VIII
Un lambeau du paradis.—Les chemisiers du 7ème.—Les combats de San Antonio et d’Ayotla.—Débuts de la campagne.— Un jour de l’an en route.—Contre-ordre.—Seul en pays ennemi.—Téhuacan.—A chevl !—-Les lanciers de Carillo, —Le drapeau du troisième zouave —Incendie de Salomé. Jacquot et Lafond —Vie en route.—Paysage des Cordillières.—Le général de division d’'Hurbal.—Son état-major.— Le maréchal Bazaine.—Combat du col de las Tres Cruces. —Qu'est-ce qu’un officier stagiaire ?—Le commandant d’Ornano.—Les joyeux.— Un cheveu sur la soupe. —Reconnaissance c’Iscotelle.—Combat d’Aguilera.—Une tempête dans un verre d’eau.—San Félipe.—Far niente.—Le lieutenant Daniélou.—Une nouvelle Moscou.—En avant —Bombardement de l’hacienda d’Aguilera.—Le capitaine Choppin.—- Blessé, — Avant l'assaut.—Reddition d’Oajaca.—Désolation et solitude.—Nos déserteurs.—Les forts.—-Te Deum.— Ordre du jour du maréchal.—Proclamation de Chato Diaz. — Exploration de Mitla.—L’arbre de Humbolt.—Rétablissement de l’ordre.—Diîner chez le baron de Briand.— Départ.—Le lieutenant Cordier.—Les précipices de las Minas.— Villages de la route.—St. Jérôme en soutane.—Le St. Thomas de mon ordonnance.—Arrivée à Mexico.-— Banquet de Chapultepec.—Le prix d’une bombe,
L'état d’Oajaca où nous allions faire la guerre, est sans contredit le plus riche département de tout le Mexique. Sur son terrain fertile poussent à qui mieux mieux la canne à sucre, le blé, le cacao, la
vanille, l’arbre à caoutchouc, l’indigo, le cactus à cochenille, l’acajou, le palmier, le vernis-copal, toutes les plantes aimées du soleil, tous les fruits savoureux du tropique, pendant qu’un grand nombre de ruines historiques et de grottes sépulcrales, échappées à grand’peine à l’avidité espagnole, se cachent sous son sol productif, C'était ce lambeau du paradis terrestre — patrie de Juarez — que nous allions délivrer des bandes de guérillas qui l’infestaient, et la campagne promettait d’être chaude, car de part et d’autre on avait contracté l'habitude de ne pas trop se faire quartier, et si d’un côté, no'us avions à lutter contre douze mille bandits et le plus capable des généraux Juaristes, don Porfirio Diaz, notre poignée de soldats était commandée par la bravoure personnifiée, le général de division vicomte Courtois Roussel d’Hurbal.
L'expédition avait débuté par la brillante affaire du couvent de San Antonio, où soixante hommes du septième de ligne, sous les ordres de l’héroïque capitaine Noyer, avaient tenu tête une journée entière à deux mille cinq cents hommes commandés par Porfirio Diaz, en personne.
Ce glorieux fait d'armes s'était ainsi passé.
Ignorant la présence de l'ennemi le capitaine Noyer venait de donner permission à se: hommes d'aller se baigner à la rivière, ne réservant qu’une garde de douze soldats, autour des armes formés en faisceaux, lorsque Diaz débouch: en colonnes serrées, descendant la sierra au pas de course,
A l’aide de caisses de biscuit un léger retranchement fut aussitôt improvisé sur le parvis de l’église du couvent, et là, le capitaine Noyer à la tête de ses douze hommes, commença une vigoureuse défense, en attendant que le reste de sa compagnie pâût le rallier.
Bientôt les baigneurs arrivèrent au pas gymnastique, qui en pantalon garance, qui en chemise, qui pieds nus, qui. . . sans rien du tout, et dès lors commença une des luttes les plus héroïques de cette campagne qui en vit tant.
Il faut économiser les cartouches. Noyer commande :
— À la baïonnette !
