OBSERVATION XV
(Obs. de Flandin, résumée)
En août 1927, un jeune Russe de 22 ans nous est adressé avec le diagnostic d’ulcère d'estomac, par notre ami, le docteur Lutaud, qui désire avoir notre avis sur l’opportunité d’une gastro-entérostomie. Le malade est un jeune homme vigoureux, mais ayant l’habitude d’une nourriture très épicée, arrosée de champagne, vodka, cocktails. Depuis deux ans, il souffre de douleurs à Siège épigastrique, à caractère transfixique, survenant trois à quatre heures après les repas, soulagées par le vomissement et par l’ingestion d’aliments, et surtout de poudres alcalines. Ces crises n’ont jamais été accompagnées de vomissements sanglants et on n’a jamais constaté de melæna. Un examen gastrique chimique a montré de l’hyperchlorydrie. Sous l’écran, on a constaté une encoche permanente dans la région pylorique, avec du spasme entraînant de la stase gastrique.
Le diagnostic d’ulcère pyloro-duodénal a été posé et le malade traité en conséquence. Il vient de passer plusieurs mois dans le Midi, a amélioré son état général,
Age
souffre moins, mais ne peut se permettre aucun écart de régime, aucune fatigue sans avoir une crise douloureuse avec une légère élévation thermique et un état saburral se prolongeant plusieurs jours.
En interrogeant ce jeune homme, nous trouvons dans son passé le souvenir d’indigestions fréquentes et de véritables crises abdominales douloureuses et fébriles.
Lorsque nous examinons notre malade, nous trouvons toute la zone gastrique douloureuse. L’estomac se contracte manifestement sous la main qui le palpe. Mais dans la fosse iliaque droite, la palpation détermine une contracture du grand droit ; et la douleur provoquée s’accompagne de flexion de la cuisse et entraîne une irradiation douloureuse au creux épigastrique.
Nous posons le diagnostic d’appendicite et demandons un nouvel examen radiologique de tout le tube digestif.
Le radiologiste nous envoie les radiographies montrant une encoche nette dans la région pyloro-duodénale, avec image lacunaire ; il conclut à l’existence d’un ulcère expliquant le spasme gastrique et la stase iléocœcale et un point douloureux dans la région appendiculaire.
Nous revoyons alors le malade sous l'écran et, avec le docteur Lutaud, constatons que l’image suspecte du pylore existe bien, mais se déplace vers le duodénum. Par contre, les signes d’appendicite ne sont pas douteux.
L'opération permit d’enlever un vieil appendice en voie de transformation fibreuse avec une série de rétrécissements cicatriciels et contenant de la sérosité
CARRE à Vo
louche. Le pylore et le duodénum ne présentaient au-
cune lésion visible ; la vésicule biliaire était normale. Plus de six mois de guérison nous paraissent suffi-
sants pour qu’on puisse considérer l'épreuve comme
décisive et qu'il soit permis de faire état de ce cas.
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