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fleurs semblables à celle du rouvre ; quand les tiges atteignent quatre ou cinq pouces, on peut le conserver disséqué sous la même forme que de son vivant, et les tiges lui sortent de la nuque, sans se séparer du corps. Jusqu’à présent, on ignore quel est son premier état, s’il est ver avant d’être plante et réciproquement.— ??
M. Lucien Biart, dans ses ‘‘ aventures d’un jeune naturaliste ?” mentionne à son tour une chenille d’un vert émeraude, portant sur le dos une rangée de petits arbres systématiquement disposés. Le tronc et les branches d’un rouge vif, se terminent en pointes ramifiées de la même couleur que le corps de l’animal.
Autant, et mieux peut-être que l’animal plante, la pierre animée frappe l'imagination du peuple qui, la nomme Z/edra de los ojos, pierre des yeux.
Elle se rencontre ordinairement dans les sables, où comme tous les cailloux, ses frères, elle gît immobile ; mais placée sur une surface polie, un plat de fer, de cuivre, ou d’étain, elle tremble, s’agite, semble devenir tout nerf, et il suffit alors d’une goutte de jus de citron ou d’un acide quelconque pour le mettre en. mouvement et la faire perambuler.
M. Masseras explique ainsi ce phénomène :
— ‘: Ces pierres sont des opercules minces et poreuses qui ont fait partie de petites coquilles univalves. Leur diamètre est de deux centimètres au plus. Ces opercules calcaires font effervescence avec l'acide citrique et se mettent à s’agiter à mesure que l'acide carbonique se dégage. Introduite dans les
yeux, la Ziedra de los ojos agit comme de petites perles, et facilite l'écoulement des larmes, l’expulsion d’un corps étranger. (C’est par l'effet d’une semblable réaction que des pains placés au four se meuvent quelquefois sur un plan horizontal, phénomène qui a donné lieu en Europe, il y a une cinquantaine d'années, au préjugé populaire des fours
enchantés. ?” —
L'animal plante et la pierre animée, ne sont pas les seuls excentricités d’un pays où le voyageur qui s’égare dans la terre chaude n’a qu’à creuser de son machete un viznaga, gros cactus rond et épineux, pour y trouver un abri. Une fois ce gîte sous la main, s’il a soif, il n’a qu’à cueillir la gaîne d’un broméliacée — la fleur de Pâques — et se désaltérer ainsi à la rosée du ciel qui contient cette coupe du bon Dieu. Le gibier vient-il à manquer ? pour apaiser sa faim, le goyavier, la banane, l’orange, l’avocatier — arbre à beurre — le zapote croissent à qui mieux mieux autour de lui, et si les secrets de cette belle nature prise à l’improviste le porte à la coquetterie, il n’a qu’à ramasser la bulbe de l’amolito, pour en tirer une lessive blanche et savonneuse, et mener à bonne fin un brin de toilette.
Au Mexique, tout est imprévu, tout est original.
J'ai vu là-bas des Indiens suçer des tubercules de
dahlias, et mordre à belles dents dans des gâteaux
de cigales séchées et pilées, pendant qu’à Mexico même la fashion ne dédaignait pas certaines pâtisseries faites avec les œufs d’une mouche qui en dépose des
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quantités ixnombrables sur les lagunes qui entourent la ville. Plus délicat, plus propre que ces fils d’hidalgo j'ai vu aussi, le /e7on, espèce de raton, s'installer près d’un des filets d’eau de sa forêt natale et y laver minutieusement sa proie, avant de la manger.
Dans mes courses de chasseur, j’ai souventes fois tué des taupes grosses comme de jeunes chats ; j’ai collectionné des tettigones, insectes du genre des hémiptères, dont les uns avaient la forme d’une yole, les autres . celle d’une poule, et à Tomocavaca, l’un de mes amis m'a montré un échassier — le 7acanas — qui avait une griffe fort respectable, attachée aux
moignons de ses ailes.
