LA GUEULE DU DRAGON I
" ^ °"^*^ heures, le bateau ralentit de vitesse, et, quelques minutes plus tard, il jette l'ancre devant Port d'Espagne, chef-lieu de la Trinité
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La TrinKé
POPULATIOX 110,000, SUPERFICIK 1,754 MILLES
ji'ILE de la Trinité, en espagnol Trinidady est la principale et la plus méridionale des Petites Antilles ; elle se trouve vis-à-vis de l'embouchure de l'Orénoque, sur le lOème degré de latitude nord. Découverte par Christophe Colomb en 1498, elle fut occupée par les Espagnols en 1532 ; les Anglais la possédèrent en 1595, et les Français, en lt'76 ; puis elle fut abandonnée par ces derniers et occupée enfin par les Anglais en
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LA. TRINITÉ
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Par sa position géographique et physique, la Trinité appartient à l'Amérique du Sud. Sa faune et sa flore diffèrent complètement de tout ce que nous avons ru jusqu'ici.
La végétation est encore plus extraordinaire que dans les autres îles.
La Trinité est très étendue. Une partie du sol est encore incalte et ne demande que des bras pour devenir aussi productive que le reste de l'île. La terre en géniral est très riche et facile à cultiver. Nous y trouvons du charbon et d'autres produits minéraux.
A l'intérieur, il y a un lac de bitume et de nombreuses sources de naphte.
Le nord et l'est de l'île sont montagneui, tandis que le sud est généralement bas et couvert d'arbres sur une étendue de plusieurs milles à l'intérieur.
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Je profite de la première barque pour descendre à Port d'Espagne, 'où je touche à onze heures et demie. Je cours à la cathédrale pour y entendre une messe, mais malheureusement tous les officer, religieux sont terminés. Pour me consoler, je jette un coup d'œil sur cette église ; elle est vaste, assez riche et du style bysantin. Construite au milieu d'une place publique, elle domine toute la ville. La tour, assez remarquable par sa forme et sa richesse, est ornée d'un immense cadran qui annonce les heures aux différents quartiers de la ville.
Port-d'Espagne est le siège d'un archevêché. La province ecclésiastique comprend les diocèses et vicariats de Port-d'Espagne, de Roseau, de Jamaïque et Honduras, de Démérara, de Surinam et Curaçao
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L'Archidiocèse se compose des îles de la Trinité, G-renade, Saint- Vincent, Sainte-Lucie et Tcbago. Monseigneur Gonin, de l'ordre de Saint-Dominique, en est le titulaire.
A côté de la cathédrale s'élève le couvent des Dominicains ; c'est un vaste édifice à l'Orientale. Le R. P. Hilaire, ancien supérieur de cette maison, me reçoit avec une grande politesse et m'invite à passer au couvent les quelques instants que j'ai à consacrer à la vifcite de cette ville. Les onze Pères qui habitent ce couvent desservent les églises de la ville et de ses environs.
La ville est bien bâtie ; les édifices sont en pierre ; les rues ne sont pas bien larges, mais fort propres. D'abondantes fontaines ornent en grand nombre les places publiques.
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Nous remarquons dans Port-d'Espagne deux bons hôtels, tenus par des dames françaises.
Le commerce est très actif. Cependant, plusieurs négociants se plaignent de la concurrence désastreuse que leur font les Allemands avec leurs sucre de betterave.
Un tramway traverse la ville et se rend jusqu'au jardin botanique.
Partout, sur les toits, sur les arbres et dans les rues, nous apercevons des centaines et des centaines de vautours. Cet oiseau, lourd et disgracieux, est ici aussi estimé que la colombe de Venise et aussi utile que les chiens de la Palestine. Comme "es derniers, il fait le nettoyage des rues. Il n'est pas farouche du tout, il se dérange à peine pour livrer passage au piéton. Son appétit vorace le pousse sans
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cesse à dévorer tout ce qui se trouve à la portée de son bec. Personne ne peut le molester ; la loi le protège en reconnaissance des services qu'il rend. A l'instar des employés de la corporation, il fait consciencieusement son ouvrage ; et, comme il ne demande jamais une augmentation de salaire, on n'a pas à redouter de grève en aucun temps.
