TROISIÈME CAS
Enfin nous noterons un cas publié par le docteur Länge, à Leipzig. A l’autopsie d'un malade présentant les symptômes du tabes dorsal spasmodique, il constata un hydromyelus de la moëlle cervicale et une dégénérescence symétrique des cordons pyramidaux dans la région lombaire.
Ce ne sont pas là les seules observations que nous fournisse la littérature; nous en rencontrons d’autres encore, mais qui, ne présentant pas un degré d’exactitude suffisant, nous paraissent moins propres à être relevées dans un petit travail de ce genre.
Ces diverses communications aboutissent à un résultat identique. Nous voyons des causes diverses donner lieu à une affection se traduisant par des symptômes bien caractérisés, et à l’autopsie, nous retrouvons toujours une lésion des cordons médullaires pyramidaux. Ces observations ont amené Erb à modifier son opinion en ce sens qu’il admettrait que le tabes dorsal spasmodique doit son origine
ER UE à une lésion établie sur un point quelconque du parcours des cordons pyramidaux, moëlle épinière, moëlle allongée, cerveau même peut-être. Cela viendrait ainsi à l'appui de l'opinion soutenue par plusieurs observateurs, par Immermann, entre autres, et rapportant l’origine de cette affection à une dégénérescence descendante et non ascendante de ces fibres motrices.
Symptomatologie. Notre but, dans les quelques lignes qui vont suivre, sera de donner un court aperçu de la marche propre au tabes dorsal spasmodique. Ce qui rend généralement le patient attentif au début de la maladie, c’est une faiblesse et une raideur se manifestant avec une intensité croissante dans les extrémités inférieures. Il n’a plus la sûreté d’autrefois, ne peut supporter de longues promenades, se fatigue promptement; ses jambes lui paraissent lourdes, comme changées en plomb. Peu à peu à cette faiblesse succède une paralysie plus ou moins prononcée, mais n’atteignant pas le degré que nous rencontrons dans d’autres affections médullaires, comme la myélite transverse, par exemple. Le plus souvent, cette parèse se manifeste en premier lieu dans les jambes, parfois aussi revêtant un caractère hémiplégique, se transmet d’une jambe au bras situé du même côté, puis gagne successivement la jambe et le bras correspondant. Quelquefois, bien que beaucoup plus rarement, ce sont les bras qui sont atteints en premier lieu et les jambes seulement plus tard.
Notons aussi que ce peuvent être des troubles appartenant au domaine de la sensibilité, qui viennent donner l'éveil sur la présence du mal. Ce seront des paresthésies diverses, une sensation de formication, des douleurs de caractère variable dans le dos, les jambes; mais tous ces
RE D — symptômes ne sont en général que passagers et peu prononcés.
En revanche, des symptômes d’irritation motrice viennent régulièrement compliquer la paralysie que nous venons de décrire. Ce sont des contractions plus ou moins fréquentes, parfois même une sorte de crampe qui provoquera une raideur de toute la jambe ou de quelques-uns seulement de ses muscles.
Nous observons, en outre, une véritable tension musculaire, comme une résistance pâteuse aux mouvements passifs, puis les mouvements actifs eux aussi deviennent de plus en plus incertains et difficiles.
Si, dans notre définition, nous avons reconnu la présence de parèse, de tension musculaire, laugmentation des réflexes tendineux comme caractéristiques du tabes dorsal spasmodique, ce qui ne nous frappe pas moins, c'est l'absence de troubles de sensibilité, lappareil urogénital fonctionne normalement, l’état de nutrition des muscles reste des plus satisfaisants, le cerveau et les nerfs crâniens nous paraissent parfaitement sains.
Pronostic. Comme il était aisé à prévoir, d’après le paragraphe consacré à l'anatomie pathologique où nous relevions la grande rareté, pour ne pas dire le manque presque absolu d’autopsies relatives à cette maladie, le tabes dorsal spasmodique est une affection des plus chroniques. Elle se développe lentement, progressivement, pendant des années et des années, pour rester souvent dès lors longtemps stationnaire. Quoique très rarement suivie de guérison (Erb l’a constatée néanmoins plus ou moins complète dans deux cas), elle est parfois susceptible d’amélioration.