Ici, le bon Lafontaine bifferait une de ses plus jolies fables, et la tortue-alligator — le ga/apago — partirait en même temps que le lièvre, le vaincrait à la course, et s’endormirait en attendant son rival au but, pendant qu’au-dessus de sa tête l’araignée aviculaire trottine pesamment, emportant dans ses pattes les petits de l’oiseau-mouche, et que sa sœur l’araignée d’eau, confectionne et remplit d’air la cloche qu’elle doit plonger entre les nénuphars et les plantes aquatiques de la lagune voisine.
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Combien de fois nos artilleurs ne se sont-ils pas amusés à toucher du doigt le bombardier — coléoptère carabique — qui, en digne fils de Sainte-Barbe, répondait à cette politesse par une salve dont le bruit se perdait dans un petit nuage de fumée. Heureusement que tous ne sont pas d'humeur aussi belliqueuse,
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et j'ai examiné des coléoptères plus galants, collectionnés par les doigts mignons des dames de Téhuacan, qui les enfouissaient dans un nid de fines dentelles et de précieux tissus que la petite bête reconnaissante embaumait des plus purs parfums de la rose. D’autres — les scarabées hercules — si ce n’était leur taille et leur force, pourraient se poser sur le bout du nez d’un pair de France, à qui — moins leurs pattes griffées — ils rappelleraient le parfum de la fine civette d'Espagne. D’autres, enfin — les nécrophores — moins mondains, plus mélancoliques, plus portés au mysticisme allemand, passent leur temps à chercher le cadavre d’un petit rongeur ou d’ua oisillon quelconque, lui creusent une fosse, et déposent leurs œufs auprès du défunt, pour que la vie sortant de ce cimetière improvisé, puisse se nourrir et s’abreuver aux sources de la mort. A côté de ces lugubres fossoyeurs, les mantes religieuses — genre d’orthoptère — joignent bénoitement leurs premières paires de pattes, et semblent se laisser bercer dans les effluves extatiques du troisième ciel de Saint Paul, ce qui ne les empêche pas de quitter soudaiñ leur air pieux et monastique, pour faire le moulinet, et se défendre vigoureusement dès qu’elles sont attaquées.
Nos mœurs constitutionnelles se sont même glissées au milieu des forêts vierges de la terre chaude, et tout comme le gentilhomme huissier de la verge noire, qui par trois coups de masse, annonce aux députés de la chambre des communes que Sa Majesté les attend
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pour leur lire un discours qui se termine toujours par une saignée de finances, le carpintero — pic charpentier — frappe les trois appels parlementaires sur le tronc de l'arbre qu’il s’est donné pour domaine, et accourt de suite happer de l’autre côté, les insectes — il y a des badauds même parmi les insectes — qui pour mieux se rendre compte de ce bruit insolite, ont eu l’imprudente curiosité de mettre le nez hors de leur vie privée.
Enfin, les vautours eux-mêmes ont leurs sinistres enseignements en ce pays. Comme chez les rapaces, Juarez, Lerdo de Tejada, Escobedo, ont voulu montrer qu’il pouvait y avoir dans la patrie mexicaine, l'aristocratie de la curée. Chacun s’est abattu sur un cadavre de prédilection, qai sur Maximilien, qui sur Mejia, qui sur Miramon, et ils se sont repus, au bruit des stupides battements d’ailes du menu fretin des Zoprlotes, qui regardaient leurs rois (Sarcoramphus papa) se gorger, et n’osaient approcher de l’auguste charnier.
Si en campagne la vie des champs est ennuyeuse par suite de l’oisiveté, et du désœuvrement qu’elle entraîne, en revanche la vie de garnison est agréable, car elle permet de bien employer les heures perdues, surtout s’il existe de bonnes bibliothèques dans la ville où nous jette le hasard. Celle que j'avais à ma disposition n’était pas considérable, mais bien choisie, et pou: en compléter l’éloge, appartenait au génie français, mot qui renferme à lui seul, les adjectifs sérieux et savant.
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Mes journées se passaient à feuilleter et à compulser ces anciens manuscrits, ces précieux in-folios que la main intelligente de quelques officiers avait arrachés aux griffes de la bande noire, et quand je m'étais fatigué à décuiffrer l'écriture jaunie de ces vieux moines, de ces bons franciscains qui, lorsqu'ils n'étaient pas assez riches pour s'acheter des livres, les copiaient laborieusement, je n'avais pour me distraire qu'à regarder par la fenêtre entr’ouverte la Plaza Mayor.