Et une trombe terrible passe, en hurlant, à travers les rangs Mexicains, qui forts sur le coup de feu, ‘l’embuscade et le lazzo, ont toujours eu une peur horrible de l’arme blanche.
Dix fois ces soixante hommes du 7ème de ligne reviennent à la charge, et dix fois l’ennemi affolé, recule, hésite et s’éparpille, pour revenir de nouveau en nombreux essaims.
Mais soudain une fanfare retentit dans le lointain ; c’est le capitaine Choppin du 2ème bataillon d’infanterie légère d'Afrique qui arrive à la rescousse, avec une demi compagnie de zéphirs. Alors commence une terrible boucherie, et l’ennemi culbuté, s'enfuit laissant trois cent quatre-vingt-quatre morts sur le terrain, un grand nombre de blessés, quarante prisonniers, deux cents fusils, des équipages et de nombreuses munitions,
a ——————— 8 DE QUEBEC A MEXICO.
EE L'action avait duré deux heures et le capitaine Noyer, grièvement frappé au bras droit, n'avait eu que cinq morts et vingt-huit blessés ; mais ce combat avait valu aux highlanders improvisés du capitaine le surnom de “ chemisiers du 7ème de ligne. LPS
Vers la même heure, à Ayotla, petit village situé à deux lieues de San Antonio, 1110 Juaristes avec trois pièces de montagne, attaquaient une autre compagnie du même régiment,commandée par le capitaine Nottet. Ce dernier leur planta ses baïonnettes dans les reins, leur tuant cinquante hommes, en blessant cent deux, leur enclouant un cantn et emmenant onze prisonniers.
Les pertes du capitaine Nottet, se montaient à vingt-huit morts et quatre blessés.
Ces échecs avaient rudement ébranlé 14 vantardise des terribles bandes.
A l'approche du petit corps d'armée du général d'Hurbal, elles s'étaient repliées sur Oajaca. Là, sûrement à l'abri, derrière ses formidables fortifications, elles attendaient patiemment qu'on voulût bien en faire le siége, levant des impôts, pillant les églises et poursuivant de leurs exactions les paisibles habitants de la malheureuse cité, tout cela pour et au nom de la liberté.
L'ennemi n'avait pas même le prétexte de la nécessité pour cacher ces vols et ces déprédations. Porfirio Diaz, fit enlever la riche couronne de diamants qui ornait la statue de la vierge de Soledad,
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pour le simple plaisir d’en orner la toquille de son large sombrero mexicain !
Le général d’Hurbal parti de Mexico à la tête de sa colonne expéditionnaire vers le milieu de novembre, était arrivé depuis quelques semaines au petit village d’Etla, à deux lieues de la ville, et après avoir été en reconnaître les environs et s'être persuadé qu’elle ne se rendrait qu'après une vigoureuse défense, cet officier supérieur avait demandé des munitions et des mortiers de siége au maréchal Bazaine.
C'était ce convoi attendu avec tant d’impatience, que nous: escortions, et le rer janvier 1865, nous marchions sur ‘Tépéaca, pour de là nous enfoncer à travers les gorges sauvages de la Mistéca, haute chaîne de montagnes qui fait du département d’Oajaca, un repaire inexpugnable où bandits, voleurs,
guérilleros, mènent joyeuse vie et se livrent à de profondes études sur les lois du communisme.
… Bien que devant l’ennemi j'aie contracté l’habitude de tenir un journal où je consigne soigneusement les événements les plus importants de la journée — suivant en cela le conseil que le général de Pimodan donnait à ses officiers — je ferai grâce au lecteur de tous ces détails de discipline, de toutes ces répétitions qui ne serviraient qu’à l’ennuyer, et je me contenterai d’en glaner les épisodes les plus intéressants.
La page crayonnée en route, sur le pommeau de la selle ou sur le fond du képi, ne saurait trouver grâce aux yeux de l’homme ou de la femme habitués à ne lire que d’élégants feuilletons, que des vers bien
musqués et bien parfumés. Comme leur peu d’indulgence pourrait froisser l’amour paternel que je porte à ces pauvres enfants encore tout basanés par la poudre et par le soleil mexicains, je préfère les retenir dans l’intérieur de mon cabinet de travail, plutôt que les exposer aux regards sarcastiques et railleurs de ces esprits forts, de ces fins critiques de salons, qui n’ont que l’absinthe au cœur et le sourire du chat sur les lèvres.
