‹ De Québec à VictoriaChapitre 23 sur 67 · À XII LES BUFFLES ET * LEUR HISTOIRE AU D EE · texte numérisé non relu

À XII LES BUFFLES ET * LEUR HISTOIRE AU D EE

© La vallée dela Saskatchewan. — ! L'éncien à roi des. Prairies. — Sa dramétiqhé g‘histoire. — Comment Ü a été exterminé.

Les mouvérientà de notre hôtel mobile à m'ont réveillé. | ‘Il est.sept- “heures ditmätin, el ious quittons. Prince. LL At pour revenir à Règina. Tr ST Le

= Tonté cette” vallée de la Saskatchewan dont nous ne:

parcouions qu une centaine de, milles, © mais qui s'étend

vréiment ‘du lac Winnipeg aux. Montagpes Rocheuses, “est un magnifique pays agticole. En réalité, elle offre aux colons, sous plusieurs rapports, : des” avantages que la province ‘de Manitoba ne peut plus leur assuger. En Ee L'efrefsils y trouvent un sol aüssi riche, des bois èn àbon- : daricé, une : quantité. de. terres encore. libres ét qu'ils. obtiennent gratuitement, une rivière navigable sur une L Hogan de, plus d de huit cents. milles, et un “alimat E trés salubre quoique froid. | “Les deux centrés importants de cette immense e vallée, | . Fämonton | et Prince-Albert, Sont déjà re reliés par chemin

de fer à la grande voie du” Pacifique, et le “jour n'est

- pus. éloigné où ils seront mis eh communication par un.

-' 2, autre réseau de- fer qui ‘trav ersera “toute KE Vallée de li Saskatchevan.

" Aloïs Buttlelord, Fort Pitt ét “Fort Saskatchewan,

” déjà en voiede progrès deviendront des villes, et d’ autres

ét tablissemerits surgiront sur les. bords des deux Saskat-

“chewar «IL ‘me parait certain” que ces régions, vut ‘levant elles un avenir plein de’ Promesses: . Mais en attendant que la marée Arimainé > qui monte ‘» y di appoité ses flots vivants, c'est une vaste sôlibulee tantôt boisée, tantôt couverte d'herpes sauyrages 6 et de cu bu yères. Font CS ot Se À ? | Et prouitant, ce désert a cu ses habitants + car ï ue | Sillonné" de sentiers étroits qui n'ont pu être tracés i “que par des êtres vivants. Qui donc a laissé derrière Qui | ces traces persistantes de son Jassage 2. Qui a ouvert GE «° routes à tra vers les prairies sans: ‘Bornes ? ? Don TA C'est le bufle qui, sans boussole, à marqué ces longües Le “voies drnites qui sé étendènt du nord au sud et de l'est à à l'ouest à travi ors l'éspacé indéfini, re

I] était jadis le roi "de. ce pÉys, ‘comme le: di est encore le roi dn désert africain. Mais un jours fhommé est.vénu, d'Europé < ow d'Asie, et-lui ardéclaré Je guerre, ‘une guerre” fextermination qui a dufé dés” siècles.

ne L-Téut d’ aboïd, cet- hoïnmèé n’était. arxé que de es | LT et de haches, et le bufle dchappait Souvent ces armes.

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| Mais 6 d'autres hommes. vinrent, plus méchants que. les “:prentièrs” “ét portant ‘des : armes : terribles qui “frappaient

de loin et aussi tapidenient que la foudre.

. Le bufe n'avait-pas de bois pour $e cacher, mais.il ‘. av vait l'espace illimité pour s'enfuir, et il fuy ait péridant

- ds) jours et des nuits, des senyaines CT des” mois, Sans se “heurter à la frontière de sou. immense. domaine: Avec lui couraient dans la-prairie des troupeaux de’.

chevaux Sauvages ; Yhomme s ’empara des coursiers,” “et © monté sur leur dos il.se mit à la. poursuite ‘du butile,

= d'abord pour s'en nourri, puis pour r écorcher et vendre : sa peut. aux traficants de fourrures. | Ne Le “fut la condamnation: à mort ‘du malheureux . quartrapède, et. Tekécution de la: senténce ne fut plus qu'une: question de: temps. °C est alors - que Jpn vit > à eroy ables hécatombes. . Poe ‘ | ne Pauvre race détruite, ses vssemetits “blanéhissent . | iutiourd’ hui la prairie, et partout, Auchaqué pas, ses téiés. se “olossales dominant. les” foins jaunis- semblent par leur: Des immaculée, prôtester de son innocerice.