Pour la première fois, je rencontre des coolis en assez grand nombre. Le coolis est un indigène cuivré. Sans être esclave, il passe sa vie à servir ceux qui veulent bien l'employer. Il vit pauvrement et est méprisé de tous les habitants du pays, même des nègres. Le cooli est sobre et travailleur, mais cupide. ,,,,!
La femme coolie est toujours modestement mise ; un voile recouvre sa tête et tombe sur
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ses épaules. Elle porte avec orgueil deux ou trois colliers à son cou, des pendants aux oreilles et au nez. Quelque fois on la voit avec une petite chaîne d'or reliant les oreilles au nez, ses bras sont ornés de nombreux bracelets d'or. On la rencontre partout avec de lourds paniers sur la tête.
Les heures s'écoulent avec une rapidité étonnante. Je cours donc, avec mes compagnons, au tramway pour aller visiter le jardin botanique. Cette voiture, traînée prosaïquement par deux mulets, nous transporte assez lentement pour que nous n'ayons à craindre aucune collision. Une fois rendus dans la campagne, nous jetons des regards avides de tous côtés. A notre droite, nous contemplons d'élégants cottages échelonnés ici et là ; à notre gauche, nous voyons un vaste champ de Mars, ou la cavalerie fait ses exercices.
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Nous descendons du tramway à la porte du jardin. En entrant, nous avons à notre droite les célèbres bambous qui excitent tant l'admiration des visiteurs. Les bambous d'Egypte ont dix pieds de hauteur ; ceux-ci atteignent jusqu'à trente pieds.
Quel beau jardin ! Il nous faudrait la science et la patience d'uïi botaniste pour donner une simple nomenclature des variétés innombrables de plantes et de fleurs que nous voyons pour la premières fois.
Ce jardin est très bien tenu et est orné en différents endroits de splendides fontaines. C'est une véritable merveille.
La résidence du gouverneur s'élève au milieu de ce sanctuaire de la science.
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Un chemin de fer relie la capitale avec les principaux centres de l'île. Les voies ferrées ' du Canada sont préférables à celle-là sous le rapport du confortable et de la rapidité. Les locomotives sont de petite dimension et leur marche est tout-à-fait lente ; les voitures sont construites d'après le système européen.
Le voyageur est mal à Taise dans ces wagons à compartiments, il se trouve enfermé comme dans une boite à chandelle, et où il n'y a ni eau, ni rafraîchissement, ni lieu d'aisance. Lorsque le convoi est en marche, il est impossible de communiquer d'une voiture ou d'un compartiment à l'autre ; le voyageur est prisonnier et reste prisonnier pendant tout le trajet.
Un grand nombre de petits bateaux quittent la ville tous les jours pour transporter les
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touristes sur les points les plus intéressants des côtes de la Trinité et de Venezuela.
La ligne de Québec se raccorde dans le port avec des steamers d'autres lignes allant à la Guyane, au Venezuela, à Curaçao et à Caraccas.
Le crocodile, l'ibris, le faisan, Tàgouti, le singe, la tarentule et le serpent abondent dans cette région.
Le malade ne pourrait jamais trouver un pays plus favorable pour passer agréablement les mois d'hiver. Le climat est si délicieux^ il y a tant de merveilles à étudier, et les coinmunications sont si faciles, que l'ennui causé par l'inaction n'a pas de prise sur l'étranger,^ Télémaque n'a jamais habité de séjour plus enchanteur. , ,, ,
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L'heure solennelle du retour est enfin arrivée. Je remercie les bons Pères de leur hospitalité. Je retourne au bateau presser la main à mes joyeux compagnons de voyage que je ne rei^errai peut-être jamais. C'est avec un cœur ému que je prends congé du capitaine et des officiers de bord et que je m'éloigne de notre brave Muriel, qui a su lutter avec tant de courage contre les fureurs de Neptune.
