‹ De Québec à Mexico, souvenirs de voyage, de garnison, de combat et de bivouac [microforme] (volume 2)Chapitre 27 sur 34 · Ë Ê + | EE · texte numérisé non relu

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218 DE QUEBEC A MEXICC,.

de nymphe, se voyait obligé d’avouer plus tard, qu'après avoir examiné attentivement la couverture tégumentaire de cet insecte, il avait observé une continuité et une homogéneité parfaite, incompréhensible sans doute, du moment où il fallait admettre que telle production partait de l’intérieur et que, nonobstant cela, la végétation se faisait comme si de rien n’était.

Un Mexicain d’une haute réputation, don Antonio del Castillo, écrivait à son tour dans le bulletin de l’académie des sciences de Mexico, qu’il existait dans les terres chaudes une cigale tellement friande du suc d’une certaine plante qu’elle creusait la terre à un ou deux pieds de profondeur, et que du moment où elle était arrivée à l’extrémité des racines, elle s’y attachait et les suçait jusqu’à ce qu’elle se fût affaissée sous l’effet d’une ivresse mortelle.

Petit-à-petit, ajoutait-il, avec le temps, la racine venait à se pelotonner autour de l’insecte et finissait par l’envelopper entièrement.

Les Indiens de la Misteca, qui ne sont guère plus forts que don Antonio, croient encore aujourd’hui qu'après avoir mangé d’une graine mystérieuse, l’animal se la sentant germer dans le corps s’enterre et meurt en attendant patiemment que son instrument de supplice, daigne prendre sur lui de se vêtir de feuilles et de fleurs, et ombrager pour quelques jours cette tombe creusée pour lui seul.

Enfin deux professeurs, don Alfonso Herrera et don Gumesindo Mendoza, après avoir étudié soigneusement au microscope la productiôn anormale de

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LA VILLE SAINTE, 219 cette cigale, assuraient y avoir découvert des corpuscules qu’ils croyaient être les spores d’un champignon.

En face de toutes ces contradictions, de ces hypothèses, la lettre suivante d’un officier adressée à l’académie des sciences de Mexico, venait embrouiller on ne peut plus la question en la tranchant d’un seul coup par ces quelques lignes :

— ‘ Pendant la campagne d’Oajaca, j'ai recueilli moi-même dix-sept de ces petits insectes, fous vivants à quelques pouces sous la surface du sol, avec leurs arbustes en parfaite végétation. Le manque d’alcohol me força de les jeter les uns après les autres, et mon intéressante trouvaille ne servit qu’à me faire regretter une fois de plus, le peu de temps que j'avais à consacrer à mes études scientifiques, car j'avais là, entre les mains, une belle lacune de l’histoire naturelle à combler — déterminer exactement la liaison qui existe entre le règne animal et le règne végétal.” —

Un grand nombre d'officiers de la colonne du général d’'Hurbal, qui, paraît-il, ont pris plaisir à pratiquer ces exhumations, peuvent encore aujourd’hui certifier ce fait authentique dont je laisse l'explication à d’autres plus habiles que moi, pour ne plus m'occuper que de la description du bizarre insecte qui en est la cause,

Comme s’est plu à le reconnaître M. de la Loza, il appartient au genre des hémiptères, et ressemble à s’y méprendre à la cigale commune. Jusqu'au jour de sa mystérieuse inhumation, il conserve parfaitement les habitudes de sa sœur de la fable, et chante,

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sinon tout l’été, du moins une grande partie du mois d’août, époque où j'ai commencé à l’observer. Puis il disparaît tout-à-coup pour procéder à la bizarre métamorphose sur le premier fil de laquelle la science n’a pu encore mettre le doigt, et s’en va sous terre opérer le miracle de la liaison du règne animal avec le règne vézétal.

Assez rare dans la chaîne de la Misteca où j'ai expéditionné pendant cinq longs mois, je l’ai retrouvé en assez grande quantité à Matamoros de Azucar, à Atlisco et aux pieds du Popocatepetl.

Il choisit ordinairement pour se livrer à son caprice végétal les terrains où croissent l’aloës et le cactus.

Dans ces solitudes toutes grises de poussière et baignées d’un soleil torréfiant, le voyageur rencontrera de temps à autre l’animal-plante, caché sous les dehors d’un petit arbuste grand et gros comme un moyen bluet du Canada, dont il a à peu près les feuilles, mais beaucoup moins nombreuses, et si c’est au temps de la floraison, penchant coquettement sous

la brise brûlante, son gai panache de fleurs rosées.

S'il veut se donner la peine de se rendre compte par lui-même de ce phénomène invraisemblable, il n’a qu’à descendre de cheval, qu’à tirer son machete et creuser avec beaucoup de soin la terre autour du précieux végétal.

Au bout d’une minute de travail, il en extraira, greffé à la racine de l’arbre, un insecte brun, essayant petit à petit de dégager ses pattes du mucus blanc qui les enlace.

S'il continue à l’observer, il les verra remuer bientôt avec vitesse, comme si l’insecte voulait supplier l’importun de le redescendre dans la tombe où il dormait si bien ; puis, peu-à-peu elles se raidiront, redeviendront immobiles, et alors le touriste intrigué peut sans crainte ouvrir les a/farjas de sa selle et glisser sa trouvaille, redevenue cadavre, mais cette fois-ci sans aucune espérance de résurrection.

L'animal plante n’est pas le seul phénomène que le Mexique offre à l’étude du naturaliste et tout en feuilletant mes notes je retrouve dans un journal de la Vera-Cruz, la Revista du 23 juin 1865, la description suivante du vers liane qui me paraît être tout aussi curieux à observer :

— ‘ Le ver liane (gwsano bejuco) a environ trois pouces de long et trois quarts de pouces de diamètre. Cet insecte subit une transformation ; il a une existenc: animale et une autre végétale. Sa forme est ronde ; la tête seule se fait remarquer par une espèce de barbe placée à la partie inférieure et qui lui recouvre la tête comme un bonnet ; le reste du corps est d’un blanc transparent qui laisse voir à l’intérieur des filaments semblables à des racines déliées. Cet animal se trouve vivant à la surface du sol et dans certains bois, jusqu’au mois de juin ; à cette époque, il s’enterre et en juillet ou en août il pousse comme une plante. Pendant tout le cours de l’année, il croît jusqu’à atteindre la grosseur de son corps ; ses lianes servent à attacher les haies. Au printemps, il fleurit, les feuilles tombent, et il se couvre entièrement de

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