AU MILIEU DES FLAMMES
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oppressées par les plus terribles angoisses de toute une longue journée.
Le steamer reprit sa course et arriva ensuite heureusen^ent à la Barbade.
L'heure du départ est sonnée : le sifflet du steamer vient de faire retentir l'air de son cri strident et invite les voyageurs à faire leurs adieux.
Nous pressons encore une fois la main à nos bons et généreux amis de Koseau, et nous courons au bateau.
Le capitaine est à son poste ; il surveille la manœuvre, et, lorsque tout est prêt, il donne le signal du départ : AU right !
La vapeur frémit auss^'+ôt d&ns les pistons de la machine et met en mouvement l'hélice mugissante. Notre château flottant s'ébranle
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et reprend sa course rapide, en faisant rejaillir au loin l'onde azurée.
Deux heures plus tard, nous touchons à la Martinique. ' -^^
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La Martinique
POPCLÀTION 164,000
J A Martinique, d'après Bouillet, est une des Petites Antilles françaises placée près du 14ème degré de latitude nord ; elle est à 83 milles de la Guadeloupe. Cette île est assez considérable, sa population est de 154,000 habitants dont à peine 10,000 blancs.
Son gouvernement est divisé en deux arrondissements, qui ont pour chefs-lieux Saint- Pierre et Fort-de-France.
L'île est couverte de hautes montagnes, qui
sont pour la plupart des volcans éteints, et
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parmi lesquelles on remarque la Montagne Pelée, le Carbet et la Soufrière. On rencontre beaucoup de morues, collines de lave d'où coulent des ruisseaux qui, au temps des pluies, deviennent des torrents dangereux.
Les côtes très découpées forment une multitudes d'anses, de rades et de petits ports.
Le climat e»t très chaud, et malsain dans quelques parties, ^yn^nsinmq b
Nous y remarquons plusieurs sources minérales, mais point de mines.
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Les bois occupent la plus grande partie de l'intérieur ; on ne eultive guère que les
côtes.
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L'île produit en grande quantité du sucre, du rhum, du café fort estimé (dont la culture ne date que de 1723), du cacao, du coton, etc.
LA MARTINIQUE
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La Martinique est remarquable par la variété de ses fruits, tels que ananas, coco, raisin, prune, cerise, datte, citron, orange, figue, mango, tamarin, fruit à pain, etc., et nous y rencontrons un grand nombre de végétaux, parmi lesquels l'énorme ignam (yam), qui remplace avantageusement la pomme de terre.
(La Martinique est sujette aux tremblements de terre. Les plus grands cataclysmes de ce genre ont été signalés dans les années 1*776, 1TY9, 1780, 1788, 1813, 1817, 1823 et 1839.
Découverte par Christophe Colomb,. en 1493, occupée au nom de la France, en 1635, par L'Olive et Duplessis, elle fut colonisée un mois après son occupation par D'Enambuc, gouverneur de Saint-Christophe,
'" 'Les Hollandais l'attaquèrent vainement en 1674 ; les Anglais la prirent en 1768, en 1802
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et 1809 ; mais ils l'ont toujours rendue à la France. Les esclayes ont été affranchis en
A deux heures de Taprès-midi, le bateau avait donc jeté l'ancre en face de la ville de Saint-Pierre, et nous nous préparions à gagner terre, lors qu'une pluie abondante vint retarder notre débarquement. Abrités sous la tente, nous tuons le temps agréablement en contemplant le magnifique port qui s'étend devant nous. Tout-à-coup notre attention est frappée par l'arrivée de deux petits canots faits de bouts de planche et montés chacun par deux négrillons français, qui viennent, plus par intérêt que par vanité, nous montrer jusqu'où peut aller l'habileté de l'homme dans l'art de la natation.
Arrivés près du bateau, nos négrillons se précipitent dans les flots, et, après un pion*
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geon sayamment exécuté, les quatre tritons couleur de jais montrent la tête au-dessus de la surface des eaux et nous adressent ainsi la parole : " Un sou, messieurs.*' Les passagers se rendent à leur pressante demande ; ils s'amusent une heure durant à lancer à la mer de petites pièces de monnaie, que les nageurs saisissent toujours avant qu'elles soient parvenues au fond de l'Océan. Il n'y a p^s de plus habiles nageurs ; on dirait de véritables poissons.