Nous causerons néanmoins, et pr. .;qu’il est admis que nous causons, je vous avouerai que pour nous autres militaires, s’il est un moment de l’année où l’on se sent plus mélancolique que d’habitude, où l’image si gaie et si tranquille de la famille s’en revient voltiger sous la laine blanche de notre burnous et nous apporter
une émanation de nos joyeuses heures d’enfance, c'est un jour de l’an passé en route. En vain, notre service nous appelle de la tête à la queue de la colonne, pendant que d’une oreille distraite nous écoutons le rapport du sous-officier de semaine, que nous parcourons la liste des punitions, ou que nous arrêtons l’ordre du jour du lendemain, la grande voix du bonheur envolé est là, qui murmure doucement ses naïves paroles d’amour et de tendresse.
Sous l’influence de cette sainte vision, plus d’un " vieux sabreur, plus d’un grognard se prend à comparer la triste réalité à cette vie qu’insouciant enfant, il n'entrevoyait qu’à travers les yeux aimants et affectueux de sa mère. Son front hâlé devient tout à coup soucieux et rêveur, et si la poudre et le salpêtre n’ont
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pas pénétré trop avant dans cette âme rude mais bonne, son cœur s’agenouille encore pour demander une bénédiction à ce souvenir d’une félicité morte pour longtemps.
Cette douce image de la vie de famille que le soldat aime à se retracer pendant ses longues heures de faction, qui réchauffe encore le cœur de l'officier lorsqu'il se sent ennuyé par la monotonie de son service et de la vie qu’il mène, ne saurait s’effacer, même lorsqu’on a la chance d’avoir pour camarade de routeun charmant causeur comme l'était ce jourlà le capitaine Trollet du rer Chasseurs d’Afrique, ou de trouver ce même soir comme moi au presbytère de Tépéaca, chez le KR. P. José Maria Pélaëz de Llanos, bon gîte, bonne table et franche coïdialité.
Ces douloureux retours sur soi-même que souvent nous fait faire l’oisiveté de la pensée où nous force de vivre notre métier, ont pourtant le bon côté de s'envoler aussi vite qu'ils s’en sont venus, devant les nombreuses contrariétés qui nous arrivent au moment le plus inattendu.
A Tépéaca, une estafette du maréchal apportait au colonel Doutrelaine l’ordre de rebrousser chemin pour prendre la route de Tépéji.
— Elle était meilleure, disait-il, pour le passage des lourdes pièces de siége que nous escortions.
Quant à moi, d’après l’ordre du colonel, je devais franchir vingt-deux lieues à marche forcée, et me rendre à Téhuacan, pour y joindre une colonne légère
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formée d’un bataillon du 3ème Zouave et de deux pièces de montagnes, sous les ordres du commandant Delloye. (1)
C'était explicite, mais peu sûr.
Les brigands du bandit Figueroa infestaient le chemin, et il me fallait le parcourir seul, en uniforme et sans escorte.
Un ancien sous-officier au 1er Zouave, blessé en Crimée, et chevalier de la légion d'honneur, qui s’en allait agir comme fournisseur au corps expéditionnaire, voulut bien se joindre à moi, et le deux janvier nous quittions Tépéaca, pour aller coucher à treize lieues de là, à Tlacotepec, chez l’alcade du village.
Le lendemain soir, à quatre heures, nous faisions notre entrée à Téhuacan, sans avoir été molestés le moins du monde.
Il est vrai qu’en galopant à travers certains bourgs, en passant par les rues de certains villages, plus d’un regard haineux et féroce nous suivait au passage. Mais personne n’osa nous toucher. ‘Tous étaient sous l’impression que deux hommes n'auraient jamais la hardiesse de s’aventurer seuls comme cela en pays ennemi, et que nous devions précéder de quelques heures seulement un fort détachement de troupes françaises.