Je monte ensuite sur le steamer Flamborovgh, de la même compagnie de Québec. C'est un solide bateau de 1100 tonneaux. Le salon en est vaste ; on compte 45 chambres de première, et nous ne sommes dans le moment que dejix passagers pour occuper cet espace. Sîtious étions plus jeunes, nous pourrions passer notre temps agréablement en jouant au colin-maillard.
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Le capitaine Fraser est encore un jeune homme. Cependant on peut se confier à sou habilité. Il est prudent et très attentif aux devoirs de son état. D'ailleurs, il a gagné ses épaulettes sous le rigide capitaine Davidson, ancien capitaine du Secret. Tout l'équipage l'estime. Jamais on ne remarque chez lui la moindre impatience envers ses subalternes. Ce bon capitaine se montre toujours complaisant et affable envers les passagers, qu'il sait intéresser par une conversation sérieuse. S'aperçoit-il que l'on prend intérêt à la manœuvre ? Aussitôt il se met à vous expliquer avec la passion du vrai nautonnier les différentes branches de la belle science de la
marine.
« Le temps passe vite en semblable compagnie.
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Je jette un dernier regard sur cette terre heureuse ; j'adresse un dernier adieu à mes compagnons d'hier, et le capitaine donne le signal du départ.
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quatre heures de raprès-midi, le Flam' borough s'élance sur les ondes paisibles au Golfe de Paria. Il marche avec une telle rapidité qu'on dirait qu'il est fier de reprendre le chemin du pays. Deux heures plus tard, nous entrons dans le fameux détroit de la Gueule du Dragon. Hier, le Dragtyn mettait tout en œuvre pour ralentir notre course ; aujourd'hui il s'empresse de nous pousser de l'avant ; il a sans douie hâte de se débarrasser de notre présence. C'est bien là l'image de l'homme inconstant.
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LE RETOUR
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Le Flamborough, ne voyageant alors que sur lest, est trop léger pour fendre la vague mugissante qui s'a\"ance à sa rencontre. Aussi le voyons-nous monter et descendre de colline en colline et devenir le jouet des flots. L'hélice, fatiguée de ces violentes secousses, cesse de lutter contre la fureur de Tocéan et sort de temps à autre de l'onde pour aller prendre un exercice en pleine air, sans même demander permission au mécanicien.
Nous ralentissons à peine notre marche visà-vis la Barbade pour y déposer les malles, car nous sommes en retard de quatre heures.
A neuf heures du soir, nous continuons notre route avec l'espérance de gagner 1û temps perdu ; mais vain espoir ! nous arrivons à Sainte-Lucie encore en retard. Nous faisons une courte balte pour y laisser les
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passagers, et sans avoir eu le temps d'aller présenter mes hommages une dernière fois RU bon Père Tapon, nous partons pour la MartiniijUe, où nous arrivons à une heure de l'après-midi.
Nous n'avons que deux heures à nous. Je me hâte en conséquence d'aller saluer mes bons arais de [Srint-Pierre ; puis je remonte aussitôt.
Notre bateau, ayant pris un peu de cargaison, se remet en marche.
Nous touchons un instant à Koseau. Mgr Naughton vient augmenter le nombre des passagers. Je suis heureux de presser de nouveau la main de ce digne Prélat, qui va visiter un prêtre mourant à Antigua.
Nous nous arrêtons quelques minutes, à Antigua, où nous laissons Sa Grandeur Mon-
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seigneur Naughton, et nous ûlons vers Saint- Kitts, où je vois avec plaisir les braves gens qui m'avaient si bien accueilli lors de ma première visite.
