Méditations de Lamartine. Il est à remarquer que ce sont les auteurs du dix-septième, ou ceux du dix-neuvième siècle, qu’on choisit de préférence. Les Canadiens n'aiment pas le dix-huitième siècle, où une débauche d’esprit devait aboutir à un carnage : temps déplorable où la royauté, la noblesse, la littérature, n’avaient d’émulation que pour se dégrader. Ils n’ont pas encore pardonné à Louis XV et à Mme de Pompadour, qui les abandonnèrent si lâächement ! On a beaucoup parlé de ce traité de 1763. La France n'était-elle pas complice ? Le roi Voltaire n’écrivait-il pas, avec une légèreté assez criminelle : « Dans ce temps-là, l’on se disputait quelques arpents de neige au Canada. »
Mais, quoique toutes leurs syrapathies soient en France, les Canadiens, à peu d’exceptions près, sont réconciliés avec la domination anglaise. Ils ne veulent pas entendre parler d’être incorporés aux Etats-Unis.
Dans ces dernières années, le système gouverne-
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mental a été fort amélioré, et la comparaison avec la mobocratie américaine est certainement à l'avantage des institutions anglaises. Il y a un million de Français au Canada, et ce nombre augmente chaque jour, par la merveilleuse fécondité de cette population religieuse et saine. Ils ont pu se défendre contre l'élément britannique; mais ils seraient absorbés dans le chaos des États - Unis. D'ailleurs, comme tout Français qui n’a pas été gâté par l’incrédulité d’une demi-philosophie, le Canadien est essentiellement monarchique. Chose bizarre ! c’est surtout dans le Haut-Canada, colonisé par des Anglais et des Ecossais, que sont les quelques mauvaises têtes qui désirent secouer le joug, bien doux cependant, de la reime Victoria.
Quoi qu’il en soit, quand on contemple ce beau pays, quand on observe cette noble race, l’on ne peut s'empêcher de regretter amèrement la perte du Canada.
Une des belles pages de l’histoire est celle de la colonisation de ces pays, de la découverte de ces solitudes par les missionnaires jésuites. L’historien protestant Bancroft s’échauffe lui-même au récit de ces merveilles! Lorsqu'on songe à ce que ces hommes intrépides eurent à endurer, l’on recon- "nait qu'ils devaient être guidés et soutenus par Dieu même. Eux seuls réussirent à amener dans le bassin du Saint-Laurent ces rudes petits-fils des