‹ De Québec à Mexico, souvenirs de voyage, de garnison, de combat et de bivouac [microforme]Chapitre 8 sur 34 · TRES · texte numérisé non relu

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mitraille d’'Eylau, d’Austerlitz, d’'Iéna ou de Lodi, il mourait au moins avec la satisfaction de pouvoir se dire :

66 __ Ma mère lira mon nom dans les bulletins de la grande armée ; tout le village redira, dans ses soirées, au coin du feu : Il était là ! ??

Ta gloire venait baiser la plaie par où l’âme du sublime enfant allait s'échapper, et du bout de son aile voilait au moribond les tristesses et les angoisses de l’agonie.

Dans les gorges et les ravins des Portes de fer, de Mouzaïa, de la Mistéca, de la Sierra-Madre, on ne mourait bas comme cela.

Après avoir passé toute une journée, sac au dos, fusil sur l'épaule, de la boue ou de la poussière jusqu'aux genoux, bien souvent le troupier exténué de chaleur ou de froid, perclus d’humidité, les pieds endoloris par les pierres du chemin, n’arrivait au bivouac du soir que pour y recevoir une balle perdue, venant Dieu sait d’où, et le lendemain matin deux petits bâtons grossièrement façonnés en forme de croix, indiquaient au passant qu'un fils de la France s'était endormi là.

Pour mourir ainsi, seul, martyr de son devoir, sans être entouré ni du bruit, ni des cris de triomphe de la mêlée, sans pouvoir même distinguer la figure hypocrite et doucereuse du bandit qui vous tue, il faut plus que de la bravoure, il faut de l’intrépidité, c’est-à-dire de l'amour de la justice et de la

confiance en Dieu. Aussi, que de croix de bois semées depuis Alger jusqu’à Sébastopol, depuis Milan jusqu’à Pékin, depuis Saïgon jusqu’en Sonora, se dressent comme autant de jalons, pour montrer à ceux qui se sont engagés dans ce long sentier à la suite de l’histoire, tous les prodiges de dévouement que peut accomplir l’amour du devoir dans une âme fortement trempée !

Faire la lutte contre un ennemi qui fuit et se cache sans cesse, le poursuivre tout en se disant qu’à l’étranger, en France même, on essayait de jeter le voile de l’oubli sur ses combats comme sur ses victoires, demandait le choix d’une élite, parmi toute cette élite de braves et de valeureux qui a nom l’armée française. Aussi, fallait-il voir à l’œuvre le corps expéditionnaire du Mexique pour se faire une idée exacte de l’abnégation qu’à un moment donné, peuvent déployer zouaves, Zéphirs, turcos, chasseurs d’Afrique, fantassins

et tringlots.

N'ayant tous qu’un même but, le rétablissement de l’ordre et l’amour de leur drapeau, ils ont marché droit devant eux, sans demander si dans dix ans l’on se souviendrait des prodiges qu’ils accomplissaient sur cette terre lointaine : du Camérone et de ses cent vingt horines tombés sous les coups de 2,500 ; de San-Antonio, du Cerro Borrégo, ou mieux encore, de Dumont, Auvray, Vacher et Deprieur, ces quatre soldats de la deuxième section d’ouvriers, de l’administration militaire, qui, dans le réduit de Huajuapam, luttèrent toute une journée contre cinq

LES CORPS EXPEDITIONNAIRES DU MEXIQUE, 69 cents hommes, incitant par leur énergie la population à se défendre, et montés sur le haut des azotéas, repous-èrent à coups de feu l’ennemi, lui tuant dix-neuf soldats, vingt-et-un chevaux, et blessant cinquante-sept cavaliers.

Ne se confiant qu’à la souplesse de leur jarret et à la fine trempe de leur sabre-bayonnette, nos soldats ont continué là-bas, sans rompre d’une semelle, leur tâche civilisatrice, et ils sont tombés les uns après les autres, n’emportant pour linceul que l’oubli et leur héroïsme connu de Dieu seul et de leur caporal d’escouade.

C'était une vieille habitude contractée en Afrique, qu’ils avaient importée sur le sol étonné du Mexique, que celle de savoir lutter et tomber comme ils avaient vécu, en héros, et le genre de guerre qu’ils ont fait dans ces plaines sans horizons dans ces montagnes rudes et escarpées, n’a pas peu contribué à l’enraciner chez eux. Ce n’était plus ces combats de Kabylie, ces luttes terribles contre les Bédouins et les goums du désert, braves comme les lions de leur Atlas, défendant pied à pied le terrain de leurs smalas et les gourbis de leurs pères.

Ici, ils n’ont eu pour adversaire que le brigand de grand chemin, se cachant indifféremment sous le costume du muletier, les haïllons du mendiant ou derrière le rosaire du religieux, embrassant tous les partis, et mettant son escopette au service du premier venu, pourvu que son escarcelle fût grassement remplie et que sa vie ne fût pas trop exposée.

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