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cœurs se laissent prendre, on ne sait comment, aux mailles des balancés et des entrelacemenis voluptueux.
‘ Une jeune fille d’assez bonne mine et d’une trèshaute position, à cette époque, ne retira pas le doigt asséZ vite lorsqu'elle le sentit pressé pour la première fois ; après le petit doïst vint la main, et comme l’amour est une espic: de machine cylindrique, où une fois l’ongle engagé, tout passe et fait le tour, elle fût pincée au cœur et avoua sa préférence. Le fiancé devenu député, mena l'affaire bon train, fit sa demande, et i’on célébra à Mexico le mariage de Mademoiselle Juarez avec M. Santa-Cilia.
‘€ Lors de la fuite du président, devant les troupes de l’intervention, le gendre suivit le beau-père et s’établit à San Luis ; c'était le fait d’un honnête garçon.
‘ Comment arrive-t-il que les nouvelles amoureuses qui n’ont à ieur service ni télégraphes, ni avisos à vapeur, «ti courriers extraordinaires, franchissent si rapidement l’espace et volent d’un bout du monde à l’autre ? Expliquera qui voudra cette mystérieuse vélocité du scandale, mais le fait est certain, dès qu’on a prôné quelque part les bans d’un infidèle, les vents s’empressent de saisir la nouvelle au sortir de l’Eglise, et vous la transportent, tout d’une haleine, aux oreilles de ia femme délaissée.
‘€ Que pensa Madame Santa-Cilia, la première et véritable femme du gendre présidentiel lorsqu'elle apprit, à Malaga ou ailleurs, que son mari convolait à de pareilles noces et la reniait, elle et ses enfants ?
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‘ Eile protesta sans doute, et menaça. Le danger devenait pressant. La bigamie n’est pas une raillerie ; sans compter les orages et les vengeances de deux femines trompées et bien disposées à vous indiquer l’article du code pénal qui vous prend l’homme au collet et l’envoie aux galères. Dans cette circonstance critique, le député-poëte prit le parti le plus sage ; il fit ses mailles, prétexta une affaire importante aux Etats-Unis, et déguerpit. Dans sa précipitation, il oublia de laisser à sa femme l’écrin qui lui appartenait, sa cassette et sa bourse ; partir sans garder un souvenir du beau-père eût été le comble de l’ingratitude ; il lui emporta donc autant de pièces d’or qu’il put, frappées au millésime de sa présidence, en guise de vortraits de famille.”? —
Voici le pendant de ce croquis de mœurs, st puisque j'ai eu l’indiscrétion de vous montrer la lettre de M. de Barrès, je ne vois pas pourquoi je ne vous la donnerais pas tout entière. Certes, mon ami a trop d’esprit pour se formaliser de ces choses.
“M. Porfirio Garcia de Leon était un homme à bonnes fortunes. Il eut d’abord la chance d’échapper au gibet, ensuite de passer de galérien colonel de la police armée sous Comonfort, puis, la fortune soufflant toujours et M. Doblado aidant, ’être fait général de cavalerie. Il eut encore la bonne forture de faire la conquête des bonnes grâces du général Prim, à la Soledad, et ayant été coupé à la joue d’un coup de tranchet, dans une rixe de mauvais lieu, de
passer pour balafré. (1) La cathédrale de Morelia fut pour lui une mine de perles et de diamants, mais son étoile lui réservait sur la route de Guadalajara à Calima, ses plus insignes faveurs.
‘€ Il y rencontra dans une auberge une femme de bon usage encore, mûre, blanche et dodue. C'était une aventurière, sans doute ; mais pour qui a la peau noire et le bagne pour point de départ, il y aurait de ia pruderie à demander trop de vertu à une blonde, avenante et grassouillette.
‘ Lequel des deux enleva l’autre ? On ne sait. Ils arrivèrent à Mexico, se marièrent et y vécurent en grand état de maison. Ce fut une lune de miel toute dorée et princièrement écoulée. Madame la générale eut laquais et beaux équipages ; elle soupait de volau-vents truffés d’émeraudes, eût pu boire du champagne aux perles fondues comme Cléopâtre, et prélassait ses charmes sur des meubles étoffés de beau drap d’or et d’argent taillé dans des chasubles d’évêques, volées ici et là.
‘ Vraiment, on faisait chère lie. Cette Danaé se baignait en pluie d’or ; elle avait pour écrin les pierres précieuses de Notre-Dame de Morelia, et vivait enchâssée de diamants, d'amour et d’impertinence. Ce couple étincelant et fidèle partit aussi
(1) C’est une manie du peuple mexicain de se balafrer ainsi le visage sous le plus-léger prétexte. Ces blessures faites à l’improviste déshonorent celui qui les reçoit, et le médecin qui découvrirait le moyen d'effacer ces cicatrices gagnerait une fortune au Mexique.—LUCIEN BIART,
avec la cour de Juarez et po: a San Luis ses diamants et l’exemple de ses vertus.