Alors j’assistais à un curieux spectacle.
On était en décembre, époque où les oiseaux de nos climats du Nord, désertent nos forêts qui pleurent tristement leurs feuilles perdues sous le soufle de la brise d'automne, et viennent à tire d’aile demander au tropique un peu de verdure et de soleil.
Tous les arbres de la place étaient couverts de ces bandes immigrantes. Pas une branche qui ne ployât sous le poids de ces légers flocons de duvet ; pas une feuille qui n’abritât un de ces frileux réfractaires.
Il fallait les entendre se raconter leurs périls et leurs aventures. C’était, surtout au coucher du soleil, un bourdonnement et un caquetage à n’y rien pouvoir comprendre.
A les voir faire ce tapage assourdissant pour la possession d’un bout d’une branche, puis un instant après
cesser leurs querelles pour se baiser amoureusement de.
leur petit bec rose et chanter joyeusement un refrain inconnu, avant de cacher leur tête espiègle sous le bout de leur aile, je me demandai si l'oiseau ne
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partageait pas avec l’homme l’oubli et l’ingratitude ? Beaucoup allaient ne plus se souvenir sous ce ciel balsamique du rude climat de mon pays, et combien peu, parmi toute cette bande de bohémiens, retourneraient au printemps, réchauffer le nid désert et abandonné qui les avait vus naître. (1)
Le temps s’enfuvzit gaiement. Au commencement, nous n’avions pour l'oublier que les veillées ennuyeuses et beaucoup trop bruyantes du club. Bientôt nous cessâmes tout à fait de fréquenter ces réunions, pour nous assembler une dizaine au café de ma tante Rose. Là, nous causions à notre aise littérature, histoire, philosophie, art militaire, controverse religieuse, le tout entortillé dans la blanche fumée de nos cigares. Quelquefois la discussion s’échauffait, mais toujours ma tante Rose arrivait à temps pour remettre tout ce monde d'accord.
C'était une singulière femme que ma tante Rose, et sa jolie personne vaut bien la peine d’une description.
Nul à la légion étrangère ne connaissait son âge, pour l’excellente raison que malgré son visage toujours
(1) Rien de plus curieux que ces départs ct ces arrivées. Mes lecteurs canadiens doivent se rappeler encore l’incroyable migration d’outardes, de canards et de pleuviers dorés (c4aradrius marmoratus) qui, pendant la nuit du dimanche, 19 octobre 1873, couvrirent les canons, les ramparts moussus, les toits aigus et les rues bourbeuses de Québec. Il pleuvait ce soir-là ; une forte tempête devait passer le lendemain ainsi que le surlendemain sur la ville, et les passants attardés étaient abasourdis par les cris plaintifs de ces pauvres échassiers et de ces palmipèdes dévoyés.
Quelques heures plus tard, le même phénomène se répétait à Ottawa, où ces oiseaux passèrent par milliers,
frais et toujours coquet, elle comptait aux cadres depuis fort longtemps. Quant à son nom, personne ne s’en occupait ; il suffisait qu’elle fût la tante de tout le monde.
Sa carrière militaire s'était ouverte par le haut grade d’enfant de troupe, ce qui voulait dire que son père avait dû être un ancien militaire, et jamais l’on ne put savoir si c’était par modestie ou par déception, mais elle avait constamment refusé de se marier, et s'était toujours contentée de l’humble position de vivandière au régiment. Il ne faut pas conclure de toute cette réserve que ma tante Rose, malgré sa blonde figure qui la faisait ressembler à une anglaise, fût d’un sang tranquille et endormi. Au feu, elle tenait un peu de la bravoure de Jeanne Hachette, de l’intrépidité de Jeanne d’Arc, du sang-froid de mademoiselle de Verchères. Sur les champs de bataille d'Algérie, elle avait versé à boire au soldat mourant de soif, sans prendre garde au:. balles du Kabyle. En Crimée, elle gravissait au pas de course les pentes escarpées de l’Alma, son petit tonneau d’eau-de-vie sur l’épaule, et à Solférino, l'Empereur chevauchant au milieu d’un ouragan de mitraille, la trouva pansant des blessés et consolant les mourants au fort de la mêlée. Alors il s'était découvert devant la pauvre inconnue, et se penchant sur la crinière de son coursier arabe, avait attaché sur cette loyale poitrine, la croix de chevalier de la légion d’honneur. Aussi, ma tante Rose était-elle le plus cAic troupier de toute l’armée française, lorsqu'elle passait crânement
sur les rottoirs de Puébla, dans son gai costume de vivendière, ses quatre décorations au vent, et portant militairement sa petite main à son chapeau lorsque les factionnaires lui présentaient les armes.