On ne connaît pas de cas où le tabes dorsal spasmodique ait entrainé directement la mort du malade, ou, si
Lt
NE ce cas s’est présenté, nous avions à faire non au type pur, classique de cette affection, mais à des formes compliquées.
Après avoir tracé cette courte esquisse, nous essayerons de l’illustrer par quelques observations relevées à l'hôpital de Bâle.
PREMIÈRE OBSERVATION
Schmid, Jean, 22 ans, commis. Entré le Le septembre 1878. Sorti lé 23 octobre 1878. Non amélioré.
Etiologie : Inconnue.
Prodrômes : Légères douleurs dans les jambes. Sensation de faiblesse et de pesanteur croissante, parfois contractions fibrillaires.
Etat actuel : Parèse des jambes accompagnée de spasme, augmentation des réflexes tendineux. Démarche spastique. La sensibilité est intacte, musculature bien nourrie, l'appareil urogénital fonctionne bien.
Traitement : Bains tièdes. Galvanisation de la moëlle épinière. Trois fois par jour une pilule au nitrate d'argent de 0,04.
DEUXIÈME OBSERVATION
Gœærtner, Jean, 28 ans, papetier. Entré à l’hôpital le 8 décembre 1880. — Sorti le 6 juin 1881. Non amélioré.
Etiologie : Inconnue, pas de prédisposition héréditaire.
Prodrômes : Sensation de pesanteur dans la jambe gauche accompagnée bientôt d’une légère contraction dans le genou et la hanche de ce même côté. Quelques semaines après, ces mêmes symptômes se manifestèrent aussi dans la jambe droite. Contractions fibrillaires peu prononcées.
Etat actuel : Démarche spastique, les deux jambes sont contracturées, sensation de tension. Réflexes tendineux notablement augmentés. Sensation de fatigue dans les bras. Sensibilité intacte, musculature bien développée, appareil génital fonctionne bien.
© Traitement :. Galvanisation de la moëlle épinière. Lavages à l'eau froide et bains tièdes. Pilules au nitrate d'argent à O,01.
PTE TROISIÈME OBSERVATION :
Matzinger, Emile, 26 ans, commis. Entré le 19 mai 1881. — Sorti le 28 juillet 1881. Amélioré.
Etiologie : Inconnue ; peut-être un refroidissement,
Prodrômes : Faiblesse croissante dans les extrémités inférieures accompagnée de rares contractions.
Etat actuel : La démarche a un caractère spastique très accusé. Parèse des extrémités inférieures, ne marche qu'avec l'aide d’un bâton, crampes fréquentes dans les mollets. Réflexes tendineux très augmentés, surtout dans la jambe gauche. Sensibilité parfaitement normale, musculature bien nourrie; pupilles égales, réagissent bien.
Traitement : Galvanisation de la moëlle épinière. Lavages à l’eau froide et bains tièdes. Pilules de nitrate d'argent à 0,01.
Ce malade nous quitta le 28 juillet, se sentant mieux, en ce sens qu'il pouvait marcher plus longtemps sans se fatiguer.
Si, de ce nombre, malheureusement un peu restreint, de cas, Il nous est permis de tirer une conclusion, c’est en premier lieu la concordance dans l’âge des patients : 928, 26, 22 ans. Ce sont des jeunes gens ou des hommes dans la force de l’âge, qui tous s'étaient jusque-là bien portés.
Un second point qui nous frappe aussi, c’est l'absence de toute donnée relative à l’étiologie. Nulle part, nous ne constatons de prédispositions héréditaires, non plus que des causes occasionnelles.
Ge sont là deux points qui, malgré le nombre restreint de nos observations, ne laissent pas que de nous frapper par la persistance avec laquelle ils se présentent chez chacun de nos malades.