‘6 I] faut que le climat de San Luis soit bien dissolvant pour avoir fondu un si bel amour conjugal et séparé deux cœurs que rien ne devait désunir.
‘€ Un soir, la blonde vint à réfléchir à l’instabilité des choses humaines, à la vanité des hommes, et à la fragilité de l’existence d’un général de cavalerie.
‘ La philosophie est une mauvaise conseillère — femme qui doute est femme perdue. Elle trouva son époux bien brun, bien maussade et certainement trop jaloux pour être enduré.
‘€ Tout en s’entretenant elle-même de ces plaintes, ses mains pliaient la valise, recueillaient bijoux, argent et pierres précieuses, non comme valeurs — fi donc ! — mais comme gages encore chers d’un amour déçu. Quand le paquet fut assez rond, l’épouse enfla sa crinoline, prit le vent et fit voile vers des régions meilleures. On ne sait ce qu’elle est devenue, et depuis ce temps le sentimental et brun général de cavalerie est dans l’abomination de la désolation d’avoir ainsi perdu une mauvaise femme et de trèsbons diamants. ”?
Ces scènes de cour d'assises se passaient dans l’entourage de Juarez, et depuis des années ces histoires étaient connues par tout le Mexique. Tout le monde en a ri, et personne n’a songé à en contester la vérité.
C’étaient des gens de cette trempe — peut-être les mêmes — qui plus tard s’arrogèrent le droit de juger
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le noble, le chevaleresque, le grand empereur, qui avait cru que le courage, l’énergie, l’abnégation, pourraient un jour effacer le sceau de réprobation qui pesait sur le front de ce pays maudit ; de celui qui le 19 juin 1867, tombait sous la balle de ces voleurs de grand chemin, de ces héros du guet-apens et du carrefour.
A force de vouloir porter une main sacrilège sur sa couronne impériale, bénie par le Souverain Pontife, ces lâches ont réussi, sans s’en douter, à la surmonter de la couronne du martyre, et Dieu merci, Maximilien est entré le front haut et le pas ferme, dans ce sanglant et sombre couloir, par où Charles I, Marie Stuart, Louis XVI le roi Murat, et bien d’autres hélas, encore, porteront leurs noms à l’histoire et à la renommée des siècles.
En mourant, ses dernières paroles, fidèle reflet des dernières années de sa vie, ont été un poignant cri d’angoisse et de suprême amour pour sa : ‘* Pauvre Charlotte ! ”
Combien ce dernier soupir de sa violente agonie, écrivait un auteur qui ne l’aimait pas, le rédacteur du New York Herald, dépeint admirablement le caractère viril et généreux de l’empereur tombé ! En têteà-tête avec des bourreaux sans pitié comme sans remords, n’attendant plus que le fatal commandement : ‘‘ En joue !’”’ toute idée de sa grandeur déchue et des épouvantables trahisons qui avaient présidé à sa châte, s’enfuirent, pour ne faire place qu’au souveüir béni de la délicate affection qui était venue se
greffer à sa vie, à sa destinée, à ses rêves d’ambition et à son bonheur envolé — sa ‘‘ #auvre Charlotte ! ’’ Comme devant un homme qui se noie, et qui revoit dans la seconde qui s’en va, se dérouler jusqu'aux événements les plus imperceptibles de sa vie passée, la douce souvenance de sa jeune, de sa belle, de sa sainte compagne est venue se poser sur les lèvres de Maximilien mourant : ‘ Pauvre Charlotte ! ’ Les courtes journées de tranquillité passées avec elle dans son oublieuse capitale, les monceaux de bouquets dont elle avait été couverte par son peuple menteur, ses charités inconnues, sa piété si catholique, et la grâce irrésistible avec laquelle elle savait faire toute chose, tous ces attraits qui le rattachaient au passé, étaient accourus se pencher sur sa fosse entr’ouverte. Derrière eux se coudoyaient les sombres certitudes que les nobles efforts qu’elle avait tentés par de là les mers, pour sauver l'empire croulant n’avaient réussi qu’à la clouer sur le chevet de la folie et ce long cri d'angoisse vint alors s’étouffer dans la gorge de l’empereur : ‘* Pauvre Charlotte 1!”
Jamais l’histoire des temps ne rappellera quelque chose de plus poignant, de plus navrant, quelque chose qui puisse mieux caractériser les sentiments de pitié et d'affection, que ces deux mots si simples, mais si empreints de véritable amour et de saint dévouement : ‘* Pauvre Charlotte ! *” Ils éclipseront à eux seuls tout ce que sa trop courte carrière a renfermé 4’héroïsme, et jamais discours quelqu’éloquent qu’il puisse être, n’atteindra le sublime accent de
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tendresse et de résignation caché sous ces paroles mourantes de l’Empereur : “ Pauvre Charlotte ! ”
Cette femme, que Dieu avait semée sur leur route pour faire rejaillir sur le sol tourmenté de leur malheureuse patrie un peu de cette sereine et céleste tranquillité qui était venue s’asseoir avec elle au coin de son foyer domestique ; cette princesse qui restera comme un des plus purs portraits d’héroïne que le dixneuvième siècle lèguera à l’histoire, ces braves tueurs de femmes et d’enfants l’ont rendue folle de terreur, folle de désespoir, à force de lui jeter à la figure leurs hurlements de vengeance et d’anarchie !