Je profitu des vingt-quatre heures que le bateau doit passer dans ce port afin de compléter sa cargaison, pour me reposer un peu des fatigues du voyage et visiter toutes les bonnes familles avec lesquelles j'avais lié connaissance quelques jours auparavant.
Le samedi, 19 février, à six heures du matin, je dis la Sainte-messe et je regagne au pas gymnastique notre steamer, qui lance déjà des jets de vapeur assourdissants et semble; impatient de reprendre la mer. Tout est à l'ordre ; la cargaison est complétée, et le Ftamborough, devenu plui lourd, peut
LE RÏTTOUR
maintenant se moquer des vagues les plus furibondes.
Nous confiant à la sainte protection du Ciel, nous comme •içons cette terrible traversée qui doit durer dix jours et pendant laquelle nous n'aurons à comtempler que l'immensité des cieux et de l'océan.
Pendant une longue semaine, nous sommes favorisés d'un temps splendide ; les vents nous sont propices, et la mer reste presque aussi calme que notre majestueux Saint- Laurent.
Encore deux jours de marche, et nous allons
fouler du pied le sol de l'Amérique. Une
pensée bien sombre traverse alors mon esprit !
Comment pourrais-je retourner au milieu de
mes amis sans avoir le plaisir de leur raconter
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LE RETOUR
toutes les poignantes émotions que fait naître une tempête sur mer ? Dire que j'ai passé trente-trois jours sur l'océan sans avoir la visite d'un seul grain de vent ! C'est un fait presque inouï dans les annales de la marine. L'on ne me croira pas, et je ne voudrais pourtant pas qu'on m'appliquât le dicton populaire : " Grand voyageur, grand menteur." C'est un qualificatif que je n'aime pas.
Je communique mon inquiétude au capitaine, qui me répond en souriant : " Attendez un peu. Vous avez encore le temp d'éprouver des émotions. Fasse le Ciel qu'elles ne soient pas trop fortes ? "
Le vendredi raatiu, 25 février, le temps se couvre et nous commençons à éprouver la violence des vents capricieux du Cap Hatteras. La mer se soulève et déferle avec fureur.
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Mais notre bateau est solide et ne redoute nullement la colère des ttots.
Le soir, la mer semble s'apaiser ; mais le Cie! est sombre ; nous n'avons aucune constellation pour guider notre course.
Le marin a alors recours à la sonde, qui nous apprend que nous ne sommes plus qu'à 15 à 17 milles des côtes américaines.
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Le samedi, à six heures du matin, je monte sur le pont. L'atmosphère est chargée de vapeur, d'tpais nuages couvrent le firmament, et la mer semble plus agitée qu'hier. M'adressant au Capitaine, " est-ce là, lui dis-je, la terrible tempête que vous m'avez prédite. Si c'est cela, je n'y vois rien de bien terrifiant. Soyez patient, me répond-il. Vous ëoroz servi à souhait."
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Notre brave marin avait dit la vérité. Sur les huit heures, le vent s'élève, souflie avec violence et se change bientôt en véritable ouragan qui vient ébranler l'océan jusque dans ses fondements et lui donne un«« teinte d'une blancheur sinistre. ■.uinau.^ m'jn
Les vagues augmentent en élévation ; ce ne sont plus de simples collines, mais bien d'énormes montagnes qui viennent fondre sans cesse sur notre bateau. Nous descendons dans l'onde courroucée comme si nous ne devions plus reparaître ; mais, un instant après nous surgissons du gouffre et nous continuons de nous avancer hardiment.
Nous n'entendons plus que le mugissement des vagues qui moutonnent et le sifîlemeui du vent dans les cordages. Nous sommes ballottés de droite à gauche comme l'enfant
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daus son berceau. Le pont du bateau est balayé d'un bout à l'autre par les flots. Le Capitaine est toujours à son poste, mais le bruit de la tempête recouvre sa voix puissante, et ce n'est qu'avec grand'peine qu'il peut communiquer ses ordres à ses officiers.