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A la Martinique, comme dans les autres îles des Antilles, le voyageur est souvent embarrassé avec son argent. Ici, c'est le franc ; plus loin, dans les îles anglaises, ce sont les louis et les chelins sterling. L'or seul est accepté en échange de la monnaie du pays.
Hélas ! ces îles, comme la plupart des contrées
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de l'Europe, sont encore bien arriérées sous le rapport monétaire ; tous ces pays feraient un grand pas dans la voie du progrè» s'ils adop» taient notre système^
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Saint-Pierre
AINT-Pierre, fondé en 1635, occupe une étroite lisière de terre située entre une montagne et la mer. Cette ville est bien bâtie. Comme toutes les anciennes villes françaises, ses rues sont étroites, mais les trottoirs le sont encore davantage. Québec est mieux partagé sous ce rapport.
Les édifices sont construits en pierre, avec des toits en tuile.
La ville est très propre. D'abondants cours
d'eau coulent sans cesse de chaque côté des
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SAINT-PIKREE
Les places sont ornées d'arbres splendides «t de fontaines rafraîchissantes.
Les rues sont encombrées de piétons, de conlenrs et de nations différentes. Partout Ton s'empresse de vous livrer passage ; c'est de règle. D'ailleurs nous sommes chez des Français.
Le nègre de la Martinique parle le patois ; mais il est français de cœur. Aussi en a-t-il adopté les mœurs, les usages, l'esprit railleur et même cette politesse exquise qui distingue le peuple irançais de tout autre.
Les nègres sont toujours habillés proprement et ont une préférence marquée pour le blanc et les couleurs voyantes.
La négresse est mise avec simplicité et modestie. La robe, et le mouchoir qui recouvre
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ses épaules, sont d'une blancheur irréprochable. La tête ceinte d'un turban comme d*ane couronne, elle nous regarde avec un sourire narquois et semble dire : " N'avez-vous jamais rien vu de semblable dans vos pays du nord ? ** Nous aurions pu, bien certainement, lui répondre dans la négative.
Nous parcourons la ville, et le premier me nument que nous rencontrons, c'est la cathédrale. Cet édifice est très riche à l'intérieur, mais l'extérieur est lézardé en plusieurs endroits, par suite de nombreux tremblements de terre.
Le jardin botanique attire aussi rattention de l'étranger. Pour y arriver, il nous faut traverser complètement la ville, et puis monter par l'avenue qui contourne la rivière jusqu'à l'extrémité du parc.
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Nous voyons en passant une des curiosités de la ville. Une buanderie ; oui, une buanderie, mais sans lessive. Faisons une
description de cette merveille. Regardez làbas dans la rivière presque desséchée ; une centaine de négresses sont occupées à faire leur blanchissage. Après avoir trempé leur linge dans le mince filet d'eau qui coule à leur côté, elles le frappent à bras raccourcis et avec violence sur des gros cailloux dissiminés ça et là dans le lit de la rivière. C'est un curieux battoir, n'est-ce-pas ? Si les taches se montrent rebelles, les lavandières renouvellent l'opération, et finalement les taches disparaissent, mais accompagnées des morceaux du linge sur lesquels elles avaient fixé leur domicile. Aussi le linge revient-il au logis meurtri et méconnaissable; du reste, c'est partout la
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même chose. Mais laissous-Ià les négresses et continuons notre promenade.
En arrivant à la porte du jardin, M. Gabanel, — parent, dit-on, du célèbre peintre français du même nom — et conservateur de ce véritable musée, nous reçoit avec la plus grande courtoisie. Notre digne hôte se montre enchanté de notre visite, et, abandonnant ses nombreuses occupations, il se met à notice tête et nous guide à travers les mille et une beautés naturelles que Ton rencontre dans ce jardin.
Tout en marchant, notre guide nous dit un mot sur telle fleur, tel fruit et tel arbre.
Ici, nous admirons de magnifiques promenades, ombragées par des arbres de toute espèce. Nous avons sous les yeux la flore de tous les pays tropicaux ; là, de gracieuses
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fontaines et de paisibles lacs dans lesquels se mirent des palmiers gigantesques qui excitent l'étonnement et l'admiration des touristes. Partout, nous parcourons de superbes allées bordées de fleurs adorantes. C'est un véritable Eden.