Notre audace nous sauva.
(1) — Charles-Henri-Maurice Delloye ; aujourd’hui officier de la légion d’honneur et colonel du 30ème de ligne,
En arrivant à Téhuacan, le commandant supérieur, le sous-lieutenant Miquel du 2ème bataillon d’infanterie légère d'Afrique, nous fit prévenir que le 3ème zouave que nous devions y rencontrer, était parti la veille en toute hâte pour aller au secours d’un poste de dix soldats français, cerné, et sur le point d’être enlevé, à Coscotlan, à deux lieues de là, par quatre cent cinquante guérilleros et deux pièces de canon sous les ordres de Figueroa.
Force nous fut de séjourner dans cette ville pendant vingt-quatre heures.
La bonne fortune avait voulu que nous fussions logés chez un brave normand, M. Olivier, millionnaire de l’endroit, qui essaya autant que possible de nous faire oublier les fatigues et la mauvaise nourriture que nous avions digérées depuis plusieurs jours, en nous comblant de prévenances et de petits soins.
Cette journée de repos nous permit de visiter cette ville, qui, du temps des Aztèques, était un des lieux sacrés de l’empire. Elle est assez petite, mais ses rues sont fort propres. Comme le vent soufhait à la révolution, Téhuacan était, ce jour là, pivelée de barricades et ne présentait partout que des ouvrages de fortifications passagères. Par sa position elle est continuellement exposée aux déprédations des nombreuses bandes qui en infestent les alentours, et que l’espoir des grasses rançons prélevées sur ses riches habitants, y attirent sans cesse.
Le soir en nous couchant nous nous promettions le luxe d’un long et rafraîchissant sommeil, maïs,
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hélas ! nous comptions encore sans les ordres supérieurs ; car, à deux heures de la nuit nous fûmes éveillés par les trompettes d’un escadron de lanciers mexicains, sous les ordres du colonel Carrillo, et bientôt un courrier de la subdivision vint nous prévenir que nous devions monter à cheval immédiatement pour nous remettre en route, les zouaves s'étant lancés à la poursuite des guérilleros qui détalaient devant eux le plus lestement possible.
Les lanciers qui nous escortaient avaient une tenue remarquablen:ent belle pour des troupes indigènes, et leur commandant était un officier qui n’aurait pas même été déplacé dans les rangs français : néanmoins, pour un chef de partisans, il avait l'énorme défaut de ne pas connaître le pays où il guerroyait.
Nous n’en eûmes une preuve que trop tôt ; et ce ne fut qu'après avoir marché jusqu’à une heure de la nuit, faisant près de trente et une lieues à cheval, en détours et en zig-zags, que le colonel mexicain parvint à opérer sa jonction avec le commandant Delloye, bivouaqué au pied même des ruines encore toutes noircies de l’église de San Antonio.
Fait prisonnier en 1867, par un régiment juariste, le pauvre colonel Carillo, qui avait été créé préfet politique de Téotitlan, fut pendu haut et court, à une branche d’acajou, sans autre forme de procès.
Les zouaves, avec lesquels le hasard me permettait de faire une partie de la campagne, étaient pour la plupart les mêmes qui, au combat de Palaestro, en Italie, étaient venus sabrer les artilleu: ‘utrichiens
CAMPAGNE ET SIEGE D'OAJACA. 15 sur leurs pièces. Plus tard, leur drapeau devait être décoré de la croix de la légion d'honneur, en commémoration de la prise de deux drapeaux ennemis au combat mexicain de San Lorenzo gagné par le général Bazaine. Comme on se sentait électrisé en voyant se déployer et flotter sous les caresses de la brise des montagnes, ce vieux lambeau de soie lacéré par les balles, trouëé d’éclats d’obus, sale, noirci de poudre et de sang, mais dont chaque déchirure indiquait fièrement une victoire ou un triomphe éclatant ! Plus d’une fois, l’ennemi l'avait vu de près, ce glorieux chiffon, à côté duquel notre antique drapeau de Carillon eût été intact. Il connaissait par cœur les fissures de sa hampe ; il savait quels étaient les terribles jeux de muscles de toutes ces figures basanées, placées par la France pour veiiler autour de son aigle, et nous le pourchassions devant nous, sans qu’il osât faire la plus petite résistance, le forçant d'abandonner à tout moment des positions formidables où une poignée d'hommes résolus auraient pu nous écraser jusqu’au dernier.