Mais, tout $quelette ‘qu'il est, le bufte n'a pas cessé DE -d'ètre “utile à à Yhomme. On. ramasse. aujourd’ hui ses EL | “osseinents et ‘on les broie pour en faire un engrais. À ; dé haque st station. du chemin de fer il y'en a des mioncèanx . | énormes, et plusieurs chars en sont remplis, et: expédiés : dans toutes les directions. » | . D après. ce que Ê en ai vu, ie suis convaincu aie si Tou ,

sh CU L . - , Um ee

D, entassait en un seul endroit, non pas tous les ossements,

mais les crânes seulement qui jonchent, les frairies on | eu ferait une montagne plus haute que. le cap Tour-

. .mente ! ky | . Lo ‘ ro 1° Hélas: ! le sort du buftle est. celui de toutes les races”

et de toutes les choses: hunfhines. . Le ‘pays qui voit

naître et” grandir un peuple le voit aussi décliner et . mourir, -et tous les berceaux deviennent des tombeaix. Dieu seul règne éternellement, et regarde passer du. haut de son trône immualle les races comme Îles indivi i-

dus, les siècles aussi bien que des jours. :

de Cette. histoire du bufile mérite d'ètre racontée, et lle.

*- est intimement liée à eelle- eg bi tribus shüvages de .

VOnest. SU te et | ni L |

"a Ues pauvres nomades des prairies avaient pour ect

° animal, uye sorte de venération. Il était un éléinent | essentiel de leur prospérité, et mêmé de leur existence. ".

| C'était un don, un Bien appréciable qu'ils avaient |

recu dm Grand- “Esprit, et plusieurs gardaient soÏgneuse-

ment dans leurs tentes un er âne .de bufile. comme un.

crublême où uu synibole de leur “bonheur. Is s safe. blaieit même de son nom, etiln est pas rare ‘encore de

renéontrer chez les Pieds-Noirs des chefs ‘qui se nom" ment Sturil- Otohä nr, tête de buffle — où Stamik-Opi,

bœ uÉ assis — où V'ewdk ike-Stumik, les trois bœufs. : | Aujourd mi, l'eXtinction du‘büffle est pour eux ka . suprême désolation, le sujet de leurs. éteïnels regrets.

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PB

Le spectacle” de la civilisation, de sés agrandissements,

de toutes ses merveilles, ne les console: aucünement, et. ‘quand îls rêvent des jours meilleurs is n entrevoient :

un avenir prospère" que sous cette forme: la rehaissance :

des bufles, oo | “a

D CP our eux le-paradis terrestre * c ’est. la. Prairie, mais la

“Prairie sauvage et peuplée de bisons: Æt le ciel même. “qu ‘ils se figurent dans léurs espérances d'outre:tombe ;

c'est éncore Ja Prairie, sillonnée par d'immenses trou peaux de l'incomparable quadrapède, M on

Et pourtant, "ce sont bien eux-niêmes qui, séduits par “appt du gain, ont détruit, ces: nôbles bêtes avec ane ‘inprévoyance inexeusable.. oc re

Sans «doute, il en: périssait béatcou]s : claque année

Lt Re des causes: naturelles. Ainsi, le Rév: P. Lacombe, de

uni je “tiens tous ces détails, attribue Je mort d'un

grand nombre de bufles aux feux de prairies. pendant Pété, ‘et aux noÿades pendant l'hiver. L

À Täpproche: des- flammes . qui cowraient ‘dans le. prairie ef la dévoraient, Je bufle était saisi de terreur et ne Éuyait pas. Il: les” Segardait venir il hagurd, et se laissait brûler’ sans bouger. .

