‹ De Québec aux Antilles [microforme]Chapitre 10 sur 31 · SAINT-KITTS · texte numérisé non relu

SAINT-KITTS

Il y a un bon restaurant dans la ville, mais pas d'hôtel. L'on nous dit cependant que si les étrangers étaient plus nombreux, les hôtels ne feraient pas défaut.

, , Ici, pas de bacchiche, comme en Orient ; pas de pourboire, comme en France et en Italie. Nous ne sommes pas non plus assaillis, comme à Québec, par les cochers qui vous étourdissent par leurs cris disgracieux de : calèche ! La population se montre toujours empressée à vous rendre service, et partout l'on vous salue et l'on vous adresse le bonjour traditionnel. cxMuiï

Jamais je n'oublierai la cordiale hospitalité des personnes chez qui je me suis présenté. Je suis resté bien souvent tout à fait confondu en présence de ces attentions si délicates et de ces prévenances sans bornes de la part de

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ces insulaires que je voyais pour la première fois.

A Basse-Terre, le bon Père Smyth m^a reçu à bras ouverts. Peu habitué à voir des confrères, ce digne prêtre ne savait comment témoigner la satisfaction et le plaisir qu'il éprouvait en recevant chez lui un membre du clergé canadien.

J'ai eu le bonheur de visiter les principales familles de la ville. Chez les MM. Delisle, Lagois et autres, j'ai remarqué la franchise et l'urbanité de nos anciennes familles françaises.

Après deux jours, bien courts hélas ! passés au milieu de ces bons et véritables amis, je remonte sur le bateau et, je l'avoue en toute sincérité, c'est avec regret que je suis forcé de

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quitter sitôt cette population généreuse et si franchement catholique.

Tous les passagers retournent à bord, joyeux et contents de se revoir, mais chagrins de s'éloigner de ce pays enchanteur.

Chacun étale avec orgueil sa riche collée* tion de souvenirs, et tout le monde proclame à haute voix l'accueil chaleureux que nous avons tous reçu des braves habitants de Saint- Kitts.

Nous disons adieu à nos aimables compagnons de voyage, MM. Blattau et De Coppet, et notre bateau s'élance de nouveau sur la vague écumante.

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nombreux malades vont chercher du soulagement à toutes sortes de souffrances physiques. Il paraît que cette eau a la faculté de guérir tous les maux ; malheureusement nous n'avons pas eu le temps d'en faire l'expérience.

Né vis n'est ni plus ni moins qu'une montagne qui s'élève au milieu de la mer et dont le sommet est couronné par un cratère éteint depuis longtemps. Découverte par Christophe Colomb, elle reçut le nom de Névis parce que sa partie supérieure était alors couverte de neige. Elle appartient aux Anglais depuis 1628 ; les Français l'ont occupée de 1*706 à 1*713 et de 1782 à 1*788.

En quittant Névis, cette réflexion me revient à la mémoire :

Ainsi qu'une image qui passe.

Mon printemps s'est évanoui ; Mes yeux ne verront plus la traoe De tous les biens dont J'ai joui.

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SIX heures du matin nous sommes en face d'Antigua. La opulation de cette île est de 35,000 habitants, et sa superficie de 280 milles.

Antigua se trouve à 48 milles au Nord de Guadeloupe. Découverte par Christophe Colomb, en 1493, elle fut colonisée par les Anglais, en 1682. L'eau y est rare, mais le sol est cependant fertile.

A peine avons-nous jeté l'ancre, que M.

Burns, maître du port, vient à bord et met à

notre disposition sa chaloupe à vapeur, qui

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nous conduit à Saint-Johns, chef-lieu de l'île. Le port est vaste, mais pas assez profend pour les vaisseaux d'un fort tonnage. '^ '

Saint-Johns est une des plus belles villes des Antilles ; ses rues sont larges et propres. La cathédrale anglaise, la prison, l'hôpital, Téglise catholique et le palais du gouverneur sont les monuments les plus remarquables de cette élégante cité. Il n'y a pas d'hôtel convenable, et pourtant un semblable établissement serait beaucoup fréquenté par les nombreux touristes qui voyagent sur les paquebots de la Compagnie des steamers de Québec. Les malade-^ pourraient alors jouir, pendant quelques jours, du délicieux climat de cette île fortunée, qui possède tout ce qu'il faut pour attirer les étrangers. Celui qui aurait quelques semaines à disposer ferait bien de s'y arrêter.

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-j. Un havre spacieux, offre toutes les facilités possibles aux amateurs de la pêche et de la chasse. >

Les minéralogistes trouyeraient dans les montagnes et les vallées un vaste champ à leurs courses scientifiques. A deux milles de la ville, l'on rencontre une vallée de pétrification où Ton voit une grande variété de bois parfaitement pétrifié.

Arrivé à terre, M. Burns me conduit dans sa voiture chez le Père Fogarty, qui me reçoit avec la plus franche cordialité. Ce zélé pasteur me fait une si agréable réception, qu'enfin je cède à ses pressantes sollicitations de demeurer pendant quelques semaines sous son toit hospitalier, en attendant le prochain retour de notre bateau. Tous les jourâ*ce bon Père me fait faire une promenade en voiture

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et visiter oa admirer les plus beaux sites de son île. "

La société d'Antigua est agréable et distinguée. Chez tous ses habitants l'on rencontre cette cordiale urbanité qui nous met à l'aise, et, après une courte visite, nous nous considérons et l'on nous considère comme un membre de la famille.