Une fois notre avaat-garde put échanger avec lui quelques balles perdues qui n’eurent pour résultat que de faire incendier par nos troupes exaspérées, le village abandonné de Salomé, et de donner à la colonne l’occasion de chaparder un approvisionnement complet de cochons, de poulets et de bananes.
Pendant trois jours, ce fut une bombance à en perdre la tête. C'était curieux de voir comment nos gaillards de zouaves faisaient le #rch#, et se tiraient
des vastes problèmes culinaires où les plongeaient un gigot de mouton, une poule au riz, ou des pommes de terre cuites, en robe de chambre.
De ma vie je n’ai fait de meilleurs diners, et, m'accusera qui voudra de sensualisme, je me rappellerai longtemps les études gastronomiques auxquelles je me suis livré pendant les quelques jours que je fus en popote avec les officiers de ce bataillon. (1)
Lorsque je ne mangeais pas à la tienda avec mon camarade de route, j'avais pour compagnons d’ordinaire le lieutenant Jacquot et le sous-lieutenant Lafond, deux braves et excellents officiers, causeurs spirituels et enjoués, prenant la vie comme elle venait, et ne se faisant de la bile que les jours où l’ennemi semblait nous attendre de pied ferme pour ne s’en sauver que plus vite. M. Jacquot était parent autant
que je puis m’en souvenir d’'Eugène de Mirecourt, et la verve caustique de son cousin avait un tant soit peu déteint surses fines réparties et ses anecdotes piquantes.
Quant à M. Lafond il ne regrettait qu’une seule chose ; c'était d’avoir laissé aux autrichiens, sur le champ de bataille de Solférino, la plus belle moitié de son nez. Encore s’en consolait-il lestement lorsque son petit miroir de camp réflétait six glorieuses décorations, et il disait alors en se passant la main sous le menton :
(1) Le mess dans l’armée française n’existe qu’en garnison. Les capitaines ont leurs tables à part, et les lieutenants et souslieutenants mangent séparément. En campagne, les officiers d’une même compagnie forment Popote, c’est-à-dire qu’ils vivent au même ordinaire,
— Trente-quatre millions d’entrailles de démons ! quel dommage que je n’aie pas de médaille commémerative de l’expédition de Chine, j'aurais la collection mumismatique tout entière.
Plus tard — pourquoi ceux qui restent écriventils toujours ce triste mot, plus tard ? — au combat de la Malmaison le 24 octobre 1870, en se portant intrépidement à la tête des tirailleurs du régiment des zouaves de marche, le lieutenant Jacquot devenu commandant, tombait frappé d’une balle prussienne.
— ‘ Toute la ligne, dit le général Ducrot dans sa mise à l’ordre du jour, pliait accablée par des forces supérieures, lorsque dans ce péril imminent le capitaine Ducos et le sergent-major de Grandville se sont dévoués rour sauver leur chef et l’ont emporté dans leurs bras ; mais bientôt le capitaine Ducos blessé luimême de deux coups de feu a dû se retirer. Le sergent-major Petit de Grandville, seul sous une grêle de balles, a transporté sur ses épaules le commandant Jacquot jusqu’au moment où il s’est affaissé à son tour.”
Que de braves officiers, de bons camarades, de nobles cœurs sont tombés en défendant le sol de France, pendant cette épouvantable guerre de 1870 !
Et les voilà mêlés à tant d’autres poussières Sans qu’ils aient désormais plus de geste et de voix Que ces têtes de morts, qui dans les cimetières
Se regardent du haut des croix.
En route, lorsqu'elle n’est pas semée des émotions d’un jour de combat, la vie est excessivement
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