: Souvent, il n’en mourait pas immédiatement ; mais *

- tantôt il. y perdait sa féurrure, ce. qui lui occasionnait

des maladies auxquelles il succpmbait ; tantôt, ïl Y-. A Perdeitla vüe, et, une fois aveugle, il ne pouvait plus |

Se niidée vers les less t 1és rivières, et il mourait de soif, n | Pendant Thiver, de nombreux troupéaux s'aventu: rajent. parfois sur les Jacs glacés pour y étancher leur: soif, ét ils én eoupaient la: sk ee avec la corne dure et trunchänte de leurs sabots. Mais tout-à-coup la glace, ainsi coupé e-en plusieurs. endroits à la fois, s'effondrait, et les malheureuses bêtes étaient englouties. Mais cvs causes naturelles de destr uétion onc Loujours existé, et cles n’ont pas empêché le buffie de se puïpi. tuer pendant des siècles. T1 à fallu le génie destructeur de Phommie pour opérer ‘ces efroyables tueries que nous allons maintenant décrire, et que les Blanés ont encowragées par le trafic des pelleteries, | , On iventa div ers moyens des 'emparer d'un grand nombre de têtes ? à Ja fois, soil en les: attirant au- hard d un abime où les pauvres bêtes étaient précipitées, | soit en Îles rassemblant . dns une espèce Venceinte hatumée Per e où on les massarrait sans pitié. On chbisissait d'abord ‘une rivière profondément." nessée dans la plaine, et un endroit ôù la prairie’ aboutissait à à une fdaise escarpt e, formant, à ün véritable : précipice, une fosse pr ofonde coupée à pic. LL : An bord de cette falaise on’ construisait deux haie: dont lesrlignes. 8 “tloignaient oliliquement de: manière à «former une espèce de V dont la pointe était ouverte sur 2Tabime, \/: J'ai dit des haies, mais le plus souvent

‘ Mo ‘ f « il n'y avait pas de bois. pour ‘en construire, et alors on les remyplaçaït par deux lignes de jalons consistant en prtits amas de terre, de tourbe, de pierre, ou de fumier de Lufile, dans : lesquels on ylantait des bâtons. pour simuler ‘des chasseurs coùchès dans le foin ct armes | de lusils, . .

Les malheureux bisons qui s'effrayaient de toutétaient pris à cette ruse grossière, ct. croyaient avoir.sur leurs flancs deux rangées de guerr iers. LU ‘ Mais comment pouvait-on des amencr ainsi entre les deux lignes du V fital? Voici le stratagéine auquel où

avait recoufs, " "- n L \ Dés cavaliers allaient à à la découverte, et quand ils. \

“avaient aperçu un troupeau de bufiles ils s ‘embusquaient dans un endroit duvenu de chaque côté, de manière à uuvoir Jui imprimer la direction voulue quand il pren: drait la fuite. Puis ils poussaiènt tout-à- -Hup deux cris fmnidables qui faisaient tresshillir les échos -de - de ! Fr sulitude, D: :

“Alurs à bande affolée des buflles s élançait. en bon-

disant vers la rivière, escortée de chaque côté par un :

entieni qu’elle s’efforcait de -dépasser, et qui calculait savamment sa course pour la diriger. Quand il s'appro- <hait: tu eux. les. fuyards. reculaient, et -fuant-) il- recu lait ni. même d'étpient les fuyards qui s'avancaient vers, lui et tentaient tonjours de le dépasser : sans y réussir.

LA

Et c'est ainsi que les buffles. farouches, battant la prairie de leur galop furieux, la tête hérissée, la gueule fumante, les prunelles rouges s’engagaient entre lès deux cornes de la fourche fatale. | | Les deux cavaliers traitres se laissaient alors distancer, et s'élancaient sur les derrières des fuyards. Oh!la coursé dramatique ! Oh! la cavalcade monstrueuse dont la liberté était le bat, et dont la mort était le terme fatal! | - De plus ‘en plus: TÉSSOTTÉS entre les deux lignes d épouvantails qu ‘il preaient pour des guerriers couchés dans Ja plaine, haletants, convulsifs, emportés par un vent d’ épouvante, comme par le chinook irrésistible, ils se croisnient, se heurtaient, -se bousculaient, et se

— cabraient tout-à-coup au bord dé l'escarpement. .

Maïs alors se dressaient dans les foins de chaque côte .de..la bande affolée deux rangées de démons, chiant,

hurlant, et dirigeunt une fusillade meurtrière sur tons

les fuyards qui voulaient prendre la tangente. ©! 4°

Et les malheureuses bêtes, à demi mortes de terreur, éeumantes,. tragiques, impuissantes à repousser le flot formidable et avengle des fuyards, étaient précipitées pêle-mêle daus l’abîme, Oh ! la chute effrayante ! Oh! de

terrible holocauste !”