J'ai souvent eu l'honneur et la joie de rendre visite au gouverneur lord Q-ormanston, anglais de haute noblesse. Fervent catholique, il a su s'attirer les sympathies et l'estime de tous les insulaires. C'est un homme distingué par ses manières courtoises et affables et par ses connaissances étendues et approfondies, .il yiuîiJ 'iO«5[^iiqm^ uotiift

Ayai;it parcouru en touriste tous les pays de l'univers, sa conversation charme, instruit

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et édifie même. Lady Gormanston est aussi une femme des plus distinguées et des plus instruites. Comme le gouverneur, elle parle parfaitement le français. Excellente catholique convertie, elle est la mère des pauvres et le modèle des femmes chrétiennes.

Que dTieures agréables J'ai passées à examiner la collection si variée, si riche et si complète des grandes vues photographiques de Lord Grormanston !

Chaque soir, j'ai la bonne fortune de rencontrer M. Michalowski, brave polonais catholique qui manie facilement la langue française. Cet excellent homme laisse bien souvent reposer ses nombreuses occupations pour m'accompagner dans mes excursions. Grrâce à lui, il m'a été donné de visiter l'hôpital dont il est gouverneur. Cette institution est

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vaste, propre, bien éclairée et entretenue aux frais de l'Etat. Les nombreux malades qui l'habitent sont bien traités, et tous semblent estimer le gouverneur qui se sacrifie pour eux comme un père pour ses enfants.

Toujours accompagé par M. Michalowski je visite la prison. Là aussi, tout est propre, les cellules sont larges et suffisamment aérées. Les femmes sont peu nombreuses ; les hommes en plus grand nombre, sont occupés à casser de la pierre, tout comme à Saint- Vincent-de-Paul ; on les occupe aussi à réparer les rues et les chemins qui avoisinent la ville.

Partout nous les rencontrons par escouade de douze, conduisant leurs petites charrettes chargées de pierre.

Le gardien, au regard sévère et à la démarche grave et solennelle, se tient constam-

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ment à leur côté avec son bâton traditionnel à la main.

Eien de plus curieux, mais en même temps de plus triste, que de voir les prisonniers condamnés aux travaux forcés, piétiner d'immenses rouleaux à marches qui mettent en mouvement une machine à concasser la pierre.

Au milieu d'un édifice spacieux, on a installé deux grandes roues, faites comme des rouleaux, de 20 à 25 piods de largeur sur quinze de hauteur. Le forçat saisit avec ses mains une barre fixée au mur de l'édifice et pèse de tout le poids de son corps sur les marches clouées à la roue. Et tout se met en mouvement

Ces travaux sont très fatigants ; car à peine une heure s'est-elle écoulée, qu'il faut

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arrêter la machine ; les forçats sont complètement épuisés.

J'ai eu l'insigne bonheur — si toutefois c'est un bonheur — d'assister à l'ouverture du Parlement. La politique se fourre partout, même dans les plus petites îles. Comment voulezvous qu'on n'en fasse pas au Canada ?

Le gouverneur, installé dans un riche ca- Tosse, traîné par deux superbes chevaux, arrive à une heure précise. Comme à Québec, le canon fait entendre sa grande et puissante voix, les curieux se portent en foule sur le passage du représentant de Sa Majesté et de son cortège princier. Les députés sont à leurs sièges ; ils se lèvent tous comme un seul homme lorsque le chef de l'Etat fait son entrée dans la salle des délibérations.' ^

Le gouverneur est suivi des officiers militaires, en grande tenue et des juges en robes

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écarlates et portant de larges perruques blanches. Après la lecture du discours du trône, le gouverneur se retire, et la discussion commence.

La chambre se compose de 20 à 25 députés, dont 4 nègres qui prennent au sérieux leur rôle de représentants du peuple. Elégants et bien mis, ces députés au visage noir ne sont pas les moins intelligents ni les moins caustiques. C'est bien le cas de dire que ce n'est ni l'habit, ni la peau qui fait le moine.

Quelques députés sont élus par la nation ; les autres sont nommés par la Couronne.

J'ai entendu de bons discours. Le leader de la Chambre, M. Tyser, m'a paru êti'e un homme supérieur. Inutile d'ajouter qu'à Antigua comme au Canada nous rencontrons dans la chambre la loyale opposition de Sa Majesté.

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Il se publie dans cette ville, deux journaux qui ne paraissent que lorsque les propriétaires ont assez de matière pour remplir la page qui n'est pas consacrée aux annonces. Pour nous renseigner sur les événements du jour, nous courons tous les matins au bureau du télégraphe. ,il; „i i ^ iu y,t» 4. /i,Jtll i î

Des tableaux suspendus à la porte de cei; établissement nous font connaître ce qui se

passe dans les principaux pays de l'univers.

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