Parmi les officiers qui assistaient à nos réunions, se trouvait un de ces caractères excentriques qui restent profondément gravés dans la mémoire, une fois qu’on les a rencontrés.
Comme ma tante Rose, il appartenait à la légion étrangère, où il s'était engagé avant la guerre d'Orient. Soit fatalité, soit insouciance, il n’avait jusqu’à présent, tiré hors de cette loterie où se gagnent indistinctement bâtons de maréchaux de France et chevrons de c?poraux, que la contre-épaulette de lieutenant. D'une rigidité excessive dans le service, il causait très-rarement, passait son temps à lire une édition allemande de Goëthe, faisait quelquefois des vers, ne riait jamais, et quand il était de bonne humeur fredonnait entre ses dents cette strophe favorite :
Pauvre bouquet ! fleurs aujourd’hui fanées, Nous vieillirons sans nous quitter jamais !
Ton souvenir après bien des années
Me redira le doux temps où j'aimais. -
Au régiment comme partout ailleurs, quand on n’a rien à se dire, ce qui arrive assez souvent, on invente.
Plusieurs histoires extraordinaires roulaient donc sur le compte du lieutenant alsacien, Quant à moi, bien que je n’aie jamais provoqué ses confidences,
n’a te.
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j'ai toujours été sous l’impression que ses dehors austères cachaient une âme de poëte, déclassée et jetée d’un seul coup hors de ses gonds, par le réalisme de la vie.
Plus tard, mes doutes furent confirmés jusqu’à un certain point.
Notre malheureux camarade fut tué dans une escarmouche près de San Luis de Potosi, et le soldat qui l’ensevelit trouva dans son scapulaire, la poussière de quelques fleurs desséchées.
Comme le colonel Evrard, de Jules Sandeau, ‘“il avait probablement vu se briser en un jour, l’espoir de sa jeunesse, s’évanouir à jamais tout un avenir de félicité, et se sentant seul il s’était jeté dans l’armée comme on entre à la Trappe. L'armée offre en effet, plus d’un rapport avec le cloître. Elle bride les passions, règle les âmes et ouvre un refuge à bien des douleurs, à bien des mécomptes.”?
La fin de l’année 1264 approchait, et l’escorte attendue sous les ordres du chef d’escadron don José de Jesus de Ximènes, partie le 14 de Mexico, n’arrivait pas encore.
Déjà nous étions au jour de Noël, et je me rappellerai longtemps cette longue nuit qu’il nous fallut passer sabres nus, mêches allumées, canons chargés à mitraille, devant la porte de la cathédrale, le commandant supérieur ayant été prévenu qu’un soulèvement de leperos se préparait. Enfin le colonel Jeanningros me détacha au convoi que le colonel
Doutrelaine devait conduire au corps expéditionnaire d'Oajaca. Je ne fus pas long à rejoindre mon poste.
Dans la nuit du 31 décembre, je galopais lestement sur la route d’Amozoc, non sans m'être retourné sur la croupe rebondie de mon mustang mexicain, pour regarder une fois encore Puébla qui s’endormait sous les rayons satins de son clair de lune, et crier au revoir à cette joyeuse ville, aux cloches argentines et aux mystérieuses sérénades, que la main de l’homme a déposée sur le plus haut plateau de la Cordillière avec le même soin et la même coquetterie, qu’un mari heureux place un frais bouquet de violettes et de fleurs des champs sur le corsage de la femme aimée.