‹ De Québec aux Antilles [microforme]Chapitre 26 sur 31 · IV · texte numérisé non relu

IV

LA BARBADE

Si le Barbadois ne croyait pas à l'immortalité de l'âme, il préférerait son île au royaume des cieux, tant il aime sa chère patrie. Malgré sa couleur d'ébène, il n'hésite pas à se considérer comme le premier peuple de l'univers sous le rapport de la beauté et de la richesse. Jjaissons-le donc jouir en paix de ce qu'il possède. Il se croit heureux, tant mieux. Il y en a tant qui souffrent dans cette vallée de larmes. D'ailleurs, n'a-t-il pas un peu raison ? On doit chérir ce que l'on a et ne pas envier le sort d'autrui. Que de peuples, qui se prétendant plus éclairés que les Barbadois, cherchent vainement le bonheur ! Avec les grands mots : Liberté, égalité et fraternité^ ils espèrent marcher vers le progrès, tandis qu'ils se précipitent vers l'anarchie, le socia-^ lisme et la ruine matérielle et morale.

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Le port db Bridgetown est certainement le plus important de tous ceux que nous avons visités pendant ce voyage. Les bateaux de plusieurs lignes diJQférentes y font escale. Ici nous pouvons monter sur des steamers partant pour l'Europe et pour les différents ports de l'Amérique Centrale.

La compagnie télégraphique des Antilles et Panama met cette île en communication avec les autres pays.

Il se fait un commerce très considérable dans la Barbade. On peut s'en former une juste idée en consultant les livres bleus, car, là comme ailleurs, il y a des gros livres qui nous donnent des renseignements exacts sur les importations et les exportations. En jetant un coup d'œil sur les colonnes des exportations, en 1875, on voit que la Barbade a ex-

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porté pour une valeur de 15,000,000 en cette année là. C'est un magnifique résultat pour le commerce de cette île fortunée. Du reste, dans toutes les villes du Canada et des Etats- Unis, ne rencontrons nous pas sur les quais de longues files de tonneaux Je mêlasse portant l'inscription ; Barbados.

N'ayant que six heures à ma disposition, je m'empresse de monter sur un tramway, qui me transporte en quelques minutes à l'unique église catholique de Bridgetown.

Cette église est petite, mais elle peut contenir facilement les cinq cents catholiques disséminés dans l'île. Elle est très propre et admirablement située au milieu d'un magnifique jardin. J'y entre au moment même où monsieur le curé, le Père Strickland, monte à l'autel.

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Au presbytère, le révérend Père m'accueille avec bonté, et, après une légère collation, il m'invite à monter dans sa propre voiture pour me faire voir les lieux les plus intéressants de la ville et des environs.

Nous jetons, en passant, un coup d'oeil sur les casernes, le champ de Mars, où de nombreux soldats, en uniforme rouge, irculent en tous sens. Nous entendons les doux accords d'une fanfare militaire, qui nous rappelle le bon vieux temps où l'armée régulière, musique en tête, venait réveiller nos braves Québecquois d'autrefois.

Plus loin, sur notre gauche, nous rencontrons un hôtel vraiment gigantesque, mais splendide dans ses proportions et monté avec un luxe européen. Cet hôtel, remarquable

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SOUS tous les rapports, a été construit dernièrement par un Canadien, M. Witk field, de Rougemont. Malheureusement, les pensionnaires faisant défaut, rétablissement est fermé, et les propriétaires ont perdu dans cette spéculation une somme énorme.

Dans les campagnes, nous admirons de magnifiques places d'eau, et, ça et là, de jolis cottages ombragés par des arbres de toutes les variétés.

En revenant à la ville, le Père Strickland me fait entrer dans deux cottages habités par deux riches familles d»^ créoles.

Au Canada, beaucoup de gens confondent le créole avec le mulâtre. Malheur à vous si, par une erreur bien involontaire, vous dites à un créole qu'il est mulâtre ! On ne ferait

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si, lies rait

pas longtemps preuve de politesse à votre égard.

Le créole est un Européen d'origine, mais né dans les colonies, tandis que le mulâtre est le descendant d'un blanc marié à une négresse.

Enfin, avant d'entrer dans la ville, mon attention se porte sur la résidence du Grouverneur, qui flaUe la vue par son élégance et sa richesse.

En continuant notre course, nous traversons un chemin de fer à jauge étroite. Un fac-similé de locomotive traine à sa suite un bon nombre de petits wagons chargés des produits de l'intérieur.

Finalement, nous visitons la ville. Partout nous constatons une fiévreuse activité, et c'est toujours avec la plus g^rande difficulté

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que nous parvenons à nous dégager de la foule qui se masse dans les rues.

Midi sonne à la cathédrale anglaise. Il ne ' me reste plus qu'une heure avant mon départ. Le bon Père Strickland m'invite gracieusement à passer quelques semaines chez lui, à Bridgetown. " En restant, dit-il, vous me " ferez un bien grand plaisir. Hélas ! je suis " presque toujours seul, et je n'ai que rare- " ment la visite d'un confrère avec lequel " je puisse m'entretenir." Confondu de tant d'égards envers un étranger, je décline respectueusement, mais avec peine, l'offre généreuse de mon digne hôte.

Le temps presse. Je dis adieu et merci à cet aimable prêtre, et je prends une légère embarcation, qui me conduit au steamer. Il

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était temps ; le Capitaine attendait mon arrivée pour lever l'ancre.

A une heure, nous partons pour la Trinité, terme de notre voyage.

ère

li'ile de Robinson Crasoé

■•vil

UR les cinq heures du soir, le capitaine nous prie de regarder à notre gauche, l'île de Tobago. C'est dans cette île, dit-on, que le célèbre romancier anglais Daniel de Foë plaça son Robinson Crusoé. La disposition des lieux semble donner raison à cette tradition. En contemplant Tobago, nous croyions voir à chaque instant apparaître Vendredi, le serviteur et le fidèle compagnon de Robinson, qui l'a sauvé d'une mort affreuse. J'étais bien éveillé, mais les souve-

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l'île de robinson crusoé

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nirs littéraires étaient encore si vivaces, que je ne pouvais m'empêcher de rêver un peu.

La mer est calme ; la nuit tout à fait délicieuse. Aussi j'en profite pour veiller sur le pont jusqu'à minuit. L'heure des honnêtes gens est passée, mais il m'est impossible de me coucher avant d'avoir vu de mes propres yeux, bien vu, la Southern Cross, la Croix du Sud. Cette constellation indique la position ou la direction du pôle sud. Elle est composée de quatre étoiles, formant une croix bien dessinée dont la tête est légèrement inclinée vers l'est. Fier de mon observation astronomique, je descends dans ma cabine en me disant avec un légitime orgueil : " Encore " une merveille de la nature que bien des " canadiens n'ont pas vue."

Un canadien qui voyage dans ces contrées sans remarquer la Croix du Sud ressemble à

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