— Alfred de Musset avait donc raison lorsqu'il laissait éch.nper ce sanglot :
O mon siècle ! est-il vrai que ce qu’on te voit faire Se soit vu de tout temps? O fleuve impétueux, Tu portes à la mer des cadavres hideux :
Ils flottent en silence—et cette vieille terre
Qui voit l'humanité vivre et mourir ainsi,
‘Autour de son soleil tournant dans son orbite, Vers son père immortel n’en monte pas plus vite, Pour tâcher de l’atteindre et de s’en plaindre à lui !
Qui pourra redire les trahisons, les amertumes, les bassesses, dont on n’a cessé pendant dix mois d’abreuver ces malheureuses têtes couronnées, trop nobles pour reculer devant les sourdes menées de la révolution et du brigandage, trop bonnes pour recourir aux mesures sévères nécessitées par tous ces repris de bagne qui les entouraient, trop fières pour mendier les secours de l’Europe occupée ailleurs ?
Rien n’a manqué à leur calvaire ; rien, depuis la France, cette fille de Pierre, qui est venue y renier l’œuvre qu’elle avait prêchée et qu’elle avait scellée de ses sueurs et de son sang : depuis les Etats-Unis qui ont joué jusqu’au bout 'l’infernal rôle de pharisiens et d’hypocrites, fournissant des armes, un régiment et de l'artillerie aux sicaires, faisant décacheter dans le Post. Office de New-York les dépêches privées de l’empereur, et lui télégraphiant dès le commencement du siége de Quérétaro la mort supposée de l’impératrice, pour le décourager et en finir plus vite, jusqu’à l’infâme trahison de Judas caché sous le nom de Lopez, jusqu’à la moquerie d’un semblant de tribunal, jusqu’à la fourberie d’un Juarez qui, nouveau Ponce-Pilate, n’osant prendre sur lui la responsabilité du sang versé, et se lavant tranquillement les mains au-dessus des restes défigurés de sa royale victime, rejette sur le front abâtardi du peuple inexicain, les gouttelettes du sang, que Dieu lui a permis de faire jaillir, afin que son pays et sa race fussent éternellement marqués d’un stigmate de honte et d’opprobre.
La balle qui a frappé le cœur de l’empereur Maximilien a tué la nation mexicaine.
Son cadavre putréfié gît maintenant par le 32° 13 latitude, et de longtemps, les peuples qui sentent encore battre en eux quelque chose de noble, passeront bien loin de cet épouvantable charnier, de crainte de respirer les infects miasmes d’anarchie, de démagogie et de meurtre qui s’en élèvent de toutes parts.
Dévoré et déchiqueté par les chacals de la discorde, par les impitoyables vautours de l’immoralité et de la crapule, son squelette sera encore quelque temps l’effroi des honnêtes gens et des âmes sensibles, mais petit à petit le vent du ciel dispersera l’immonde poussière ; la paix, la civilisation et le respect des dons de Dieu reviendront peu à peu sur ce sol de malédiction.
La terrible, l’inexorable loi de l’expiation sera venue alors se briser sur la tombe de l'Empereur martyr.
Son sang aura fait descendre sur la terre qui l’a bu la rosée de la saute miséricorde, et l’histoire fermant pour jamais les sombres annales qu’elle a consacrées au Mexique, inscrira sur le premier feuillet de son œuvre sanglante, cet impitoyable axiôme qu’elle burine en face de chaque récit de révolution : — Quos vult perdere Deus dementat prius.
Dieu aveugle toujours ceux qu’il veut perdre.
* Mais à quoi sert de laisser errer mon esprit sur cette fosse royale ? Certes ce ne sera pas la dernière que creusera de sa griffe galeuse l’homme — ce roi des animaux — et comme il reste toujours du temps pour pleurer, j’#ime mieux me rappeler que Dieu a bien fait de me créer voyageur, au lieu de me faire historien.
Nous oublierons donc, et je veux reprendre le fil de mon récit pour vous dire que les environs de Mexico présentent au touriste quelques beaux points de vue qui valent la peine d’être admirés,
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J'eus la bonne fortune de parcourir le parc de Chapultepec et la ville de Tacubaya en compagnie de M. Charles de Barrès, rédacteur de l’Æsrafette qui, avec l’ÆZre Nouvelle de M. Masseras, constitue la presse française de la capitale. Le dernier fils du premier empereur du Mexique, le prince Agustin de Iturbide, colonel de cavalerie au service de l’empire, nous accompagnait.