Des centaines de cadavres s ’amoncelaient au fond du précipice, roulant jusqu'au lit- de- la-rivière ; “et pendant" plusieurs j jours les chasseurs impitoyables faisaient la noce autour de la sanglante hécatombè; écorchant Les

. morts; préparant les | peaux. pour le trafic, faisant sècher

la meilleure partie des chairs pour.en faire du pemmican, et abandonnant le reste aux loups.et aux vautours. |

Mais dans la saison d'hiver ce mode de chasse n’était guère praticable. . La neige s'entassait dans les cavées creusées par les rivières ; et en cessant d’être des. précipices elles ne pouvaient plués servir de lieux d’exéeutions

- pour les bisons.… …. .: Due ua lee mue eee

Alors on chôisissait, dans le voisinage d’un bois, une colline ayant deux- versants opposés. Sur l'un de ces

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v ersants on construisait une enceinte circulaire, mesurant .

environ cent cinquante pieds de diamètre, et dont la

clôture, haute et solide, formée de pieux et de branches

espèce de cirque n'avait qu'une porte au sommet de la

colline, à x. laquelle Yendit aboutir une spacieuse £ avenue,

- - œlles que nc fous avons décrites,.et qui divergeaient gra-

. uellement en descendant la-colline. - our

‘entrelacés, avait cinq. à six. pieds. d'épaisseur. Cette

. formée sur : u''le versant opposé par deux haies ‘comme

J'ai raconté par quelle ruse les bisons étaient amenés

par troupeaux dañs cette large avenue bordée de clôtures

“ou d'épouvantails, et comment is se groupaient et.se

dé l'angle où s'ouvrait la L porte. de l'amphithéâtre.… so bait i leurs :

resserraient à mesure qu ‘ils avançaient vers la. pointe

—Jisque la crête de la colline regards l’enceinte traîtresse qui allait les emprisonneï ;

go , :

et quand ils s'élurçaient en bondissant dans la porfe.ils croyaient trouver au delà l'espace et la liberté.

Hélus ! horrible réalité leur apparaissait bientôt, et “cuinme des chévaux de cirque haletants, écumants, ils Jongeuient au galop les murs cirenlaires de leur prison. Mais alors ces murs se couvi raient de chasseurs, tt lépouvantihle tucrie conrmencait. | Criblés de balles, percés de lances ou de tlèches les hufiles tomlaient eu “potissant des mugissements effroyahles ; ; Jes chasseurs répondaient par des evis de triomphe," et quand un fer de Jance bien dirigé avait transpercé li gorge de quelque

bison € énorme, is poussi tient des acclamations.

“Less coulait à Hots, les cadavres jonchaïent le sul, une buée. chaude imprégnée d'odeurs nauséahones anontait uns lair, et ce cirque, qui aurait fait Les délices dés empereurs romins, renrit Paspect d'un imnens ubattoir,

Le Rev. P. Lacomle a assisté plusieurs fuis à ces lugubrés * boucheries, quil Limit. -conime -tous ler autres missionnaires, AIS qu ‘à tentait vainement d'enpêcher. Quand un grand. notbre de bisons étaient tombés, il demandait urâce pour les survivants, titis les sauvages lui répondaient :, “Non, on, il faut les

. tuer tous; car CEUX que nous Jaisserions échapyer iraient tout raconter aux. autres, et. nous ne pourrions plus les attirér dans nos embûches.”

I va sans dire que les sauvages faisaient hiui

eus.

souvent Ja chasse au Lison sans recourir à ces deux modes d' extennination {ue nous venons de décrire, et ce devait être un spectacle intéressant et pittoresque de voir des

“entaines-de cavaliers, poursuivant quelque milliers de huiles ni travers la plaine, les atteignant après une muse affolée, et ‘les fusillant presque à bout portant fans une mêlée meurtrière, au milieu des cris, des i}ugissements et des détonations multipliées. . , . :. Monseigneur Taché estimait en 1869 que, depuis plus de ingt-cinq ans, pas moins d’ un million de bisons' avaient été tués annuellement. Est- il “étonnant que cette belle espèce de la rate bovine ait disparu ? ? Panvres Sauvages ! Vons avez détruit vos meilleurs : amis ; etil ne luira j jamais ce jour, que vous appelez de” vos vœûx, où les Blancs disparaîtront dela Trairie et où les Bufiles sortiront de. terre :

se.

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