Une nuit terrible semble se présenter. Et dire que nous sommes si près des côtes ! La moindre déviation de la boussole peut nous conduire au naufrage. Ah ! je regrette le souhait téméraire que j'ai exprimé au capîtaitie ; le spectacle est si effrayant que je dis au Ciel : C'est assez.
Au milieu des ténèbres, l'eau envahit nos cabines, et un bruit épouvantable retti.tit d%n'bout à l'autre du navire, qui tremble comme une feuille agitée par le souffle de l'aquilon.
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Un malheur est arrivé ; les chaînes du gouvernail so sont rompues, et nous marchons maintenant au gré des flots. Nos braves marins ne sont pas du tout découragés ; ils se mettent aussitôt à l'œuvre ; après quelques instants d'efforts héroïques, les chaînes sont réparées, et le bateau reprend sa course au milieu du fracas de la tempête.
Le dimanche, 27 février, vers une heure du matin, le capitaine, qui n'a pas quitté son poste depuis quarante heures, nous fait dire de prendre courage. Nous sommes en face du phare de Sandy Hook, Nous saluons cette consolante lumière avec les plus vifs transports d'allégresse. Un soupir de soulagement s'échappe de nos poitrines oppressées. Nous savons enfin où nous sommes, et dans quelques minutes, nous en finirons avec cette terrible tempête.
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Après tout, puisque le danger est maintenant passé, je me suis pas fâché d'avoir eu à subir la colère de Neptune; car, cette fois encore, je puis dire ; je l'ai échappé belle. Et puis, sans être un grand menteur, il me sera permis de donner une courte description d'une vraie tempête sur l'qcéan.
Voyagor sans émotion, nous dira-t-on, ce n'est pas voyager ; c'est simplement faire une courte promonade. Entendons-nous, si, pour éprouver des émotions, nous devons aller au fonds de la nier et être dévorés par les cannibales qui rhaV)itent, je n'en suis pas. Il faut un juste milieu, chose encore plus rare sur mer que sur terre. Quant à moi, j'avoue franchement que je ne désire plus être assailli sur l'oeéan par une seconde tempête ; une seule sutlit pour satisiuire la curiosit»' la plus exigeante.
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Le matin vers 9 heures, je monte sur le pont pour jeter un coup d'œil sur l'immense port de New -York.
A ma grande surprise, je suis accueilli par un froid qui me pénètre jusqu'aux os. Mais cette surprise disparaît bientôt devant la réflexion ; nous sommes arrivés dans l'Amérique du Nord. Il fait froid, c'est vrai ; mais cela n'empêche pas que notre pays est le plus beau du monde. Nous aimons mieux la piqûro du froid que la morsure des moustiques, qui vous martyrisent sans cesse dans les pays chauds.
Je saute sur le quai, et je prends immédiatement le chemin de la patrie. J'ai tant hâte de revoir notre Canada, où j'arrive un peu fatigué de ma longue course, mais heureux et content d'avoir fuit un aussi bon
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voyage et d'avoir vu d'aussi belles choses ! Je suis revenu à mon modeste foyer, que je trouve encore plus agréable que le Sweet home de l'Anglais.
En fermant ce chapitré, je ne puis m'empôcher de m'écrier : Heureux Canadiens, continuons d'aimer notre patrie. Ne soyons pas ingrats envers la divine Providence, et sachons reconnaître que pas un pays au monde n'est comparable à notre jeune et beau Canada. Prenez en pitié ceux d'entre nos frères qui méprisent leur patrie. Nous avons six mois d'hiver ; mais à la fin de l'année, n'avons-nous pas une abondante récolte, et sommes-nous plus pauvres que les heureux mortels qui vivent sous les tropiques ? Nous avons de la neige en grande quantité ; mais cette belle neige, n'est-elle pas une bonne providence ? Ne protège-t-elle pas le sol contre