M. Cabanel attire tout spécialement notre attention sur un arbre à caoutchouc et sur une plante de dix pieds de hauteur, s'élévant en forme d'éventail. Cette dernière plante est connue sous le nom de Palmier du voyageur. C'est bien l'arbre providentiel pour le voyageur épuisé par la soif En effet, il ne s'agit que de faire une petite entaille à l'écorce, et aussitôt un jet d'eau fraîche et délicieuse s'échappe en quantité suffisante pour étancher la soif la plus dévorante.
Près de l'entrée du jardin, il y a un musée qui mérite une visite toute spéciale.
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Tous les dimanches au soir, la fanfare vient faire d'excellente musique pour les nombreux étrangers qui se promènent dans ce paradis terrestre.
A notre droite, nous voyons s'élever une montagne escarpée, couverte de lierre. On dit qu'elle est le refuge d'un grand nombre de serpents dangereux. Le jour, nous n'avons rien à craindre, mais la nuit nous serions exposés à la rencontre de ces reptiles, si nous nous aventurions trop près de cette montagne.
A quelques milles de Saint-Pierre, nous rencontrons des sources d'eau chaude, toujours très fréquentées.
Comme en France, les magasins sont peu vastes, mais assortis des meilleures marchandises de la mère-patrie.
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Les hôtels sont bien tenus. A l'hôtel Micas, l'étranger peut se faire une idée de la bonne cuisine française.
Une promenade en voiture nous donne une excellente idée des beautés de la campagne. Comme à la Dominique, nous constatons que la fertilité est vraiment extraordinaire et que les montagnes mêmes sont couvertes, de leur pied à leur sommet, de cette végétation dont seuls les tropiques sont favorisés.
Les fleurs et les fruits les plus variés abondent à chaque pas. Les maisons groupées en village sont invariablement ombragées par des arbres aux rameaux verdoyants. Quelles charmantes habitations !
Cette ville possède un éA''êché érigé en 1850. Je me dirige de ce côté et je vais présenter mes hommasres à monsieur le curé de la
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cathédrale, le Grand- Vicaire Cudennec, qui m'accueille comme une vieille connaissance. C'est un homme ^ figure ouverte et aux manières courtoises. La franchise semble être son caractère distinctif. Les portes de sa maison sont toujours toutes grandes ouvertes aux prêtres de la colonie, et ceux-ci se montrent heureux de ^^ revoir l'hospitalité si cordiale de leur Grand- Vicaire, qu'ils estiment et vénèrent comme un père.
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" Vous êtes canadien, me dit-il, en me ten- *' dant la main, soyez le bienvenu. Les Ca- '* nadiens sont de braves descendants des " Bretons, et la Bretagne est mon pays. Nous " ne sommes donc pas des étrangers. Les " marins de la Minerve ne nous parlent plus " que du Canada et de l'hospitalité prover- " biale de vos compatriotes. Si ça continue,
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"je crains fort que nos marins ne veuillent " plus revenir de votre beau Canada."
Au dîner, j'ai pour voisin de table M. l'abbé Simonet, premier vicaire et organiste de la cathédrale. Cet abbé est un musicien d'un incontestable talent. Sa messe à trois voix égales est facile et écrite dans un style sévère et classique. Sa romance, parole de VAnge et V Enfant, de Reboul, est un vrai petit bijou, une véritable perle musicale. ,
Ah ! que j'aurais été heureux de profiter plus longtemps de l'agréable hospitalité de M. le Grrand- Vicaire, qui m'avait offert même de me conduire à sa maison de campagne, afin de me faire jouir du délicieux climat de Mont- Eouge ! Mais le voyage est comme la vie, il faut toujours s'avancer, et le temps, cet insigne larron, met subitement fin aux plus pures et aux plus douces jouissances.
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Encore une fois, je prends congé de mes nouveaux amis, que je ne re verrai peut-être jamais ; mais leur souvenir vivra toujours dans ma mémoire.
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JE voyageur qui aurait quelques heures de loisir ne devrait pas manquer de pousser une pointe jusqu'au Fort-de-France, à 20 milles de Saint-Pierre.
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Fort-de-France est le siège du gouvernement. Cette ville possède des quais spacieux, où les navires marchands viennent déposer leur cargaison, et un excellent port défendu par le fort Saint-Louis et par les ruines du fort Bourbon- démantelé en 1809 par les anglais.